Référence🇪🇺 Le paiement en EuropeIntermédiaire⏱ 28 min de lecture

🇵🇱 Les paiements en Europe centrale et orientale

BLIK et les trois rails du zloty, l'instantané hongrois imposé par décret et son QR normé. La divergence Tchéquie/Slovaquie, le contre-remboursement roumain, la bascule de la Bulgarie à l'euro et ce que l'euro numérique changera

Le terrain : une région, six monnaies, deux vitesses

L'Europe centrale et orientale réunit des marchés de paiement bâtis chacun sur ses propres infrastructures. La désignation courante de « pays de l'Est » y recouvre des dispositifs sans infrastructure commune. La région porte la plus forte densité d'infrastructures nationales du continent. Chaque pays y a construit son propre système de compensation, souvent son propre rail instantané, parfois son propre scheme carte. Ces briques ne se recouvrent pas. La ligne de partage qui organise l'ensemble est l'appartenance à la zone euro, laquelle commande l'accès à TIPS, le champ d'application du règlement sur les virements instantanés et l'horizon de l'euro numérique. L'appartenance à l'Union européenne, plus large, n'en commande à elle seule aucun.

Le premier groupe réunit les États en monnaie nationale, à savoir la Pologne (PLN), la Tchéquie (CZK), la Hongrie (HUF) et la Roumanie (RON). Ils exploitent des rails domestiques à fort volume. Ces rails restent hors du champ des obligations européennes sur l'instantané en euro. Un encaisseur y tient deux infrastructures parallèles, l'une en monnaie locale, l'autre en euro. Le second groupe réunit les entrants dans la zone euro. Celle-ci a été rejointe par la Slovénie en 2007, la Slovaquie en 2009, l'Estonie en 2011, la Lettonie en 2014, la Lituanie en 2015, la Croatie en 2023 et la Bulgarie en 2026. Leurs rails nationaux s'éteignent ou se convertissent au fil de l'adhésion.

PaysMonnaieRTGSCompensation de masseInstantanéSurcouche d'initiation
PolognePLNSORBNET3 (NBP)Elixir (KIR)Express Elixir (KIR) + BlueCash (Autopay)BLIK (Polski Standard Płatności)
TchéquieCZKCERTIS (ČNB)CERTIS, le même systèmeOkamžité platby, module de CERTISQR Platba (ČBA)
HongrieHUFVIBER (MNB)BKR (GIRO Zrt.)AFR / GIROInstant (GIRO Zrt.)qvik (MNB / GIRO Zrt.)
RoumanieRONReGIS (BNR / TRANSFOND)SENT (TRANSFOND)Plăți instant (TRANSFOND)RoPay (TRANSFOND / ARB)
SlovaquieEURTARGET-SK (NBS)SIPS (NBS)TIPS, pas d'infrastructure nationaleViamo, devenu BLIK SK
BulgarieEUR depuis 2026TARGET-BNBBISERA (EUR)blink (BORICA), via TIPSblink P2P
SlovénieEURTARGETBankartFlik, sur BIPS (Bankart)Flik
CroatieEUR depuis 2023TARGETNKS (Fina)EuroNKSInst (Fina)KEKS Pay (Erste)
Infrastructures de paiement par pays (2026)
2,9 Md
transactions BLIK en Pologne en 2025 (+21 % sur un an)
Polski Standard Płatności, communiqué de février 2026
636,08 M
virements instantanés Express Elixir en 2025, pour 320,58 Md PLN (+21 %)
KIR, statistiques annuelles 2025
45,5 %
part des virements interbancaires tchèques exécutés en instantané en mars 2026, contre 21 % à la mi-2022
Česká národní banka, communiqué du 13 avril 2026
1,95583
taux de conversion irrévocable BGN/EUR appliqué le 1er janvier 2026
Conseil de l'Union européenne / BNB
🔑
La règle de survie régionale : ne jamais supposer la carte
En Europe occidentale, le raccordement à Visa et Mastercard couvre l'essentiel du volume encaissé. En Europe centrale et orientale, une part substantielle des paiements en ligne échappe à ces deux réseaux. En Pologne, le premier moyen de paiement sur internet est BLIK, un dispositif domestique qui ne repose sur aucune carte. En Hongrie, la banque centrale a créé de toutes pièces une alternative marchande à l'interchange. En Roumanie, une large part des commandes se règle encore en espèces à la livraison. Un tunnel de paiement transposé d'Europe occidentale sans adaptation locale y perd une fraction de conversion à deux chiffres.

Pologne : BLIK, le scheme domestique qui a battu les cartes

BLIK est un système national d'initiation de paiement, lancé en 2015 et exploité par Polski Standard Płatności, société détenue par un consortium de banques polonaises. Le dispositif fonctionne sans carte ni application tierce. L'utilisateur ouvre l'application de sa propre banque, y génère un code à six chiffres valable quelques minutes, le saisit sur la page de paiement, puis y confirme l'opération. Aucun numéro de carte n'est renseigné, aucun PAN ne circule, et la confirmation intervient dans un environnement déjà authentifié.

La part de marché de BLIK dans le commerce en ligne est mesurée par la Banque nationale de Pologne (NBP). Elle lui attribue 49,7 % du nombre de transactions e-commerce et 44,9 % de leur valeur. Le chiffre vient du rapport « Zwyczaje płatnicze w Polsce w 2023 r. », publié fin 2024 à partir d'une enquête par carnets de paiement de septembre-octobre 2023. À ce niveau, le moyen de paiement domestique dépasse à lui seul l'ensemble des cartes en ligne. Aucun équivalent national ne l'atteint sur le continent. Sur l'année 2025, Polski Standard Płatności déclare 2,9 milliards de transactions pour 441,5 Md PLN, en hausse de 21 % en nombre et de 27 % en valeur. Fin décembre 2025, il comptait 20,7 millions de comptes actifs.

UsageMécaniqueCe qu'il faut prévoir côté intégration
E-commerceCode à 6 chiffres saisi au checkout, confirmation in-appChamp à six caractères, compte à rebours visible, gestion de l'expiration du code et du renvoi
Paiement récurrent / one-clickEnregistrement d'un alias BLIK lié au marchand après un premier paiement confirméStockage de l'alias, gestion de sa révocation par le porteur depuis son app bancaire
P2P par numéro de téléphoneRésolution du numéro vers le compte via le registre BLIKHors périmètre marchand, mais c'est le vecteur d'adoption qui alimente tout le reste
Retrait DAB et paiement en magasinCode saisi sur l'automate ou le TPE, sans carteParamétrage acquéreur spécifique ; ne se déduit pas d'un contrat carte
Les quatre usages de BLIK et ce qu'ils impliquent pour un encaisseur
⚠️
Ce qui casse : BLIK n'est pas une carte, et ne se traite pas comme telle
Trois différences avec l'acceptation carte gouvernent l'intégration. 1) Il n'y a ni 3-D Secure ni chargeback de scheme carte. L'authentification forte est portée par l'application bancaire, et une contestation relève du droit du virement et non des règles Visa/Mastercard. Le recours du client s'exerce auprès de sa banque, sans arbitrage de réseau. 2) Le code expire en quelques minutes. Une page intermédiaire lente, ou l'absence de fonction de régénération, conduit à l'expiration du code avant confirmation et à l'abandon du panier. 3) Le remboursement constitue un flux distinct de l'encaissement et doit être branché explicitement. Beaucoup d'intégrations sont livrées en production sans que le remboursement partiel ait été testé.
  • Ne jamais reléguer BLIK derrière les cartes dans le tunnel : en Pologne, c'est le choix par défaut attendu, pas une option exotique.
  • Passer par un PSP local (PayU, Przelewy24, Tpay, Autopay) qui expose BLIK, les cartes et les boutons bancaires (pay-by-link) sous un même contrat.
  • Prévoir le pay-by-link : au-delà de BLIK, le virement initié depuis l'interface de la banque du client reste un canal majeur du e-commerce polonais, notamment sur les montants élevés.
  • Suivre le taux d'expiration de code comme un KPI de conversion à part entière : c'est le principal levier d'optimisation propre à BLIK.
  • Anticiper l'expansion régionale : Polski Standard Płatności a racheté le slovaque Viamo, désormais BLIK SK, a.s., et vise une intégration dans plusieurs grandes banques roumaines ; un contrat BLIK peut devenir multi-pays.

Pologne : trois rails pour le zloty, un quatrième pour l'euro

L'infrastructure interbancaire polonaise, sur laquelle repose BLIK, se compose de trois systèmes en zloty et d'un quatrième dédié à l'euro. La Krajowa Izba Rozliczeniowa (KIR), chambre de compensation détenue par les banques et la Banque nationale de Pologne, en opère l'essentiel. Elixir, en service depuis 1994, assure la compensation de masse en zloty par sessions quotidiennes et reste le rail par défaut du virement non urgent. Express Elixir, lancé en 2012, porte l'instantané en zloty. Le règlement des positions nettes s'effectue dans le RTGS de la banque centrale, SORBNET3, bâti sur ISO 20022 et entré en service le 8 septembre 2025 en remplacement de SORBNET2, exploité depuis 2013.

SystèmeOpérateurTransactions 2025Valeur 2025Évolution sur un an
Elixir (masse, PLN)KIR2,24 Md≈ 9 570 Md PLNNombre stable, valeur +5 %
Express Elixir (instantané, PLN)KIR636,08 M320,58 Md PLN+21 % en nombre, +21 % en valeur
Euro Elixir (SEPA, EUR)KIR55,59 M391,58 Md EUR+2 % en nombre, +6 % en valeur
BlueCash (instantané privé, PLN)Autopay S.A.≈ 5 M / an–Rail alternatif, pas de session
Les rails polonais en volume, année 2025 comparée à 2024

Deux traits distinguent le dispositif polonais. Le premier est la coexistence de deux infrastructures instantanées concurrentes sur le même marché domestique. Express Elixir relève de la KIR, tandis que BlueCash est exploité depuis 2011 par Autopay S.A., anciennement Blue Media. Une banque polonaise peut être raccordée à l'une, à l'autre, ou aux deux. L'exécution en instantané n'est donc acquise qu'entre deux banques raccordées au même système, et le taux d'échec de bout en bout dépend du couple d'établissements concernés. Le second trait est Euro Elixir, bras SEPA de la KIR connecté à STEP2, par lequel une banque polonaise émet et reçoit des virements SEPA sans recourir à une banque correspondante de la zone euro. Le marché en zloty dispose de cette manière d'un accès direct aux flux en euro.

Chemin réel d'un paiement BLIK e-commerce
Acheteur
Génère un code à 6 chiffres dans son application bancaire
Le code est éphémère ; il identifie le porteur auprès du registre BLIK, pas un compte
Marchand / PSP
Transmet le code et le montant au switch BLIK
Polski Standard Płatności résout le code vers la banque émettrice de l'acheteur
Banque de l'acheteur
Notifie l'acheteur et recueille sa confirmation
L'authentification forte est portée par l'application bancaire, sans 3-D Secure
Banque de l'acheteur
Émet un virement instantané vers le compte d'encaissement
Le transport passe par Express Elixir ou BlueCash selon les raccordements
Règlement
Positions réglées en monnaie centrale dans SORBNET3
Le marchand voit les fonds disponibles sans attendre un cycle de compensation carte
ℹ️
Le zloty reste hors du champ des obligations européennes
Le règlement (UE) 2024/886 ne porte que sur les virements instantanés en euro. Les rails en monnaie nationale (PLN, CZK, HUF, RON) n'entrent pas dans son champ. Délais, plafonds et tarification y restent fixés nationalement. Un PSP polonais peut donc respecter intégralement le règlement européen sur ses flux en euro et appliquer des règles entièrement différentes à ses flux en zloty. Le périmètre exact des engagements pris par le prestataire doit être vérifié devise par devise.

Deux acteurs complètent le paysage. Paybynet, service de la KIR, transfère les fonds directement du compte du payeur vers celui du bénéficiaire, avec pré-remplissage des champs. Il porte une garantie écrite de la KIR à 100 % du montant et s'intègre nativement à ePUAP, la plateforme des services publics polonais. Les redevances administratives passent usuellement par ce canal. Autopay, enfin, cumule les rôles d'opérateur d'infrastructure, avec BlueCash, et de PSP marchand. La même société se trouve ainsi des deux côtés de la chaîne, comme opérateur du rail et comme prestataire du commerçant, double casquette à documenter dans tout appel d'offres.

Hongrie : l'instantané par décret, puis le QR par décret

Le système AFR (Azonnali Fizetési Rendszer, commercialisé sous le nom GIROInstant) est le rail de virement instantané hongrois, entré en service en mars 2020 et exploité par GIRO Zrt., filiale de la banque centrale Magyar Nemzeti Bank (MNB). La Hongrie l'a introduit en imposant l'instantané par la réglementation, sans phase volontaire, mode de déploiement sans équivalent en Europe. Dès le premier jour, toutes les banques ont dû y participer. Elles doivent exécuter en instantané, en moins de cinq secondes, tout virement électronique en forint sous un plafond réglementaire, passé de 10 à 20 millions HUF le 1er septembre 2023. Le RTGS VIBER (MNB, 1999) règle les positions de l'AFR comme celles de la compensation de masse BKR (GIRO Zrt., 1994).

> 200 M
virements instantanés hongrois en 2023, pour 50 900 Md HUF (+7,9 % en nombre, +13,2 % en valeur)
MNB, Fizetési rendszer jelentés 2024
< 5 s
délai réglementaire d'exécution d'un virement instantané en forint depuis mars 2020
MNB
20 M HUF
plafond des virements électroniques soumis à l'obligation d'exécution instantanée depuis le 1er septembre 2023
MNB
421 000
paiements qvik au 3e trimestre 2025, pour 17,1 Md HUF
Données MNB relayées par la presse hongroise, 2025

La banque centrale a ensuite posé sur ce rail une couche d'acceptation marchande, rendue obligatoire à son tour. Cette couche, qvik, est disponible depuis le 1er septembre 2024. Sa diffusion tient à son mode de déploiement plutôt qu'à ses caractéristiques techniques. Le dispositif prend la forme d'une fonction intégrée aux applications bancaires existantes, et non d'une application à télécharger. La loi impose à tous les prestataires de services de paiement hongrois d'exposer cette fonction dans leur propre application bancaire. Le jour du lancement, la base installée couvrait donc l'ensemble des clients bancarisés du pays.

Mars 2020
Lancement de l'AFR
Virement instantané obligatoire pour toutes les banques hongroises, exécution en moins de cinq secondes, 24/7/365.
1er février 2024
Caractéristiques techniques applicables
L'annexe 5 du décret MNB 35/2017 (XII. 14.) fixe les caractéristiques que les prestataires doivent respecter pour les parcours QR, deep link et NFC.
1er avril 2024
Demande de paiement obligatoire
La réception de la fizetési kérelem (demande de paiement, équivalent du Request-to-Pay) devient obligatoire pour les prestataires.
1er septembre 2024
Entrée de données unifiée obligatoire
Les applications bancaires doivent lire les solutions d'entrée de données unifiées, à savoir le QR normé (ISO/IEC 18004), le deep link et la NFC. qvik devient utilisable.
1er septembre 2023
Relèvement du plafond
Le seuil des virements soumis à l'obligation d'instantanéité passe de 10 à 20 millions de forints.
Le même geste : un QRle client scanne et valideA · La plateforme possède la boucleB · L'État possède le standardQR propriétairelisible par une seule applile QRQR normalisétoute appli conforme le litWallet de la plateformesolde prépayé dans l'appliles fondsCompte bancaireles fonds restent à la banqueRèglement interneécriture dans le ledger du walletrèglementRèglement au rail publicmonnaie de banque centraleLe marchand s'inscritcommission fixée par la plateformeaccèsLe marchand est déjà làprix encadré par la règle publiqueles données restent captivesun standard, plusieurs applisinteropérabilité : nulle par défautinteropérabilité : par constructionLe geste est identique ; ce qui change est la propriété du rail, et donc qui fixe le prix.Côté A, quitter la plateforme coûte le réseau entier. Côté B, changer d'appli ne coûte rien.
🔑
Le QR hongrois est normé, et ce n'est pas un choix d'implémentation
En Hongrie, le format du code QR d'initiation de virement est fixé par voie réglementaire. Le décret MNB 35/2017 (XII. 14.) sur l'exécution des opérations de paiement fixe à son annexe 5 les caractéristiques techniques des parcours QR, deep link et NFC. Il a été modifié par les décrets 57/2022 (XII. 22.) et 65/2023 (XII. 15.), et ces caractéristiques sont applicables depuis le 1er février 2024. Un QR maison, ou le QR propriétaire d'un wallet importé d'un autre marché, reste inutilisable dans le pays. Aucune application bancaire hongroise ne le lit. La norme qvik est lue par toutes.
  • Le coût est l'argument central : qvik est gratuit pour le client (la loi hongroise LXXXV de 2009 sur les services de paiement, à son article 36/E, en garantit la gratuité), et les banques peuvent facturer le commerçant, mais à un niveau annoncé comme nettement inférieur à l'acceptation carte. C'est une attaque frontale et assumée contre l'interchange.
  • Quatre parcours cohabitent : qvik-QR (QR dynamique affiché en caisse ou au checkout), qvik-NFC, qvik-LINK (lien de paiement) et qvik-kérelem (demande de paiement), qui couvre notamment la facturation.
  • Les fonds arrivent en instantané sur le compte du commerçant : pas de cycle de compensation, pas de délai de règlement à financer, un gain de trésorerie qui pèse dans l'arbitrage face à la carte.
  • Pas de chargeback de scheme : comme pour BLIK, la contestation relève du droit du virement. Un marchand qui bascule une part de son volume sur qvik réduit son coût d'acceptation mais change de régime de risque et doit ajuster sa politique de remboursement.
  • Le point d'intégration usuel est SimplePay Zrt. (société antérieurement dénommée OTP Mobil Kft., renommée en juillet 2025), principal PSP hongrois, qui expose à la fois l'acceptation carte, les terminaux, la tokenisation et qvik.

Tchéquie et Slovaquie : deux stratégies opposées après la séparation

Trente ans après la partition, les deux pays ont pris des directions inverses sur l'infrastructure de paiement. La Tchéquie a concentré l'ensemble de ses flux interbancaires dans un système unique. CERTIS, en service depuis 1992, est l'unique système interbancaire du pays. La banque centrale Česká národní banka (ČNB) l'opère directement, et il cumule les rôles de RTGS et de compensation de masse. En 2024, il a traité 983 millions d'opérations pour 386 500 Md CZK, soit environ 3,9 millions d'opérations par jour. Depuis mai 2025, il est ouvert aux établissements de paiement non bancaires, ouverture rare en Europe, où l'accès aux systèmes de règlement reste presque partout réservé aux banques.

La Slovaquie, entrée dans la zone euro en 2009, a suivi la voie opposée en s'appuyant sur les infrastructures de l'Eurosystème plutôt qu'en construisant les siennes. Son système de compensation de détail SIPS, opéré par la Národná banka Slovenska depuis 2003 avec quatre cycles de compensation par jour, a le statut de système ancillaire de TARGET. La NBS a explicitement décidé de ne pas y implémenter l'instantané. Les banques slovaques se raccordent directement à TIPS, la plateforme de l'Eurosystème, et le règlement brut passe par TARGET-SK. Le pays n'a donc pas d'infrastructure nationale à maintenir, et les évolutions du service y dépendent des décisions de l'Eurosystème.

CritèreTchéquieSlovaquie
MonnaieCouronne tchèque (CZK)Euro depuis 2009
Système interbancaireCERTIS (un seul système, RTGS et masse confondus)TARGET-SK (RTGS) + SIPS (masse, 4 cycles/jour)
OpérateurBanque centrale (ČNB), opérateur directBanque centrale (NBS) pour SIPS ; Eurosystème pour le reste
InstantanéModule intégré à CERTIS depuis 2018Aucun rail national : raccordement direct à TIPS depuis 2022
Couverture instantanéPratiquement 100 % ; la dernière grande banque s'est raccordée en 202527 % des virements SEPA slovaques étaient instantanés fin 2024 (NBS)
ObligationNationale, de fait par la couverture bancaireÉmission obligatoire depuis le 9 octobre 2025 (règlement UE 2024/886)
Surcouche marchandeQR Platba (standard de l'association bancaire ČBA, 2012)Viamo, devenu BLIK SK, a.s. (expansion du standard polonais)
Tchéquie et Slovaquie : deux modèles d'infrastructure comparés
45,5 %
des virements interbancaires tchèques sont instantanés en mars 2026 (21 % à la mi-2022)
ČNB, communiqué du 13 avril 2026
2,02 M / jour
paiements instantanés tchèques en moyenne quotidienne en décembre 2025, record historique (+~30 % sur un an)
ČNB, communiqué du 13 avril 2026
3 s
délai moyen de crédit du bénéficiaire sur les paiements instantanés tchèques
ČNB, 2026
1 sur 5
part des petits entrepreneurs tchèques acceptant le QR au point de vente ; 98 % de ceux qui l'utilisent s'en déclarent satisfaits
Enquête IPSOS pour la ČNB, 300 entreprises de 5 salariés au plus, octobre 2025
⚠️
QR Platba décrit un virement, pas un paiement carte
Le standard tchèque QR Platba encode un ordre de virement : IBAN, montant, symbole variable, message. Il a été défini par l'association bancaire Česká bankovní asociace dès 2012, et toutes les applications bancaires du pays le lisent. Il ne porte ni autorisation, ni garantie de paiement, ni mécanisme de contestation de scheme. Le commerçant qui l'affiche à la caisse doit donc vérifier la réception effective des fonds avant de délivrer, vérification que l'exécution en instantané rend quasi immédiate. Cette absence de garantie explique aussi que l'adoption commerçante reste en retrait de l'adoption bancaire. La ČNB identifie le manque d'information comme le premier frein, cité par près d'un quart des répondants à son enquête.

Trois particularités locales complètent ce paysage. SIPO (Soustředěné inkaso plateb obyvatelstva), opéré par la poste tchèque Česká pošta, regroupe en un seul règlement mensuel tous les paiements récurrents d'un ménage, loyer, énergie, assurances et redevances. Un numéro de connexion personnel identifie ce règlement, qui s'effectue au guichet postal comme par prélèvement. Le dispositif relève de la loi n° 370/2017 Sb. sur les services de paiement depuis le 1er mars 2018. En matière de paiement fractionné, la Tchéquie a bancarisé le BNPL. Skip Pay (ex-MallPay) est exploité en coopération avec ČSOB, banque du groupe KBC, et revendique plus de 130 000 utilisateurs actifs et plus de 33 000 e-commerçants partenaires. Twisto en reste le pionnier indépendant. En Slovaquie enfin, le rachat de Viamo par Polski Standard Płatności fait du pays le point d'entrée de BLIK dans la zone euro. La société porte désormais la raison sociale BLIK SK, a.s., et sa passerelle marchande expose BLIK aux côtés des cartes, d'Apple Pay, de Google Pay et de Sporopay.

Roumanie et Bulgarie : le contre-remboursement, la carte et la bascule à l'euro

La Roumanie et la Bulgarie sont les deux marchés les plus jeunes de l'Union en matière de paiement scriptural. Ils partagent une part d'espèces parmi les plus élevées d'Europe. Leurs trajectoires divergent depuis le 1er janvier 2026, date à laquelle la Bulgarie est passée à l'euro tandis que la Roumanie conservait le leu. Ce passage a mis fin à toute une infrastructure nationale bulgare et a fait entrer le pays dans le champ complet des obligations européennes. La Roumanie continue d'exploiter deux rails parallèles. L'un est en leu, l'autre en euro.

Côté roumain, l'infrastructure entière est opérée par TRANSFOND S.A., société détenue par la Banca Națională a României (BNR) et les banques commerciales. Cette gouvernance mixte réunit au capital d'un même opérateur la banque centrale et les établissements qui utilisent ses systèmes. TRANSFOND exploite ReGIS (RTGS en leu, depuis 2005), SENT (compensation de masse en RON et en EUR, depuis 2005) et Plăți instant (instantané en leu depuis 2019, règlement en moins de dix secondes, 24/7/365). Au-dessus de ces systèmes, RoPay, la surcouche d'initiation nationale portée par TRANSFOND avec l'Association roumaine des banques (ARB), couvre le QR, le deep link, la NFC et le numéro de téléphone comme proxy d'IBAN. Le schéma fait l'objet de versions successives. Le registre des institutions adhérentes au schéma RoPay RON est daté du 17 décembre 2025, et la version RoPay_V02R02 prend effet le 30 avril 2026.

📦
Le ramburs roumain
Le contre-remboursement, paiement en espèces à la livraison, reste une institution du e-commerce roumain. Les estimations sectorielles divergent fortement selon la méthode, mais toutes le situent à un niveau sans équivalent dans l'UE. Le taux de refus au seuil de la porte devient dès lors une ligne de coût logistique, pas un sujet de paiement.
💳
NETOPIA Payments (mobilPay)
Principal prestataire d'acquisition e-commerce roumain, fondé en 2003, passé sous contrôle majoritaire d'Innova Capital en 2023. Il revendique plus de 25 000 marchands servis et plus de 25 % des transactions en ligne par carte en Roumanie. Agréé institution de paiement par la BNR (n° IP-RO-0018) en juillet 2026, il cesse d'être un simple intermédiaire technique.
🇧🇬
blink et BORICA
BORICA AD est le point de passage obligé du paiement bulgare. L'entreprise exploite le programme instantané blink (2022, avec blink P2P par numéro de mobile), le scheme carte national Bcard (2016) et, jusqu'à sa fermeture, le système de compensation BISERA6. blink couvre aussi des usages publics : stationnement en zone bleue et verte, abonnements de transport, dons.
🧾
ePay.bg et EasyPay
Le paiement de facture bulgare a ses propres rails. ePay.bg est un portefeuille organisé autour des factures, impôts et taxes locales, avec un compte de monnaie électronique. EasyPay (2006) en est le pendant physique, un réseau dense de guichets où l'on règle en espèces énergie, télécoms et taxes. Ce maillage explique en partie la persistance du cash.
38,3 M
virements instantanés blink en Bulgarie en 2025 (+69 % en volume), pour 35,3 Md EUR (+87 % en valeur), distribués par 9 banques et PSP
BORICA, 2026
22,6 M
paiements instantanés en lev via BISERA6 en 2024, pour 36,9 Md BGN, soit 20,36 % de l'ensemble des virements BGN, dernière année pleine avant l'euro
BORICA, 2025
> 25 %
part des transactions en ligne par carte en Roumanie passant par NETOPIA Payments
NETOPIA, 2026
1er février 2026
date à laquelle l'euro est devenu la seule monnaie ayant cours légal en Bulgarie, après un mois de double circulation
Banque nationale de Bulgarie
⚠️
Bulgarie : ce que la bascule euro a réellement supprimé
Le passage à l'euro a changé l'unité de compte et a éteint des systèmes entiers. La Banque nationale de Bulgarie a invalidé la licence d'opérateur de BISERA6 au 1er janvier 2026. Les paiements de clientèle et les virements budgétaires en lev ont migré vers SEPA et vers le système BISERA en euro, tandis que le RTGS national RINGS a laissé place à TARGET-BNB. Un identifiant de règlement historique disparaît avec eux. Toute chaîne de paiement, tout référentiel de BIC et tout mapping de fichier construits avant 2026 sur les rails en lev doivent être audités. Les instantanés en euro sont pour leur part opérationnels via TIPS depuis décembre 2024. Le taux de conversion irrévocable est de 1 EUR = 1,95583 BGN.
SujetRoumanieBulgarie (depuis 2026)
Devise d'encaissementRON, avec un rail EUR distinct (SENT EUR, SEPA)EUR uniquement, plus de rail national en lev
InstantanéPlăți instant (RON, < 10 s) + SCT Inst pour l'euroSCT Inst via TIPS et BISERA ; blink pour la couche service
Surcouche d'initiationRoPay (QR, deep link, NFC, proxy téléphone)blink P2P (proxy mobile) ; pas d'équivalent RoPay généralisé
Scheme carte domestiqueAucun, Visa et Mastercard seulsBcard (BORICA) : à vérifier dans tout contrat d'acquisition locale
EspècesContre-remboursement massif en e-commerceGuichets EasyPay pour les factures et taxes
Acquisition e-commerce de référenceNETOPIA Payments, PayU, euPlătescBORICA, ePay.bg
Roumanie et Bulgarie : ce qu'un encaisseur doit paramétrer différemment

Les marchés encore fortement en espèces : lire le chiffre avant de l'interpréter

La numérisation du virement et le recul des espèces au point de vente sont deux évolutions distinctes, et la région les donne à voir séparément. Elle porte à la fois les marchés les plus avancés d'Europe sur l'instantané et ceux où l'espèce reste dominante au point de vente. La numérisation du virement porte sur le canal interbancaire, alors que la disparition du cash porte sur le geste de paiement en magasin. Une décision d'acceptation prise sur le premier indicateur se trompe donc sur le second. La Slovénie figure parmi les premiers pays européens pour l'instantané SEPA et parmi ceux de la zone euro où l'on paie le plus en espèces.

64 %
part des paiements en espèces au point de vente en Slovénie en 2024 (en nombre), contre 73 % en 2022 ; les cartes y font 29 %
BCE, étude SPACE 2024, publiée le 19 décembre 2024
52 %
part des paiements en espèces au point de vente dans l'ensemble de la zone euro en 2024 (en nombre), contre 59 % en 2022
BCE, étude SPACE 2024
40,2 %
part des espèces dans le nombre de paiements en Pologne, mais 28,1 % seulement en valeur ; les cartes font 57,8 % en nombre et 71,1 % en valeur
NBP, « Zwyczaje płatnicze w Polsce w 2023 r. », publié en 2024
> 80 %
part des transactions SEPA slovènes déjà traitées en instantané
Bankart, 2025

L'écart entre la part des espèces en nombre de paiements et leur part en valeur indique comment l'usage se répartit selon le montant. En Pologne, l'espèce représente 40,2 % des paiements et 28,1 % des montants, ce qui traduit sa domination sur les petits achats et son effacement sur les gros. Un commerce de proximité à ticket moyen faible et un distributeur d'électroménager rencontrent donc des situations différentes, dans le même pays et la même année. La moyenne nationale, qui agrège les deux, ne décrit exactement ni l'une ni l'autre.

Cause structurelleOù c'est le plus visibleLevier réellement efficace
Réseaux de guichets d'encaissement de facturesBulgarie (EasyPay), Tchéquie (SIPO par la poste)Prélèvement, demande de paiement instantanée, QR sur facture
Contre-remboursement en e-commerceRoumanieRéduire le risque perçu : paiement à la livraison par carte ou QR sur le terminal du livreur
Coût d'acceptation carte pour les petits commercesHongrie, Tchéquie, RoumanieRails A2A à coût quasi nul : qvik, QR Platba, RoPay, BLIK
Défiance et habitude, notamment hors métropolesSlovénie, Roumanie, BalkansAncrage par les usages publics : transports, stationnement, taxes
Économie informelle et micro-commerceBalkans occidentaux, RoumanieEncaissement sur téléphone (SoftPOS), sans terminal ni contrat lourd
Ce qui entretient l'espèce dans la région, et le levier qui y répond
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Le cash recule partout, mais l'instantané le remplace plus vite que la carte
En Europe centrale et orientale, le report des espèces vers un autre moyen de paiement ne suit pas le chemin observé en Europe occidentale, où l'espèce a cédé la place à la carte. Une partie du transfert s'y fait directement vers le virement instantané. Le rail existait avant que l'acceptation carte ne soit universelle, son usage est gratuit pour le client, et les banques centrales l'ont activement promu. La ČNB mesure que 45,5 % des virements interbancaires tchèques sont instantanés en mars 2026, tandis que le QR au point de vente n'est encore accepté que par un petit commerçant sur cinq. L'écart entre la disponibilité du rail et son acceptation en magasin délimite la marge de développement qui reste ouverte aux acquéreurs.

L'euro numérique et l'IPR : la fin programmée des exceptions nationales

Deux textes européens réduiront, sur la décennie en cours, les spécificités nationales décrites plus haut. Le premier est déjà en vigueur. Le règlement (UE) 2024/886 sur les virements instantanés, dit IPR, impose aux prestataires de la zone euro de recevoir des virements instantanés en euro depuis le 9 janvier 2025 et d'en émettre depuis le 9 octobre 2025. Le texte exige aussi la parité tarifaire avec le virement classique et la vérification du bénéficiaire (Verification of Payee). Les prestataires établis dans un État membre dont la monnaie n'est pas l'euro disposent d'échéances décalées. Ce décalage vise les quatre États de la région restés hors zone euro, où la réception devient obligatoire le 9 janvier 2027 et l'émission de virements instantanés en euro le 9 juillet 2027.

SituationRéception d'instantanés en euroÉmission d'instantanés en euro
PSP établi dans la zone euro (SK, SI, HR, EE, LV, LT, BG depuis 2026)9 janvier 20259 octobre 2025
PSP établi hors zone euro (PL, CZ, HU, RO)9 janvier 20279 juillet 2027
Flux en monnaie nationale (PLN, CZK, HUF, RON)Hors champ du règlementHors champ du règlement
Échéances IPR applicables selon le pays d'établissement du prestataire
Payeurapp bancaire ou ERPPSP du payeurcontrôle, débite, transmetordre + SCAVoP : nom du bénéficiaire vs IBANobligatoire depuis le 9/10/2025pacs.008 en lotCSM par lotsSTEP2 · CORE(FR) : cut-offPSP bénéficiairecrédit J+1 ouvrérèglement net, par fenêtresfonds à J+1pacs.008 unitaireCSM temps réelTIPS · RT1 : 24/7/365PSP bénéficiairecrédit ≤ 10 srèglement brut en monnaie centraleréutilisables aussitôtaccepté ou rejeté ≤ 10 splafond SCT Inst supprimé le 5/10/2025SCT : recall 13 mois, sans garantieSCT Inst : irrévocable dès le créditSCT classique : par lotsSCT Inst : unitaire, 24/7confirmationChaque PSP garde ses propres plafonds, qui ne peuvent, sous l’IPR, être inférieurs à ceux du SCT classique.

Le second texte, le règlement instituant l'euro numérique, n'est pas encore adopté. Le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé en octobre 2025 de faire passer le projet à l'étape suivante, et un rulebook en version 0.91 a été publié en juillet 2026. Le calendrier annoncé est subordonné à l'adoption de la législation européenne. Sous cette réserve, un pilote de douze mois doit démarrer au second semestre 2027, avec l'objectif d'une première émission possible en 2029. La décision finale d'émettre, et sa date, n'appartiendront au Conseil des gouverneurs qu'une fois la législation adoptée.

1er janvier 2023
La Croatie adopte l'euro
Le RTGS national HSVP est éteint au profit de TARGET ; le système d'instantané NKSInst devient EuroNKSInst.
9 janvier 2025
IPR, réception obligatoire
Tout PSP de la zone euro doit recevoir des virements instantanés en euro, au tarif du virement ordinaire.
9 octobre 2025
IPR, émission obligatoire
L'émission devient obligatoire dans la zone euro, avec vérification du bénéficiaire.
Octobre 2025
Euro numérique, passage à la phase suivante
Décision du Conseil des gouverneurs de la BCE de poursuivre au-delà de la phase de préparation.
1er janvier 2026
La Bulgarie adopte l'euro
21e membre de la zone euro. BISERA6 et RINGS sont arrêtés ; double circulation du lev et de l'euro jusqu'au 31 janvier.
Juillet 2026
Rulebook euro numérique v0.91
La BCE publie une version du corpus de règles qui impose déjà aux PSP de préparer une distribution obligatoire.
9 janvier / 9 juillet 2027
IPR hors zone euro
Réception puis émission d'instantanés en euro deviennent obligatoires pour les PSP polonais, tchèques, hongrois et roumains.
Second semestre 2027
Pilote euro numérique
Pilote de douze mois avec un panel de prestataires de paiement, sous réserve de l'adoption du règlement en 2026.
2029
Première émission envisagée
Date de lancement possible retenue par la BCE, subordonnée à la finalisation du processus législatif.
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Pour un PSP régional, la question n'est pas « quand », mais « sur quel rail »
L'euro numérique se déploiera au-dessus d'infrastructures instantanées qui existent déjà et fonctionnent bien dans cette région. Les surcouches nationales, à savoir BLIK, qvik, RoPay, QR Platba et Flik, ont conquis leurs usages parce qu'elles sont gratuites pour le client et bien moins chères que la carte pour le commerçant. L'euro numérique est présenté avec les mêmes propriétés de gratuité pour le payeur et de coût réduit à l'acceptation. La question ouverte pour un acteur régional est donc de savoir si sa surcouche nationale en deviendra le canal de distribution ou le concurrent frontal. Dans les pays hors zone euro, l'euro numérique restera à ce stade un instrument étranger, et l'échéance applicable à court terme y demeure celle de l'IPR en 2027.

La périphérie : Baltes, Balkans occidentaux, Ukraine et Moldavie

Au-delà du cœur de la région, trois ensembles suivent des logiques distinctes. Les pays baltes, entrés tôt dans l'euro, ont ouvert leurs systèmes nationaux à des établissements installés hors de leurs frontières. Leurs banques centrales sont ainsi devenues des fournisseurs d'infrastructure pour l'Europe entière. Les Balkans occidentaux, hors Union, construisent une interopérabilité régionale adossée à la technologie de l'Eurosystème. L'Ukraine et la Moldavie exploitent des systèmes pilotés directement par leur banque centrale, le paiement numérique y étant aussi un enjeu de continuité de l'État.

SystèmePaysOpérateurDepuisCe qu'il faut en retenir
CENTROlinkLituanieLietuvos bankas2016228,3 M paiements pour 456 Md EUR en 2023, dont 55 % d'instantanés : la banque centrale lituanienne est devenue la porte d'entrée SEPA des établissements de paiement et de monnaie électronique de toute l'Europe
EKSLettonieLatvijas Banka1998126,3 M virements SEPA pour 202 Md EUR en 2024, dont 72,4 M d'instantanés ; complété par Instant Links, registre proxy national reliant numéro de téléphone et IBAN (2021)
Flik / BIPSSlovénieBankart d.o.o.2019Plus de 800 000 utilisateurs et environ 2 millions de transactions par mois ; Bankart est aussi le processeur cartes de la place, concentration à considérer sous l'angle du risque opérationnel
EuroNKSInst / NKSCroatieFinancijska agencija (Fina)2020Particularité institutionnelle : une agence publique, et non une chambre bancaire, opère l'infrastructure de masse. KEKS Pay (Erste, 2018) sert de couche grand public
IPS NBS / IPS pokaži-skenirajSerbieNarodna banka Srbije2018 / 202050,7 M paiements pour 628,7 Md RSD au premier semestre 2025 (+24,8 % en volume) ; QR national en deux modes, piloté par la banque centrale, qui exploite aussi le scheme carte DinaCard (2003, plus de 150 000 TPE)
SEP / PROSTIRUkraineNatsionalnyi bank Ukrainy1993 / 2004Le SEP traite environ 99 % des paiements interbancaires en hryvnia. Le scheme national PROSTIR reste marginal : 214 000 cartes actives début 2026, face à Visa (53,6 %) et Mastercard (46,0 %) au 1er janvier 2026
MIAMoldavieBanca Națională a Moldovei2023Instantané national porté directement par la banque centrale (QR, P2P), avec plus de 15 prestataires raccordés ; adossé au socle SAPI
KIBSMacédoine du NordKIBS AD Skopje2025Licence d'opérateur de système de paiement pour les virements instantanés en denars délivrée le 17 septembre 2025 par la banque centrale, sur des standards européens
Systèmes de la périphérie, avec opérateur, année et poids
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TIPS Clone : l'Eurosystème exporte son rail dans les Balkans occidentaux
La Banca d'Italia, avec le soutien de la BCE et de l'Eurosystème, met la technologie TIPS à disposition des Balkans occidentaux sous le nom de TIPS Clone. La plateforme est entrée en service le 20 juillet 2026 avec la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro. L'Albanie, le Kosovo et la Macédoine du Nord sont attendus lors d'une seconde fenêtre, en novembre 2026. Le règlement s'y opère dans les monnaies nationales en monnaie de banque centrale et en euro en monnaie commerciale. L'interopérabilité régionale à venir et son raccordement à la zone euro reposent sur cette plateforme. Sa mise en service est le premier signal sérieux qu'une acceptation paneuropéenne pourra, à terme, couvrir ces marchés sans qu'un PSP recoure à une banque correspondante.
  • Ukraine : le paiement de masse passe par les applications bancaires plus que par les rails marchands classiques, à savoir Privat24 (PrivatBank, nationalisée en 2016), monobank (porté par АТ « Універсал Банк ») et NovaPay, filiale du groupe logistique Nova Poshta enregistrée auprès de la NBU comme prestataire de services de paiement. Le taux d'activation des cartes est un indicateur à part : seules 44 % des 148,7 millions de cartes émises étaient actives début 2026.
  • Bosnie-Herzégovine et Monténégro : les banques centrales (CBBH, CBCG) opèrent elles-mêmes le couple RTGS et compensation de détail. La Serbie exploite en outre, avec ces deux pays, un système de compensation en euros adossé à des accords bilatéraux entre banques centrales.
  • Estonie : cas d'école inverse. Le système de compensation national ESTA, opéré par Eesti Pank, a été fermé le 31 janvier 2014 faute d'adhésion. Malgré une tarification abaissée à deux centimes par paiement, les banques ont préféré leurs propres canaux. Une infrastructure publique ne s'impose pas par son prix.
  • Règle de diligence : hors Union, la finalité du règlement, la protection contre l'insolvabilité d'un participant et le statut juridique du système ne se présument pas. Ils se lisent dans la loi nationale sur les services de paiement et dans la désignation faite par la banque centrale. En Serbie, par exemple, le RTGS et la compensation sont explicitement classés systèmes de paiement essentiels, avec finalité protégée.