Le SPB : qui opère quoi, et sous quelle licence
Le Sistema de Pagamentos Brasileiro (SPB) désigne l'ensemble des infrastructures qui exécutent, compensent et règlent les paiements au Brésil. Sa particularité tient au rôle qu'y occupe la banque centrale, à la fois régulateur, superviseur et exploitant du principal rail de détail, situation rare parmi les architectures nationales. Le Banco Central do Brasil (BCB) opère depuis 2002 le STR (Sistema de Transferência de Reservas), le RTGS où se règlent les opérations en monnaie de banque centrale. Il opère aussi le SPI (Sistema de Pagamentos Instantâneos), l'infrastructure temps réel qui exécute les Pix depuis 2020. Entre les deux, un opérateur privé unique, Nuclea (ex-CIP, Câmara Interbancária de Pagamentos), exploite les chambres de compensation de détail : SILOC en compensation différée (boletos, débits) et SITRAF en règlement continu.
Le cadre juridique repose sur un texte fondateur, la Lei nº 12.865 du 9 octobre 2013. Elle crée deux objets réglementaires distincts, souvent confondus. L'arranjo de pagamento est le schéma de règles, l'équivalent d'un scheme. L'instituição de pagamento (IP) est l'établissement qui y participe, en qualité d'émetteur de monnaie électronique, d'émetteur de post-payé (carte de crédit) ou de credenciador (acquéreur). Le régime brésilien ne comporte pas de licence générique de prestataire de services de paiement (PSP). Un acteur étranger se qualifie donc comme IP dans l'une de ces catégories, ou opère sous le couvert d'un IP déjà autorisé.
| Rail | Exploitant | Depuis | Statut opérationnel |
|---|---|---|---|
| STR (RTGS) | Banco Central do Brasil | 2002 | Règlement en monnaie de banque centrale ; porte d'entrée = compte Reservas Bancárias ou Conta de Liquidação |
| SPI (Pix) | Banco Central do Brasil | 2020 | Règlement brut instantané 24/7/365 ; adressage par le DICT, annuaire central des clés |
| SILOC / SITRAF | Nuclea | 2002 | Compensation de détail : boletos, débits directs, opérations de crédit ; SITRAF en règlement continu |
| TED | Banques émettrices, réglé au STR | 2002 | Virement du même jour en heures ouvrées ; encore 34,7 % de la valeur échangée au S2 2025 |
| DOC / TEC | Nuclea | 1980 | Arrêtés : supprimés par le BCB en février 2024 au profit de Pix et TED |
| Boleto | Nuclea (Nova Plataforma de Cobrança) | 1993 | Titre à code-barres ; registre centralisé obligatoire depuis la NPC |
Pix : l'anatomie du rail, pas la légende
Pix est la marque commerciale exposée à l'utilisateur. Le rail s'appelle SPI et l'annuaire s'appelle DICT (Diretório de Identificadores de Contas Transacionais). Ces trois noms désignent des objets distincts, respectivement une marque, une infrastructure de règlement et un annuaire d'adressage. L'adhésion porte sur le SPI, qui assure le règlement brut en monnaie de banque centrale 24 h/24 et 365 jours par an. L'interrogation d'adressage porte sur le DICT. Le nom affiché au client final est Pix. Un participant est direct s'il règle lui-même au SPI depuis son compte au BCB, indirect s'il passe par un participant direct. Ce statut détermine le coût, la latence et l'exposition au risque de contrepartie.
Les conditions d'accès au rail, sa tarification et ses délais sont fixés par la norme et non par le marché. La Resolução BCB nº 1 du 12 août 2020 (art. 3) rend l'adhésion obligatoire pour toute institution agréée dépassant 500 000 comptes clients actifs. La Resolução BCB nº 19 du 1ᵉʳ octobre 2020 interdit de tarifer l'envoi et la réception d'un Pix aux personnes physiques et aux entrepreneurs individuels. Cette gratuité procède d'une obligation réglementaire, que les établissements appliquent sans marge d'appréciation commerciale. Le Manual de Tempos do Pix fixe 40 secondes entre la réception de l'ordre et la liquidation. Au-delà, le SPI rejette lui-même l'opération. L'objectif de qualité sur l'expérience du payeur est de 6,0 s en médiane et 10,0 s au 99ᵉ centile ; le canal secondaire (Pix programmés) dispose de 45 minutes.
| Maillon | Ce qui est facturé | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| BCB → participant | Tarif de liquidation au SPI | R$ 0,01 pour 10 crédits reçus, un coût d'infrastructure quasi nul |
| PSP → personne physique | Envoi et réception | Interdit (Resolução BCB nº 19/2020) |
| PSP → personne morale | Réception par clé, QR statique ou dynamique, API | Grilles publiques de place 2026 : de l'ordre de 0,89 % à 1,45 %, avec plafond en valeur absolue par transaction (ex. R$ 140 à R$ 150 selon l'établissement) |
| PSP → commerçant | Split, sub-acquisition, conciliation | Négocié ; c'est là que se loge la marge du PSP, pas dans le rail |
L'écosystème Pix : ce qui existe, ce qui n'a pas pris, ce qui arrive
L'agenda evolutiva est le programme public d'évolution du Pix tenu par le BCB. Chaque fonctionnalité y est spécifiée, datée, puis rendue obligatoire pour tous les participants. Une nouveauté Pix constitue donc une obligation d'implémentation assortie d'une date, et non une option commerciale ouverte à chaque établissement. La feuille de route produit d'un PSP brésilien est, pour cette part, déterminée par le calendrier de la banque centrale.
La carte et le parcelado : l'exception brésilienne qui ne meurt pas
Le parcelado est le fractionnement d'un achat par carte en plusieurs échéances mensuelles : le crédit brésilien s'y contracte au moment de l'achat, et non par un emprunt souscrit à part. Cette fonction explique que la carte conserve sa place malgré les prévisions de recul formulées depuis 2021. Le volume a atteint R$ 4,5 billions en 2025, en hausse de 10,1 % (ABECS, février 2026). Le fractionnement le plus répandu, le parcelado sem juros, est facturé sans intérêt affiché au client. Le commerçant en absorbe le coût sous forme d'un délai de règlement allongé et d'un escompte. 42,6 % des achats carte de 2025 ont été fractionnés sans intérêts, contre 57,1 % au comptant. Et 64,2 % des opérations fractionnées l'ont été en six fois au plus.
Deux formes de fractionnement coexistent, distinguées par la partie qui porte le crédit, et ne doivent jamais être confondues dans un contrat d'acquisition. Le parcelado emissor (ou com juros) est un crédit consenti par l'émetteur. Le commerçant est réglé comme sur une vente comptant, l'acheteur paie des intérêts. Le parcelado lojista (ou sem juros) est porté par le commerçant. Il est payé échéance par échéance, de mois en mois, et supporte le coût de portage. La distinction commande donc le profil de trésorerie du commerce, puisqu'une même vente lui est réglée soit en une fois, soit sur autant de mois que le fractionnement compte de mensualités. Cette mécanique explique aussi l'antecipação de recebíveis, l'escompte des créances futures, qui représente une part importante du chiffre d'affaires réel des acquéreurs brésiliens.
| Paramètre | Ce qui s'applique | Base ou source |
|---|---|---|
| Interchange débit | Plafond 0,50 %, taux ferme | Resolução BCB nº 246/2022, en vigueur depuis le 1ᵉʳ avril 2023 |
| Interchange prépayé | Plafond 0,70 % | Resolução BCB nº 246/2022 |
| Interchange crédit | Non plafonné ; moyenne constatée 1,68 % au S1 2025 (1,64 % en 2024) | Banco Central do Brasil, novembre 2025 |
| MDR moyen | 2,16 % crédit, 1,08 % débit | Banco Central do Brasil, S1 2025 |
| Règlement crédit à vista | Usage de place : D+30 | Pratique de marché ; délais encadrés par la Resolução BCB nº 246/2022 |
| Règlement parcelado lojista | Une échéance tous les 30 jours, jusqu'au dernier parcela | Pratique de marché |
| Vale-refeição / alimentação | MDR plafonné à 3,6 %, interopérabilité et portabilité obligatoires | Decreto nº 12.712/2025 (novembre 2025), sur la base de la Lei nº 14.442/2022 |
Le paysage des schemes domestiques ne compte plus qu'un seul acteur d'échelle depuis 2025. Elo (Elo Serviços S.A., coentreprise Banco do Brasil / Bradesco / Caixa Econômica Federal, 2011) reste le seul scheme domestique d'échelle en Amérique du Sud, avec 8,7 % des cartes émises au T1 2025 (BCB). Son parc est lourdement représenté sur les programmes sociaux et les cartes Caixa. Son acceptation internationale, adossée à des accords Discover/Diners, demeure limitée. Hipercard, deuxième scheme domestique historique, très surpondéré au Nordeste, a en revanche été fermé. Le BCB en a autorisé l'arrêt en juin 2025, plus aucune transaction n'est approuvée depuis le 1ᵉʳ juillet 2025 et le parc a basculé sur Mastercard. Tout contrat d'acceptation antérieur à cette date doit donc être relu, puisqu'il peut désigner un scheme qui n'approuve plus aucune opération.
L'acquisition la plus concurrentielle du monde
L'acquisition brésilienne a longtemps reposé sur un duopole. D'un côté Cielo (1995, Banco do Brasil et Bradesco), de l'autre Rede (1996, passée sous contrôle d'Itaú Unibanco en 2012). L'ouverture réglementaire, l'interopérabilité imposée des terminaux et la fin de l'exclusivité de bandeira ont ouvert le marché à de nouveaux entrants. Il compte aujourd'hui cinq acteurs d'échelle. S'y ajoute une longue traîne de sub-acquéreurs et de wallets. La lecture des parts de marché porte donc sur l'ensemble de ces acteurs, et non sur les seuls acquéreurs adossés aux banques historiques.
Le produit d'un acquéreur brésilien se compose de deux masses, la commission d'acceptation et les revenus financiers tirés du crédit et de l'escompte. Rede a publié en 2025 R$ 2,058 milliards de revenus de prestation de services pour R$ 3,770 milliards de revenus d'intermédiation financière, et un résultat net de R$ 1,888 milliard. Le crédit et l'anticipation rapportent près du double de l'acquisition elle-même. PagBank affiche R$ 20,4 milliards de revenus et R$ 2,12 milliards de résultat net en 2025, avec un portefeuille de crédit en hausse de 33 % à R$ 4,6 milliards. La négociation d'un contrat d'acquisition brésilien porte donc d'abord sur les conditions de financement, d'où provient la majeure partie du produit de l'acquéreur, et seulement ensuite sur le MDR.
Le registre des recebíveis de cartão est le dispositif d'enregistrement centralisé des créances qu'un commerçant détient sur ses acquéreurs au titre des paiements par carte. La Resolução CMN nº 4.734 et la Circular BCB nº 3.952, toutes deux du 27 juin 2019, ont créé une catégorie d'entité, la registradora, chargée de tenir l'agenda des créances futures de chaque commerçant. Le régime est entré en vigueur après deux reports. Le premier a porté du 3 novembre 2020 au 17 février 2021, le second jusqu'au 7 juin 2021, un des trois registres n'étant pas prêt. La créance devient dès lors visible de tout le marché, et non plus du seul acquéreur qui l'a originée, ce qui permet de l'escompter ou de la nantir auprès d'un tiers. La trava bancária, verrou par lequel l'acquéreur captait de fait le financement de son commerçant, a perdu son effet. Le spread d'anticipation est tombé à un plus bas de 0,15 point de pourcentage en août 2023 (CERC, sur données du Banco Central do Brasil).
- Registradoras autorisées : CERC, Nuclea, TAG, B3 et CRDC. Un commerçant peut faire enregistrer son agenda chez l'une d'elles et mettre ses acquéreurs en concurrence sur le taux d'escompte.
- Concentration en recul : la part cumulée des quatre premiers acquéreurs est passée d'environ 84,8 % au T1 2019 à 72,7 % au T3 2023 (données Banco Central do Brasil reprises par la presse spécialisée). Le Brésil est l'un des rares marchés au monde où l'acquisition se déconcentre.
- Sub-acquisition et split : les plateformes et marketplaces opèrent massivement en sub-acquisition sous un IP autorisé, avec split de règlement natif ; c'est le montage standard pour un éditeur SaaS ou une marketplace étrangère.
- Néobanques comme acquéreurs : Nubank (plus de 115 millions de clients au Brésil au T1 2026), Mercado Pago (71,3 millions) et PicPay (environ 68 millions) captent la relation commerçant par le compte, pas par le terminal.
Le boleto : déclinant, jamais mort, juridiquement irremplaçable
Le boleto bancário est un titre de paiement à code-barres, émis par le bénéficiaire via sa banque, payable en espèces au guichet, en libre-service, à la loterica ou par débit dans une application. Il a été le rail des non-bancarisés et reste celui du B2B, des services publics et de tout ce qui se règle à échéance. La diffusion du Pix a réduit sa part relative sans interrompre sa croissance en valeur. Il pèse encore 7,6 % des transactions au S2 2025, en croissance de 3,7 % en valeur (Banco Central do Brasil, avril 2026). Plus de 8,2 milliards de documents ont été traités en 2025, en hausse d'environ 3 % sur un an (Nuclea).
Le maintien du boleto s'explique par trois propriétés que le Pix ne possède pas. La première est la valeur juridique. Le boleto est un titre susceptible de protêt et d'exécution, quand un virement ne l'est pas, ce qui en fait un instrument de recouvrement dans les échanges B2B. La deuxième est la dissociation émission/paiement. Une créance émise aujourd'hui reste payable dans trente jours sans mobiliser la trésorerie du débiteur, le titre fonctionnant alors comme un instrument de crédit fournisseur. La troisième est l'acceptation en espèces, qui reste pertinente pour une fraction de la population et pour les encaissements de proximité.
Open Finance, Drex et actifs numériques : ce qui est réel et ce qui est un projet
L'Open Finance Brasil est le dispositif brésilien de partage de données et de services financiers entre institutions, sur consentement du client. Il repose sur la Resolução Conjunta nº 1 du 4 mai 2020, prise par le Banco Central do Brasil et le Conselho Monetário Nacional. Le dispositif est structuré en phases (données d'ouverture, données de compte, initiation de paiement, données d'investissement et d'assurance) avec une gouvernance dédiée. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, le partage de données est obligatoire pour les institutions des segments S1 et S2 et pour tout conglomérat de plus de cinq millions de clients. Le partage du service d'initiation de transaction de paiement (ITP) s'impose, lui, à tous les participants obligatoires du Pix et aux initiateurs agréés.
L'ITP permet de déclencher un Pix depuis le tunnel de paiement du marchand, sans redirection lourde vers l'application bancaire et avec un consentement conservé côté initiateur. Ce mécanisme est le socle du « Pix by Open Finance », par lequel un PSP conserve le parcours de paiement au lieu de le céder à l'application de la banque du payeur. La croissance de R$ 3,2 à R$ 15,3 milliards en un an situe le canal au-delà de la phase pilote. Le volume reste modeste rapporté aux R$ 35 000 milliards de Pix annuels.
- Lei nº 14.478/2022, marco legal des actifs virtuels, en vigueur depuis juin 2023 : définit la prestation de services d'actifs virtuels, impose une autorisation préalable et crée un délit spécifique de fraude aux actifs virtuels (art. 171-A du Code pénal).
- Decreto nº 11.563/2023, qui désigne le Banco Central do Brasil comme régulateur et superviseur des prestataires de services d'actifs virtuels (PSAV), sans écarter la compétence de la CVM lorsque l'actif est un titre financier.
- Résolutions BCB nº 519, 520 et 521 de 2025, régime d'autorisation des prestataires, normes de conduite, ségrégation des actifs de la clientèle, travel rule, et articulation avec le marché des changes. Le stablecoin dollar y est traité comme une opération de change, pas comme un actif exotique.
- Conséquence pratique : au Brésil, un flux stablecoin entrant destiné à payer un fournisseur local n'est pas un contournement du change, car il retombe dans le régime de la Lei nº 14.286/2021 et de la Resolução BCB nº 277/2022.
Encaisser au Brésil : montages, change, fraude, incidents
Trois montages, et trois seulement, permettent à un marchand étranger d'encaisser un consommateur brésilien. Le montage retenu commande le taux d'acceptation, le coût, la fiscalité et le délai de rapatriement des fonds. Dans le cross-border pur, le marchand encaisse en devise depuis l'étranger sur une acquisition internationale. Cette voie est la plus simple à mettre en œuvre, mais le taux d'acceptation s'y effondre, les émetteurs brésiliens refusant massivement le hors-frontière, et le parcelado y est inaccessible. Le local acquiring via entité brésilienne suppose un CNPJ et un contrat d'acquisition domestique. Il ouvre l'accès au parcelado, au Pix et au boleto, au prix d'une implantation et d'une fiscalité locales. Avec un merchant of record local, un tiers encaisse en son nom au Brésil et reverse au marchand à l'étranger. Ce dernier montage est le plus répandu chez les éditeurs et plateformes internationales.
| Capacité | Cross-border | Entité locale | Merchant of record |
|---|---|---|---|
| Pix (clé, QR, API) | Non | Oui | Oui, au nom du MoR |
| Parcelado sem juros | Non | Oui | Oui |
| Boleto | Non | Oui | Oui |
| Vale-refeição / alimentação | Non | Oui, affiliation dédiée | Selon le MoR |
| Taux d'acceptation carte | Fortement dégradé | Domestique | Domestique |
| Rapatriement des fonds | Immédiat, en devise | Opération de change dédiée | Assuré par le MoR |
| Charge de conformité | Faible | Élevée (CNPJ, fiscalité, éventuel agrément IP) | Transférée au MoR |
Le change est régi par la Lei nº 14.286 du 29 décembre 2021, qui a remplacé un édifice normatif remontant à 1935. La Resolução BCB nº 277 du 31 décembre 2022 la met en œuvre. Deux dispositions intéressent directement un marchand étranger. La finalité de l'opération doit être déclarée jusqu'à un seuil de 50 000 dollars, avec un basculement de responsabilité déclarative vers l'institution autorisée. Le régime reconnaît explicitement les prestataires eFX, statut qui permet à des fintechs non autorisées au change d'opérer en s'adossant contractuellement à une institution qui l'est. Cette faculté constitue la porte d'entrée réglementaire de la plupart des acteurs transfrontaliers présents au Brésil.
Le principal incident de sécurité du système de paiement brésilien est survenu en juillet 2025. Une attaque contre C&M Software a permis le détournement d'environ R$ 800 millions depuis les comptes de réserve de ses clients. C&M Software est un prestador de serviços de tecnologia da informação (PSTI) qui connecte au SPB et au SPI des institutions n'y ayant pas d'accès direct. Aucun sinistre plus important n'a jamais été enregistré contre le système financier brésilien. L'attaque a porté sur la couche d'intermédiation technique et sur l'ingénierie sociale exercée auprès de ses personnels, sans exploiter de faille du Pix lui-même.
- Réponse réglementaire : encadrement des PSTI par la Resolução BCB nº 498/2025, refondue en janvier 2026, puis durcie par la Resolução BCB nº 547/2026, avec un volet cybersécurité distinct ; capital minimum de l'ordre de R$ 15 millions pour les PSTI, et plafond de R$ 15 000 par opération Pix ou TED pour les institutions de paiement non autorisées accédant au SPB via un PSTI (Finsiders Brasil, 2026).
- Conséquence de marché : la barrière à l'entrée technique monte, la chaîne de sous-traitance se raccourcit, et la question « qui est mon PSTI et quel est son agrément ? » entre dans toute due diligence d'intégration brésilienne.
- Fraude au Pix : le vecteur dominant reste l'ingénierie sociale sur le payeur, traité par le MED ; le MED 2.0, en production depuis mai 2026, améliore le suivi des fonds le long de la chaîne de comptes destinataires. La Resolução BCB nº 587 du 18 septembre 2026 y ajoute le marquage des identifiants fiscaux, personnes physiques comme personnes morales, impliqués dans des opérations suspectes : les opérations liées sont rejetées, les remboursements exceptés, le marquage reste attaché jusqu’à cinq ans, et la personne visée doit être informée et peut demander un réexamen auquel l’établissement répond sous sept jours (applicable au 1er février 2027).
- Contrôle de bénéficiaire : intégré au rail. La consultation DICT renvoie au payeur, avant confirmation, le nom du bénéficiaire, son CPF masqué ou son CNPJ et la clé, jamais les coordonnées de compte. Aucune surcouche de type confirmation of payee n'est à construire.
Le modèle brésilien, exporté et contesté
Le modèle Pix a servi de référence à plusieurs banques centrales latino-américaines. La transposition la plus complète est colombienne. Bre-B, opéré par le Banco de la República, reprend les quatre traits distinctifs du modèle : rail public, adressage par clé (llave), QR interopérable et obligation d'adhésion pour les établissements. Le mécanisme d'interopérabilité complète a été ouvert le 23 septembre 2025 et l'exploitation de masse a démarré le 6 octobre 2025, après plusieurs reports.
| Système | Pays / opérateur | Rail public | Adhésion obligatoire | Résultat observé |
|---|---|---|---|---|
| Pix | Brésil, Banco Central do Brasil | Oui | Oui (> 500 000 comptes) | 54,7 % des transactions du pays au S2 2025 |
| Bre-B | Colombie, Banco de la República | Oui | Oui | > 617 M d'opérations et 234 entités participantes en six mois ; 105 M de llaves au septième mois |
| CoDi / DiMo | Mexique, Banco de México | Oui, sur SPEI | Non | Adoption faible malgré la gratuité ; DiMo créé pour masquer la CLABE à 18 chiffres |
| Transferencias 3.0 / PCT | Argentine, BCRA, compensation COELSA | Non | Interopérabilité QR imposée aux acteurs privés | Fonctionne, mais l'infrastructure de fait reste Mercado Pago |
| SINPE Móvil | Costa Rica, BCCR | Oui | De fait | 747 M d'opérations en 2025 ; densité d'usage par habitant supérieure au Brésil |
| Yape / Plin / Bim | Pérou, acteurs privés, interopérabilité imposée par le BCRP | Non | Interopérabilité imposée en 2023 | > 263 M d'opérations interopérables par mois à eux trois en décembre 2025 (BCRP) |
Le cas mexicain permet de mesurer ce qui sépare les deux trajectoires. CoDi, lancé en 2019 par Banco de México, est gratuit pour le commerçant comme pour le client, interopérable, adossé au SPEI. Son adoption est restée faible. Banxico et l'Association de banques mexicaines ont publiquement reconnu en novembre 2025 que le public connaissait mal CoDi et DiMo. La gratuité et l'interopérabilité ne suffisent donc pas à produire l'adoption. L'adoption du Pix tient en revanche à l'obligation d'adhésion des établissements, à sa distribution à l'intérieur des applications bancaires existantes et à l'interdiction de tarifer le particulier. S'y ajoute un annuaire de clés qui a supprimé la saisie de coordonnées bancaires.