Ce que pèse réellement le paiement canadien
Le paiement de détail canadien se mesure sur deux échelles distinctes, le nombre de transactions et la valeur échangée, qui ne désignent pas les mêmes instruments comme dominants. Le pays compte 38 millions d'habitants, et ses instruments de paiement se répartissent entre un usage de consommation et un usage d'entreprise. Côté consommateur, la carte de crédit arrive largement en tête du nombre de transactions, portée par des programmes de récompenses parmi les plus généreux au monde. Côté entreprise et administration, le virement électronique (EFT, appelé AFT dans les règles de compensation) porte l'essentiel de la valeur. Le chèque reste en usage, dans des proportions que le tableau ci-dessous détaille. Entre ces deux ensembles, un scheme domestique, Interac, tient à la fois le débit au point de vente et le virement entre particuliers. Aucun autre acteur du marché canadien ne cumule ces fonctions.
| Instrument | Part du volume | Part de la valeur | Ce que cela signifie pour un encaisseur |
|---|---|---|---|
| Carte de crédit | 33 % (≈ 7,5 Md transactions, +6 %) | 6 % | Le rail du consommateur. Ticket moyen 105 CAD. C'est là que se joue le coût d'acceptation du commerçant |
| Carte de débit | 30 % | 2 % | Dominée par Interac en présence de carte, à un coût d'acceptation très inférieur au crédit |
| EFT / AFT (virements et prélèvements de masse) | 14 % | 63 % | Le rail de la paie, des prestations, des fournisseurs et des prélèvements préautorisés. C'est ici qu'est l'argent |
| Espèces | 11 % (≈ 2,5 Md transactions) | 1 % | Résiduel en valeur mais loin d'être marginal en volume : le refus du cash reste un choix commercial, pas une évidence |
| Virement en ligne (essentiellement Interac e-Transfer) | 7 % | 5 % | La catégorie qui explose : +175 % en volume et +219 % en valeur entre 2020 et 2024 |
| Chèque et effets papier | 2 % | 22 % | Un cinquième de la valeur du pays. Un logiciel de comptabilité fournisseurs sans traitement du chèque est incomplet au Canada |
| Carte prépayée | 2 % | – | Cartes cadeaux, versements d'entreprise, programmes d'incitation |
| Guichets automatiques (GAB) | 1 % | 1 % | Retraits ; réseau très maillé, avec des réseaux sans surcharge (voir plus bas) |
Les évolutions mesurées entre 2020 et 2024 décrivent un déplacement progressif des usages, sans rupture d'un instrument à l'autre. Sur cette période, les virements en ligne progressent de 175 % en volume et de 219 % en valeur, la carte de crédit de 14 % en volume et 32 % en valeur, la valeur EFT de 48 %. La valeur du chèque recule de 24 % dans le même intervalle (Paiements Canada, CPMT 2025). Ce recul s'applique à une base élevée. Le chèque représente encore un cinquième de la valeur scripturale du pays. Le sans contact mobile atteint pour sa part 3,4 milliards de transactions en 2024 (+28 %), et Paiements Canada projette 5,7 milliards en 2028.
Interac, le scheme domestique qu'on ne contourne pas
Interac Corp. est le scheme de paiement domestique canadien, qui exploite à la fois le réseau de débit national et le service de virement par alias. Né en 1984 sous forme d'association interbancaire, il a pris sa forme actuelle à la suite de la fusion avec Acxsys en 2018, et il est détenu par des banques, des coopératives de crédit, des acquéreurs et des commerçants. Il occupe une position sans équivalent dans les marchés anglo-saxons. Il tient le débit au point de vente, il tient le virement entre particuliers, et il est devenu de fait un opérateur d'identité numérique. Il a aussi construit la composante d'échange du futur Real-Time Rail. Un projet de paiement mené au Canada rencontre donc Interac sur au moins l'un de ces quatre terrains.
| Produit | Depuis | Ce que c'est | Ce qu'il faut en retenir |
|---|---|---|---|
| Interac Debit | 1994 | Le scheme de débit domestique au point de vente | Tarification quasi forfaitaire, hors du modèle ad valorem, historiquement sans interchange entre membres, d'où un coût d'acceptation très bas |
| Interac Flash | 2010 | La déclinaison sans contact du débit | Interac autorise les institutions à porter le plafond par transaction jusqu'à 250 CAD ; le plafond cumulé avant demande de NIP est fixé par chaque institution émettrice, pas par le scheme (Interac Corp., mise à jour de septembre 2025) |
| Interac e-Transfer | 2002 | Le virement par adresse courriel ou numéro de mobile | Quasi universel, y compris en B2B et pour les loyers ; adossé au règlement différé de l'ACSS, pas à un système temps réel |
| Interac e-Transfer for Business | – | La déclinaison entreprise : plafonds relevés, envois en masse, données de rapprochement enrichies, demandes de paiement | Le produit à intégrer pour la paie et les fournisseurs tant que le RTR n'est pas en production |
| Interac Verification Service / Interac Sign-In | – | Vérification d'identité et d'attributs réutilisant les identifiants bancaires du client | 568 M de transactions de vérification en 2024 (Interac Corp.). Le même réseau qui authentifie un paiement authentifie l'accès à des services publics |
| Interac Online | 2005 | Paiement e-commerce par redirection vers la banque | Décommissionné le 31 mai 2024, après retrait progressif des banques depuis 2022. Beaucoup de sites publics et de plateformes le citent encore : le remplaçant est e-Transfer |
Interac a ouvert son réseau aux acteurs non bancaires, les prestataires de services de paiement pouvant demander depuis le 16 septembre 2025 le statut de participant à Interac e-Transfer (Interac Corp., 2025). Deux conditions s'appliquent. Il faut être enregistré au titre de la Loi sur les activités associées aux paiements de détail (RPAA) et inscrit comme entreprise de services monétaires auprès du CANAFE. Trois voies d'accès coexistent : participation directe, participation indirecte via un Connection Service Provider, ou accès en tant que client commercial d'un participant existant. Cette ouverture donne pour la première fois aux prestataires non bancaires un accès au rail de virement le plus utilisé du pays, sans qu'un statut d'établissement bancaire soit exigé.
Interac e-Transfer : ce qu'il fait, ce qu'il ne fait pas
Interac e-Transfer est un service de virement par alias, la réponse canadienne à l'absence de rail instantané national. L'expéditeur adresse une somme à une adresse courriel ou à un numéro de mobile, le bénéficiaire reçoit une notification, puis il dépose les fonds. Les usages couvrent le virement entre particuliers, le paiement de loyer, le règlement d'artisan, la paie de petite entreprise et le remboursement de sinistre. 63 % des petites entreprises canadiennes l'acceptent selon les enquêtes de marché. L'expérience vécue par l'utilisateur et la mécanique interbancaire divergent nettement, et le détail de cette mécanique commande le traitement du risque par le bénéficiaire.
- Autodépôt : l'alias du bénéficiaire est lié à un compte, le crédit est automatique, il n'y a plus de question de sécurité. C'est le réglage à obtenir des clients entreprises, car il supprime la principale surface d'interception.
- Demande d'argent (Request Money) : le créancier initie, le débiteur approuve dans son application bancaire. C'est le mécanisme le plus proche d'un request-to-pay disponible aujourd'hui au Canada.
- e-Transfer for Business : plafonds relevés, envois en masse pour la paie et les fournisseurs, et surtout données de rapprochement enrichies, sans lesquelles le lettrage d'un e-Transfer grand public reste artisanal.
- Fraude : l'interception d'e-Transfer par compromission de boîte courriel et la fraude à l'ingénierie sociale sont les deux scénarios dominants. Interac publie un taux de perte d'environ 4 cents pour 100 CAD de transactions (Corporate Year in Review 2025), faible mais concentré sur des sinistres unitaires élevés.
- Ce qu'il ne remplace pas : les prélèvements récurrents. Pour un abonnement ou une facture mensuelle, l'instrument canadien reste le débit préautorisé (PAD) dans l'AFT, régi par les règles de Paiements Canada, pas e-Transfer.
Les trois systèmes de Paiements Canada : Lynx, ACSS, USBE
Paiements Canada (Payments Canada, anciennement Association canadienne des paiements) exploite, sous la surveillance de la Banque du Canada, les systèmes de compensation et de règlement du pays au titre de la Loi canadienne sur les paiements. Trois systèmes fonctionnent aujourd'hui en production, et un quatrième est en cours de lancement. La compensation canadienne fait circuler deux monnaies, le dollar canadien et le dollar américain, qui ne se règlent ni au même endroit ni selon la même mécanique. Cette dualité sépare l'USBE des deux autres systèmes, et les panoramas du marché canadien la mentionnent rarement.
| Système | Depuis | Flux traités | Où et quand cela se règle |
|---|---|---|---|
| Lynx | 2021 | Paiements de gros irrévocables (wires), ISO 20022 dès l'origine, avec mécanisme d'économie de liquidité | Règlement brut en temps réel, en monnaie de banque centrale. Désigné système de paiement d'importance systémique par la Banque du Canada |
| ACSS (Système automatisé de compensation et de règlement) | 1984 | Chèques et effets papier, AFT (dépôts de paie, débits préautorisés), débit au point de vente et en ligne, réseaux de GAB partagés, remises électroniques | Règlement différé, au matin du jour ouvré suivant, les soldes étant éteints par des paiements vers et depuis la Banque du Canada |
| USBE (United States Bulk Exchange) | – | Paiements en dollars américains tirés sur des comptes tenus par des institutions établies au Canada | Règlement par correspondants à New York, donc sans monnaie de banque centrale. C'est la différence structurante avec l'ACSS |
| Real-Time Rail (RTR) | Lancement visé au 4ᵉ trimestre 2026 | Paiements instantanés de détail, ISO 20022, données enrichies, service centralisé de lutte contre la fraude | Temps réel, 24/7/365, irrévocable. Rien n'est en production à la date de rédaction |
L'ACSS fonctionne selon un modèle de compensation à deux niveaux. Un nombre restreint d'institutions, les adhérents compensateurs ou direct clearers, échangent directement les articles entre elles, tandis que la centaine d'autres institutions accèdent au système par parrainage. L'accès d'un nouvel entrant passe donc par l'intermédiaire d'un adhérent compensateur. Cette dépendance se négocie. Ce point explique l'importance de l'élargissement de l'adhésion à Paiements Canada, ouvert en 2026 aux prestataires de services de paiement, qui modifie l'équilibre concurrentiel entre entrants et institutions installées (voir la section sur la supervision).
Le Real-Time Rail : le calendrier réel, et la prudence à garder
Le Real-Time Rail (RTR) est le rail de paiement instantané canadien : 24/7/365, irrévocable, ISO 20022 de bout en bout, avec données enrichies et un service de lutte contre la fraude mutualisé. Il constitue aussi le grand retard du paiement canadien, inscrit à la feuille de route de modernisation dès 2015, promis pour 2019, repoussé à 2022, puis à mi-2023, puis à 2026. La brique de compensation-règlement a changé de fournisseur en cours de programme. Trois dates cibles ont ainsi été annoncées puis abandonnées avant celle de 2026. L'année 2026 apporte un élément absent des étapes précédentes, le cadre juridique du système.
Ce que coûte l'acceptation : interchange, surcharge, Code de conduite
Le coût d'acceptation de la carte au Canada est encadré par trois instruments distincts, dans un pays qui n'a pas de plafond légal d'interchange. Le premier réunit les engagements volontaires de Visa et Mastercard, obtenus par le ministère des Finances sous menace d'une intervention réglementaire. Le deuxième est un droit de surcharger, obtenu par voie de recours collectif. Le troisième est un Code de conduite administré par l'Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC / FCAC), qui encadre la relation entre commerçants, acquéreurs et réseaux. Ces trois instruments relèvent de sources juridiques différentes. Ils suivent des calendriers propres et ne s'appliquent pas partout de la même façon. Leur combinaison est la source d'erreur la plus fréquente pour un responsable des paiements venu d'un autre marché.
| Levier | Base juridique | Ce qu'il fait | Qui en bénéficie réellement |
|---|---|---|---|
| Engagements d'interchange PME | Engagements volontaires de Visa et Mastercard obtenus par le ministère des Finances du Canada ; en vigueur depuis le 19 octobre 2024 | Interchange moyen ramené à 0,95 % en présence de carte, et baisse de 0,1 point en e-commerce, pour les commerçants réalisant jusqu'à 300 000 CAD de ventes Visa ou 175 000 CAD de ventes Mastercard par an | Environ 90 % des commerçants acceptant la carte, pour une réduction pouvant atteindre 27 %, voire 37 % selon les profils (ministère des Finances du Canada, 2024 ; FCEI/CFIB, 2024). Les grands commerçants n'en tirent rien : le dispositif est borné par un seuil de chiffre d'affaires |
| Droit de surcharger | Règlement de recours collectifs contre Visa et Mastercard ; effectif depuis le 6 octobre 2022 | Le commerçant peut répercuter le coût de la carte de crédit au point de vente, plafonné à 2,4 % et jamais au-delà du coût réellement supporté | Les commerçants à faible marge et à panier élevé. Ne s'applique pas au Québec (voir la section Québec) et suppose une information préalable du réseau, de l'acquéreur et du consommateur |
| Code de conduite pour l'industrie des cartes de paiement | Code administré par l'ACFC (FCAC) ; version refondue au 30 octobre 2024, solde des dispositions au 30 avril 2025 | Encadre les préavis tarifaires, la sortie de contrat, la divulgation des relevés, le traitement des plaintes et le droit de refuser les catégories de cartes | Tous les commerçants, quelle que soit leur taille. C'est l'instrument le plus opérationnel des trois au quotidien |
Le Code de conduite refondu : les délais qui comptent
La version refondue du Code a été annoncée le 1er octobre 2024 par le ministère des Finances, avant de remplacer l'ancien Code le 30 octobre 2024, le solde de ses dispositions entrant en vigueur le 30 avril 2025. Elle a durci deux séries d'obligations, les préavis tarifaires et le traitement des plaintes. Ces obligations s'expriment en délais fermes, comptés à partir d'une date d'effet ou d'une date de réception, et non en principes généraux.
| Obligation | Délai | Qui doit quoi |
|---|---|---|
| Préavis de hausse tarifaire, de nouveaux frais, ou de réduction de frais de base non répercutée intégralement | Entre 30 et 60 jours civils avant la date d'effet | L'acquéreur et les participants en aval, vers le commerçant (disposition en vigueur depuis le 30 avril 2025) |
| Sortie du contrat sans pénalité après une telle modification | 70 jours civils après la date d'effet du changement ; l'avis doit mentionner la date d'expiration de ce droit | Droit du commerçant, à faire valoir auprès de l'acquéreur |
| Préavis des réseaux (PCNO) aux acquéreurs, changement tarifaire non structurel | 120 jours (contre 90 auparavant) | Réseau de cartes de paiement → acquéreurs |
| Préavis des réseaux (PCNO) aux acquéreurs, changement tarifaire structurel | 210 jours (contre 180 auparavant) | Réseau de cartes de paiement → acquéreurs |
| Accusé de réception d'une plainte de commerçant | 5 jours ouvrables | L'acquéreur, vers le commerçant |
| Enquête et réponse sur une plainte | 20 jours ouvrables (30 jours ouvrables lorsque c'est le réseau qui instruit), par ordre d'urgence | Acquéreur, ou réseau qui communique directement au commerçant avec copie à l'acquéreur |
| Remontée des plaintes au régulateur | Semestrielle | Les réseaux déclarent à l'ACFC (FCAC) les plaintes reçues par les acquéreurs et leurs participants en aval |
Qui supervise quoi, et comment on entre sur le marché
La gouvernance canadienne du paiement est répartie entre cinq organismes fédéraux, auxquels s'ajoute au Québec un sixième acteur provincial, et aucun d'eux ne fait office de guichet unique. Un nouvel entrant établit donc quelle combinaison d'enregistrements son activité exige, plutôt qu'un agrément unique. L'ordre dans lequel ces enregistrements sont obtenus conditionne le calendrier d'ouverture.
Le RPAA : l'agrément qui n'existait pas il y a trois ans
La Loi sur les activités associées aux paiements de détail (RPAA) instaure le premier régime canadien de supervision des prestataires de paiement non bancaires, confié à la Banque du Canada. Le cadre de supervision est entré en vigueur le 1er novembre 2024, ouvrant la fenêtre d'enregistrement. La Banque du Canada publie un registre public des PSP enregistrés depuis le 8 septembre 2025, ainsi que la liste des demandes refusées. L'enregistrement suppose d'être dans le champ de la loi, d'acquitter les droits et de passer un filtrage de sécurité nationale coordonné par le ministère des Finances. Les PSP enregistrés sont ensuite soumis à une supervision fondée sur le risque. Ils devaient remettre leur premier rapport annuel au plus tard le 31 mars 2026, portant sur la gestion des risques, le dispositif de réponse aux incidents, les assurances ou garanties et la détention de fonds d'utilisateurs finaux.
Les modifications apportées à la Loi canadienne sur les paiements ont élargi l'éligibilité à l'adhésion. L'effet a été immédiat. L'éligibilité couvre désormais les prestataires de services de paiement au sens du RPAA, les caisses locales membres d'une centrale, et les chambres de compensation de systèmes désignés. En janvier 2026, Paiements Canada a admis ses cinq premiers membres PSP : Wise Payments Canada Inc., Float Financial Solutions, KOHO Financial Inc., Paramount Commerce et Brim Financial Inc. Ont suivi dans l'année Neo Financial Technologies Inc., Meridian Credit Union, Tru Cooperative Bank, Ebury Partners Canada Limited, Shaype Canada Financial Limited, Beem Credit Union, Libro Credit Union, Newton Crypto Ltd., DoBusiness.com et Adyen Canada Ltd. Au total, quinze organisations en 2026 (Paiements Canada, 2026).
Le Québec : un régime dans le régime
Le Québec constitue un régime juridique distinct à l'intérieur du marché canadien, sur au moins trois points qui touchent directement le paiement : la surcharge, le permis d'entreprise de services monétaires, et la langue des contrats et de l'affichage. S'y ajoute une particularité de structure, la première institution financière de la province étant une coopérative et non une banque. Un déploiement pancanadien qui reprend au Québec la configuration appliquée ailleurs produit trois non-conformités simultanées.
| Sujet | Règle fédérale ou pancanadienne | Ce qui s'applique au Québec | Conséquence opérationnelle |
|---|---|---|---|
| Surcharge carte de crédit | Autorisée depuis le 6 octobre 2022 (règlement de recours collectifs), plafonnée à 2,4 % et au coût réel | Exclue. La Loi sur la protection du consommateur impose que le prix annoncé soit le prix payé ; ajouter des frais au-delà du prix affiché contrevient à la transparence des prix | La configuration de surcharge doit être conditionnée à la province. Les alternatives conformes passent par une politique de prix (escompte au comptant) et non par un ajout au moment du paiement |
| Entreprise de services monétaires | Enregistrement auprès du CANAFE, obligatoire avant toute activité | En plus, un permis d'exploitation délivré au titre de la Loi sur les entreprises de services monétaires (LESM). Son administration a été transférée de l'Autorité des marchés financiers à Revenu Québec le 13 septembre 2021 | Deux dossiers distincts, deux calendriers. Le permis couvre notamment le transfert de fonds, le change, l'encaissement de chèques et l'exploitation de guichets automatiques |
| Langue des contrats | Aucune obligation fédérale générale de langue contractuelle | Charte de la langue française : depuis le 1er juin 2023, un contrat d'adhésion doit être remis en français en même temps que sa version dans une autre langue, sous peine de nullité | Les CGU de paiement, conventions marchand et conditions d'ouverture de compte sont des contrats d'adhésion. La traduction n'est pas une option de confort |
| Affichage commercial | Aucune obligation fédérale | Nouvelles obligations d'affichage entrées en vigueur le 1er juin 2025 : le français doit avoir un impact visuel nettement plus important que toute autre langue | Concerne les enseignes, les écrans de terminal, les bornes et les parcours de paiement en libre-service déployés dans la province |
La structure du marché québécois est dominée par Desjardins, le Mouvement Desjardins étant le plus grand groupe financier coopératif d'Amérique du Nord, avec 470,9 Md CAD d'actif. Au 31 décembre 2024, il regroupait 203 caisses au Québec, la Caisse Desjardins Ontario Credit Union Inc., la Fédération des caisses Desjardins du Québec et ses filiales, et le Fonds de sécurité Desjardins (Desjardins, plan de résolution américain 2025). La Fédération participe aux systèmes Visa et Mastercard au Canada pour l'ensemble du Mouvement. Pour un émetteur, un acquéreur ou un éditeur, la conséquence porte sur la distribution. Au Québec, les interlocuteurs de distribution diffèrent de ceux du reste du pays, et la logique coopérative y gouverne les décisions d'adhésion à un réseau autant que la logique de rentabilité.
Opérer au Canada : ce qui casse, ce qui coûte, ce qu'il faut prévoir
Cette section rassemble les points de vérification que suppose l'ouverture du marché canadien, tels qu'ils ressortent des projets ayant rencontré des difficultés. Les obstacles tiennent rarement aux rails eux-mêmes. Ils viennent des hypothèses importées d'un autre marché et des découpages provinciaux.
- La tarification se construit canal par canal. En présence de carte, le débit passe par Interac, quasi sans interchange. En ligne, la même carte bascule sur Visa Debit ou Debit Mastercard, facturés ad valorem. Un modèle de coût unique par carte est faux par construction.
- Les seuils d'interchange PME déterminent le barème applicable. 300 000 CAD de ventes Visa ou 175 000 CAD de ventes Mastercard par an. En dessous, l'interchange moyen crédit est ramené à 0,95 % en présence de carte depuis le 19 octobre 2024. Au-dessus, ces engagements ne s'appliquent pas et le seul levier restant est la négociation directe.
- La surcharge se paramètre par province. Autorisée jusqu'à 2,4 % ailleurs, exclue au Québec. C'est un paramètre de configuration, pas une politique globale.
- Les préavis tarifaires du Code de conduite ouvrent une fenêtre datée. 30 à 60 jours civils avant effet, puis 70 jours civils de sortie sans pénalité. Chaque avis reçu est une fenêtre de renégociation datée ; faute de suivi, elle se referme sans que personne ne l'ait vue.
- Le chèque reste un instrument vivant. 2 % du volume, mais 22 % de la valeur du pays en 2024. Un logiciel de comptabilité fournisseurs ou de trésorerie livré sans chèque au Canada est un produit incomplet, quel que soit le discours sur la dématérialisation.
- Le récurrent relève du débit préautorisé (PAD) dans l'AFT, pas d'Interac e-Transfer. e-Transfer est excellent pour l'encaissement ponctuel et l'anti-impayé, mais il n'est pas un instrument de mandat.
- L'ordre des enregistrements est contraint : CANAFE (ESM ou ESM étrangère) et RPAA auprès de la Banque du Canada d'abord ; participation Interac e-Transfer et adhésion à Paiements Canada ensuite ; permis LESM auprès de Revenu Québec pour une activité exercée au Québec.
- Le calendrier du RTR ne supporte aucun engagement pour 2026. Cadre juridique en vigueur le 24 août 2026, lancement visé au quatrième trimestre 2026, déploiement par phases, participation généralisée attendue en 2027.
| Cas d'usage | Rail à utiliser | Pourquoi | Ce qui change avec le RTR |
|---|---|---|---|
| Encaissement au point de vente | Interac Debit en priorité, crédit en second | Coût d'acceptation très inférieur ; sans contact jusqu'à 250 CAD par transaction selon l'émetteur | Rien à court terme : le RTR est un rail de virement, pas un scheme de carte |
| Encaissement e-commerce | Carte (Visa / Mastercard / Amex), wallets, Interac e-Transfer en complément | Interac Online est décommissionné depuis le 31 mai 2024 : toute documentation qui le cite est périmée | Le RTR ouvrira une voie A2A native au checkout, mais pas avant la participation généralisée |
| Facturation récurrente, abonnements | Débit préautorisé (PAD) dans l'AFT, ou carte avec chaînage | C'est l'instrument de mandat canadien, régi par les règles de Paiements Canada | Le RTR permettra des demandes de paiement enrichies ; le PAD restera pertinent pour le mandat |
| Paie et versements fournisseurs | AFT (dépôt direct), e-Transfer for Business pour l'urgence | L'AFT porte 63 % de la valeur des paiements de détail canadiens ; l'e-Transfer pour entreprise gère l'exception | Le RTR vise précisément ce segment : données de remise avec le paiement et disponibilité 24/7 |
| Gros montants, immobilier, marchés | Lynx | Seul rail à finalité irrévocable en temps réel et en monnaie de banque centrale | Aucun : le RTR est un rail de détail, il ne remplace pas Lynx |
| Flux en dollars américains depuis le Canada | USBE, ou un correspondant, ou un rail transfrontalier | L'USBE compense les paiements en USD tirés sur des comptes tenus au Canada, mais se règle par correspondants à New York, sans monnaie de banque centrale | Hors périmètre du RTR, qui est un système en dollars canadiens |