Un pays bancarisé qui paie en espèces
L'inclusion financière colombienne se mesure par deux indicateurs distincts, l'accès aux produits financiers et leur usage effectif. Ces deux grandeurs ne progressent pas au même rythme, et l'écart qui les sépare structure le marché des paiements du pays. En 2024, 96,3 % des adultes détenaient au moins un produit de dépôt ou de crédit. Ils étaient 65,0 % en 2011, et 92,4 % en 2022 (Superintendencia Financiera de Colombia et Banca de las Oportunidades, Reporte de Inclusión Financiera 2024, publié le 29 mai 2025). L'accès aux produits de dépôt touche 95,8 % des adultes, soit 37,1 millions de personnes. Le crédit atteint 35,5 % de la population adulte.
Cette progression tient principalement aux depósitos de bajo monto, comptes de dépôt à connaissance client allégée portés par les portefeuilles numériques, plutôt qu'au compte bancaire classique. Leur pénétration atteint 76,1 % des adultes, pour un taux d'usage actif de 64 %. Les deux taux portent sur la même population adulte : douze adultes sur cent détiennent un depósito de bajo monto sans l'employer activement. La pandémie a accéléré ce mouvement. Le programme Ingreso Solidario a couvert près de quatre millions de foyers et provoqué l'ouverture d'environ un million de comptes (Departamento Nacional de Planeación, 2022).
Le Banco de la República conduit tous les deux ans une enquête de perception qui mesure les instruments effectivement employés, et non les produits détenus. Sur le terrain de janvier à avril 2022, l'espèce assurait 78,4 % du nombre de paiements habituels et 74,6 % de leur valeur. Les virements électroniques suivaient à 12,6 % et 15,4 %, la carte de débit à 7,9 % et 8,5 %, la carte de crédit à 1,2 % et 1,5 %. Le recul est réel, puisqu'en 2019 l'espèce pesait 88,1 %. Le point de départ était très élevé. Les résultats varient fortement d'une ville à l'autre. Barranquilla reste à 85,4 % d'espèce en nombre, alors que Bogota descend à 67,5 %.
| Motif invoqué | Part |
|---|---|
| Facilité et rapidité du paiement | 15,3 % |
| Réutilisation immédiate des espèces reçues | 15,1 % |
| Habitude | 14,0 % |
| Achats de faible montant | 10,6 % |
| Achats dans la rue | 9,4 % |
| L'achat payé en espèces revient moins cher | 7,6 % |
| Absence de compte, de carte de débit ou de crédit | 6,2 % |
Les statistiques d'infrastructure confirment ce déséquilibre. En 2024, les transferts de compte à compte atteignaient 16,2 millions d'opérations par jour en moyenne, instantanés et différés confondus, soit 3,6 fois le nombre de transactions par carte (Reporte de la Infraestructura Financiera, 2025). Le virement de compte à compte constitue donc l'instrument électronique dominant en volume, place qu'occupe la carte dans la plupart des marchés européens et nord-américains.
Bre-B : une architecture à plusieurs systèmes, pas un rail unique
Bre-B est le système de paiements immédiats interopéré de la Colombie, mis en service le 6 octobre 2025. Le Banco de la República (BR) y exploite deux composants centraux, l'annuaire des identifiants et le mécanisme de liquidation. Le traitement des opérations revient en revanche à plusieurs systèmes privés placés en concurrence, de sorte que la banque centrale ne tient pas le rail de bout en bout. Bre-B est fréquemment rapproché du brésilien Pix, dont l'infrastructure centrale relève au contraire d'un opérateur unique.
Le mandat vient de l'article 104 de la Ley 2294 de 2023, la loi du Plan National de Développement 2022-2026. Il oblige les systèmes de paiement de bas montant immédiats à interopérer entre eux. La Junta Directiva du BR a exercé ce pouvoir par la Resolución Externa 6 du 31 octobre 2023, complétée le même jour par la Circular Reglamentaria Externa DSP-465, Asunto 18. La résolution fixe le cadre, les phases de mise en œuvre et crée le Comité de Interoperabilidad de Pagos Inmediatos (CIPI). La circulaire porte la matière technique dans sept annexes : gestion des llaves, compensation et liquidation, expérience utilisateur, traitement des fraudes et réclamations, standards opératoires, messagerie, mesures transitoires.
| Composant | Fonction | Ce qu'un intégrateur doit en savoir |
|---|---|---|
| DICE, Directorio Centralizado de Llaves | Stocke, valide et résout les llaves des clients de toutes les entités participantes | Garantit l'unicité : une llave ne peut être rattachée qu'à un seul compte ou dépôt. Un compte peut en porter plusieurs. La résolution passe par le DICE uniquement pour les opérations inter-SPBVI |
| MOL, Mecanismo Operativo para la Liquidación | Liquide chaque ordre de paiement de façon brute et en temps réel, en monnaie de banque centrale | Débite le participant émetteur et crédite le participant receveur simultanément, sur les comptes de dépôt du CUD. La liquidité des paiements immédiats est donc adossée à la trésorerie de haut de bilan |
Les SPBVI, sistemas de pago de bajo valor inmediatos, sont les systèmes de paiement qui s'intercalent entre les participants et ces deux modules centraux. Chaque entité choisit celui ou ceux où elle héberge ses llaves et fait traiter ses opérations. Les SPBVI tiennent des annuaires fédérés, résolvent en interne les opérations intra-système et n'appellent le DICE que pour sortir de leur périmètre. Ils se font concurrence sur le service, la spécialisation par cas d'usage et le prix.
| SPBVI | Adossement | Statut |
|---|---|---|
| Transfiya | ACH Colombia S.A. | En production ; premier système de P2P interbancaire colombien, par numéro de téléphone |
| Entrecuentas | Redeban | En production depuis 2023 ; orienté personne à commerce, socle de la migration des QR |
| Credibanco | Credibanco S.A. | En production ; raccordé en amont de Bre-B, en réaction à l'annonce du projet |
| Servibanca | Servibanca | En production |
| Visionamos | Visionamos | En production ; système intercoopératif, opérationnel depuis 2006 |
| Gou Payments | Grupo Aval | Entrée annoncée en 2026 ; tests de connexion en cours |
| Drixi | Banco de la República | Entrée annoncée en 2026 ; SPBVI public, aux mêmes conditions que les privés |
Le fournisseur technologique des modules centraux est ACI Worldwide, retenu en décembre 2023 au terme d'un appel d'offres ouvert en mars de la même année, auquel cinq candidats ont répondu. La supervision se partage. La Superintendencia Financiera de Colombia contrôle les établissements de crédit et les SEDPE, alors que la Superintendencia de la Economía Solidaria contrôle les coopératives.
Llaves, QR et acceptation commerçante
La llave est l'identifiant de réception d'un paiement Bre-B, rattaché à un compte ou à un dépôt et communiqué au payeur à la place des coordonnées bancaires complètes. Elle remplace, dans les échanges entre particuliers et commerçants, le couple formé par le numéro de compte et le code d'établissement. Cinq types coexistent, dont un réservé aux commerces. L'enregistrement d'une llave n'est nécessaire que pour recevoir, alors qu'un compte qui n'en porte aucune peut émettre.
| Type | Qui l'utilise | Remarque |
|---|---|---|
| Numéro de document d'identité | Particuliers et personnes morales | La plus intuitive, et la plus exposée en cas d'ingénierie sociale |
| Numéro de téléphone mobile | Particuliers | Type le plus migré depuis Transfiya lors du peuplement du DICE |
| Adresse électronique | Particuliers et entreprises | Utile quand le numéro sert déjà pour un autre produit de dépôt |
| Identifiant alphanumérique | Tous, généré par l'entité | Attribuable en masse ; brique de réconciliation pour l'encaissement en ligne |
| Code de commerce | Commerces uniquement | Attribué par l'entité où le commerce détient son moyen de paiement |
L'acceptation en point de vente physique repose principalement sur le code QR. Le marché colombien était parti de QR propriétaires, posés en masse par les deux émetteurs de portefeuilles dominants, et illisibles d'une application à l'autre. La Circular Externa 005 de 2023 de la Superintendencia Financiera a mis fin à ce régime, et les codes devaient migrer vers une messagerie interopérée avant le 22 mars 2024, sur le standard EMV QR Code Specification for Payment Systems. Deux modes sont admis : marchand présenté et consommateur présenté. Le système Entrecuentas de Redeban, entré en service en 2023, a porté cette migration.
La croissance des paiements interopérés précède l'ouverture de Bre-B. Les transferts immédiats interopérés ont crû de 112,4 % par an en moyenne entre 2023 et le premier semestre 2025. Les paiements par QR interopérable atteignaient 1,3 million d'opérations quotidiennes en mai 2025. Un pilote de Redeban lancé en janvier 2025, auquel seize entités financières ont participé, reprenait le modèle de llaves prévu pour Bre-B. Il a réuni sur son premier trimestre environ onze millions d'utilisateurs, vingt-trois millions de llaves et cinquante millions de transactions (Bloomberg Línea, 2025). Le Grupo Aval avait de son côté déployé son identifiant alphanumérique Tag Aval au quatrième trimestre 2024.
Chronologie et adoption
Le projet Bre-B trouve son origine dans une évaluation conduite par deux institutions internationales. Le Financial Sector Assessment Program du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale a constaté en 2021 que la multiplication de solutions privées non interopérables bridait les paiements électroniques colombiens. Il recommandait un système immédiat interopérable à gouvernance publique, et alertait sur le risque de contrepartie des mécanismes de liquidation propriétaires. L'architecture retenue répond à ces deux points : l'interopérabilité est rendue obligatoire par la loi, et la liquidation s'opère en monnaie de banque centrale, ce qui retire aux mécanismes privés le portage du risque de contrepartie.
La répartition des opérations selon le type de compte d'origine indique quels produits alimentent le système. Sur les opérations liquidées jusqu'au 31 janvier 2026, la moitié provient de depósitos de bajo monto, en pratique des portefeuilles numériques, et l'autre moitié de comptes d'épargne. Bre-B ne circule donc pas dans le seul canal bancaire traditionnel : le dépôt de bas montant y émet à parité avec le compte d'épargne, alors qu'il ne servait auparavant qu'à l'intérieur de son propre émetteur. Rendre au portefeuille prépayé une capacité d'émission universelle était l'objectif de politique publique assigné au projet.
| Catégorie | Nombre | Ce que cela indique |
|---|---|---|
| Coopératives | 153 | Le gros du contingent : l'interopérabilité a désenclavé le secteur solidaire, supervisé par la Superintendencia de la Economía Solidaria |
| Banques | 26 | L'ensemble du secteur bancaire colombien |
| Fondos de empleados | 23 | Caisses d'entreprise, historiquement hors des rails de paiement |
| Compañías de financiamiento | 6 | Établissements de crédit spécialisés |
| Entités du Decreto 1692 de 2020 | 6 | Acteurs de paiement non soumis à la supervision prudentielle classique |
| SEDPE | 4 | Sociedades Especializadas en Depósitos y Pagos Electrónicos, la licence d'inclusion financière |
Nequi, Daviplata et le régime des dépôts de bas montant
Le marché colombien du portefeuille numérique est dominé par deux applications issues l'une et l'autre d'un groupe bancaire. Nequi, lancé en 2016, a été incubé par Bancolombia avant de devenir Nequi S.A., avec sa propre licence bancaire. Daviplata, lancé en 2011 par Banco Davivienda, s'est construit sur le dépôt de bas montant et a servi de canal aux transferts sociaux de l'État. En ordre de grandeur, Nequi compte environ 27 millions d'utilisateurs fin 2025. Daviplata en compte plus de 15 millions.
La croissance de ces deux portefeuilles éclaire la situation à laquelle Bre-B a été conçu pour répondre. En 2018, les deux plateformes cumulaient 3,2 millions d'utilisateurs. En 2022, la Colombie comptait 48 millions de dépôts de bas montant créés, dont 63,7 % chez ces deux émetteurs (Banca de las Oportunidades, 2023). Le pays disposait alors d'environ trois millions de points d'acceptation numérique, pour la plupart des QR posés par ces mêmes émetteurs. Les paiements immédiats fonctionnaient, mais à l'intérieur de chaque enseigne, si bien qu'un utilisateur devait détenir plusieurs portefeuilles pour payer partout.
| Régime | Ce qu'il autorise | Exemples |
|---|---|---|
| Établissement de crédit | Toute la gamme : dépôt, crédit, moyens de paiement, participation directe au CUD | Bancolombia, Banco de Bogotá, Davivienda, BBVA Colombia, Nequi S.A. |
| Depósito de bajo monto | Compte de dépôt à connaissance client allégée et plafonds réduits, ouvrable à distance | Daviplata, et l'essentiel de la base d'utilisateurs des portefeuilles |
| SEDPE | Dépôt et paiement électroniques sans activité de crédit, obligations prudentielles allégées | MOVii, agréée par la Superintendencia Financiera de Colombia |
| Entité habilitée par le Decreto 1692 de 2020 | Participation à un système de paiement de bas montant sans être établissement de crédit | Six entités raccordées à Bre-B en janvier 2026 |
Le droit colombien n'offre pas de « licence de paiement » unique à un émetteur étranger. Celui-ci opte pour une licence bancaire complète, pour le statut de SEDPE (dépôt et paiement, jamais de crédit) ou pour celui de participant au titre du Decreto 1692 de 2020. Ce choix commande l'accès au CUD, le régime prudentiel applicable et la capacité à porter des soldes clients. Quatre SEDPE seulement étaient raccordées à Bre-B en janvier 2026, sur 218 participants, ce qui situe la place effective de ce statut dans le système.
PSE et l'encaissement en ligne
PSE, pour Pagos Seguros en Línea, est le bouton de paiement par virement du commerce en ligne colombien. Il est exploité depuis 2001 par ACH Colombia S.A., la chambre de compensation privée créée en 1997 par les banques du pays. Le parcours redirige l'acheteur vers l'interface de sa propre banque, où celui-ci s'authentifie et autorise un débit de compte. Le marchand reçoit une confirmation, puis les fonds par compensation. Vingt-cinq ans d'usage en ont fait un standard de fait, présent sur pratiquement toutes les pages de paiement colombiennes.
Les propriétés opérationnelles de PSE diffèrent de celles d'un paiement par carte sur plusieurs points. L'opération est un débit de compte, ordonné par le titulaire depuis l'interface de sa banque. Il n'existe ni autorisation à capturer, ni chargeback de scheme, et le règlement au marchand suit le cycle de compensation d'ACH Colombia plutôt que le temps réel. Le taux d'échec dépend de la disponibilité des banques émettrices, sur laquelle le marchand n'a aucune prise. Un abandon en cours de redirection se traduit par un panier perdu, sans trace exploitable côté commerçant.
| Rail | Exploitant | Réception des fonds | Recours acheteur | Cas d'usage typique |
|---|---|---|---|---|
| Bre-B | Banco de la República et cinq SPBVI | Temps réel, 24/7/365, en monnaie de banque centrale | Aucun rappel ; recours de droit commun seulement | Encaissement physique par QR, P2P, montée en charge sur le commerce en ligne |
| PSE | ACH Colombia S.A. | Par compensation, non instantanée | Aucun chargeback de scheme | Commerce en ligne, gros paniers, recouvrement de factures |
| Transfiya | ACH Colombia S.A. | Temps réel, dans le périmètre du SPBVI | Aucun rappel | P2P par numéro de téléphone ; désormais l'un des SPBVI de Bre-B |
| Carte | Émetteurs, Credibanco et Redeban | Selon le contrat d'acquisition, après compensation | Chargeback selon les règles du réseau | Vente à distance, abonnement, paiement en cuotas |
| Espèces | Réseaux d'encaissement comme Efecty | Après remise du réseau | Sans objet | Clientèle non bancarisée, paiement à la livraison, recouvrement |
L'intermédiation technique passe par un petit nombre de passerelles. PayU, Wompi adossé à Bancolombia, ePayco et Mercado Pago couvrent la majeure partie des intégrations marchandes, en agrégeant carte, PSE, portefeuilles et, désormais, Bre-B. Le paiement fractionné se pratique aussi hors carte, comme le montre Addi, qui revendique plus de 35 000 points de vente physiques et en ligne, et plus de trois millions de clients colombiens (Addi, 2026). L'entreprise s'adresse aux acheteurs dépourvus d'historique de crédit, que la carte de crédit n'atteint pas.
PSE conserve sa position dominante dans le commerce en ligne, que Bre-B vient concurrencer. Les deux rails reposent sur le même principe, un débit de compte initié par le payeur. Bre-B l'exécute en temps réel, sur une infrastructure publique et à un coût que la concurrence entre SPBVI tire vers le bas. Le Banco de la República annonce l'extension du système aux paiements non présentiels, récurrents et de masse, ainsi qu'aux encaissements de services publics et d'abonnements. Ces cas d'usage recouvrent ceux que PSE traite aujourd'hui, si bien que les marchands colombiens se trouvent devant un calendrier de migration parcours par parcours.
Cartes : Credibanco, Redeban et l'ouverture de l'acquisition
La monétique colombienne s'est bâtie sur deux réseaux domestiques, Credibanco S.A. et Redeban Multicolor S.A. (RBM), qui remontent à 1970 et ont longtemps été détenus par les banques du pays, adossés respectivement aux licences Visa et Mastercard. Ils cumulent les rôles de commutateur, de réseau d'acceptation et d'acquéreur. Le terminal de paiement s'appelle localement le datáfono. Leurs parcs couvrent la plus grande part du commerce organisé.
Le Decreto 1692 du 18 décembre 2020, qui modifie le Decreto 2555 de 2010, a rouvert ce marché. Il sépare et définit les activités de la chaîne (administration du système, acquisition, agrégation, fourniture de services de paiement) et autorise des acteurs non bancaires à exercer l'acquisition. Il durcit la gouvernance des entités administratrices et impose la transparence des règles d'accès. Il donne aussi au Banco de la República le pouvoir de fixer l'interchange entre participants des systèmes qu'il administre, pour les ordres initiés avec des instruments sans marque.
Une opération de concentration a été envisagée entre les trois principales infrastructures du pays, puis abandonnée. En juin 2023, Redeban, ACH Colombia et Credibanco ont présenté un projet d'intégration par absorption des deux dernières par la première. L'ensemble aurait traité plus de quatre milliards de transactions par an dans plus de trois millions de commerces. La Superintendencia de Industria y Comercio a signalé en 2025 des effets horizontaux et verticaux défavorables sur les marchés des systèmes de paiement de bas montant et des services de paiement. Les actionnaires (Grupo Aval, Bancolombia, Davivienda, BBVA) ont renoncé au projet.
Les volumes portés par la carte continuent pourtant de croître. En 2025, les systèmes qui compensent les opérations par carte ont progressé de 21 % en valeur et 19 % en nombre (Banco de la República). La carte progresse donc en valeur absolue tout en perdant du terrain relatif face au virement de compte à compte. Le nombre quotidien d'opérations de virement valait déjà 3,6 fois celui des cartes en 2024.
La facturation électronique DIAN et la fiscalité de l'encaissement
La Colombie applique un modèle de validation préalable. La facture électronique de vente est transmise à la DIAN, l'administration fiscale, qui en contrôle la structure XML et lui attribue un CUFE (Código Único de Facturación Electrónica) avant remise au client. Sans cette validation, le document n'a aucun effet fiscal. La vérification prend une fraction de seconde et se produit à chaque vente.
Le système de facturation électronique colombien regroupe plusieurs documents distincts, dont chacun possède son fait générateur, son délai de transmission et son annexe technique. La facture de vente n'en constitue qu'un élément. Une intégration limitée à ce seul document laisse trois obligations sans traitement.
| Document | Objet | Référence |
|---|---|---|
| Factura electrónica de venta | Ventes de biens et prestations de services | Resolución 000165 de 2023, annexe technique 1.9 |
| Documento soporte en achats auprès de non-assujettis | Justifier un coût payé à un fournisseur non tenu de facturer | Resolución 000167 de 2021 |
| Documento soporte de nómina electrónica | Justifier les coûts salariaux ; transmission dans les dix premiers jours ouvrés du mois suivant | Resolución 000013 de 2021 |
| Notas crédito y débito | Ajuster une facture déjà validée | Resolución 000165 de 2023 |
| Documentos equivalentes electrónicos | Substituts : tiquet de caisse, billetterie de spectacle, titres de transport | Resolución 000188 de 2024 |
| RADIAN | Registre public faisant circuler la facture comme titre négociable | Resolución 000015 de 2021 |
Deux prélèvements portent sur le flux monétaire lui-même, indépendamment de l'impôt assis sur le résultat. Le GMF, Gravamen a los Movimientos Financieros, taxe les débits de comptes financiers à quatre pour mille. Une exonération couvre jusqu'à 350 UVT par mois. L'UVT est l'unité fiscale indexée. Elle vaut COP 52 374 pour 2026 (Resolución DIAN 000227 du 15 décembre 2025), soit un seuil mensuel de COP 18 330 900. Au-delà, seule la fraction excédentaire est taxée.
Le second prélèvement est une retenue à la source de 1,5 % sur les ventes réglées par carte de débit ou de crédit. Son fondement est l'article 1.3.2.1.8 du Decreto Único Reglamentario 1625 de 2016, qui reprend l'article 17 du Decreto 406 de 2001. La retenue est pratiquée par les entités émettrices. Un projet de décret du Ministerio de Hacienda propose de transférer cette obligation aux acquéreurs et aux agrégateurs, afin d'aligner le traitement des différents moyens de paiement électroniques. Tant que ce texte n'est pas adopté, la retenue frappe la vente réglée par carte et laisse hors de son champ le virement de compte à compte.
Opérer sur le marché colombien : ce qui casse, ce qui coûte
Le cadre des paiements colombiens a été refondu en dix-huit mois. Un dispositif d'encaissement conçu avant octobre 2025 s'écarte de ce cadre sur trois points au moins. Il ignore Bre-B, traite le QR comme un canal propriétaire et modélise le coût d'acceptation sans la fiscalité de flux. Aucun des trois ne se corrige par paramétrage : le premier suppose le raccordement à un système de paiement supplémentaire, le deuxième un changement de standard de QR, le troisième une refonte du modèle de coût.
- Choisir son SPBVI, pas seulement sa banque. Les grilles tarifaires de l'acceptation Bre-B se négocient au niveau du système, et elles sont désormais différenciées par taille de commerce. Une entité présente sur plusieurs SPBVI ouvre une marge de négociation réelle.
- Réserver ses llaves de commerce tôt. Le code de commerce est attribué par l'entité où le commerce détient son moyen de paiement, et les identifiants alphanumériques servent de clé de réconciliation pour l'encaissement en ligne.
- Câbler l'ISO 20022 dès l'origine. La messagerie de Bre-B n'admet pas de variante propriétaire, et les annexes de la Circular DSP-465 en fixent le détail.
- Traiter le délai de 20 secondes comme un engagement. La conformité attendue est de 99,5 % : au-delà, c'est le participant qui répond, pas le rail.
- Ne pas supposer de chargeback. Ni Bre-B ni PSE n'en offrent. Le recours passe par l'article 51 de la Ley 1480 de 2011 et par les procédures de fraude de chaque participant.
- Garder un canal espèces. Les tiendas de barrio, les taxis et les bus restent massivement en numéraire, et une part de la clientèle n'a jamais utilisé autre chose.
- Intégrer la DIAN au parcours, pas après. La validation préalable conditionne l'effet fiscal du document, donc la comptabilisation de la vente.
L'évolution annoncée du système porte à la fois sur son périmètre d'acteurs et sur ses cas d'usage. Le Banco de la República annonce l'entrée de deux SPBVI supplémentaires en 2026, Gou Payments du Grupo Aval et Drixi, son propre système public, participant aux mêmes conditions que les privés. Le même programme prévoit l'ouverture de Bre-B aux paiements non présentiels, aux prélèvements récurrents, aux dispersions de masse vers plusieurs llaves depuis un fichier unique et aux encaissements de services publics. Chacun de ces cas d'usage déplace des volumes aujourd'hui portés par la carte, par PSE ou par l'espèce.