Qui porte quoi : émetteur agréé, sponsor de BIN, program manager, processeur
Un programme d'émission désigne l'ensemble des moyens juridiques, contractuels et techniques par lesquels des cartes portant la marque d'un réseau sont mises en circulation. Quatre rôles s'y répartissent le travail, et ils ne supportent ni les mêmes obligations ni les mêmes risques. Une carte porte une marque de réseau, un nom d'établissement et parfois celui d'une application. Ces trois noms désignent rarement la même entreprise. La répartition des rôles détermine qui répond devant le porteur, et qui répond devant le réseau.
L'émetteur agréé est l'établissement qui met des cartes en circulation sous sa propre responsabilité. Il détient à ce titre deux autorisations distinctes, qu'on confond régulièrement. La première vient du régulateur, sous forme d'un agrément d'établissement de crédit, d'établissement de monnaie électronique ou d'établissement de paiement, selon la nature des fonds qu'il détiendra. La seconde vient du réseau, qui admet cet établissement comme membre et lui ouvre le droit d'apposer sa marque sur un instrument. Les deux autorisations portent sur des objets différents. Elles se cumulent. Un établissement agréé mais non admis n'émet aucune carte Visa ou Mastercard, alors qu'un réseau n'admet pas de membre dépourvu d'agrément dans la juridiction où il veut émettre.
Le sponsor de BIN est un émetteur agréé qui prête ces deux autorisations à un tiers. Le tiers conçoit et vend le produit, quand le sponsor demeure l'émetteur au sens du régulateur comme au sens du réseau. Les Mastercard Rules décrivent ce montage par la qualité des parties, un Affiliate étant parrainé par un Principal qui répond de ses obligations devant le réseau. Les Visa Core Rules distinguent de la même façon le membre qui détient son adhésion en propre de celui qu'un autre membre parraine. Les termes diffèrent d'un corpus à l'autre, alors que la répartition de responsabilité reste la même. Le membre parrain répond des obligations de son parrainé devant le réseau.
Le program manager conçoit le produit, recrute les porteurs, tient l'application et assure le service client. Il ne détient ni agrément ni licence de réseau, et les réseaux l'enregistrent comme prestataire de l'émetteur, non comme émetteur. Le processeur émetteur exploite le moteur d'autorisation, tient le référentiel des cartes et se raccorde au point d'entrée du réseau. Il est enregistré lui aussi, dans une catégorie distincte, celle des processeurs tiers. Ces deux fonctions se vendent groupées ou séparément, et beaucoup de fournisseurs assurent les deux. Le contrat doit néanmoins les nommer séparément, les réseaux enregistrant chacune dans une catégorie distincte.
| Rôle | Ce qu'il détient | Ce qu'il doit au réseau | Ce qui se vérifie avant de signer |
|---|---|---|---|
| Émetteur agréé | Agrément du régulateur, licence de réseau, plage de BIN, fonds des porteurs | Le règlement quotidien, la conformité aux règles, la garantie exigée | Registre public du régulateur, à jour, et catégorie exacte de l'agrément |
| Sponsor de BIN | Les mêmes titres, prêtés à un programme tiers dont il répond | Tout, y compris les manquements du programme parrainé | L'identité du sponsor figure-t-elle dans le contrat porteur et sur la carte |
| Program manager | La relation client, la marque commerciale, l'application | Rien en propre ; il est enregistré comme prestataire de l'émetteur | Son enregistrement auprès du réseau, demandé par l'émetteur qui le parraine |
| Processeur émetteur | Le moteur d'autorisation, le référentiel des cartes, les clés dans ses HSM | Une connexion certifiée et des engagements de disponibilité | La certification du processeur pour ce réseau, ce pays et ce type de produit |
- Registre de l'Autorité bancaire européenne. Il agrège les établissements de paiement, de monnaie électronique et leurs agents pour l'ensemble de l'Espace économique européen, avec les services notifiés par chacun.
- REGAFI, le registre public de l'ACPR, pour les établissements agréés en France et les entités qui y opèrent en libre prestation de services.
- BaFin, dont la base d'entreprises supervisées couvre les établissements allemands, et Financial Services Register de la FCA pour le Royaume-Uni.
- Registres de prestataires des réseaux. Un réseau impose à ses membres d'enregistrer auprès de lui les tiers qui agissent pour leur compte, et Visa publie un annuaire des prestataires ainsi enregistrés. Un annuaire public ne reprend pas tous les enregistrements, et la demande directe à l'émetteur reste la voie la plus sûre.
- Le contrat porteur lui-même. Il nomme obligatoirement l'établissement qui détient les fonds, et ce nom prime sur toute plaquette commerciale.
Obtenir et gérer une plage de BIN
Une plage de BIN est un intervalle de numéros de carte réservé à un émetteur. La numérotation des cartes obéit à une norme internationale, ISO/IEC 7812, dont la première partie décrit le système de numérotation. Le numéro commence par un identifiant d'émetteur, l'IIN, que la pratique appelle BIN. Le premier chiffre de cet identifiant désigne la famille d'activité de l'émetteur. Le reste du numéro identifie le compte chez l'émetteur, et le dernier chiffre est une clé de contrôle calculée selon l'algorithme de Luhn, modulo 10. La norme est publique. L'American Bankers Association exerce la fonction d'autorité d'enregistrement pour cette norme, alors que les réseaux répartissent ensuite les plages à l'intérieur des blocs qui leur reviennent.
L'allongement de six à huit chiffres a des conséquences que les tables héritées absorbent mal. Un préfixe de six chiffres contient cent plages de huit chiffres, qui peuvent appartenir à des émetteurs différents, porter des produits différents et relever de régimes d'interchange différents. Visa et Mastercard ont fixé à avril 2022 l'échéance à laquelle leurs plages de huit chiffres deviennent la référence. Une table de routage restée en six chiffres applique un même jeu d'attributs à ces cent plages. Elle se trompe alors sur la fraction du trafic dont les attributs réels diffèrent de ceux qu'elle retient, et elle se trompe sans le signaler, le symptôme apparaissant en facturation plutôt qu'en autorisation.
Obtenir une plage suppose d'être membre du réseau, ou d'être parrainé par un membre. La demande adressée au réseau porte sur un numéro à réserver, et sur les attributs qui gouverneront le traitement de chaque opération de la plage. Y figurent le pays de l'émetteur, la devise de facturation, la nature du produit, le mode de financement et le caractère consommateur ou commercial des cartes. Le réseau diffuse ensuite ces attributs aux acquéreurs par ses fichiers de plages. L'acquéreur s'en sert pour tarifer et pour router.
| Déclaration | Ce qu'elle fixe | Ce qu'elle coûte si elle est fausse |
|---|---|---|
| Pays de l'émetteur | Le caractère domestique, intra-zone ou interrégional de chaque opération | Un barème interrégional appliqué à des opérations domestiques, sur tout le trafic de la plage |
| Consommateur ou commercial | L'éligibilité au plafond d'interchange européen et l'exclusion du champ de l'interdiction de surtarification | Un interchange perçu ou facturé au mauvais taux, à régulariser sur l'historique |
| Débit, crédit ou prépayé | Le barème applicable, les règles d'autorisation partielle, l'éligibilité aux programmes du réseau | Des refus au point de vente sur des cas que le produit aurait dû accepter |
| Devise de facturation et de règlement | La conversion opérée par le réseau et la position à financer chaque jour | Une exposition de change non identifiée, portée par l'émetteur sans être mesurée |
| Point d'entrée de traitement | Le processeur vers lequel le réseau achemine les demandes d'autorisation | Un acheminement vers un système qui ne connaît pas la carte, donc un refus systématique |
Une plage attribuée n'est pas encore une plage active. Son activation passe par trois étapes. Le réseau inscrit la plage dans ses tables de routage, l'émetteur ou son processeur passe une certification de connexion, puis des cartes de test circulent avant l'ouverture au public. Cette phase de test révèle les écarts entre le produit vendu et le produit déclaré. Une plage peut porter la mention débit quand le moteur d'autorisation applique une logique de crédit. La devise de règlement retenue peut aussi différer de celle que l'émetteur facture à ses porteurs.
La gestion courante consiste ensuite à découper la plage en sous-ensembles, réservés à un produit, à un canal de distribution ou à une cohorte de porteurs. Ce découpage n'a pas d'existence chez le réseau, qui ne connaît que la plage déclarée. Il structure en revanche le référentiel du processeur et les règles d'autorisation. Faute de documentation, l'émetteur ne peut plus établir quelles cartes sont concernées par un incident, ni selon quel critère les distinguer des autres.
Le processeur émetteur : moteur d'autorisation, plafonds, stand-in
Le moteur d'autorisation est le système qui accepte ou refuse, pour le compte de l'émetteur, chaque demande présentée sur une de ses cartes. Il reçoit une demande construite par l'acquéreur et acheminée par le réseau, le plus souvent sous une variante d'ISO 8583. Il dispose de quelques centaines de millisecondes pour répondre, et sa réponse engage l'émetteur. Le contenu de cette décision reste le même, quelles que soient les technologies employées. Le processeur vérifie que la carte existe et qu'elle est active, il authentifie l'opération, il contrôle la capacité de payer, puis il applique les règles de risque du programme.
La vérification cryptographique du cryptogramme de puce contraint l'architecture entière du programme. Chaque carte à puce détient des clés qui lui sont propres, dérivées d'une clé maîtresse de l'émetteur par diversification sur le numéro de carte et son numéro de séquence. La puce calcule un cryptogramme que seul un module détenant la clé maîtresse peut vérifier. Ce module vit chez le processeur, ou chez l'émetteur lorsque celui-ci a voulu garder la main sur ses clés. Le choix se fait au démarrage du programme et se défait très difficilement, tout transfert des clés vers un autre module supposant une nouvelle cérémonie de clés, et parfois la réémission du parc. Il figure pourtant rarement parmi les points examinés lors de la sélection d'un fournisseur.
Le paramétrage du moteur se répartit ensuite en couches superposées, dont la confusion produit l'essentiel des incidents de production. Le réseau impose des règles auxquelles aucun émetteur ne déroge. La plage porte les attributs de produit. Le profil de produit fixe les plafonds par défaut et les catégories interdites. La carte individuelle porte enfin les limites propres au porteur, celles qu'il a lui-même réglées dans son application. Une règle posée au mauvais niveau produit l'un de deux effets. Elle est contournée par les opérations qui échappent à ce niveau, ou elle s'applique à un ensemble de cartes plus large que celui qu'elle visait.
| Niveau | Exemples de contrôle | Qui le modifie | Délai de prise d'effet |
|---|---|---|---|
| Règle de réseau | Format des messages, délai de réponse maximal, obligations de traitement des annulations | Le réseau, par ses publications de règles | Une date d'application annoncée à l'avance, non négociable |
| Plage de BIN | Pays, devise, type de produit, éligibilité aux programmes du réseau | L'émetteur, par une demande au réseau | Plusieurs semaines, certification comprise |
| Profil de produit | Plafonds par défaut, catégories de commerçants bloquées, pays interdits, autorisation partielle | L'émetteur, dans l'outil du processeur | Immédiat à l'échelle du parc concerné |
| Carte | Plafonds individuels, blocage temporaire, activation du sans contact et du retrait | Le porteur dans son application, ou le service client | Immédiat, opération suivante |
| Exemption d'authentification | Sans contact jusqu'à 50 € par opération, avec un cumul de 150 € ou cinq opérations depuis la dernière authentification forte ; paiement à distance de faible montant jusqu'à 30 €, cumul de 100 € ou cinq opérations | L'émetteur, qui tient les compteurs et décide de les invoquer | Immédiat, mais les compteurs doivent être exacts pour être opposables |
Deux textes européens commandent des comportements du moteur d'autorisation, l'un en ouvrant une faculté, l'autre en posant une limite. Le règlement délégué (UE) 2018/389 ouvre une exemption d'analyse de risque, dont le montant maximal dépend du taux de fraude du prestataire qui l'invoque. Le montant exempté ne dépasse pas 100 € pour un taux inférieur ou égal à 0,13 %, 250 € sous 0,06 %, 500 € sous 0,01 %. L'article 75 de la directive (UE) 2015/2366 encadre de son côté les opérations dont le montant n'est pas connu d'avance. L'émetteur ne peut bloquer des fonds qu'avec l'accord du payeur sur le montant exact. Il libère ensuite la réserve sans délai, dès réception de l'ordre de paiement.
Le code de réponse est la valeur qui accompagne la décision de l'émetteur et en précise le motif. Un refus temporaire autorise l'acquéreur et le commerçant à représenter l'opération, alors qu'un refus définitif leur interdit de recommencer. Les réseaux encadrent les tentatives répétées qui suivent un refus définitif, et ils facturent les demandes excédentaires. Un émetteur qui renvoie un code générique sur des situations distinctes prive le commerçant de toute possibilité de récupérer la vente. Il alimente aussi ses propres appels entrants.
Un avis de stand-in est le message par lequel le réseau porte à la connaissance de l'émetteur une décision prise en son nom. Ces avis produisent un second effet, moins visible et tout aussi coûteux. Les opérations approuvées pendant l'indisponibilité arrivent en bloc au rétablissement, sur des comptes dont le disponible a été calculé sans elles. Un compte de débit peut alors passer en position négative sans qu'aucune règle du programme ait été violée. Le traitement de ces cas relève de la politique commerciale de l'émetteur plutôt que de la technique, et la décision doit être arrêtée avant la survenue de l'incident, non pendant.
- La latence mesurée au point d'entrée du réseau, et non dans le centre de données du processeur. Le réseau applique son propre délai maximal, et il bascule en stand-in au-delà.
- Le détail de ce qui est facturé par carte active et de ce qui est facturé par autorisation, en distinguant les demandes approuvées, les refus, les annulations et les avis.
- La capacité de rejouer une journée, parce que la reconstitution d'un incident exige de retrouver l'état exact des compteurs à l'instant de la décision.
- Le propriétaire des clés cryptographiques et la procédure de cérémonie de clés, qui conditionne la possibilité de changer de processeur sans réémettre le parc.
- La réversibilité contractuelle, soit le format et le délai de restitution du référentiel des cartes, des jetons et de l'historique d'autorisation en cas de sortie.
Fabriquer, personnaliser et mettre la carte en main
La fabrication d'une carte va de la génération de ses données jusqu'à la remise du support au porteur. Elle commence par une opération purement informatique, la préparation des données. À partir de l'enregistrement du porteur, le système calcule le numéro de carte dans la plage disponible, la clé de contrôle, la date d'expiration, puis les valeurs de vérification qui protègent chaque support. Le code imprimé au dos, les données de la piste et les données équivalentes stockées dans la puce ne portent pas la même valeur de vérification. Cette différence est délibérée. Elle empêche de fabriquer une piste magnétique fonctionnelle à partir des données lues dans la puce.
Le profil applicatif est le jeu de paramètres inscrit dans la puce, qui gouverne le comportement de la carte au moment du paiement. Il se prépare dans le même mouvement. Il porte l'identifiant de l'application, les méthodes de vérification du porteur et leur ordre. Il fixe les seuils à partir desquels la carte exige une autorisation en ligne, ainsi que les données que le terminal devra transmettre. Ce profil détermine le comportement de la carte hors ligne, quand la liaison manque. Un profil trop permissif expose l'émetteur à des opérations qu'il n'a jamais vues passer. Un profil trop strict fait échouer la carte dans les automates et les transports, où le terminal traite souvent sans liaison.
La personnalisation physique se déroule ensuite dans une usine dont l'habilitation obéit à deux séries d'exigences. Le référentiel de sécurité du PCI Security Standards Council pour la production de cartes fixe des exigences physiques et logiques auxquelles le site doit satisfaire, du contrôle d'accès à la gestion des rebuts. Les réseaux tiennent aussi leurs propres listes d'usines habilitées à produire des cartes à leur marque. Une usine non listée ne produit pas. Les clés voyagent entre l'émetteur et l'usine sous protection cryptographique, lors d'une cérémonie de clés qui associe plusieurs porteurs de secrets. Cette cérémonie se documente, parce qu'elle sera rejouée à chaque changement de fournisseur.
Une carte virtuelle est une carte dont les données existent sans support physique. Sa préparation suit les mêmes étapes que celle d'une carte en plastique. Le numéro est généré, le profil est constitué, les valeurs de vérification sont calculées, puis les éléments sont mis à disposition dans l'application du porteur au lieu d'être gravés. Le gain porte sur le délai et sur le coût unitaire, alors que la contrainte se déplace ailleurs. L'affichage du numéro dans une application devient une surface d'attaque. La mise en portefeuille cesse d'être un confort pour devenir le seul moyen d'utiliser la carte en magasin.
La mise en portefeuille, ou provisioning, suit un circuit distinct de celui du paiement. Le portefeuille demande un jeton au fournisseur de service de jetons du réseau, qui interroge l'émetteur. La réponse de l'émetteur prend l'une de trois formes. Il accepte directement, il refuse, ou il exige une vérification supplémentaire du porteur avant d'accepter, par code à usage unique, par appel au service client ou par validation dans sa propre application. Cette troisième voie détermine le taux de mise en portefeuille réussi, et son paramétrage relève de l'émetteur plutôt que du portefeuille.
Le renouvellement se pilote à partir de la date d'expiration inscrite sur la carte, qui impose sa cadence à tout le programme. Un émetteur choisit une fenêtre d'envoi, une durée de recouvrement pendant laquelle l'ancienne et la nouvelle carte coexistent, et une politique pour les porteurs inactifs. Les enregistrements de carte chez les commerçants d'abonnement se mettent à jour par les services que les réseaux proposent à cet effet, Visa Account Updater et Automatic Billing Updater chez Mastercard. Ces services ne couvrent que les commerçants qui y ont souscrit. Chez les autres commerçants, le prélèvement échoue.
La réémission de masse est le remplacement simultané de toutes les cartes d'un ensemble exposé, décidé dans l'urgence et coûteux dans les deux sens. Les réseaux alertent l'émetteur lorsqu'une plage de numéros a été exposée, par leurs programmes dédiés aux comptes compromis. L'émetteur arbitre alors entre remplacer les cartes exposées et les surveiller. Remplacer coûte le support, l'acheminement, les appels entrants et les paiements récurrents perdus pendant la bascule. Surveiller coûte la fraude qui passera. L'arbitrage se fait sur la profondeur de l'exposition et sur la part de porteurs dont les abonnements dépendent de la carte.
Le règlement quotidien avec le réseau
Le règlement est le circuit par lequel les fonds passent effectivement de l'émetteur à l'acquéreur, distinct du circuit d'autorisation. Une autorisation réserve un montant chez l'émetteur et donne au commerçant la promesse d'être payé, sans déplacer d'argent. Le mouvement réel arrive plus tard, avec ses propres fichiers, ses propres horaires et ses propres identifiants. Un émetteur dont le système d'information confond les deux circuits ne peut ni expliquer un écart ni le rattraper. Les journaux d'autorisation ne portent aucune somme réglée.
L'acquéreur présente les opérations au réseau, qui les compense et les répartit. L'émetteur reçoit alors un fichier de compensation qui liste, opération par opération, ce qu'il doit financer. Visa achemine cette compensation par son système BASE II et publie les résultats de règlement dans ses rapports de la série VSS. Mastercard traite la sienne par le Global Clearing Management System, au format de message IPM. Les deux systèmes portent des noms différents et une structure identique, avec un flux détaillé opération par opération d'un côté et une position nette de l'autre.
| Document | Ce qu'il prouve | Ce qu'il ne prouve pas | Écart typique |
|---|---|---|---|
| Journal d'autorisation | Que l'émetteur a répondu, à telle heure, tel montant réservé | Qu'un mouvement d'argent a eu lieu | Autorisation jamais présentée, dont la réserve expire au bout du délai du réseau |
| Fichier de compensation | Ce que l'émetteur doit financer, opération par opération | Que la somme a été effectivement débitée du compte du porteur | Présentation sans autorisation correspondante, ou montant différent de celui autorisé |
| Avis de règlement | La position nette du jour et la somme réellement échangée | Le détail par opération, qui ne s'y trouve pas | Position financée en retard, frais et incitations affectés à un autre jour comptable |
La position nette est le solde que l'émetteur doit régler au réseau au titre d'une journée de compensation. Elle part du montant des achats de ses porteurs, qu'il doit financer. Il en retranche l'interchange perçu sur ces mêmes opérations, puis les remboursements reçus et les contestations gagnées. Un émetteur reste structurellement débiteur net à l'égard du réseau, parce que l'interchange ne couvre jamais le montant des achats. Le financement doit être disponible chaque jour ouvré, avant l'heure limite fixée par le réseau. Il se tient sur un compte de règlement ouvert chez une banque que le réseau accepte.
Le réseau protège cette chaîne par des garanties. Il évalue le risque de règlement porté par chaque membre et peut exiger un collatéral. Le collatéral prend la forme d'espèces déposées, d'une lettre de crédit ou d'une garantie bancaire, et son montant suit l'exposition estimée. Un sponsor supporte cette exigence pour le compte des programmes qu'il parraine, et il la répercute. Le program manager alimente un compte de préfinancement chez le sponsor, reconstitué chaque jour, dont le niveau minimal constitue un point de négociation aussi structurant que la commission.
La devise de règlement est celle dans laquelle l'émetteur solde sa position auprès du réseau. Elle se déclare au moment de la demande de plage, et ne se corrige ensuite qu'auprès du réseau. Un émetteur qui facture ses porteurs en euro et règle le réseau en dollar supporte l'écart entre le taux du réseau et son propre taux, sur chaque opération étrangère. La conversion est opérée par le réseau selon ses propres règles, et l'émetteur peut y ajouter sa marge, qu'il doit annoncer au porteur. Le couple formé par le taux du réseau et par la marge annoncée détermine directement la ligne de revenu de change du programme.
La réconciliation quotidienne rapproche trois documents, le journal d'autorisation, le fichier de compensation et l'avis de règlement. Un rapprochement limité à deux d'entre eux laisse subsister des écarts qu'aucun des deux ne révèle. Les autorisations sans présentation se soldent à l'expiration du délai du réseau, ce qui libère la réserve du porteur. Les présentations sans autorisation existent, notamment sur les opérations forcées et sur les compléments de type pourboire, et elles doivent être acceptées ou contestées dans les délais des règles de réseau. Les écarts de montant entre autorisation et présentation se traitent de la même façon. Le contrôle porte sur l'ancienneté des écarts plutôt que sur leur nombre, parce que les règles de réseau enferment leur acceptation et leur contestation dans des délais bornés.
L'économie d'un programme : ce qui rentre, ce qui sort
Un programme d'émission tire ses recettes de quatre sources principales, dont une seule est plafonnée par la loi dans plusieurs marchés. L'interchange rémunère l'émetteur sur chaque achat. Les incitations du réseau rémunèrent le volume et l'exclusivité. La marge de change rémunère la dépense à l'étranger. Le produit financier rémunère les fonds détenus, sous forme d'intérêts sur les encours de crédit ou de placement des soldes chez un émetteur de monnaie électronique.
Ces plafonds expliquent la géographie des programmes mieux que la fiscalité. En Europe, un émetteur de cartes consommateur travaille sur une recette d'interchange bornée, ce qui pousse les programmes vers les cartes commerciales, hors du champ du plafond, ou vers des recettes d'abonnement. Aux États-Unis, l'exemption des émetteurs détenant moins de dix milliards de dollars d'actifs a produit un marché entier de banques partenaires. Leur modèle repose sur un interchange non plafonné, partagé avec le program manager. La structure observée du secteur suit donc le périmètre tracé par le texte réglementaire.
Les incitations de réseau sont les remises et les primes que Visa et Mastercard consentent à leurs membres, contrat par contrat. Elles sont adossées au volume, à l'exclusivité de marque ou au lancement d'un produit, et elles décident souvent de l'équilibre économique d'un programme. Elles en sont pourtant la ligne la moins documentée publiquement. Ces accords ne sont pas publics. Leur poids agrégé l'est, puisque Visa les présente en déduction de son chiffre d'affaires brut sous la ligne des incitations aux clients, et Mastercard sous celle des remises et incitations. Un plan d'affaires qui inscrit une incitation avant de l'avoir négociée retient un montant qu'aucune source publique ne confirme.
Le produit du float désigne le rendement tiré du placement des fonds que l'émetteur détient pour le compte de ses porteurs. Son régime est fixé, dans l'Union européenne, par deux directives. La directive 2009/110/CE interdit à un établissement de monnaie électronique de verser au détenteur un intérêt lié à la durée de détention. Le rendement des fonds reste donc acquis à l'émetteur. La directive (UE) 2015/2366 impose en contrepartie de protéger ces fonds, soit par cantonnement et placement en actifs sûrs et liquides, soit par une couverture d'assurance ou de garantie. Le rendement disponible est celui de ces actifs. Il varie avec les taux directeurs, sans que le programme dispose d'un levier sur ce point.
Les pertes de fraude figurent parmi les charges d'un programme, et le droit européen en fait porter le coût initial à l'émetteur. L'article 73 de la directive (UE) 2015/2366 oblige le prestataire du payeur à rembourser une opération non autorisée au plus tard à la fin du jour ouvrable suivant sa notification. L'article 74 ajoute que le payeur ne supporte aucune perte si son prestataire n'a pas exigé d'authentification forte, sauf fraude de sa part. L'émetteur rembourse donc d'abord et se retourne ensuite. Le recours vise le commerçant, par les procédures de contestation du réseau, ou le prestataire qui n'a pas accepté l'authentification. L'ordre de ces opérations est fixé par les textes, le remboursement du payeur précédant tout recours de l'émetteur.
| Charge | Assiette | Comportement | Levier de l'émetteur |
|---|---|---|---|
| Frais de réseau par carte | Carte enregistrée, active ou non selon les barèmes | Fixe, mensuel ou annuel | Fermer les cartes dormantes plutôt que les laisser au référentiel |
| Redevance du processeur | Carte active et message d'autorisation | Mixte, une part fixe et une part au message | Réduire les refus répétés et les appels inutiles au moteur |
| Support et personnalisation | Carte produite et acheminée | Fixe, à chaque émission et à chaque renouvellement | Carte virtuelle par défaut, plastique sur demande |
| Service client | Contact entrant | Variable, très corrélé aux refus et aux incidents de livraison | Expliquer le refus dans l'application avant que le porteur n'appelle |
| Pertes de fraude et contestations | Opération contestée | Variable, avec des queues rares et lourdes | Paramétrage du risque et qualité des données d'authentification |
| Capital réglementaire | Exigence de l'agrément détenu | Fixe, immobilisé | Aucun à court terme ; le choix d'agrément se fait au départ |
La dormance désigne l'absence d'usage d'une carte qui reste inscrite au référentiel. Son traitement relève du référentiel plutôt que de l'action commerciale. Une carte émise et jamais activée, une carte dont le porteur a changé de banque, une carte de remplacement envoyée à une adresse périmée, toutes restent facturées tant qu'elles ne sont pas fermées. Le traitement consiste à définir un critère de dormance, à le mesurer chaque mois et à fermer les cartes qui y répondent. La fermeture suppose de prévenir le porteur, de traiter les prélèvements récurrents encore rattachés à la carte et de retirer le jeton des portefeuilles où il a été provisionné. Ce dernier retrait est le plus souvent omis, et le jeton subsiste alors dans le portefeuille du porteur.
- Qui est l'émetteur au registre du régulateur, sous quelle catégorie d'agrément, et depuis quelle date. La réponse figure dans un registre public, jamais dans une plaquette.
- À qui appartient la plage de BIN et ce qui se passe si le partenariat s'arrête, y compris le préavis et le sort des jetons déjà provisionnés.
- Où vivent les clés cryptographiques, et si un changement de processeur impose de réémettre le parc.
- Quels paramètres de stand-in sont déclarés au réseau, qui les a fixés, et quand ils ont été testés pour la dernière fois.
- Quel préfinancement est exigé, calculé sur quel scénario de fin de semaine et de jours fériés, et reconstitué selon quelle mécanique.
- Quelle part du parc est active, sous quelle définition, et quelle dépense mensuelle moyenne par carte active le programme atteint aujourd'hui.