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🇮🇱 Les paiements en Israël

Le switch unique Shva, le tashlumim et le crédit porté par le marchand, la réforme qui a détaché les sociétés de cartes des banques, Bit et Paybox, les licences de la Banque d'Israël et les deux voies d'entrée d'un acquéreur étranger

Ce que l'on encaisse en Israël

Le marché israélien répartit ses paiements entre des instruments dont les plages de montants ne se recouvrent pas. La source de référence est l'Overview of the Payments System in Israel, publié par la Banque d'Israël en août 2024. En 2022, les cartes portaient 73,5 % des transactions du pays pour 2,7 % de la valeur échangée. L'écart entre ces deux parts tient au montant unitaire. La carte sert aux achats de détail, alors que les montants élevés empruntent le chèque, le prélèvement ou le RTGS. La chaîne d'acceptation carte est donc la première que rencontre un marchand qui s'installe sur ce marché. Ses composants (switch, protocole terminal, échéancier de crédit) sont israéliens.

10,7 M
cartes de paiement actives en Israël
Banque d'Israël, données 2022 (+35,5 % depuis 2016)
1,996 Md
transactions par carte dans l'année
Banque d'Israël, 2022
424 Md ₪
valeur annuelle des paiements par carte
Banque d'Israël, 2022 (382 Md en 2021)
1,386 M
cartes à débit immédiat actives, le reste étant à débit différé
Banque d'Israël, 2022

Le montant unitaire des paiements par carte est faible. Entre 2014 et 2022, environ 75 % des transactions par carte portaient sur moins de 200 ₪ (Banque d'Israël, 2024). La carte s'est substituée aux espèces sur ces achats de faible valeur. Cette substitution n'était pas acquise dix ans plus tôt. La bascule technique, elle, a suivi un calendrier tardif, le dernier jalon de migration EMV imposé aux marchands n'ayant été franchi qu'en juillet 2022. Plus de 99 % des terminaux étaient convertis en avril 2023, et les cartes non conformes ont cessé d'être acceptées le 31 décembre 2024.

InstrumentPart de la valeurPart des transactionsCe que cela signifie pour un opérateur
Zahav (RTGS)57 %0,07 %Le gros montant et le règlement final ; les particuliers y accèdent aussi, à faible coût
Virement Masav (direct credit)26,6 %10 %Salaires, pensions, fournisseurs ; le rail de masse du crédit
Prélèvement Masav (direct debit)7,2 %9,9 %Abonnements et services publics, en valeur courante
Chèques5,2 %2,7 %Toujours vivant côté entreprises, souvent postdaté et escompté
Cartes de paiement2,7 %73,5 %Le détail, en très petits tickets, terrain de l'acquisition
Retraits d'espèces1,3 %4 %Retrait moyen de 1 242 ₪ en 2022 ; l'espèce reste tenace en montant unitaire
Répartition des paiements en Israël, 2022 (Banque d'Israël, Overview of the Payments System in Israel, 2024)

Le chèque reste un instrument de montant élevé, en usage du côté des entreprises. En 2022, l'ensemble des chèques israéliens représentait environ 816 Md ₪, pour une valeur moyenne de 11 044 ₪ (Banque d'Israël, 2024). Le chèque postdaté remplit une fonction de crédit fournisseur et se transmet à l'escompte, selon le mécanisme de la traite. Sa dématérialisation progresse rapidement, 46 % des chèques ayant été déposés par application mobile en 2022, contre 6 % en 2018.

⚠️
Le plafond légal des espèces, à connaître avant d'ouvrir une caisse
La Reducing the Use of Cash Law, 5778-2018 est entrée en vigueur le 1er janvier 2019, avant qu'une ordonnance publiée le 11 novembre 2021 ne durcisse les plafonds au 1er août 2022. Un paiement en espèces impliquant un commerçant ne peut dépasser 6 000 ₪, contre 11 000 ₪ auparavant. Entre parties dont aucune n'est commerçante, le plafond tombe à 15 000 ₪. L'achat de véhicule reste à 50 000 ₪. Le dépassement expose les deux parties à une sanction pécuniaire, et une caisse opérée en Israël doit donc bloquer l'encaissement au-delà du seuil.

Shva : un switch, et un seul

Shva (Automated Bank Services Ltd.) est le switch national israélien, l'opérateur qui commute les transactions par carte entre les terminaux des marchands, les passerelles, les acquéreurs et les émetteurs. Il assure le règlement quotidien entre ces participants. Il exploite en parallèle le réseau de commutation des distributeurs. Aucun autre opérateur n'assure cette fonction sur le territoire israélien, alors que d'autres marchés répartissent la commutation entre plusieurs réseaux concurrents. Toute transaction par carte israélienne emprunte donc le même point de passage.

Le trajet réel d'un paiement carte en Israël
Terminal ou passerelle
Construit la demande selon le protocole local
Le logiciel Ashrait, distribué par Shva, est le standard d'intégration en point de vente ; le e-commerce passe par une passerelle raccordée
Protocole EMV israélien
Impose la logique métier et les spécifications
Le protocole est exploité par une association dédiée et déclaré système contrôlé par le Gouverneur le 8 août 2022, au titre de la Payment Systems Law 5768-2008
Shva (switch)
Commute vers l'émetteur, puis calcule le règlement
Le système de cartes de paiement de Shva relie acquéreurs et émetteurs, et assure le règlement quotidien entre eux
Émetteur
Autorise ou refuse
Trois sociétés de cartes émettent l'essentiel du parc, aux côtés des banques
Zahav (RTGS)
Règle définitivement les positions
Zahav est le lieu de règlement final de tous les systèmes de détail israéliens, y compris ceux de Shva et de Masav

Le volume commuté se compte en milliards d'opérations. En 2022, le switch de Shva a traité 2,03 milliards de transactions débitrices pour 433,4 Md ₪, auxquelles s'ajoutent 20,6 millions de crédits et annulations (Banque d'Israël, 2024). Sur le versant automates, 44,7 millions de retraits interbancaires pour 45,6 Md ₪ ont emprunté le même opérateur la même année. La disponibilité publiée atteint 100 % en 2023, pour le système de cartes comme pour celui des distributeurs.

⚠️
Point de défaillance unique : ce n'est pas théorique
Le 29 octobre 2024, les entités raccordées à Shva par internet depuis l'étranger ont perdu l'autorisation carte. La coupure a duré d'environ 7 h à 9 h 50, heure à laquelle Shva a déclaré au marché que le service était rétabli (Calcalist / CTech, 2024). L'épisode a été présenté comme une attaque par déni de service. Une seconde interruption, nationale cette fois, a suivi le 13 février 2025 à partir de 11 h environ, attribuée par Shva à une nouvelle attaque par déni de service, forçant des commerces à n'accepter que des espèces (Globes, Ynet, 2025). L'exposition varie selon le mode de raccordement, l'incident d'octobre 2024 n'ayant atteint que les acteurs reliés depuis l'extérieur. Un dispositif d'acceptation conçu pour Israël doit donc prévoir un mode de fonctionnement dégradé.

Shva n'est plus contrôlée par les banques qui l'utilisent. La loi Strum de 2017 a interdit aux banques le contrôle d'un opérateur de système d'interface, ainsi que la détention de 10 % d'un type de moyen de contrôle. Shva a donc été introduite en bourse. Les participations des banques sont passées sous 50 %. Le Gouverneur a annulé sa licence de société de services communs fin mai 2022 (Banque d'Israël, 2024). Un chantier parallèle sépare Shva de Masav, à la demande formulée par l'Autorité de la concurrence en octobre 2019.

Le tashlumim : la carte israélienne est un instrument de crédit

La carte dominante en Israël est la carte à débit différé. Le porteur achète pendant le mois et l'émetteur agrège les opérations. Le compte est débité en une seule fois. Sur cette base s'est construit le tashlumim, le fractionnement d'un achat en mensualités. Il est proposé par défaut à la caisse et sur presque toutes les pages de paiement israéliennes, le porteur choisissant son nombre d'échéances au moment de payer. Une offre marchande dépourvue de tashlumim se place en retrait des usages du commerce de détail israélien.

Le financement du tashlumim relève de deux montages que la Banque d'Israël distingue explicitement. Dans le premier, le crédit est à la charge du marchand, qui accorde lui-même le délai, de quelques jours à quelques mois, et en supporte le coût de trésorerie. Dans le second, le crédit est à la charge du client, à qui la société de cartes prête sur plusieurs mois, parfois au-delà d'un an, via ses programmes de crédit (Banque d'Israël, 2024). Les deux montages s'affichent au porteur de la même façon, sans produire le même effet sur le compte du commerçant.

Type de carteDébit du porteurCrédit du marchandRemarque opérationnelle
Débit différé (le standard)Une fois par mois, échéances comprisesAux dates convenues avec l'acquéreurAdossée à une ligne de crédit accordée par l'émetteur ; inaccessible à qui n'en a pas
Débit immédiatÀ l'exécution de l'opérationSous trois jours ouvrésDirective n° 470 (6/2015) : émetteur vers acquéreur sous deux jours ouvrés, acquéreur vers marchand sous trois
PrépayéeAu chargementSous trois jours ouvrésSubstitut d'espèces, utilisable sans compte bancaire et par des mineurs
RevolvingPlafond mensuel choisi, solde reportéAux dates convenuesLe report porte intérêt ; c'est le seul des quatre où le crédit est explicitement onéreux
Les catégories de cartes israéliennes et leur effet sur la trésorerie du marchand
🔑
Le débit immédiat reste marginal, et cela se paie
Sur 10,7 millions de cartes actives en 2022, seules 1,386 million étaient des cartes à débit immédiat (Banque d'Israël, 2024). La Banque d'Israël encourage cette catégorie depuis plusieurs années. La supervision bancaire impose des frais inférieurs à ceux du débit différé, et la gratuité pendant trois ans pour un client détenant déjà une carte différée. La révision du 29 mars 2023 de la directive n° 422 ajoute la carte à débit direct et le retrait d'espèces aux services qu'une banque ne peut refuser sans motif raisonnable. La part du débit immédiat dans le parc reste donc faible, alors même que la réglementation en abaisse le coût pour le porteur et en restreint le refus par la banque.

Le tashlumim produit deux effets sur la chaîne d'encaissement d'un marchand international. Le prix affiché doit pouvoir se décomposer en échéances, la passerelle transmettant leur nombre dans le message d'autorisation, tandis que le système de commande ne doit reconnaître qu'un seul encaissement. Le second effet porte sur le remboursement, l'annulation d'une vente échelonnée n'éteignant pas mécaniquement les échéances restantes chez l'émetteur. Le service client du marchand doit savoir l'expliquer au porteur. La réconciliation comptable s'effectue sur le montant total de la vente, et non sur l'échéance individuelle.

La réforme du marché des cartes

Trois sociétés émettent et acquièrent l'essentiel des cartes israéliennes, Isracard Ltd., Max IT Finance Ltd. et Israel Credit Cards Ltd. (CAL). Elles portent cinq marques. Visa, Mastercard, American Express et Diners y côtoient Isracard, marque locale (Banque d'Israël, 2024). Elles appartenaient toutes les trois à des banques. La réforme du marché des cartes a défait ce lien, société par société.

Le détachement procède de la loi du 31 janvier 2017, Increasing Competition and Reducing Concentration in the Banking Market in Israel (Legislative Amendments) Law, 5777-2017, dite loi Strum. Elle interdit aux banques dont les actifs dépassent 20 % du total bancaire israélien d'émettre des cartes ou d'acquérir des transactions. Le texte applique les conclusions d'un comité institué en juin 2015 par le ministre des Finances Moshe Kachlon et la Gouverneure Karnit Flug, et présidé par l'avocat Dror Strum, ancien Antitrust Commissioner.

Juin 2015
Comité Strum
Institué pour ouvrir la banque de détail à de nouveaux entrants, notamment en détachant les sociétés de cartes de leurs banques.
31 janvier 2017
Loi Strum publiée
Interdiction faite aux banques au-delà de 20 % des actifs d'émettre ou d'acquérir ; le seuil vise Hapoalim et Leumi.
2019
Max quitte Bank Leumi
Premier détachement achevé (Banque d'Israël, 2024).
2020
Isracard quitte Bank Hapoalim
Second détachement achevé ; les deux plus grandes banques sortent de la carte.
Fin mai 2022
Shva sort du giron bancaire
Après introduction en bourse, les participations bancaires tombent sous 50 % et la licence de société de services communs est annulée.
25 juillet 2025
Delek Group prend Isracard
Acquisition de 37 % finalisée, portant la participation à environ 40 % ; le permis de contrôle de la Banque d'Israël avait été délivré le 9 juillet 2025.
19 septembre 2025
CAL vendue au groupe Union Harel
Le conseil de Discount Bank approuve la cession de sa participation à Union Investments and Development Ltd. et Harel Insurance Investments and Financial Services Ltd., pour une contrepartie totale pouvant atteindre 4 Md ₪.

La cession de CAL constitue la dernière étape de ce détachement. Le conseil de Discount Bank a approuvé le 19 septembre 2025 la vente de l'intégralité de sa participation au groupe Union Harel, pour une contrepartie totale plafonnée à 4 Md ₪. La part de Discount atteint jusqu'à 2,87 Md ₪, dont 2,69 Md ₪ fermes et environ 180 M ₪ conditionnés à la performance, et le groupe détiendra environ 72 % de CAL. First International Bank of Israel dispose d'une option pour céder sa propre participation au même acquéreur, au prorata (communiqué Discount Bank, 2025). Les approbations réglementaires conditionnent la clôture.

Le second levier de la réforme porte sur le prix. La commission croisée désigne l'interchange israélien, dont le taux est fixé par la Banque d'Israël et non négocié entre schemes. Le barème publié conduit la commission du débit différé de 0,7 % à 0,5 %, en trois étapes. Elle passe à 0,6 % au 1er janvier 2019, à 0,55 % au 1er janvier 2021 et à 0,5 % au 1er janvier 2024. Le débit immédiat, entré au barème à 0,3 %, suit une trajectoire dont le terme est fixé à 0,25 % (Banque d'Israël). L'économie annoncée pour les entreprises se comptait en centaines de millions de shekels par an.

TransactionTauxBaseLecture pour un commerçant
Débit différé0,7 % → 0,5 %Trois étapes, terme au 1er janvier 2024Le cas général : ce taux pèse sur presque tout l'encaissement de détail
Débit immédiat0,3 % → 0,25 %Trajectoire fixée par la Banque d'IsraëlLe régulateur rend le débit immédiat structurellement moins cher que le différé
Écart entre les deux0,25 point à terme–Un mix orienté débit immédiat réduit le coût d'acceptation, mais le parc de cartes ne suit pas encore
Commission croisée israélienne : le barème et son sens économique
ℹ️
L'interchange n'est pas la commission commerçant
Le taux plafonné rémunère l'émetteur, tandis que la marge de l'acquéreur et les frais de réseau restent négociés, comme sur les autres marchés. Trois émetteurs concentrent l'essentiel du parc, et un seul switch commute les opérations. La commission croisée étant publique et administrée, l'écart de coût entre deux offres d'acquisition israéliennes se forme sur les éléments facturés au-dessus de ce taux. Le calendrier de crédit associé aux ventes en tashlumim entre dans la même comparaison.

Zahav, Masav et le virement instantané

Zahav, le RTGS israélien exploité par la Banque d'Israël, porte le règlement définitif de toutes les positions du pays. Cela inclut les systèmes de Shva et de Masav, la chambre des chèques et les chambres de compensation de la bourse de Tel-Aviv. En 2022, il a réglé 1,906 million d'opérations pour 353 175 Md ₪. Le système comptait 20 participants de règlement en août 2023, pour une disponibilité de 99,905 % en 2023 (Banque d'Israël, 2024).

Zahav se distingue par l'ouverture de son accès aux particuliers et aux petites entreprises. Depuis février 2015, les règles bancaires sur les commissions plafonnent le virement jusqu'à 1 million de shekels au tarif d'une opération au guichet, soit 6 ₪. Les volumes en portent la trace, les opérations de clientèle ayant progressé d'environ 82 % entre 2018 et 2022. Un virement final et irrévocable coûte donc 6 ₪ à un client israélien, quel que soit son montant sous ce plafond.

Masav (Banks' Clearing Center) exploite l'ACH israélien, la chambre de compensation des virements et prélèvements de masse. Le système des crédits, débits et transferts a porté 5 298 Md ₪ pour 539,5 millions d'opérations en 2022, les crédits représentant environ 78 % des paiements réglés (Banque d'Israël, 2024). Salaires, pensions et prélèvements d'abonnement y circulent. Un crédit compensé chez Masav peut être rejeté par le bénéficiaire dans les trois jours ouvrés, quand un crédit passé par Zahav est immédiat et définitif. Cette différence de finalité détermine le choix du rail pour un décaissement.

Le virement instantané israélien est exploité par Masav depuis 2020, année où il a porté 1 million d'opérations pour 149 M ₪. En 2022, il portait 5,1 millions d'opérations et 13,2 Md ₪, soit environ 2 % des transactions de Masav. En 2023, il atteignait 6,7 millions d'opérations pour 25,5 Md ₪, en hausse de 31 % en nombre et de 93 % en valeur sur un an. L'émission d'un virement instantané n'est pas proposée par toutes les banques. La réception, en revanche, s'impose à toutes.

25,5 Md ₪
virements instantanés en 2023, contre 149 M ₪ en 2020
Banque d'Israël, 2024
+93 %
croissance en valeur du rail instantané entre 2022 et 2023
Banque d'Israël, 2024
Juin 2024
échéance de conformité au paiement par alias pour tous les participants
Lignes directrices Banque d'Israël du 5 juillet 2023
Nov. 2025
fin de la migration ISO 20022 des messages Zahav, ouverte en mars 2023
Banque d'Israël, 2024
✅
Alias et Request-to-Pay : la fenêtre commerçant s'ouvre
Le 5 juillet 2023, la Banque d'Israël a publié les principes du virement instantané adressé par alias plutôt que par IBAN. L'alias peut être un courriel, un numéro de téléphone, un numéro d'identité ou un numéro fiscal, et tous les participants devaient s'y conformer en juin 2024. Le même cadre porte le Request-to-Pay, qui étend aux paiements vers les commerçants et l'administration un rail instantané ne servant jusque-là guère qu'entre particuliers. L'accord signé en février 2023 entre le Comptable général du ministère des Finances et Masav ouvre en parallèle le rail aux versements de l'État. Le rail instantané devient ainsi, pour un émetteur de factures, la première voie d'encaissement à concurrencer sérieusement la carte depuis une vingtaine d'années.

Bit, Paybox et les applications de paiement

Le paiement entre particuliers israélien s'est construit dans trois applications bancaires, Bit (Bank Hapoalim), PayBox (Israel Discount Bank) et Pay (Bank Leumi). L'Israel Competition Authority a publié en juillet 2021 l'étude de marché P2P Transfer Apps, qui établissait qu'en 2020, Bit traitait la majorité des opérations de la catégorie, en nombre comme en valeur. Sa position se renforçait. Le rapport recommandait d'envisager une interopérabilité obligatoire entre applications (Knesset, Research and Information Center, octobre 2021).

Les volumes ont fortement augmenté depuis. La valeur transitant par les portefeuilles et applications a plus que doublé en dix-huit mois, selon les données de Shva. Elle passe d'environ 2,4 Md ₪ au premier trimestre 2020 à environ 5,4 Md ₪ au troisième trimestre 2021, tandis que la part de l'ensemble des transactions monte de 2,7 % à plus de 5 %. Sur les portefeuilles au sens strict, la Banque d'Israël mesure une multiplication par plus de treize entre juillet 2021 et juillet 2023. Le volume mensuel passe de 274,6 M ₪ à 3,586 Md ₪, soit 8,71 % des transactions par carte.

8,71 %
part des portefeuilles numériques dans les transactions par carte, juillet 2023
Banque d'Israël d'après Shva, 2024
65,8 %
des paiements carte en présence sont sans contact, par portefeuille ou par montre
Shva, juillet 2023
42 %
des fonds transitant par Bit et Paybox sont des paiements à des entreprises
Enquête Banque d'Israël, octobre 2023
300 ₪
plafond du sans contact avant saisie du code, hors exceptions
Banque d'Israël, 2024

Le glissement vers le paiement marchand se lit dans les chiffres. En 2020, la Banque d'Israël mesurait 13,8 Md ₪ transitant par les applications, dont 88 % entre particuliers et 8 % seulement vers des entreprises, pour une opération moyenne de 236 ₪. L'enquête d'octobre 2023 sur Bit et Paybox donne 42 % des fonds en paiements à des entreprises. Ces applications, conçues pour le transfert entre particuliers, sont donc devenues en trois ans un canal d'encaissement commerçant, dont les frais constituent le principal grief exprimé par les commerçants interrogés.

⚠️
Les fractures d'usage sont documentées, et elles sont fortes
L'usage des applications de paiement varie fortement selon l'âge et la communauté d'appartenance. Le Bureau central des statistiques, cité par la Knesset en 2021, mesurait des écarts massifs. Les applications de transfert étaient utilisées par 50 % des 20-44 ans, contre 13 % des 65 ans et plus. L'écart communautaire est plus large encore, 46 % chez les Juifs contre 4 % chez les Arabes, tandis que chez les ultra-orthodoxes le taux tombait à 10 %, contre 58 % chez les laïcs. L'enquête de la Banque d'Israël d'octobre 2023 confirme un usage nettement plus faible dans les communautés haredi et arabe. Un marchand qui adresse ces segments ne peut donc retirer ni l'espèce ni la carte de son parcours.

L'ouverture de ces applications procède d'une décision de l'Autorité de la concurrence, dont l'exemption de juin 2020 pose deux règles. Les cinq grandes banques ne peuvent refuser sans motif raisonnable de représenter un prestataire de services de paiement. Aucune ne peut utiliser le rail instantané pour sa propre application avant d'avoir représenté un prestataire non bancaire qui l'utilise réellement. Bit a ensuite été autorisée par la Banque d'Israël à devenir un portefeuille ouvert aux clients d'autres banques.

Licences, superviseurs et accès aux systèmes

L'architecture juridique tient sur quatre textes. La Bank of Israel Law, 5770-2010 confie à la banque centrale, en son article 4, la régulation des systèmes de paiement. La Payment Systems Law, 5768-2008 définit le système de paiement et fixe la finalité, en autorisant le Gouverneur à déclarer un système contrôlé ou contrôlé désigné. L'amendement n° 18 à la Banking (Licensing) Law, 5741-1981, adopté en août 2011, interdit d'acquérir des transactions sans licence délivrée par le Gouverneur. Le régime consommateur, lui, vient de la Payment Services Law, 5779-2019.

La Payment Services Law est entrée en vigueur le 14 octobre 2020 et a abrogé la Payment Cards Law, 5746-1986, en s'inspirant de la directive européenne tout en conservant les protections issues du droit local. Le client peut demander le gel d'un moyen de paiement pour une durée n'excédant pas deux semaines, contester une opération et obtenir un crédit conditionnel, y compris sans présence de la carte. Un ordre permanent inutilisé pendant deux ans s'annule seul. Quand plusieurs prestataires participent à une opération défaillante, leur responsabilité est solidaire. Le client peut alors s'adresser à celui de son choix.

Le second étage est arrivé avec la Regulation of Payment Services and Payment Initiation Law, 5783-2023, publiée le 6 juin 2023 et entrée en vigueur le 6 juin 2024. Elle installe le régime de licence des acteurs non bancaires, dont la supervision revient à l'Israel Securities Authority, y compris pour les acquéreurs qui ne sont pas des prestataires prudentiels. Les acquéreurs déjà licenciés par la Banque d'Israël ont eu six mois pour déposer un dossier auprès de l'ISA. Le texte crée aussi l'initiation de paiement, et un amendement à la Wage Protection Law, 5718-1958 autorise le versement d'un salaire sur un compte tenu par une société de paiement.

AutoritéPérimètreTextes de référence
Banque d'Israël, Payment and Settlement Systems DepartmentSurveillance des systèmes contrôlés, accès des participants, opération de ZahavBank of Israel Law 5770-2010 art. 4 ; Payment Systems Law 5768-2008
Banque d'Israël, Banking SupervisionLicence d'acquéreur, banques, sociétés de cartes, commission croisée, directives de conduiteBanking (Licensing) Law 5741-1981 amend. 18 ; Banking (Service to Customer) Law 5741-1981
Israel Securities AuthorityLicences des prestataires non bancaires, initiation de paiement, service d'information financièreRegulation of Payment Services and Payment Initiation Law 5783-2023 ; Financial Information Service Law 5782-2021
Capital Market, Insurance and Savings AuthorityPrestataires de services sur actifs financiers, unions de dépôt et de crédit raccordées aux systèmesAccord avec la Banque d'Israël du 28 septembre 2022
Israel Competition AuthorityConcentration bancaire, séparation Shva/Masav, exemptions d'ententeLoi Strum 5777-2017 ; décision d'exemption Masav de juin 2020
Qui supervise quoi en Israël

L'ouverture bancaire suit son propre canal. La Financial Information Service Law, 5782-2021, publiée le 4 novembre 2021, oblige les établissements détenant des données de clientèle à les exposer par API, à des prestataires agréés de services d'information financière. Ces prestataires relèvent de l'Israel Securities Authority. Les détenteurs de données restent sous leurs superviseurs respectifs. L'ISA a délivré ses premières licences à des sociétés de technologie financière le 28 septembre 2022. Le périmètre des données couvre soldes, commissions, intérêts, mouvements, découvert, épargne et titres.

ℹ️
Les fenêtres d'adhésion, contrainte de calendrier à intégrer très tôt
Le raccordement aux systèmes israéliens s'effectue à des dates fixées à l'avance. Sur instruction de la Banque d'Israël du 11 décembre 2022, les opérateurs publient des fenêtres d'entrée. Le système de crédits, débits et transferts et le rail temps réel ouvrent en avril et en novembre. Zahav a retenu avril et novembre 2023, puis juin et novembre 2024, tandis que les systèmes de cartes et de distributeurs ouvrent en janvier et juillet. Une limite matérielle s'y ajoute, le code d'identification du secteur financier, l'ancien code banque, tenant sur deux chiffres. Il plafonne donc le nombre de participants à 99, et son extension a été reportée à 2026.

Entrer comme acquéreur ou prestataire étranger

Les systèmes contrôlés israéliens sont ouverts aux acteurs étrangers depuis 2023. Le 28 février 2023, la Banque d'Israël en a autorisé l'accès aux titulaires d'une licence de services de paiement délivrée par un pays reconnu. Les règlements du ministre des Finances en fixent la liste, limitée au Royaume-Uni, aux pays de l'Union européenne et aux États-Unis. Le cadre repose sur l'exemption de licence prévue par la réglementation israélienne sur les services d'actifs financiers. Deux voies coexistent.

VoieConditionsCe qu'elle permet
Environnement de testRemplir les conditions de l'exemption de licenceSe raccorder aux systèmes et conduire des expérimentations, sans activité réelle
Environnement de productionAu moins deux ans d'activité après l'obtention de la licence d'origine, et une base d'au moins 5 millions de clients, plus conditions additionnellesOpérer réellement dans les systèmes israéliens sur la base de la licence étrangère
Condition communeApprobation du Gouverneur de la Banque d'IsraëlDernière étape avant le raccordement effectif, quelle que soit la voie retenue
Les deux voies d'accès pour un prestataire de paiement étranger (Banque d'Israël, février 2023)

Un assouplissement supplémentaire est intervenu en novembre 2023, pendant la guerre. Les acquéreurs internationaux licenciés au Royaume-Uni, dans l'Union européenne ou aux États-Unis peuvent engager leur raccordement à l'environnement de test du système de cartes de Shva. Ils le font avant toute activité d'acquisition, et même avant de déposer une demande de licence israélienne. L'objectif affiché était de raccourcir le délai d'entrée. Le raccordement technique et l'instruction du dossier de licence peuvent donc se dérouler en parallèle.

Côté domestique, l'acquisition s'est ouverte en parallèle. Tranzila avait obtenu une licence de règlement en 2017, Cardcom en 2018, avant que la supervision bancaire n'institue une procédure simplifiée, aux exigences de capital nettement réduites. Des licences permanentes d'acquéreur ont été délivrées en 2023 et 2024 à CardCom Settlements Ltd. et Tranzila Ltd.. Une licence temporaire est allée à Upay Finance Ltd. (Banque d'Israël, 2024), et le passage de relais vers l'ISA, en juin 2024, s'est appliqué à ces licenciés.

Les acteurs qu'un dossier israélien rencontre réellementSHShvaMAMasavISIsracardMAMaxCACALBIBitPAPayBoxRevolut
  • Prestataires non bancaires raccordés ou en cours. « Grow » de Meshulam Payment Solutions Ltd., Global Remit Currency Services Ltd., A.T.M.S Matrix Ltd., Neema Shefa Ltd., Rewire ASG (groupe Remitly), GMT Tech Innovation Ltd., V-Check Ltd., Revolut Ltd. et 019 Payment Services Ltd. (Banque d'Israël, 2024).
  • Nouvelles banques. Esh Bank a reçu une licence temporaire en décembre 2022 et s'est raccordée à Zahav en novembre 2023 ; Ofek, union de dépôt et de crédit, poursuit son raccordement sous la supervision de la Capital Market Authority.
  • Clubs de fidélité en boucle fermée. Depuis le 19 juin 2022, ces acteurs peuvent se raccorder directement au système de cartes de Shva et encaisser sur les terminaux existants, au lieu de déployer leur propre infrastructure.
  • Transfert de fonds des travailleurs étrangers. Un segment à part, servi par la Banque postale, les changeurs agréés et des sociétés dédiées ; l'amendement à la Wage Protection Law y ouvre le versement de salaire sur compte de paiement.
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Ce qu'un acquéreur étranger doit accepter avant de signer
Trois contraintes s'imposent à tout acquéreur étranger. Le raccordement passe par Shva et par le protocole EMV local, dont les spécifications sont fixées par une association déclarée système contrôlé, et aucun chemin alternatif ne mène à l'émetteur israélien. Le calendrier, lui, est celui des fenêtres d'entrée, deux par an et par système. L'offre doit enfin porter le tashlumim, faute de quoi les marchands du détail la jugeront incomplète. La marque Isracard, purement domestique dans son histoire, s'ajoute à ces trois points. Un plan d'acceptation qui l'omet laisse une part du parc israélien hors de portée.

Les chantiers ouverts : chèque numérique et shekel numérique

Deux projets structurent l'agenda israélien des paiements pour la décennie en cours. Le premier vise le chèque, dont le volume reste élevé et le traitement coûteux, et pour lequel la Banque d'Israël développe un ordre de débit numérique, présenté comme le remplaçant du chèque papier. Ce nouvel instrument conserve les propriétés économiques du chèque : postdatable, endossable, escomptable. Le coût du support papier se mesure dans les rejets. En 2022, 2,27 millions de chèques ont été retournés, les rejets pour motif technique atteignant 32,1 Md ₪, soit 4,3 % des chèques compensés, et 81 % des retours tenant au support papier lui-même.

L'intérêt économique de cet instrument se répartit entre les deux parties. Un ordre de débit postdaté conserve, pour le client, un crédit sans intérêt qui ne s'impute pas sur sa ligne de crédit. Pour le fournisseur, il préserve l'endossement et l'escompte, deux mécanismes de financement massivement utilisés en Israël, tandis que le rejet pour signature manquante ou date mal écrite disparaît. Sur les chèques postdatés, la Banque d'Israël relève que 99 % sont encaissés à la date portée.

Le second chantier est le shekel numérique. La Banque d'Israël a publié le 3 mars 2025 le Preliminary Design for the Digital Shekel System, ouvert aux commentaires du public jusqu'au 15 mai 2025. Le modèle est à deux niveaux, la banque centrale émettant tandis que des DS-PSP, prestataires de services de paiement en shekel numérique, connectent les utilisateurs finaux. À leurs côtés opèrent des institutions de financement et des prestataires de services additionnels. Les DS-PSP ne détiennent pas les fonds des clients, ce qui justifie une régulation allégée et ouvre le rôle à des acteurs non bancaires.

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Aucune décision d'émission n'a été prise
Le projet est documenté publiquement depuis 2017, avec un premier rapport du comité de pilotage en 2018 et un second en 2021. Le design de mars 2025 précise un usage à la fois de détail et de gros. Il pose aussi un principe tarifaire. Les opérations de base ne seraient pas facturées aux particuliers. La Banque d'Israël répète qu'elle n'a pas décidé d'émettre, alors que les travaux techniques se poursuivent. Le Digital Shekel Challenge, inspiré du projet Rosalind du BIS Innovation Hub, a réuni 14 participants. Israël a copiloté deux projets avec la BRI. Le premier, Icebreaker, a été mené avec la Suède et la Norvège. Le second, Sela, l'a été avec l'autorité monétaire de Hong Kong.

Un troisième chantier conditionne les deux autres. La migration ISO 20022 des messages de Zahav a démarré en mars 2023 et s'est achevée en juillet 2025, avant l'échéance SWIFT de novembre 2025. Depuis cette échéance, les participants SWIFT sont tenus d'émettre au nouveau format, alors que SWIFT dispense les RTGS de cette bascule. La Banque d'Israël l'a engagée quand même, pour aligner sa place sur les standards que ses correspondants adoptent. Masav et ses participants avaient reçu, dès mars 2021, l'instruction d'adopter ISO 20022 dans son intégralité. L'échéance porte donc aussi sur le format émis par l'établissement étranger lui-même, et pas seulement sur celui de sa contrepartie israélienne.

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Ce qu'il faut retenir pour opérer en Israël
Le marché israélien est dominé par la carte, sur de très petits tickets, et l'ensemble des transactions emprunte un switch unique dont il faut couvrir la défaillance. Le mode de paiement attendu au détail est le tashlumim. Son financement se répartit entre le marchand et le porteur selon le montage retenu, et savoir lequel des deux le supporte est la première question à poser à un acquéreur. Le prix de l'interchange est administré et connu. Il s'établit à 0,5 % en débit différé et à 0,25 % à terme en débit immédiat. Ouverte depuis 2023 sous licence britannique, européenne ou américaine, l'entrée d'un acteur étranger se cale sur des fenêtres semestrielles et se termine par l'approbation du Gouverneur.