Le terrain : une région, six monnaies, deux vitesses
L'Europe centrale et orientale réunit des marchés de paiement bâtis chacun sur ses propres infrastructures. La désignation courante de « pays de l'Est » y recouvre des dispositifs sans infrastructure commune. La région porte la plus forte densité d'infrastructures nationales du continent. Chaque pays y a construit son propre système de compensation, souvent son propre rail instantané, parfois son propre scheme carte. Ces briques ne se recouvrent pas. La ligne de partage qui organise l'ensemble est l'appartenance à la zone euro, laquelle commande l'accès à TIPS, le champ d'application du règlement sur les virements instantanés et l'horizon de l'euro numérique. L'appartenance à l'Union européenne, plus large, n'en commande à elle seule aucun.
Le premier groupe réunit les États en monnaie nationale, à savoir la Pologne (PLN), la Tchéquie (CZK), la Hongrie (HUF) et la Roumanie (RON). Ils exploitent des rails domestiques à fort volume. Ces rails restent hors du champ des obligations européennes sur l'instantané en euro. Un encaisseur y tient deux infrastructures parallèles, l'une en monnaie locale, l'autre en euro. Le second groupe réunit les entrants dans la zone euro. Celle-ci a été rejointe par la Slovénie en 2007, la Slovaquie en 2009, l'Estonie en 2011, la Lettonie en 2014, la Lituanie en 2015, la Croatie en 2023 et la Bulgarie en 2026. Leurs rails nationaux s'éteignent ou se convertissent au fil de l'adhésion.
| Pays | Monnaie | RTGS | Compensation de masse | Instantané | Surcouche d'initiation |
|---|---|---|---|---|---|
| Pologne | PLN | SORBNET3 (NBP) | Elixir (KIR) | Express Elixir (KIR) + BlueCash (Autopay) | BLIK (Polski Standard Płatności) |
| Tchéquie | CZK | CERTIS (ČNB) | CERTIS, le même système | Okamžité platby, module de CERTIS | QR Platba (ČBA) |
| Hongrie | HUF | VIBER (MNB) | BKR (GIRO Zrt.) | AFR / GIROInstant (GIRO Zrt.) | qvik (MNB / GIRO Zrt.) |
| Roumanie | RON | ReGIS (BNR / TRANSFOND) | SENT (TRANSFOND) | Plăți instant (TRANSFOND) | RoPay (TRANSFOND / ARB) |
| Slovaquie | EUR | TARGET-SK (NBS) | SIPS (NBS) | TIPS, pas d'infrastructure nationale | Viamo, devenu BLIK SK |
| Bulgarie | EUR depuis 2026 | TARGET-BNB | BISERA (EUR) | blink (BORICA), via TIPS | blink P2P |
| Slovénie | EUR | TARGET | Bankart | Flik, sur BIPS (Bankart) | Flik |
| Croatie | EUR depuis 2023 | TARGET | NKS (Fina) | EuroNKSInst (Fina) | KEKS Pay (Erste) |
Pologne : BLIK, le scheme domestique qui a battu les cartes
BLIK est un système national d'initiation de paiement, lancé en 2015 et exploité par Polski Standard Płatności, société détenue par un consortium de banques polonaises. Le dispositif fonctionne sans carte ni application tierce. L'utilisateur ouvre l'application de sa propre banque, y génère un code à six chiffres valable quelques minutes, le saisit sur la page de paiement, puis y confirme l'opération. Aucun numéro de carte n'est renseigné, aucun PAN ne circule, et la confirmation intervient dans un environnement déjà authentifié.
La part de marché de BLIK dans le commerce en ligne est mesurée par la Banque nationale de Pologne (NBP). Elle lui attribue 49,7 % du nombre de transactions e-commerce et 44,9 % de leur valeur. Le chiffre vient du rapport « Zwyczaje płatnicze w Polsce w 2023 r. », publié fin 2024 à partir d'une enquête par carnets de paiement de septembre-octobre 2023. À ce niveau, le moyen de paiement domestique dépasse à lui seul l'ensemble des cartes en ligne. Aucun équivalent national ne l'atteint sur le continent. Sur l'année 2025, Polski Standard Płatności déclare 2,9 milliards de transactions pour 441,5 Md PLN, en hausse de 21 % en nombre et de 27 % en valeur. Fin décembre 2025, il comptait 20,7 millions de comptes actifs.
| Usage | Mécanique | Ce qu'il faut prévoir côté intégration |
|---|---|---|
| E-commerce | Code à 6 chiffres saisi au checkout, confirmation in-app | Champ à six caractères, compte à rebours visible, gestion de l'expiration du code et du renvoi |
| Paiement récurrent / one-click | Enregistrement d'un alias BLIK lié au marchand après un premier paiement confirmé | Stockage de l'alias, gestion de sa révocation par le porteur depuis son app bancaire |
| P2P par numéro de téléphone | Résolution du numéro vers le compte via le registre BLIK | Hors périmètre marchand, mais c'est le vecteur d'adoption qui alimente tout le reste |
| Retrait DAB et paiement en magasin | Code saisi sur l'automate ou le TPE, sans carte | Paramétrage acquéreur spécifique ; ne se déduit pas d'un contrat carte |
- Ne jamais reléguer BLIK derrière les cartes dans le tunnel : en Pologne, c'est le choix par défaut attendu, pas une option exotique.
- Passer par un PSP local (PayU, Przelewy24, Tpay, Autopay) qui expose BLIK, les cartes et les boutons bancaires (pay-by-link) sous un même contrat.
- Prévoir le pay-by-link : au-delà de BLIK, le virement initié depuis l'interface de la banque du client reste un canal majeur du e-commerce polonais, notamment sur les montants élevés.
- Suivre le taux d'expiration de code comme un KPI de conversion à part entière : c'est le principal levier d'optimisation propre à BLIK.
- Anticiper l'expansion régionale : Polski Standard Płatności a racheté le slovaque Viamo, désormais BLIK SK, a.s., et vise une intégration dans plusieurs grandes banques roumaines ; un contrat BLIK peut devenir multi-pays.
Pologne : trois rails pour le zloty, un quatrième pour l'euro
L'infrastructure interbancaire polonaise, sur laquelle repose BLIK, se compose de trois systèmes en zloty et d'un quatrième dédié à l'euro. La Krajowa Izba Rozliczeniowa (KIR), chambre de compensation détenue par les banques et la Banque nationale de Pologne, en opère l'essentiel. Elixir, en service depuis 1994, assure la compensation de masse en zloty par sessions quotidiennes et reste le rail par défaut du virement non urgent. Express Elixir, lancé en 2012, porte l'instantané en zloty. Le règlement des positions nettes s'effectue dans le RTGS de la banque centrale, SORBNET3, bâti sur ISO 20022 et entré en service le 8 septembre 2025 en remplacement de SORBNET2, exploité depuis 2013.
| Système | Opérateur | Transactions 2025 | Valeur 2025 | Évolution sur un an |
|---|---|---|---|---|
| Elixir (masse, PLN) | KIR | 2,24 Md | ≈ 9 570 Md PLN | Nombre stable, valeur +5 % |
| Express Elixir (instantané, PLN) | KIR | 636,08 M | 320,58 Md PLN | +21 % en nombre, +21 % en valeur |
| Euro Elixir (SEPA, EUR) | KIR | 55,59 M | 391,58 Md EUR | +2 % en nombre, +6 % en valeur |
| BlueCash (instantané privé, PLN) | Autopay S.A. | ≈ 5 M / an | – | Rail alternatif, pas de session |
Deux traits distinguent le dispositif polonais. Le premier est la coexistence de deux infrastructures instantanées concurrentes sur le même marché domestique. Express Elixir relève de la KIR, tandis que BlueCash est exploité depuis 2011 par Autopay S.A., anciennement Blue Media. Une banque polonaise peut être raccordée à l'une, à l'autre, ou aux deux. L'exécution en instantané n'est donc acquise qu'entre deux banques raccordées au même système, et le taux d'échec de bout en bout dépend du couple d'établissements concernés. Le second trait est Euro Elixir, bras SEPA de la KIR connecté à STEP2, par lequel une banque polonaise émet et reçoit des virements SEPA sans recourir à une banque correspondante de la zone euro. Le marché en zloty dispose de cette manière d'un accès direct aux flux en euro.
Deux acteurs complètent le paysage. Paybynet, service de la KIR, transfère les fonds directement du compte du payeur vers celui du bénéficiaire, avec pré-remplissage des champs. Il porte une garantie écrite de la KIR à 100 % du montant et s'intègre nativement à ePUAP, la plateforme des services publics polonais. Les redevances administratives passent usuellement par ce canal. Autopay, enfin, cumule les rôles d'opérateur d'infrastructure, avec BlueCash, et de PSP marchand. La même société se trouve ainsi des deux côtés de la chaîne, comme opérateur du rail et comme prestataire du commerçant, double casquette à documenter dans tout appel d'offres.
Hongrie : l'instantané par décret, puis le QR par décret
Le système AFR (Azonnali Fizetési Rendszer, commercialisé sous le nom GIROInstant) est le rail de virement instantané hongrois, entré en service en mars 2020 et exploité par GIRO Zrt., filiale de la banque centrale Magyar Nemzeti Bank (MNB). La Hongrie l'a introduit en imposant l'instantané par la réglementation, sans phase volontaire, mode de déploiement sans équivalent en Europe. Dès le premier jour, toutes les banques ont dû y participer. Elles doivent exécuter en instantané, en moins de cinq secondes, tout virement électronique en forint sous un plafond réglementaire, passé de 10 à 20 millions HUF le 1er septembre 2023. Le RTGS VIBER (MNB, 1999) règle les positions de l'AFR comme celles de la compensation de masse BKR (GIRO Zrt., 1994).
La banque centrale a ensuite posé sur ce rail une couche d'acceptation marchande, rendue obligatoire à son tour. Cette couche, qvik, est disponible depuis le 1er septembre 2024. Sa diffusion tient à son mode de déploiement plutôt qu'à ses caractéristiques techniques. Le dispositif prend la forme d'une fonction intégrée aux applications bancaires existantes, et non d'une application à télécharger. La loi impose à tous les prestataires de services de paiement hongrois d'exposer cette fonction dans leur propre application bancaire. Le jour du lancement, la base installée couvrait donc l'ensemble des clients bancarisés du pays.
- Le coût est l'argument central : qvik est gratuit pour le client (la loi hongroise LXXXV de 2009 sur les services de paiement, à son article 36/E, en garantit la gratuité), et les banques peuvent facturer le commerçant, mais à un niveau annoncé comme nettement inférieur à l'acceptation carte. C'est une attaque frontale et assumée contre l'interchange.
- Quatre parcours cohabitent : qvik-QR (QR dynamique affiché en caisse ou au checkout), qvik-NFC, qvik-LINK (lien de paiement) et qvik-kérelem (demande de paiement), qui couvre notamment la facturation.
- Les fonds arrivent en instantané sur le compte du commerçant : pas de cycle de compensation, pas de délai de règlement à financer, un gain de trésorerie qui pèse dans l'arbitrage face à la carte.
- Pas de chargeback de scheme : comme pour BLIK, la contestation relève du droit du virement. Un marchand qui bascule une part de son volume sur qvik réduit son coût d'acceptation mais change de régime de risque et doit ajuster sa politique de remboursement.
- Le point d'intégration usuel est SimplePay Zrt. (société antérieurement dénommée OTP Mobil Kft., renommée en juillet 2025), principal PSP hongrois, qui expose à la fois l'acceptation carte, les terminaux, la tokenisation et qvik.
Tchéquie et Slovaquie : deux stratégies opposées après la séparation
Trente ans après la partition, les deux pays ont pris des directions inverses sur l'infrastructure de paiement. La Tchéquie a concentré l'ensemble de ses flux interbancaires dans un système unique. CERTIS, en service depuis 1992, est l'unique système interbancaire du pays. La banque centrale Česká národní banka (ČNB) l'opère directement, et il cumule les rôles de RTGS et de compensation de masse. En 2024, il a traité 983 millions d'opérations pour 386 500 Md CZK, soit environ 3,9 millions d'opérations par jour. Depuis mai 2025, il est ouvert aux établissements de paiement non bancaires, ouverture rare en Europe, où l'accès aux systèmes de règlement reste presque partout réservé aux banques.
La Slovaquie, entrée dans la zone euro en 2009, a suivi la voie opposée en s'appuyant sur les infrastructures de l'Eurosystème plutôt qu'en construisant les siennes. Son système de compensation de détail SIPS, opéré par la Národná banka Slovenska depuis 2003 avec quatre cycles de compensation par jour, a le statut de système ancillaire de TARGET. La NBS a explicitement décidé de ne pas y implémenter l'instantané. Les banques slovaques se raccordent directement à TIPS, la plateforme de l'Eurosystème, et le règlement brut passe par TARGET-SK. Le pays n'a donc pas d'infrastructure nationale à maintenir, et les évolutions du service y dépendent des décisions de l'Eurosystème.
| Critère | Tchéquie | Slovaquie |
|---|---|---|
| Monnaie | Couronne tchèque (CZK) | Euro depuis 2009 |
| Système interbancaire | CERTIS (un seul système, RTGS et masse confondus) | TARGET-SK (RTGS) + SIPS (masse, 4 cycles/jour) |
| Opérateur | Banque centrale (ČNB), opérateur direct | Banque centrale (NBS) pour SIPS ; Eurosystème pour le reste |
| Instantané | Module intégré à CERTIS depuis 2018 | Aucun rail national : raccordement direct à TIPS depuis 2022 |
| Couverture instantané | Pratiquement 100 % ; la dernière grande banque s'est raccordée en 2025 | 27 % des virements SEPA slovaques étaient instantanés fin 2024 (NBS) |
| Obligation | Nationale, de fait par la couverture bancaire | Émission obligatoire depuis le 9 octobre 2025 (règlement UE 2024/886) |
| Surcouche marchande | QR Platba (standard de l'association bancaire ČBA, 2012) | Viamo, devenu BLIK SK, a.s. (expansion du standard polonais) |
Trois particularités locales complètent ce paysage. SIPO (Soustředěné inkaso plateb obyvatelstva), opéré par la poste tchèque Česká pošta, regroupe en un seul règlement mensuel tous les paiements récurrents d'un ménage, loyer, énergie, assurances et redevances. Un numéro de connexion personnel identifie ce règlement, qui s'effectue au guichet postal comme par prélèvement. Le dispositif relève de la loi n° 370/2017 Sb. sur les services de paiement depuis le 1er mars 2018. En matière de paiement fractionné, la Tchéquie a bancarisé le BNPL. Skip Pay (ex-MallPay) est exploité en coopération avec ČSOB, banque du groupe KBC, et revendique plus de 130 000 utilisateurs actifs et plus de 33 000 e-commerçants partenaires. Twisto en reste le pionnier indépendant. En Slovaquie enfin, le rachat de Viamo par Polski Standard Płatności fait du pays le point d'entrée de BLIK dans la zone euro. La société porte désormais la raison sociale BLIK SK, a.s., et sa passerelle marchande expose BLIK aux côtés des cartes, d'Apple Pay, de Google Pay et de Sporopay.
Roumanie et Bulgarie : le contre-remboursement, la carte et la bascule à l'euro
La Roumanie et la Bulgarie sont les deux marchés les plus jeunes de l'Union en matière de paiement scriptural. Ils partagent une part d'espèces parmi les plus élevées d'Europe. Leurs trajectoires divergent depuis le 1er janvier 2026, date à laquelle la Bulgarie est passée à l'euro tandis que la Roumanie conservait le leu. Ce passage a mis fin à toute une infrastructure nationale bulgare et a fait entrer le pays dans le champ complet des obligations européennes. La Roumanie continue d'exploiter deux rails parallèles. L'un est en leu, l'autre en euro.
Côté roumain, l'infrastructure entière est opérée par TRANSFOND S.A., société détenue par la Banca Națională a României (BNR) et les banques commerciales. Cette gouvernance mixte réunit au capital d'un même opérateur la banque centrale et les établissements qui utilisent ses systèmes. TRANSFOND exploite ReGIS (RTGS en leu, depuis 2005), SENT (compensation de masse en RON et en EUR, depuis 2005) et Plăți instant (instantané en leu depuis 2019, règlement en moins de dix secondes, 24/7/365). Au-dessus de ces systèmes, RoPay, la surcouche d'initiation nationale portée par TRANSFOND avec l'Association roumaine des banques (ARB), couvre le QR, le deep link, la NFC et le numéro de téléphone comme proxy d'IBAN. Le schéma fait l'objet de versions successives. Le registre des institutions adhérentes au schéma RoPay RON est daté du 17 décembre 2025, et la version RoPay_V02R02 prend effet le 30 avril 2026.
| Sujet | Roumanie | Bulgarie (depuis 2026) |
|---|---|---|
| Devise d'encaissement | RON, avec un rail EUR distinct (SENT EUR, SEPA) | EUR uniquement, plus de rail national en lev |
| Instantané | Plăți instant (RON, < 10 s) + SCT Inst pour l'euro | SCT Inst via TIPS et BISERA ; blink pour la couche service |
| Surcouche d'initiation | RoPay (QR, deep link, NFC, proxy téléphone) | blink P2P (proxy mobile) ; pas d'équivalent RoPay généralisé |
| Scheme carte domestique | Aucun, Visa et Mastercard seuls | Bcard (BORICA) : à vérifier dans tout contrat d'acquisition locale |
| Espèces | Contre-remboursement massif en e-commerce | Guichets EasyPay pour les factures et taxes |
| Acquisition e-commerce de référence | NETOPIA Payments, PayU, euPlătesc | BORICA, ePay.bg |
Les marchés encore fortement en espèces : lire le chiffre avant de l'interpréter
La numérisation du virement et le recul des espèces au point de vente sont deux évolutions distinctes, et la région les donne à voir séparément. Elle porte à la fois les marchés les plus avancés d'Europe sur l'instantané et ceux où l'espèce reste dominante au point de vente. La numérisation du virement porte sur le canal interbancaire, alors que la disparition du cash porte sur le geste de paiement en magasin. Une décision d'acceptation prise sur le premier indicateur se trompe donc sur le second. La Slovénie figure parmi les premiers pays européens pour l'instantané SEPA et parmi ceux de la zone euro où l'on paie le plus en espèces.
L'écart entre la part des espèces en nombre de paiements et leur part en valeur indique comment l'usage se répartit selon le montant. En Pologne, l'espèce représente 40,2 % des paiements et 28,1 % des montants, ce qui traduit sa domination sur les petits achats et son effacement sur les gros. Un commerce de proximité à ticket moyen faible et un distributeur d'électroménager rencontrent donc des situations différentes, dans le même pays et la même année. La moyenne nationale, qui agrège les deux, ne décrit exactement ni l'une ni l'autre.
| Cause structurelle | Où c'est le plus visible | Levier réellement efficace |
|---|---|---|
| Réseaux de guichets d'encaissement de factures | Bulgarie (EasyPay), Tchéquie (SIPO par la poste) | Prélèvement, demande de paiement instantanée, QR sur facture |
| Contre-remboursement en e-commerce | Roumanie | Réduire le risque perçu : paiement à la livraison par carte ou QR sur le terminal du livreur |
| Coût d'acceptation carte pour les petits commerces | Hongrie, Tchéquie, Roumanie | Rails A2A à coût quasi nul : qvik, QR Platba, RoPay, BLIK |
| Défiance et habitude, notamment hors métropoles | Slovénie, Roumanie, Balkans | Ancrage par les usages publics : transports, stationnement, taxes |
| Économie informelle et micro-commerce | Balkans occidentaux, Roumanie | Encaissement sur téléphone (SoftPOS), sans terminal ni contrat lourd |
L'euro numérique et l'IPR : la fin programmée des exceptions nationales
Deux textes européens réduiront, sur la décennie en cours, les spécificités nationales décrites plus haut. Le premier est déjà en vigueur. Le règlement (UE) 2024/886 sur les virements instantanés, dit IPR, impose aux prestataires de la zone euro de recevoir des virements instantanés en euro depuis le 9 janvier 2025 et d'en émettre depuis le 9 octobre 2025. Le texte exige aussi la parité tarifaire avec le virement classique et la vérification du bénéficiaire (Verification of Payee). Les prestataires établis dans un État membre dont la monnaie n'est pas l'euro disposent d'échéances décalées. Ce décalage vise les quatre États de la région restés hors zone euro, où la réception devient obligatoire le 9 janvier 2027 et l'émission de virements instantanés en euro le 9 juillet 2027.
| Situation | Réception d'instantanés en euro | Émission d'instantanés en euro |
|---|---|---|
| PSP établi dans la zone euro (SK, SI, HR, EE, LV, LT, BG depuis 2026) | 9 janvier 2025 | 9 octobre 2025 |
| PSP établi hors zone euro (PL, CZ, HU, RO) | 9 janvier 2027 | 9 juillet 2027 |
| Flux en monnaie nationale (PLN, CZK, HUF, RON) | Hors champ du règlement | Hors champ du règlement |
Le second texte, le règlement instituant l'euro numérique, n'est pas encore adopté. Le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé en octobre 2025 de faire passer le projet à l'étape suivante, et un rulebook en version 0.91 a été publié en juillet 2026. Le calendrier annoncé est subordonné à l'adoption de la législation européenne. Sous cette réserve, un pilote de douze mois doit démarrer au second semestre 2027, avec l'objectif d'une première émission possible en 2029. La décision finale d'émettre, et sa date, n'appartiendront au Conseil des gouverneurs qu'une fois la législation adoptée.
La périphérie : Baltes, Balkans occidentaux, Ukraine et Moldavie
Au-delà du cœur de la région, trois ensembles suivent des logiques distinctes. Les pays baltes, entrés tôt dans l'euro, ont ouvert leurs systèmes nationaux à des établissements installés hors de leurs frontières. Leurs banques centrales sont ainsi devenues des fournisseurs d'infrastructure pour l'Europe entière. Les Balkans occidentaux, hors Union, construisent une interopérabilité régionale adossée à la technologie de l'Eurosystème. L'Ukraine et la Moldavie exploitent des systèmes pilotés directement par leur banque centrale, le paiement numérique y étant aussi un enjeu de continuité de l'État.
| Système | Pays | Opérateur | Depuis | Ce qu'il faut en retenir |
|---|---|---|---|---|
| CENTROlink | Lituanie | Lietuvos bankas | 2016 | 228,3 M paiements pour 456 Md EUR en 2023, dont 55 % d'instantanés : la banque centrale lituanienne est devenue la porte d'entrée SEPA des établissements de paiement et de monnaie électronique de toute l'Europe |
| EKS | Lettonie | Latvijas Banka | 1998 | 126,3 M virements SEPA pour 202 Md EUR en 2024, dont 72,4 M d'instantanés ; complété par Instant Links, registre proxy national reliant numéro de téléphone et IBAN (2021) |
| Flik / BIPS | Slovénie | Bankart d.o.o. | 2019 | Plus de 800 000 utilisateurs et environ 2 millions de transactions par mois ; Bankart est aussi le processeur cartes de la place, concentration à considérer sous l'angle du risque opérationnel |
| EuroNKSInst / NKS | Croatie | Financijska agencija (Fina) | 2020 | Particularité institutionnelle : une agence publique, et non une chambre bancaire, opère l'infrastructure de masse. KEKS Pay (Erste, 2018) sert de couche grand public |
| IPS NBS / IPS pokaži-skeniraj | Serbie | Narodna banka Srbije | 2018 / 2020 | 50,7 M paiements pour 628,7 Md RSD au premier semestre 2025 (+24,8 % en volume) ; QR national en deux modes, piloté par la banque centrale, qui exploite aussi le scheme carte DinaCard (2003, plus de 150 000 TPE) |
| SEP / PROSTIR | Ukraine | Natsionalnyi bank Ukrainy | 1993 / 2004 | Le SEP traite environ 99 % des paiements interbancaires en hryvnia. Le scheme national PROSTIR reste marginal : 214 000 cartes actives début 2026, face à Visa (53,6 %) et Mastercard (46,0 %) au 1er janvier 2026 |
| MIA | Moldavie | Banca Națională a Moldovei | 2023 | Instantané national porté directement par la banque centrale (QR, P2P), avec plus de 15 prestataires raccordés ; adossé au socle SAPI |
| KIBS | Macédoine du Nord | KIBS AD Skopje | 2025 | Licence d'opérateur de système de paiement pour les virements instantanés en denars délivrée le 17 septembre 2025 par la banque centrale, sur des standards européens |
- Ukraine : le paiement de masse passe par les applications bancaires plus que par les rails marchands classiques, à savoir Privat24 (PrivatBank, nationalisée en 2016), monobank (porté par АТ « Універсал Банк ») et NovaPay, filiale du groupe logistique Nova Poshta enregistrée auprès de la NBU comme prestataire de services de paiement. Le taux d'activation des cartes est un indicateur à part : seules 44 % des 148,7 millions de cartes émises étaient actives début 2026.
- Bosnie-Herzégovine et Monténégro : les banques centrales (CBBH, CBCG) opèrent elles-mêmes le couple RTGS et compensation de détail. La Serbie exploite en outre, avec ces deux pays, un système de compensation en euros adossé à des accords bilatéraux entre banques centrales.
- Estonie : cas d'école inverse. Le système de compensation national ESTA, opéré par Eesti Pank, a été fermé le 31 janvier 2014 faute d'adhésion. Malgré une tarification abaissée à deux centimes par paiement, les banques ont préféré leurs propres canaux. Une infrastructure publique ne s'impose pas par son prix.
- Règle de diligence : hors Union, la finalité du règlement, la protection contre l'insolvabilité d'un participant et le statut juridique du système ne se présument pas. Ils se lisent dans la loi nationale sur les services de paiement et dans la désignation faite par la banque centrale. En Serbie, par exemple, le RTGS et la compensation sont explicitement classés systèmes de paiement essentiels, avec finalité protégée.