Mesurer la part du cash sans se tromper de dénominateur
La part du cash désigne le poids des espèces dans les paiements d'un marché, rapporté à un ensemble de référence. Les banques centrales, les instituts statistiques et les prestataires de paiement la publient sous ce nom sans employer le même dénominateur. Le premier écart tient à l'unité comptée. Un nombre d'opérations et une valeur échangée ne donnent jamais le même résultat, parce que les espèces servent surtout aux petits montants. Le second écart tient au canal retenu, selon que la mesure couvre le point de vente physique, la vente à distance ou le paiement de factures. Une comparaison entre deux marchés suppose donc que l'unité et le canal soient identiques de part et d'autre.
| Marché | Mesure publiée | Valeur | Source et année |
|---|---|---|---|
| Zone euro | Espèces en nombre de paiements au point de vente | 52 % en 2024, contre 59 % en 2022 et 72 % en 2019 | BCE, SPACE 2024 |
| Zone euro | Espèces en valeur au point de vente | 39 % en 2024, contre 42 % en 2022 | BCE, SPACE 2024 |
| Malte / Slovénie | Espèces en nombre, point de vente | 67 % et 64 % | BCE, SPACE 2024 |
| Pays-Bas / Finlande | Espèces en nombre, point de vente | 22 % et 27 % | BCE, SPACE 2024 |
| États-Unis | Espèces en nombre de paiements des consommateurs | 14 %, derrière le crédit (35 %) et le débit (30 %) | Federal Reserve, Diary 2025 (données 2024) |
| Japon | Taux de paiement sans espèces, indicateur domestique | 58,0 %, soit 46,3 % sur l'indicateur de comparaison internationale | METI, 31 mars 2026 |
| Brésil | Boleto en nombre d'opérations de paiement de détail | 7,6 % au 2e semestre 2025 | Banco Central do Brasil |
| Monde | Espèces en valeur encaissée en magasin | 14 % en 2025 | Worldpay, Global Payments Report 2026 |
La part des espèces dans les paiements et le montant de billets en circulation sont deux grandeurs distinctes, dont les évolutions peuvent diverger. La circulation fiduciaire indienne atteignait 41 680 milliards de roupies à la fin de l'exercice 2025-2026, en hausse de 11,9 % sur un an (Reserve Bank of India). La progression en valeur absolue n'avait jamais été aussi forte depuis l'exercice qui a suivi la démonétisation. L'UPI bat ses records de volume sur la même période, les deux séries progressant ensemble.
Le Brésil suit la trajectoire inverse. Les retraits d'espèces y sont tombés à 1,1 milliard d'opérations au 2e semestre 2025, en baisse de 13,8 % sur un an (Banco Central do Brasil). Pix a capté 54,7 % des opérations de paiement de détail sur la même période. Le recul des retraits accompagne le déploiement d'un rail public gratuit auprès de la totalité de la population adulte, situation qu'aucun autre marché n'a reproduite jusqu'ici.
OXXO, Rapipago, Abitab : les comptoirs d'Amérique latine
Un réseau de comptoirs d'encaissement en espèces désigne un ensemble de points de vente physiques qui perçoivent, pour le compte d'un marchand, le montant d'une commande passée ailleurs. Le mécanisme est employé du Mexique à l'Uruguay sous plusieurs noms, cash voucher, pago en efectivo ou code CIP. Le client commande en ligne, reçoit une référence numérique, puis se présente au comptoir pour régler en espèces. Le réseau de collecte perçoit les fonds à la place du marchand, puis les lui reverse à son cycle de règlement. Le paiement devient donc asynchrone, avec un délai entre la commande et la confirmation qui se compte en heures ou en jours.
| Réseau | Exploitant | Pays | Depuis | Ce qu'il faut en savoir |
|---|---|---|---|---|
| OXXO Pay et Paynet | FEMSA (OXXO Pay) ; Paynet (réseau multi-enseignes) | Mexique | 2015 | Le rail obligé du e-commerce mexicain. Vendre au Mexique sans lui ampute une part significative du marché. |
| Rapipago et Pago Fácil | Grupo Gire (Rapipago) ; Prisma / Multipago (Pago Fácil) | Argentine | 1990 | Kiosques de paiement de factures et de bons en espèces, toujours indispensables pour la part non bancarisée. |
| Abitab | Abitab S.A. | Uruguay | 1993 | Environ 240 points à Montevideo et 240 autres dans plus de 100 localités (Abitab, 2026). Né de la conversion d'un réseau d'agents de loterie. |
| Redpagos | Redpagos | Uruguay | 2001 | Second réseau national, issu du regroupement de maisons de change. Le duopole Abitab / Redpagos structure toute l'acceptation espèces du pays. |
| PagoEfectivo | Orbis Ventures S.A.C. (groupe Paysafe) | Pérou | – | Génère un code CIP payable en agence ou en bodega. Décliné en versions argentine et équatorienne. |
| PayNearMe | PayNearMe, Inc. | États-Unis | 2009 | L'équivalent fonctionnel nord-américain : payer une facture en ligne, en espèces, chez un commerçant partenaire. |
La tarification de ces réseaux associe un pourcentage et un montant fixe par référence, encadrés par une commission plancher et par des bornes de montant. Conekta publie pour ses paiements en espèces une grille e-commerce à 2,6 % + 3,00 MXN hors taxes, avec une commission plancher de 5,40 MXN. Les services financiers et l'assurance relèvent d'un forfait de 16 MXN hors taxes. Le montant maximal par référence est de 35 000 MXN, le minimum de 10 MXN, sur un réseau de plus de 19 000 points d'encaissement (Conekta, grille publiée, consultée en 2026). Le client paie parfois sa propre commission, qui va de 10 à 13 MXN selon le point d'encaissement.
Ces réseaux exercent aussi une fonction de guichet. Spin by OXXO, lancé en 2021, adosse un portefeuille numérique au réseau de magasins de proximité, qui devient ainsi un point de dépôt et de retrait d'espèces. L'offre place le distributeur en concurrence directe avec les banques sur la clientèle non bancarisée. L'émetteur de la monnaie électronique est une institution de fonds de paiement électronique distincte de FEMSA et d'OXXO, Compropago S.A. de C.V. Le contrat commercial et les diligences de conformité portent sur cette entité.
Le boleto brésilien : un titre, pas un virement
Le Boleto Bancário est un titre de paiement brésilien à code-barres, émis par un créancier et réglé par le débiteur au guichet, à l'automate ou par débit. Sa qualité de titre lui ouvre trois opérations que le virement instantané Pix ne permet pas, le protêt, l'exécution forcée et la cession. Cette différence juridique explique le maintien du boleto face à Pix dans le B2B et dans le recouvrement, alors que les achats des particuliers l'ont largement délaissé. Le rail est exploité par Nuclea, ancienne CIP, sous la supervision du Banco Central do Brasil. La Febraban en normalise le format sans l'exploiter.
L'enregistrement obligatoire a modifié les conditions d'encaissement. Un boleto enregistré est payable dans n'importe quelle banque, y compris après l'échéance et y compris chez un correspondant bancaire. Avant 2018, un titre émis par une banque et présenté ailleurs pouvait être refusé. Le registre central donne aussi à l'émetteur la connaissance de ce qui a été payé, du lieu de paiement et de sa date. La réconciliation reposait auparavant sur des fichiers bancaires hétérogènes.
Pix Saque et Pix Troco ouvrent le retrait d'espèces et le rendu de monnaie chez un commerçant volontaire, contre un Pix envoyé en règlement. Le Banco Central a ainsi fait de chaque point de vente adhérent un lieu de distribution de billets, sans installation d'automate. Le commerçant remet sa monnaie excédentaire au client et en reçoit la contrepartie sur son compte. Le volume reste modeste, avec 8,5 millions d'opérations au 2e semestre 2025, en hausse de 20,9 %. L'accès aux espèces y est traité comme un service rendu par le réseau marchand.
Le konbini japonais : 56 000 guichets ouverts en permanence
Le konbini est un magasin de proximité japonais, ouvert en permanence, qui exerce une activité de guichet de paiement en plus de la vente au détail. Le client y règle une facture d'électricité, une taxe locale, une commande en ligne, une prime d'assurance ou la mensualité d'un achat différé. Ce service porte le nom de 収納代行 (shūnō daikō), la collecte pour compte de tiers. Aucun réseau occidental n'atteint cette densité de points d'encaissement, et l'acceptation des espèces au Japon s'organise donc autour des enseignes de proximité.
| Point | Ce qui s'applique | Conséquence pour le marchand |
|---|---|---|
| Plafond par bordereau | 300 000 ¥ toutes taxes comprises, plafond appliqué par les opérateurs de collecte | Impossible d'encaisser un montant supérieur sur un seul code-barres ; il faut fractionner |
| Qui paie la commission | Le facturier, sous forme de forfait par encaissement | Le coût unitaire est fixe : il pèse lourd sur les petits montants, peu sur les gros |
| Évolution du coût | Hausse générale de plusieurs dizaines de yens à partir de 2022, après une demande de révision tarifaire de l'association en octobre 2020 | Un contrat signé avant 2020 ne reflète plus le marché ; la clause de révision se négocie |
| Confirmation | Différée : le facturier apprend le paiement par le fichier du collecteur | Toute logique de déblocage immédiat de commande doit s'appuyer sur la notification, pas sur l'échéance |
| Moyen de règlement au comptoir | Espèces, très majoritairement | Un client sans liquide devra retirer avant de payer ; le distributeur en magasin fait partie du parcours |
Le konbini sert aussi de point de règlement au crédit à la consommation japonais. NP後払い (Net Protections, 2002) a introduit le paiement différé sur facture en commerce électronique quinze ans avant Klarna, avec un vendeur garanti et un acheteur qui règle à réception, au konbini ou par virement. Paidy (2014, filiale de PayPal depuis 2021) consolide les achats du mois en une facture unique, elle aussi réglée au comptoir. Le différé japonais s'appuie donc sur le réseau de proximité pour son encaissement, et non sur une ligne de crédit adossée à une carte.
Les réseaux d'agents du mobile money
Un agent de mobile money est un commerçant indépendant, mandaté par un opérateur pour convertir des espèces en monnaie électronique et inversement. Le réseau d'agents constitue le seul point de contact physique du service, et l'accès aux billets disparaît là où il n'y a pas d'agent. Son activité repose sur la détention simultanée de deux stocks, des billets en caisse et un solde électronique sur son compte. Chaque opération diminue l'un et augmente l'autre. L'agent rééquilibre donc les deux stocks plusieurs fois par jour.
La densification du réseau réduit le revenu de chaque agent, et les chiffres publiés au Kenya documentent cette évolution. Safaricom comptait 333 011 agents M-PESA à la clôture de mars 2026, contre 298 890 un an plus tôt et environ 173 000 en 2020. Les commissions versées s'établissent à 37,38 milliards de shillings sur l'exercice 2026, contre 37,82 milliards deux ans plus tôt. Une enveloppe de commissions stable, répartie entre un nombre croissant d'agents, fait tomber le revenu moyen à 112 244 shillings par an, contre 144 355 en 2024 (Business Daily Africa, sur données Safaricom).
| Système | Exploitant | Empreinte | Chiffres publiés |
|---|---|---|---|
| M-PESA | Safaricom plc / M-Pesa Africa | Kenya, plus Tanzanie, RDC, Mozambique, Lesotho via Vodacom | 41 680 Md KES et 46,41 Md d'opérations sur l'exercice clos le 31 mars 2026 ; 40 M de clients actifs mensuels ; 3,1 M de marchands (Safaricom, 2026) |
| MTN MoMo | MTN Group Fintech | 13 marchés et plus | 69,5 M d'utilisateurs actifs, 23,3 Md d'opérations, 500,3 Md USD de valeur, 1,4 M d'agents actifs (MTN Group, résultats 2025 publiés le 16 mars 2026) |
| Orange Money | Orange Middle East and Africa | Afrique de l'Ouest, Afrique centrale, Maghreb | Exploité pays par pays par des filiales de monnaie électronique agréées par les banques centrales, distinctes des filiales télécoms |
| Wave Mobile Money | Wave Mobile Money Inc. | Sénégal, Côte d'Ivoire, Mali, Burkina Faso, Ouganda | Plus de 20 M d'utilisateurs actifs mensuels et 150 000 agents mi-2025 ; tarif de 1 % sur les transferts, dépôts et retraits gratuits (chiffres entreprise, non audités) |
| MTN Mobile Money Ghana | Mobile Money Limited, agréée EMI par la Bank of Ghana | Ghana | 4 100 Md GHS d'opérations et un float de 38,4 Md GHS en 2025 (MTN Ghana, mars 2026) |
| telebirr | Ethio Telecom | Éthiopie | Plus de 54,8 M d'utilisateurs enregistrés en juillet 2025 et 2 380 Md ETB sur l'exercice (Ethio Telecom, 2025) |
| bKash / Nagad | bKash Limited (groupe BRAC Bank) ; Nagad Limited | Bangladesh | Plus de 82 M d'utilisateurs vérifiés chez bKash (2025) ; Nagad opère sur une base juridique postale, pas sur une licence de services financiers mobiles |
| GCash | G-Xchange, Inc. (Mynt) | Philippines | 81 M d'utilisateurs actifs et 2,5 M de marchands en janvier 2025 ; émetteur de monnaie électronique, sans statut bancaire |
| Easypaisa / JazzCash | Easypaisa Digital Bank ; Mobilink Microfinance Bank | Pakistan | Environ 18 M et 21 M d'utilisateurs actifs mensuels (communications sociétés, 2025) ; les deux s'appuient sur une licence de banque de microfinance |
Le succès du mobile money dépend des conditions du marché d'accueil. Vodacom a fermé M-Pesa en Afrique du Sud en juin 2016, avec environ 76 000 utilisateurs actifs pour un objectif initial de dix millions. La population sud-africaine était déjà bancarisée et équipée en cartes de paiement. Le service y répondait donc à un besoin d'accès aux comptes que d'autres instruments couvraient déjà, contrairement aux marchés où il s'est imposé.
Le paiement à la livraison
Le paiement à la livraison (cash on delivery, contre-remboursement, ramburs) désigne le règlement d'une commande au moment de sa remise, entre les mains du transporteur. Le marchand expédie la marchandise avant tout encaissement. Le livreur perçoit les espèces, les remet à son employeur, qui les reverse au marchand selon un calendrier contractuel. L'opération enchaîne ainsi trois transferts de risque, à l'expédition, à l'encaissement puis au reversement. Ce mode de règlement domine le commerce électronique dans une large part de l'Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud.
Le principal poste de coût du paiement à la livraison est le retour à l'expéditeur, devant la commission du transporteur. Les estimations sectorielles indiennes situent le paiement à la livraison à 60 à 65 % des commandes de commerce électronique (ET Prime Research, 2024). Le taux de retour à l'expéditeur y atteindrait 25 à 30 %, contre 2 à 3 % sur une commande prépayée. Chaque retour consomme deux trajets, un traitement d'entrepôt et une remise en stock, dépenses engagées sans qu'aucune vente soit enregistrée.
| Levier | Mécanique | Limite à connaître |
|---|---|---|
| Frais explicites sur le contre-remboursement | Facturer le mode de règlement, pas le produit | Perçu comme une pénalité ; à calibrer sur le coût du retour, pas sur la commission transporteur |
| Remise au prépaiement | Déplacer l'incitation vers la carte, le virement ou le portefeuille | Coût immédiat et certain, contre un gain différé et probabiliste |
| Vérification du numéro de téléphone à la commande | Filtrer les commandes fantaisistes avant expédition | Ajoute une friction sur toutes les commandes, y compris les bonnes |
| Encaissement à la livraison par carte ou par QR | Le livreur porte un terminal ou un code de paiement | Le client garde le contrôle jusqu'à la porte ; le rendu de monnaie disparaît, le retour reste possible |
| Retrait en point relais avec paiement sur place | Le client se déplace, donc s'engage | Réduit fortement le retour à l'expéditeur, mais restreint la zone de chalandise |
| Score de risque par adresse et par historique | Réserver le contre-remboursement aux profils fiables | Exige un volume suffisant pour être statistiquement fondé |
Le coût réel du cash pour un commerçant
Le coût d'acceptation des espèces réunit les dépenses qu'un commerçant engage pour encaisser, conserver et remettre en banque des billets et des pièces. Aucune de ces dépenses ne prend la forme d'une commission par transaction facturée par un prestataire, à la différence de la carte. La représentation d'un encaissement gratuit vient de là. Les postes concernés sont le temps de caisse, la clôture du soir, le transport de fonds, l'approvisionnement en monnaie et les différences de caisse. La Deutsche Bundesbank et l'EHI Retail Institute ont chiffré l'ensemble pour le commerce de détail allemand, en mesurant 3 125 encaissements réels au chronomètre.
| Bloc de coût | Total annuel | Par transaction | En % du chiffre d'affaires espèces |
|---|---|---|---|
| Temps d'encaissement en caisse | 1 881,9 M€ | 0,121 € | 0,896 % |
| Arrière-caisse : comptage, clôture, matériel, assurance | 1 314,8 M€ | 0,084 € | 0,626 % |
| Évacuation des fonds et approvisionnement en monnaie | 578,0 M€ | 0,037 € | 0,275 % |
| Total espèces | 3 774,7 M€ | 0,242 € | 1,797 % |
| Comparaison : carte de débit domestique avec PIN | 675,3 M€ | 0,33 € | 0,67 % |
| Comparaison : carte de crédit avec signature | 319,2 M€ | 1,036 € | 1,817 % |
Plusieurs postes restent hors de ce chiffrage et pèsent lourd dans certains formats de commerce. Le vol interne et le braquage frappent surtout les points de vente isolés, à forte encaisse et à horaires étendus. La différence de caisse mobilise du temps d'encadrement sans jamais apparaître comme un coût de paiement. Le contrat de transport de fonds se facture souvent à la course, tarification qui pénalise les collectes fréquentes de faible montant. L'encaisse immobilisée constitue un dernier poste. Les billets conservés en tiroir et en coffre ne portent pas intérêt et ne financent pas le stock.
- Mesurer avant d'arbitrer : chronométrer un échantillon d'encaissements et minuter une clôture donne un coût interne plus fiable que n'importe quelle moyenne sectorielle.
- Réduire les manipulations, pas les espèces : recyclage de monnaie en caisse, coffre intelligent avec crédit anticipé, comptage automatisé. Les gains portent sur l'arrière-caisse, le poste le plus lourd après le temps de caisse.
- Renégocier le transport de fonds au bon rythme : espacer les collectes en augmentant la capacité du coffre coûte moins cher que de multiplier les courses.
- Facturer les frais de versement à leur place : la commission de versement se négocie au même titre qu'une commission carte, et se compare au coût d'acceptation des autres moyens.
- Surveiller le panier moyen par moyen de paiement : c'est la variable qui décide du classement des coûts, et la seule qu'un ratio agrégé masque toujours.
Accepter les espèces : obligation légale et accès physique
Le cours légal désigne la qualité que la loi confère aux billets et aux pièces, et qui leur donne un effet libératoire pour le règlement d'une dette. L'obligation faite à un commerçant d'accepter ce moyen de paiement forme une question distincte, tranchée différemment selon les pays. Aux États-Unis, aucune règle fédérale n'oblige un commerce privé à prendre des billets, et l'obligation provient des États et des villes. En zone euro, la Cour de justice de l'Union européenne retient l'interprétation inverse, le cours légal emportant en principe obligation d'accepter les billets et les pièces à leur valeur faciale. Un professionnel qui déploie un concept « sans espèces » dans plusieurs pays vérifie donc l'état du droit marché par marché.
| Marché | Règle | Depuis | Portée |
|---|---|---|---|
| Norvège | Obligation d'offrir le paiement en espèces jusqu'à 20 000 NOK dans les locaux de vente aux consommateurs, loi sur les contrats financiers | 1er octobre 2024 ; amendes possibles depuis le 1er mai 2025 | Lieux de vente physiques ouverts au public |
| Danemark | Interdiction d'encaisser 20 000 DKK ou plus en espèces en une opération, au titre de la lutte contre le blanchiment | En vigueur | Toutes les entreprises |
| Zone euro | Position du Conseil du 19 décembre 2025 sur le règlement relatif au cours légal des billets et pièces, codifiant l'arrêt de la CJUE (affaires jointes C-422/19 et C-423/19) | Position adoptée, texte non définitif | Acceptation obligatoire, à la valeur faciale, avec effet libératoire ; accès aux espèces à garantir par les États membres |
| États-Unis (fédéral) | Aucune obligation d'accepter des espèces pour un commerce privé | – | S'efface devant toute règle d'État ou municipale |
| États-Unis (États) | Obligation d'accepter les espèces : Massachusetts, New Jersey, Rhode Island, Colorado, Connecticut, Delaware, Oregon, Tennessee, Montana, New York | Variable ; loi Protection of Cash Payments de l'État de New York en vigueur le 20 mars 2026 | Vente en présentiel ; les canaux en ligne, postal et téléphonique sont généralement exclus |
| États-Unis (villes) | Philadelphie, San Francisco, Detroit, Washington | Washington applique depuis le 1er janvier 2025 | Commerces de détail et de restauration |
L'obligation d'accepter les espèces suppose que le consommateur puisse encore s'en procurer, ce qui fait de l'accès au retrait le second volet de la question. Le Royaume-Uni suit cet accès de près. Le réseau LINK recensait 42 403 distributeurs, dont 33 710 gratuits, et 1 272 millions de retraits sur l'année 2025. En mai 2026, 3 756 automates étaient classés « protégés » et 282 banking hubs recommandés. En zone euro, 57 % des consommateurs déclarent pouvoir retirer des espèces à la caisse d'un commerce, et 87 % jugent facile d'accéder à un distributeur ou à une banque, contre 89 % en 2022 (BCE, SPACE 2024).
Les espèces restent le seul moyen de paiement qui fonctionne sans réseau de télécommunication. Cette propriété est invoquée au titre de la continuité d'activité, et certains marchés l'ont inscrite dans leur architecture de paiement. Le scheme norvégien BankAxept fonctionne hors ligne et sert de dispositif désigné de distribution d'espèces chez le distributeur NorgesGruppen. Un plan de continuité fondé sur le seul mode dégradé de la carte laisse donc de côté le rail qui demeure disponible en cas de panne réseau.
Encaisser en espèces : ce qu'il faut vérifier avant de vendre
Les rails d'encaissement en espèces présentés dans ce dossier se répartissent en quatre familles, distinctes par leur mécanisme et par les contraintes qu'elles imposent au marchand. Aucune ne remplace une autre, chacune portant l'encaissement local sur les marchés où elle domine. Ces quatre familles couvrent l'essentiel des situations rencontrées hors des marchés à forte pénétration de la carte.
- Identifier le rail dominant, pas le rail disponible. Une passerelle qui propose la carte au Mexique sans OXXO Pay livre une couverture partielle du marché, et l'écart se lit dans le taux de conversion.
- Vérifier qui émet et qui encaisse. L'exploitant de la marque n'est presque jamais l'entité régulée : Compropago pour Spin by OXXO, Mobile Money Limited pour MTN MoMo au Ghana, une filiale de monnaie électronique par pays pour Orange Money.
- Modéliser le décalage de trésorerie. Encaissement au comptoir, notification du collecteur, reversement des fonds : trois horodatages différents, dont un seul est contractuellement engageant.
- Instrumenter la référence non payée. Créée, expirée, payée, payée en retard : sans ces quatre états, le taux de conversion mesuré est faux et le rapprochement ne boucle pas.
- Traiter la liquidité de l'agent comme un risque de service. Un réseau dense n'est pas un réseau liquide, et un agent à court d'espèces refuse sans laisser de trace dans les journaux du système.
- Chiffrer le coût interne du cash avant de le refuser. Le temps de caisse et l'arrière-caisse pèsent plus que le transport de fonds, et le panier moyen décide du classement final.