Référence🌎 Le paiement dans les AmériquesIntermédiaire⏱ 29 min de lecture

🌴 Les paiements dans les Caraïbes et en Amérique centrale

ATH et Evertec à Porto Rico, le Sand Dollar bahaméen et JAM-DEX, SINPE Móvil au Costa Rica et ses commissions administrées, les dollarisations panaméenne et salvadorienne, les rails centraméricains reliés par SIPA, les remesas et la taxe américaine de 1 %, et l'acquisition multi-devises d'une zone qui vit du tourisme

Une zone, cinq régimes monétaires

Le régime monétaire d'un pays désigne le statut légal de sa monnaie et le mode de formation de son taux de change. Les Caraïbes et l'Amérique centrale en juxtaposent plusieurs variantes sur un espace géographique réduit. Trois économies n'ont plus de monnaie propre, le Panama, le Salvador et Porto Rico, ce dernier par son statut de territoire des États-Unis. Plusieurs archipels tiennent une parité fixe avec le dollar depuis des décennies, tandis que le reste laisse flotter sa monnaie, parfois sous contrôle des changes. Un acquéreur régional règle donc en dollars à San Juan, en dollars des Caraïbes orientales à Saint-Vincent et en colones à San José. Ces trois règlements relèvent de trois ordres juridiques sans rapport entre eux et de trois superviseurs distincts. Chaque convention d'acquisition se négocie séparément.

MarchéMonnaieRégimeAutorité monétaire ou de supervision
Porto RicoDollar américainTerritoire des États-UnisRéserve fédérale ; Oficina del Comisionado de Instituciones Financieras (OCIF) pour les institutions locales
PanamaDollar américain, balboa fractionnaireDollarisation, dollar en circulation depuis 1904Pas de banque centrale ; Superintendencia de Bancos de Panamá
SalvadorDollar américainDollarisation, Ley de Integración Monetaria en vigueur au 1er janvier 2001Banco Central de Reserva de El Salvador (BCR)
BahamasDollar bahaméenParité 1:1 avec le dollar américainCentral Bank of The Bahamas
Caraïbes orientales (8 États)Dollar des Caraïbes orientales (XCD)Parité fixe 2,70 XCD pour 1 USD depuis 1976Eastern Caribbean Central Bank (ECCB)
Costa RicaColón (CRC)Flottement géréBanco Central de Costa Rica (BCCR)
République dominicainePeso dominicain (DOP)Flottement géréBanco Central de la República Dominicana (BCRD)
JamaïqueDollar jamaïcain (JMD)Flottement géréBank of Jamaica (BOJ)
Guatemala / Honduras / NicaraguaQuetzal / lempira / córdobaFlottement géré ou glissement contrôléBanguat / Banco Central de Honduras / Banco Central de Nicaragua
Régimes monétaires et autorités de la zone (2026)

La dollarisation désigne l'adoption d'une monnaie étrangère, ici le dollar américain, comme monnaie légale par un pays qui n'émet plus de monnaie propre. Son effet sur les paiements se limite à la suppression du risque de change sur le corridor avec les États-Unis, puisqu'un encaissement libellé en dollars n'y appelle aucune conversion. Les obligations de conformité, l'exigence de licence et la dépendance au correspondant bancaire demeurent inchangées. Un prestataire de services de paiement (PSP) qui encaisse en dollars à Panama City relève du droit panaméen, de la Superintendencia de Bancos et des obligations locales de lutte contre le blanchiment. Le Panama est dépourvu de banque centrale. Il n'y existe donc pas de prêteur en dernier ressort. La liquidité de son système bancaire dépend entièrement des correspondants étrangers.

🔑
Devise d'affichage, devise de transaction, devise de règlement
La devise d'affichage est celle dans laquelle le prix est présenté, la devise de transaction celle de l'autorisation, la devise de règlement celle que l'acquéreur verse au commerçant. Dans une économie dollarisée, les trois coïncident. Le commerçant affiche en dollars et reçoit des dollars. Dans une économie à parité fixe comme les Bahamas, elles se dissocient. Le commerçant affiche en dollars bahaméens, accepte des billets américains au pair et se fait régler en monnaie locale. La convention d'acquisition doit nommer la devise de règlement et la fréquence de conversion. En leur absence, la marge de change prélevée à la conversion reste hors du champ de la négociation.

Le rapatriement désigne l'opération par laquelle un commerçant convertit ses recettes en monnaie locale et les transfère vers un compte tenu à l'étranger. Il constitue la contrainte propre aux marchés à monnaie flottante de la zone. Encaisser en colones, en pesos dominicains ou en quetzals suppose une contrepartie locale capable de convertir puis de virer à l'étranger. Le délai de cette opération tient à la disponibilité de dollars sur le marché des changes local et aux règles de la banque centrale. La capacité technique de l'intermédiaire n'y entre pas. Un marchand transfrontalier dimensionne donc sa trésorerie sur ces délais locaux, dont l'ordre de grandeur diffère de celui des délais européens. La contrainte se manifeste au moment de payer des fournisseurs situés hors de la zone.

Porto Rico : ATH, ATH Móvil et la concentration Evertec

Porto Rico est un territoire américain qui paie en dollars, sous droit fédéral, avec des cartes Visa et Mastercard. Son marché des paiements ne se confond pas pour autant avec celui des États continentaux. L'île possède son propre réseau de débit domestique. Ce réseau, ATH (A Toda Hora), est exploité depuis les années 1980 par une infrastructure issue de Banco Popular. Le portefeuille ATH Móvil, lancé en 2015, y occupe la place que Zelle et Venmo tiennent sur le continent. Un contrat d'acquisition qui ne mentionne que les réseaux internationaux laisse donc le débit portoricain hors du champ de l'acceptation.

≈ 80 %
des transactions de débit portoricaines passent par ATH
analyse sectorielle, 2025
≈ 70 %
des transactions de distributeur automatique à Porto Rico
analyse sectorielle, 2025
931,8 M USD
chiffre d'affaires d'Evertec en 2025, en hausse de 10,2 % sur 845,5 M USD en 2024
Evertec, résultats annuels 2025, février 2026
223,3 M USD
revenus du segment Payment Services Porto Rico et Caraïbes en 2025, +4 %
Evertec, résultats annuels 2025, février 2026

Evertec, Inc., dont le siège est à San Juan, exploite ATH depuis sa séparation d'avec Banco Popular. La société est cotée au NYSE. Elle opère simultanément le réseau domestique, l'acquisition marchande, le traitement émetteur et une partie du cœur bancaire de l'île. Cette intégration verticale, qui réunit chez un même opérateur des fonctions séparées ailleurs, ne subsiste plus dans les grands marchés, où la régulation de la concurrence l'a démantelée. Elle explique la vitesse d'exécution locale d'Evertec autant que l'absence de solution de repli crédible pour un entrant. Le raccordement au réseau, l'acquisition et le traitement se négocient auprès de la même contrepartie.

ATH Móvil est un service de transfert entre particuliers qui identifie le bénéficiaire par son numéro de téléphone, gratuitement sous plafond. Sa déclinaison marchande, ATH Móvil Business, sert de solution d'encaissement aux petits commerces, aux professions libérales et aux vendeurs informels, segments que le terminal de paiement dessert mal. Evertec attribue une part de la croissance 2025 de son segment portoricain à cette offre. Ce mouvement se retrouve dans toute la zone. Le portefeuille domestique s'installe d'abord sur les transferts entre particuliers, puis s'étend à l'acceptation marchande sans jamais emprunter le réseau carte, donc sans interchange ni contrat d'acquisition.

⚠️
L'erreur classique du déploiement continental
Un contrat d'acquisition américain standard couvre les cartes internationales présentées à Porto Rico, et elles seules. Les paiements ATH en sont exclus. Ils supposent un raccordement au réseau domestique, donc une relation avec Evertec ou une banque locale participante. Un marchand déployé sur cette seule base mesure un taux de conversion inférieur à celui de ses autres marchés hispanophones. L'écart provient de la composition de l'offre de moyens de paiement présentée au client, et non du tunnel de paiement lui-même.
  • Vérifier le raccordement ATH avant toute promesse de couverture « États-Unis, territoires inclus » faite par un PSP.
  • Mesurer le mix débit / crédit : la carte de crédit domine moins qu'aux États-Unis continentaux, et le débit y passe majoritairement par le réseau local.
  • Prévoir ATH Móvil Business pour les segments petits tickets et services à la personne, où la carte est peu utilisée.
  • Traiter la conformité en droit fédéral américain : Porto Rico n'est pas une juridiction étrangère pour les obligations de sanctions et de lutte contre le blanchiment.

Sand Dollar, JAM-DEX, DCash : trois MNBC, un même mur

Une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) est une forme numérique de la monnaie de banque centrale, émise par elle et, dans sa variante de détail, détenue directement par le public. Les Caraïbes en ont accueilli les premiers déploiements mondiaux. Trois premières mondiales y ont été enregistrées en moins de deux ans, la première MNBC de détail sortie du stade pilote, la première émise par une union monétaire et la première dotée du cours légal. Aucune n'a atteint l'échelle visée par sa banque centrale. Deux restent en production, la troisième a été fermée. La séquence constitue le corpus empirique le plus complet disponible sur l'adoption d'une MNBC de détail.

Octobre 2020
Sand Dollar
La Central Bank of The Bahamas met en production la première MNBC de détail au monde sortie du stade pilote, distribuée par des institutions financières agréées.
2021
DCash
L'Eastern Caribbean Central Bank lance DCash pour les huit États de l'union monétaire des Caraïbes orientales. Première MNBC d'une union monétaire.
2022
JAM-DEX
La Bank of Jamaica lance JAM-DEX, première MNBC au monde à recevoir le statut de cours légal. Lynk, filiale de NCB Financial Group, en est le portefeuille inaugural.
2022
Panne de DCash
Interruption de service de deux mois, imputée à un certificat expiré et à une version obsolète de la plateforme. Le précédent de référence en risque opérationnel MNBC.
12 janvier 2024
Fermeture de DCash
Arrêt après 34 mois d'exploitation. L'ECCB lance en décembre 2023 un appel à candidatures pour une refonte, DCash 2.0.
Janvier 2025
JN Pay Wallet
JN Bank ouvre au public son portefeuille JAM-DEX, avec environ 4 000 utilisateurs. Jusque-là, Lynk était seul à distribuer la monnaie au grand public.
13 février 2026
Suspension de DCash 2.0
Le Conseil monétaire de l'ECCB, réuni pour sa 112e session, suspend le développement et donne la priorité à un système de paiement rapide régional.
Sand Dollar (Bahamas)JAM-DEX (Jamaïque)DCash (Caraïbes orientales)
ÉmetteurCentral Bank of The BahamasBank of JamaicaEastern Caribbean Central Bank
LancementOctobre 202020222021
Statut en 2026En productionEn productionArrêté le 12 janvier 2024
Cours légalOui, monnaie de banque centraleOui, première MNBC à obtenir ce statutOui, sur les 8 États de l'ECCU
DistributionInstitutions financières agréées (AFI)Portefeuilles agréés : Lynk, JN Pay, SagicorPortefeuille propre de la banque centrale
Obstacle documentéPopulation cible déjà bancariséeEnrôlement marchand, mise à jour des TPEPanne de deux mois, coût d'exploitation
SuiteProjet d'obligation faite aux banques de donner accès à leurs clientsRelance par l'acceptation marchandeRemplacée par un projet de système de paiement rapide régional
Les trois MNBC caribéennes comparées

Le Sand Dollar est la monnaie numérique émise par la Central Bank of The Bahamas. Des institutions financières agréées la distribuent. En mars 2023, la banque centrale recensait 1 024 816 dollars en circulation et 101 636 portefeuilles particuliers. L'acceptation compte 1 512 portefeuilles marchands, 455 marchands actifs et 9 prestataires de portefeuille agréés (Central Bank of The Bahamas, communiqué du 3 avril 2023). La MNBC pèse moins de 1 % de la monnaie en circulation. Les recharges de portefeuilles ont reculé d'environ 49,8 à 12 millions de dollars en un an (presse financière, 2024). En 2024, le gouverneur a annoncé un calendrier de deux ans pour imposer aux banques commerciales d'ouvrir l'accès à leurs clients.

JAM-DEX est la monnaie numérique émise par la Bank of Jamaica, première au monde à recevoir le statut de cours légal. La banque centrale recensait 282 274 portefeuilles enregistrés fin 2024, en hausse de 7 % sur un an, pour une monnaie qui pèse environ 0,1 % de la monnaie en circulation. Les taux de croissance de 2025 sont élevés, la valeur transigée progressant d'environ 550 % et les volumes d'environ 267 % sur un an (Bank of Jamaica, repris par la presse jamaïcaine, 2025-2026). Cette progression part d'une base très faible. Trois portefeuilles seulement distribuent la monnaie, Lynk, JN Pay et Sagicor Bank.

⚠️
Une MNBC ne crée pas l'acceptation
L'obstacle commun aux trois projets tient à l'acceptation marchande, non à la technologie de la plateforme. L'émission d'une monnaie numérique ne produit pas par elle-même un réseau de points d'acceptation. Sa constitution suppose d'enrôler les commerçants un par un, de mettre à jour les terminaux, de former le personnel de caisse et de donner aux banques une raison de distribuer un produit qui concurrence leurs dépôts. Aucune des trois banques centrales ne disposait, au lancement, du pouvoir d'imposer cette distribution. Une étude d'impact qui ne chiffre pas l'enrôlement marchand laisse de côté le poste qui a limité les trois déploiements caribéens.

Le 13 février 2026, le Conseil monétaire de l'ECCB a suspendu le développement de DCash 2.0 au profit d'un système de paiement rapide régional. Une banque centrale ayant déjà déployé une MNBC renonce donc à ce format pour un rail instantané adossé aux comptes bancaires. L'ECCB Fast Payment System vise les huit membres de l'union, avec adressage par numéro de téléphone ou par QR, sur les comptes bancaires existants. Il ne suppose ni nouvelle unité de compte à faire circuler, ni portefeuille à faire adopter. La zone rejoint ainsi le modèle mis en service par le Costa Rica dix ans plus tôt.

Costa Rica : SINPE, SINPE Móvil et des commissions administrées

Le SINPE est l'infrastructure nationale de paiement costaricienne, en service depuis 1997. Le Banco Central de Costa Rica en est l'exploitant direct et opère lui-même le règlement brut, les virements, les débits directs, la compensation de chèques et des services d'identité numérique. Peu de banques centrales assurent elles-mêmes autant de fonctions de détail. Cette position a déterminé les conditions du lancement de SINPE Móvil en 2015. Le BCCR n'a eu ni consortium à convaincre, ni interopérabilité à négocier, parce que les banques étaient déjà raccordées au système qu'il exploitait.

747 M
transactions SINPE Móvil en 2025, contre 649 M en 2024, soit +15 %
BCCR, repris par l'Asociación Bancaria Costarricense, 2025-2026
> 2 M
transferts SINPE Móvil par jour
BCCR, 2025-2026
4 474 758
abonnements SINPE Móvil actifs en octobre 2025, +6,9 % sur un an
BCCR, 2025
≈ ₡16 500
montant moyen d'un transfert SINPE Móvil
BCCR, 2025-2026

Rapporté à une population d'environ cinq millions d'habitants, ce volume place le Costa Rica autour de 140 transactions instantanées par habitant et par an. La densité d'usage y dépasse celle du Brésil, marché souvent cité comme la référence latino-américaine. Le montant moyen d'un transfert, de l'ordre de 16 500 colones, situe SINPE Móvil du côté des achats courants et non des virements exceptionnels. Le service constitue le moyen de paiement de référence sur les petits tickets, dans le segment où la charge fixe par terminal pèse le plus lourd.

CommissionOpérations localesOpérations transfrontalièresSecteurs exceptés
Intercambio (émetteur)1,00 %1,00 %Tarifs réduits ou nuls selon résolution du BCCR
Adquirencia (commerçant)1,95 %2,50 %1,50 %
Charge fixe par TPEjusqu'à ₡14 000 par moisjusqu'à ₡14 000 par mois–
Base légaleLey 9831 (2020), art. 1, 4 et 5Ley 9831 (2020)Résolutions annuelles du BCCR
Plafonds de commissions cartes au Costa Rica (Reglamento del Sistema de Tarjetas de Pago, La Gaceta du 18 décembre 2025)
🔑
Au Costa Rica, le prix de l'acquisition n'est pas une négociation
L'intercambio désigne la commission versée à l'émetteur de la carte, l'adquirencia celle que l'acquéreur facture au commerçant. La Ley 9831 de 2020 confie au Banco Central de Costa Rica la fixation de leurs taux maximaux. Le BCCR les révise par résolution. Le règlement en vigueur depuis décembre 2025 fixe l'adquirencia locale à 1,95 % et l'intercambio à 1,00 %. Des taux inférieurs s'appliquent aux secteurs exceptés, à savoir les stations-service, la recharge de véhicules électriques, les péages, le transport régulé par l'Aresep et les organisations de bien-être social. Un taux supérieur au plafond ne peut pas être convenu par contrat, la fixation relevant du règlement et non de la négociation commerciale.

Ce plafonnement produit deux effets pour un PSP qui entre sur le marché costaricien. La marge d'acquisition étant bornée par le haut, la concurrence entre acquéreurs porte sur le service et le taux d'autorisation plutôt que sur le prix. Le même règlement impose des équipements EMV sans contact et rend l'authentification renforcée obligatoire en présentiel au-delà de ₡50 000 ou 100 dollars. Un parc de terminaux non conforme fait peser sur son exploitant un risque réglementaire autant qu'un handicap commercial. Son renouvellement précède l'entrée sur le marché.

Panama et Salvador : deux dollarisations, deux systèmes de paiement

Le Panama utilise le dollar américain depuis 1904, aux côtés du balboa réduit aux pièces divisionnaires. Le pays n'a pas de banque centrale. La supervision bancaire relève de la Superintendencia de Bancos de Panamá, et l'infrastructure de paiement est bâtie par les banques elles-mêmes, sans mandat public ni obligation d'accès. Le marché de détail repose donc sur des systèmes privés propriétaires devenus des standards de fait, en l'absence de rail public. L'absence de banque centrale prive également cette place financière régionale de prêteur en dernier ressort.

RailExploitantDepuisCe qu'un intégrateur doit en savoir
ClaveTelered S.A., propriété des banques panaméennes1989Scheme de débit et réseau ATM domestique, souvent co-badgé Visa ou Mastercard. Sans Clave, pas de débit panaméen
ACH XpressTelered S.A. / ACH Panamá2021Virement instantané interbancaire, distinct de l'ACH différé. Plus de 816 000 opérations pour plus de 165,8 M USD au premier trimestre 2025 (presse économique panaméenne citant les banques participantes, 2025)
YappyBanco General S.A.2019Portefeuille lancé par la première banque privée, ouvert ensuite à Banisi, Credicorp Bank, Davivienda et St. Georges. Standard national de fait, faute de rail public
Les rails panaméens et leurs exploitants

Yappy est le portefeuille lancé en 2019 par Banco General, première banque privée du pays. Une banque commerciale y a occupé la fonction que des banques centrales assurent ailleurs, puis a ouvert son portefeuille à ses concurrentes. Le dispositif ressemble à Pix par l'usage. Il s'en éloigne totalement par la gouvernance, puisque l'infrastructure appartient à un acteur privé qui fixe ses règles d'accès. Un PSP étranger négocie donc son interconnexion avec Banco General et non avec un régulateur. Les conditions d'accès ne sont pas publiées et se découvrent au cours de la négociation.

Le Salvador a adopté le dollar par la Ley de Integración Monetaria, en vigueur au 1er janvier 2001. Le pays a ensuite conduit deux politiques de paiement distinctes au cours de la même décennie. La première portait sur le bitcoin, dont l'adoption comme monnaie de cours légal date de septembre 2021. La seconde a consisté à mettre en service Transfer365, rail instantané public et gratuit opéré par le Banco Central de Reserva, ouvert aux banques, aux coopératives et aux sociétés d'épargne et de crédit. Transfer365 porte aujourd'hui l'essentiel des virements instantanés salvadoriens.

55 744 399
opérations Transfer365 en 2025
BCR El Salvador, 2026
42 890,15 M USD
valeur transigée sur Transfer365 en 2025
BCR El Salvador, 2026
91,12 %
part de Transfer365 dans le marché national des virements instantanés en 2025
BCR El Salvador, 2026
265,87 M USD
économies de commissions cumulées depuis le lancement, pour 28 institutions participantes
BCR El Salvador, 2025-2026
1er janvier 2001
Ley de Integración Monetaria
Le dollar américain devient la monnaie du Salvador. Le colón cesse de circuler.
2020
Transfer365
Le Banco Central de Reserva met en service un rail instantané public et gratuit, délai moyen de quinze secondes.
Septembre 2021
Ley Bitcoin
Le bitcoin devient monnaie de cours légal. L'État déploie le portefeuille public Chivo.
2023
Transfer365 CA-RD
Extension transfrontalière vers le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et la République dominicaine, sur l'infrastructure SIPA.
29-30 janvier 2025
Réforme de la Ley Bitcoin
L'Assemblée législative rend l'acceptation du bitcoin volontaire et en dispense l'État. La réforme s'inscrit dans un accord avec le FMI portant sur 1,4 Md USD.
1er mai 2025
Entrée en application
Les modifications prennent effet. Le portefeuille public Chivo est abandonné.
⚠️
Ce que la dollarisation ne dispense pas de faire
L'encaissement en dollars au Panama ou au Salvador supprime le risque de change et laisse subsister les autres obligations. La licence locale reste exigée. Les obligations de connaissance du client relèvent du droit national. Le correspondant bancaire américain conserve son droit de rompre la relation, décision prise hors de la zone. Une plateforme qui règle des marchands salvadoriens depuis une entité étrangère opère un transfert transfrontalier, soumis aux déclarations correspondantes, quelle que soit l'identité des monnaies d'entrée et de sortie.

Tether Holdings, émetteur de l'USDT, a relocalisé son siège au Salvador en 2025. Après l'abandon du cours légal du bitcoin, le pays conserve donc un positionnement crypto, déplacé de la monnaie vers l'accueil d'émetteurs. Les deux dispositifs relèvent de régimes différents. Le cours légal du bitcoin touchait l'acceptation marchande, alors que l'installation d'un émetteur relève du régime d'agrément applicable aux émetteurs de stablecoins.

Guatemala, Honduras, Nicaragua : les rails nationaux et SIPA

Le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua partagent une architecture de paiement à deux étages. Une couche de règlement brut opérée par la banque centrale porte la finalité, c'est-à-dire l'irrévocabilité du règlement entre participants. Une chambre de compensation automatisée, publique ou privée selon le pays, traite les opérations de détail. Elle fait régler ses soldes dans la première. Aucun de ces pays n'a déployé de rail instantané grand public comparable à Pix ou à SINPE Móvil. Le paiement de détail y repose sur les cartes, sur l'espèce et sur des portefeuilles privés.

PaysRèglement brutCompensation de détailExploitant du détail
GuatemalaLBTR, Banco de Guatemala, en service depuis le 27 janvier 2006, règle en quetzal et en dollar américainCCA (Cámara de Compensación Automatizada)Banco de Guatemala, sous les résolutions GG-40-2020 et GG-37-2022
HondurasBCH-TR, Banco Central de Honduras, depuis le 4 mars 2013ACH Pronto, deux cycles quotidiens réglés à 17 h 15 et 8 h 45Ceproban (Centro de Procesamiento Interbancario), détenu par les banques
NicaraguaSINPE, Banco Central de Nicaragua : virements, chèques, change et espècesCámara de Compensación Automatizada, marque UNIREDACH de Nicaragua S.A., société privée à capitaux bancaires
Costa RicaSINPE, Banco Central de Costa Rica, depuis 1997SINPE et SINPE Móvil (2015)Banco Central de Costa Rica
SalvadorSIPA côté transfrontalier ; règlement domestique BCRTransfer365 (2020)Banco Central de Reserva de El Salvador
République dominicaineSIPARD, Banco Central de la República Dominicana, depuis 2008Pagos al Instante, chambres de compensationBanco Central de la República Dominicana
Rails de règlement et de compensation en Amérique centrale et en République dominicaine

Le LBTR guatémaltèque règle en deux devises. Une institution titulaire d'un compte chez Banguat y règle ses obligations en quetzal comme en dollar américain, sur les livres de la banque centrale. Peu de systèmes de règlement nationaux offrent cette double jambe, qui simplifie considérablement la trésorerie d'un acteur encaissant en monnaie locale et payant en dollars. Cette double jambe explique une partie du raccordement guatémaltèque au rail régional.

Ce rail régional est le SIPA (Sistema de Interconexión de Pagos), en production depuis 2019, coordonné par le Consejo Monetario Centroamericano et son secrétariat exécutif, le SECMCA. Son architecture repose sur l'interconnexion directe des systèmes de paiement nationaux, chacun conservant ses règles et son exploitant. Aucune plateforme centrale ne s'intercale entre eux. Le dispositif constitue le rail transfrontalier de détail le plus abouti d'Amérique latine, obtenu sans infrastructure commune à financer.

Un virement de détail Salvador → Guatemala via SIPA
Donneur d'ordre
Saisit le virement depuis sa banque en ligne salvadorienne
Le parcours est celui d'un virement domestique Transfer365 : pas d'agence, pas d'agent, pas de formulaire de transfert
Banque salvadorienne
Route l'ordre vers Transfer365 CA-RD
Le service transfrontalier ouvert en 2023 s'appuie sur l'infrastructure SIPA
BCR El Salvador
Transmet au système guatémaltèque via l'interconnexion SIPA
Chaque banque centrale reste responsable de son propre système ; aucune plateforme commune n'intervient
Banco de Guatemala
Règle la jambe locale dans le LBTR
Le règlement peut s'opérer en quetzal ou en dollar selon la devise de l'opération
Banque bénéficiaire
Crédite le compte du bénéficiaire
Coût nettement inférieur à celui d'un opérateur de transfert d'argent sur le même corridor
ℹ️
SIPA fonctionne, mais l'adhésion reste déséquilibrée
Le nombre de banques adhérentes varie fortement d'un pays à l'autre. On compte 20 banques au Salvador, 20 au Guatemala, 16 en République dominicaine, 7 au Nicaragua, 6 au Honduras et 2 au Costa Rica (SECMCA et presse régionale, 2025-2026). Le Salvador a envoyé plus de 335,6 M USD par SIPA en 2025. La croissance dépasse 50 % sur un an. Un corridor n'est ouvert que si une banque adhérente se trouve à chacune de ses deux extrémités. La couverture réelle d'un pays destinataire se lit donc dans la liste de ses établissements raccordés.

Sur le dernier kilomètre, c'est-à-dire l'accès des particuliers au paiement électronique, deux acteurs dominent hors du circuit bancaire classique. Tigo Money, opéré par Millicom depuis 2010, couvre le Guatemala, le Honduras et le Salvador, et reste le canal privilégié dans les zones rurales sans agence. Zigi, portefeuille de Banco Industrial, occupe au Guatemala la place que le mobile money d'opérateur télécom tient ailleurs. Il donne accès à un compte numérique, à un QR accepté par les grandes enseignes, à des transferts par numéro de téléphone et à la réception de remesas en partenariat avec Intermex. Ce service est donc porté par une banque commerciale et non par un opérateur de télécommunications.

Accepter le débit local : commutateurs et acquéreurs de la Caraïbe

Un commutateur domestique est le système qui achemine les opérations de débit entre les banques d'un même pays. Dans toute la zone, la carte de crédit se route par les réseaux internationaux et le débit par ces commutateurs nationaux. Ils sont presque toujours détenus en coentreprise par les banques du pays, de sorte que l'accès se négocie de place à place et non auprès d'un scheme international. Absents des panoramas mondiaux, ils conditionnent l'accès à la moitié du volume de détail. Un déploiement sur six marchés caribéens suppose donc six raccordements distincts, auprès de six exploitants différents. Aucun lien capitalistique ne les relie.

MarchéDébit domestiqueExploitantAcquisition marchande
Porto RicoATH (A Toda Hora)Evertec, Inc., société cotée au NYSEEvertec
PanamaClaveTelered S.A., propriété des banques panaméennesBanques locales ; BAC Credomatic
Trinité-et-TobagoLINXInfolink Services Limited, coentreprise des quatre principales banquesBanques locales
JamaïqueMultiLinkJ.E.T.S. LimitedBanques locales
République dominicaineRéseaux des acquéreurs de placeCardNET et AZULDuopole CardNET / AZUL
Amérique centraleRéseaux nationaux par paysVariable selon paysBAC Credomatic, premier émetteur et premier acquéreur régional
Commutateurs domestiques et acquéreurs de référence

La Jamaïque publie une description de son architecture de paiement plus détaillée que celle de ses voisins. La Bank of Jamaica opère JamClear-RTGS depuis février 2009 pour les paiements d'au moins un million de dollars jamaïcains, JamClear-CSD depuis mai 2009 et la plateforme de change JamClear-FXTP depuis le 1er juin 2020. La compensation de détail passe par l'ACH, en service depuis octobre 2002, et par MultiLink, réseau partagé de distributeurs et de points de vente ouvert en juin 1997. J.E.T.S. Limited exploite les deux derniers, qui portent ensemble le paiement de détail de l'île.

4,30 M
opérations traitées par JamClear-RTGS en 2024, pour 34,9 billions JMD et 3,3 Md USD
Bank of Jamaica, rapport annuel 2024
157,8 M
opérations de paiement de détail électroniques en 2024, pour 4,5 billions JMD
Bank of Jamaica, rapport annuel 2024
71 %
part de MultiLink dans les volumes de paiement de détail jamaïcains
Bank of Jamaica, 2024
≈ 400
emplacements de distributeurs raccordés au réseau LINX à Trinité-et-Tobago
Infolink Services Limited, 2025

En République dominicaine, deux structures se partagent l'acquisition. Aucune troisième voie d'envergure ne s'est constituée à côté d'elles. CardNET, porté par le Consorcio de Tarjetas Dominicanas, est une structure de place réunissant plusieurs banques. AZUL relève de Servicios Digitales Popular, entité du Grupo Popular, maison mère du Banco Popular Dominicano. Les deux couvrent terminaux, e-commerce, QR et sans contact, de sorte que le choix porte sur la contrepartie plutôt que sur la couverture fonctionnelle. Le portefeuille tPago, exploité par GCS International, agrège de son côté les comptes et cartes d'une dizaine d'institutions dominicaines.

Dans trois marchés de la zone, le paiement électronique de détail passe par des opérateurs de télécommunications plutôt que par un réseau bancaire. À Cuba, l'application Transfermóvil est exploitée par ETECSA, l'opérateur télécom d'État, avec le porte-monnaie Monedero MiTransfer. Le canal de détail relève donc d'une entreprise publique de télécommunications. La configuration est rare et difficilement contournable. En Haïti, le paiement électronique repose sur les portefeuilles d'opérateurs, MonCash de Digicel et Natcash de Natcom, avec des réseaux d'agents qui assurent l'entrée et la sortie d'espèces. Au Guyana, MMG (Mobile Money Guyana), adossé au groupe télécom GTT, tient le même rôle, et l'acceptation marchande y suit le portefeuille plutôt que la carte.

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Le déploiement régional ne se contractualise pas en une fois
Une couverture « Caraïbes » vendue par un acquéreur international porte sur les réseaux de cartes. Le débit domestique reste hors du périmètre. Chaque commutateur se négocie séparément, ATH comme Clave, LINX comme MultiLink, souvent via une banque participante locale. BAC Credomatic constitue la seule exception d'échelle en Amérique centrale. Le groupe revendiquait en 2024 environ 39 % du marché de l'émission de cartes de crédit et 52 % de l'acquisition en volume de transactions sur la région (BSLatAm, rapport marché 2024). Il sert plus de 5,7 millions de clients dans six pays.

Les remesas : le premier flux de paiement de la zone

Les remesas sont les transferts d'argent envoyés par des travailleurs migrants vers leur pays d'origine. Dans plusieurs pays de la région, leur montant dépasse en valeur les exportations, l'investissement étranger et le tourisme réunis. Elles constituent le premier flux de paiement de la zone. Le dimensionnement d'un marché comme celui du Honduras, du Salvador ou du Guatemala repose d'abord sur leur mécanique. Le corridor est presque toujours le même, des États-Unis vers l'Amérique centrale et les Caraïbes. La zone dépend donc d'une seule législation d'origine.

47 730,2 M USD
remesas reçues par le Guatemala, le Honduras et le Salvador en 2025, +20 % sur un an
OIM, reprenant les banques centrales, février 2026
25 530,2 M USD
remesas reçues par le Guatemala en 2025, +18,7 %
OIM / Banguat, février 2026
11 866,3 M USD
remesas reçues par la République dominicaine en 2025, +10,3 %, dont 80 % depuis les États-Unis
BCRD, janvier 2026
30,4 %
part des remesas dans le PIB hondurien en 2025, premier taux de dépendance d'Amérique latine
BID, 2025
PaysMontant 2025CroissancePart du PIB (BID, 2025)
Guatemala25 530,2 M USD+18,7 %21,4 %
Honduras12 212 M USD+25,3 %30,4 %
République dominicaine11 866,3 M USD+10,3 %n.c.
Salvador9 987,9 M USD+17,8 %27,3 %
Nicaraguan.c. dans les sources retenues–30,0 %
Remesas reçues en 2025 et poids macroéconomique

La section 4475 du code fiscal fédéral américain, créée par le One, Big, Beautiful Bill Act de 2025, institue une taxe d'accise de 1 % applicable depuis le 1er janvier 2026. Elle frappe les remittance transfers émis par un envoyeur domestique vers un bénéficiaire situé hors des États-Unis. Son champ se limite aux transferts financés en espèces, par mandat, par chèque de banque ou par un instrument physique analogue. Le mode de financement détermine l'assujettissement.

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Taxe de 1 % sur les remittance transfers : ce qui est dans le champ, ce qui n'y est pas
Sont exonérés les transferts financés par débit d'un compte tenu par certaines institutions financières, ainsi que ceux réglés par carte de débit ou de crédit émise aux États-Unis. Le prestataire collecte la taxe au moment du transfert, effectue des dépôts semi-mensuels et dépose des déclarations trimestrielles. Le premier dépôt était exigible le 29 janvier 2026. L'IRS a publié un allègement de pénalités transitoire, et les règlements proposés ont paru au Federal Register le 13 avril 2026. La différence de traitement entre l'espèce et le compte oriente les envoyeurs vers les canaux exonérés, au bénéfice des acteurs numériques et au détriment des réseaux d'agents.

Le BCRD a intégré cet effet dans ses prévisions et attend plus de 12,2 Md USD de remesas en 2026. La croissance serait ramenée autour de 3,5 %, contre 10,3 % en 2025 (BCRD, janvier 2026). La concentration de l'offre du côté américain pèse elle aussi sur le prix payé par l'envoyeur. Le rachat d'Intermex par Western Union resserre l'offre de détail sur les corridors les plus denses. Intermex s'était spécialisé dans le corridor États-Unis–Mexique et Guatemala en réseau d'agents.

Le versement au bénéficiaire se numérise rapidement. Le portefeuille remplace peu à peu le retrait au guichet d'un agent. Zigi encaisse les remesas guatémaltèques en partenariat avec Intermex, tandis que Tigo Money couvre les zones rurales du Guatemala, du Honduras et du Salvador. tPago et les portefeuilles bancaires tiennent ce rôle en République dominicaine, MonCash et Natcash en Haïti. Le rail public Transfer365 CA-RD, ouvert en 2023, offre une voie intra-régionale directe depuis la banque en ligne, sans intervention d'un opérateur de transfert d'argent.

Encaisser sur place : tourisme, multi-devises et correspondants

Le tourisme est, dans une bonne partie de la zone, le premier apporteur de devises après les remesas. Il façonne la structure de l'acceptation, avec des porteurs étrangers, des cartes émises hors région, des tickets élevés, une saisonnalité marquée et une forte part de sans contact. La République dominicaine en donne l'ordre de grandeur. Le pays a accueilli 11,6 millions de visiteurs en 2025, record national (Ministerio de Turismo, 2026). Les recettes touristiques ont approché 11 200 M USD, et en mai 2026 le BCRD anticipait un dépassement de 12 500 M USD sur l'année.

11,6 M
visiteurs accueillis par la République dominicaine en 2025, record national
Ministerio de Turismo de la República Dominicana, 2026
≈ 11 200 M USD
recettes touristiques dominicaines en 2025
BCRD, 2026
> 12 500 M USD
recettes touristiques dominicaines attendues en 2026
BCRD, mai 2026
46,8 Md USD
flux de devises total entrant en République dominicaine en 2025, tourisme, exportations, IDE et remesas cumulés
BCRD, 2026

La conversion dynamique consiste à proposer au porteur étranger un règlement dans sa devise d'origine, à un taux fixé lors de l'opération. Elle dépend du régime monétaire du marché d'acceptation. Un porteur américain qui paie à San Juan, à Panama City ou à San Salvador règle dans sa propre devise, sans conversion ni marge de change, et la conversion dynamique n'y a pas d'objet. Aux Bahamas, la parité 1:1 produit le même effet pratique, avec un taux fixe et public que le porteur connaît avant l'opération. Dans les marchés à monnaie flottante, la marge de conversion devient réelle, ce qui ouvre un espace à la conversion dynamique et aux contestations de porteurs sur les conditions acceptées.

Type de marchéExemplesDevise vue par un porteur américainMarge de conversion disponible
DollariséPorto Rico, Panama, SalvadorUSD, sa devise de facturationAucune, car la conversion n'a pas lieu d'être
Parité fixe avec le dollarBahamas (1:1), Caraïbes orientales (2,70 XCD)Devise locale, taux fixe et publicFaible, et facilement contestée par le porteur
Flottement géréCosta Rica, République dominicaine, JamaïqueDevise locale, taux variableRéelle, terrain classique de la conversion dynamique
Où la conversion dynamique a de la place, et où elle n'en a pas
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Le risque structurel de la zone reste le correspondant bancaire
Le de-risking désigne le retrait par une banque internationale de ses relations de correspondant avec des établissements jugés trop risqués. Il frappe les Caraïbes plus durement que toute autre région. Le FMI l'a établi dès son document de travail WP/17/209 sur la perte de relations de correspondants dans la Caraïbe. Le sujet reste inscrit à l'agenda du CFATF et d'un groupe de travail de la CARICOM. Une banque locale peut perdre son accès au dollar sans manquement de sa part, et les marchands qu'elle règle perdent le leur au même moment. Un contrat d'acquisition dans la zone se signe donc avec une clause de continuité et une contrepartie de repli identifiée.
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Cartographier les commutateurs
Recenser marché par marché le réseau de débit domestique et son exploitant, ATH, Clave, LINX, MultiLink ou le duopole CardNET / AZUL. Sans ce raccordement, le débit local reste hors de portée.
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Traiter les rails instantanés comme des moyens de paiement
SINPE Móvil, Transfer365, Yappy et ACH Xpress ne sont pas des alternatives marginales. Sur les petits tickets, ils précèdent la carte, et leur coût d'acceptation est inférieur.
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Nommer la devise de règlement
Devise d'affichage, devise de transaction et devise de règlement diffèrent dans les marchés à parité fixe. Le contrat doit indiquer laquelle est utilisée, à quelle fréquence et à quel taux de référence.
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Vérifier le régime de licence pays par pays
La dollarisation n'importe pas de régime juridique. Le Panama relève de la Superintendencia de Bancos, le Salvador du BCR et de la superintendance financière, le Costa Rica du BCCR sous la Ley 9831.
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Budgéter la saisonnalité et les aléas
La saison touristique, la saison cyclonique et les pics de remesas en fin d'année font varier les volumes de la zone dans un rapport de un à trois sur l'année. Le dimensionnement des plafonds antifraude doit suivre ces cycles.
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Sécuriser la chaîne correspondante
Identifier le correspondant en dollars de chaque contrepartie locale, et prévoir un second chemin. Le de-risking caribéen est un risque de continuité, pas seulement un sujet de conformité.

Les infrastructures de paiement qui se sont imposées dans la zone présentent une caractéristique commune. Elles sont adossées à une institution capable d'imposer l'interopérabilité, banque centrale au Costa Rica et au Salvador, banque dominante au Panama et à Porto Rico. Celles qui ont échoué reposaient sur l'adhésion volontaire d'acteurs qui n'y avaient aucun intérêt, les banques étant appelées à distribuer un produit concurrent de leurs dépôts. Les trois MNBC caribéennes en sont l'illustration la plus coûteuse. Le pouvoir d'imposer le raccordement des participants apparaît donc comme la condition commune aux déploiements aboutis de la zone.