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🏦 Compensation et règlement

Clearing, settlement, fichiers de compensation, cut-offs, cycles T+1/T+2, règlement net ou brut, devises, DCC et remises commerçant

Clearing vs settlement : deux étapes, deux métiers

La compensation (clearing) est l'échange d'informations par lequel les acquéreurs présentent aux émetteurs le détail des transactions capturées, le réseau calculant à cette occasion qui doit quoi à qui. Le règlement (settlement) est le mouvement de fonds correspondant, exécuté sur les comptes des banques. Les deux étapes interviennent après l'autorisation et après la capture. Ensemble, elles convertissent l'engagement pris par l'émetteur à l'autorisation en un mouvement de fonds effectif. Dans l'essentiel de l'écosystème européen, le règlement s'effectue en monnaie centrale via T2 (ex-TARGET2), ou sur les comptes de règlement des schemes internationaux.

Ventescommandes / caissesPSPrapport de règlementBanqueversement netRelevésextraits de compteMoteurréconciliationMT940camt.053CFONB120Rapprochementn transactions ↔ 1 versementExceptionsfrais · chargebacks · timingERP / Comptabilitélettrage automatiquematchingécartsrégularisation
Compensation (clearing)Règlement (settlement)
NatureÉchange de données transaction par transactionVirement de positions agrégées
GranularitéUnitaire (chaque présentation)Nette ou brute, par établissement et par devise
ActeursAcquéreurs, émetteurs, scheme (calcul des positions)Banques de règlement, banque centrale (T2), scheme
SupportFichiers/flux de compensation (Base II, IPM, flux CB via STET)Ordres de virement, comptes de règlement
Ce qui peut mal tournerRejets de présentation, doublons, late presentmentDéfaut d'un participant, incident de liquidité
Clearing et settlement comparés
🔑
L'autorisation ne déplace rien, la compensation déplace tout
Une transaction autorisée mais jamais présentée en compensation ne sera jamais payée au commerçant. Une présentation en compensation sans autorisation valable (montant supérieur, autorisation expirée) sera payée, mais restera contestable. La réconciliation commence donc par le rapprochement du fichier d'autorisations et du fichier de compensation, dont les écarts signalent l'une ou l'autre de ces deux situations.

Les fichiers de compensation

Chaque réseau a son format de compensation. Visa utilise historiquement les fichiers Base II organisés en transaction codes (TC05 = vente, TC06 = crédit...). Mastercard utilise l'IPM (Integrated Product Messages, dérivé d'ISO 8583-1993), où un message 1240 porte une première présentation, un 1442 un chargeback, un 1740 des frais. En France, l'acquéreur collecte les remises des terminaux via CB2A fichier (télécollecte). La compensation interbancaire CB transite ensuite par le système CORE(FR) opéré par STET, avec règlement en monnaie centrale dans T2.

Extrait (simplifié et annoté) d'un message IPM 1240, première présentation Mastercard
MTI 1240                          First Presentment
  DE24  Function Code : 200        premiere presentation (205 = re-presentation)
  DE2   PAN           : 510000######0001
  DE3   Processing    : 00         achat
  DE4   Montant tx    : 000000012550   125,50 en devise de transaction
  DE49  Devise tx     : 978        EUR
  DE5   Montant regl. : 000000012550   montant en devise de reglement
  DE50  Devise regl.  : 978
  DE31  ARN           : 24332616192000012345678   reference acquereur (23 ch.)
  DE38  Auth code     : 123456     doit correspondre a l'autorisation
  DE43  Commercant    : BOULANGERIE DUPONT\PARIS\75011\FR
  PDS 0158            : donnees business (programme, indicateurs produit)

Les acquéreurs consolident les remises de leurs commerçants, puis produisent les fichiers sortants vers chaque réseau avant l'heure limite (cut-off). Ils intègrent en retour les fichiers entrants : transactions émises par leurs porteurs chez d'autres, chargebacks, frais de scheme. Les transactions transmises après le cut-off sont conservées et reportées au cycle suivant. Le délai de trésorerie s'allonge d'un jour.

ÉtapeHeure typique (Paris)Conséquence si manqué
Télécollecte TPE → acquéreur22 h - 2 h (paramétrée par terminal)Remise intégrée au lot du lendemain
Remise e-commerce PSP → acquéreurEn continu, arrêté vers 23 h - 0 hCapture reportée au batch suivant
Acquéreur → scheme (clearing)Plusieurs fenêtres par jour (Mastercard : 6 cycles quotidiens)Présentation au cycle suivant, règlement décalé
Règlement scheme → banquesChaque jour ouvré (T2)Position reportée au jour ouvré suivant
Cut-offs typiques (ordres de grandeur, à valider contractuellement)
⚠️
Week-ends et jours fériés TARGET
Le règlement en monnaie centrale suit le calendrier TARGET, sans qu'aucun règlement ait lieu les samedis, dimanches et jours fériés TARGET. Les ventes du vendredi soir au dimanche sont typiquement compensées ensemble et créditées le lundi ou le mardi. Le crédit du commerçant concentre ainsi en début de semaine l'encaissement de plusieurs journées d'activité.

Cycles de règlement : de la vente au crédit en compte

Le cycle standard en France est T+1 à T+2 entre la remise et le crédit du compte commerçant. La vitesse dépend de l'heure de télécollecte, du réseau, de l'acquéreur et des dates de valeur négociées. Certains PSP proposent des payouts accélérés, J+0 voire instantanés via SCT Inst. Ce service de trésorerie est facturé. Il n'accélère pas la compensation elle-même.

J0, 14 h 12
Vente et autorisation
125,50 € autorisés, capture en fin de journée pour un commerce de proximité.
J0, 22 h 30
Télécollecte
Le TPE remet le lot de la journée à l'acquéreur (CB2A fichier).
J+1, matin
Compensation
L'acquéreur présente la transaction ; le système calcule les positions nettes interbancaires.
J+1, journée
Règlement interbancaire
Les positions nettes sont réglées en monnaie centrale (T2).
J+1 / J+2
Crédit du commerçant
L'acquéreur crédite le compte du commerçant, selon la date de valeur contractuelle. Le porteur voit son débit (immédiat) au même horizon.
T+1
délai type de règlement interbancaire domestique CB
T+1 à T+3
délai type de crédit commerçant selon acquéreur et coupures week-end
≈ 100 M
opérations traitées par jour par CORE(FR)
STET, ordres de grandeur 2024
6
cycles de clearing quotidiens chez Mastercard (GCMS/IPM)
ℹ️
Débit porteur : immédiat ou différé
Le compte du porteur se trouve débité au terme du même cycle, selon des modalités qui dépendent du contrat de carte. Avec une carte à débit immédiat, le compte est débité au fil des compensations. Avec une carte à débit différé, les transactions s'accumulent et sont débitées en une fois en fin de mois. Ces cartes relèvent, au sens IFR, de la catégorie « crédit », plafonnée à 0,3 % d'interchange.

Règlement net vs règlement brut

En règlement brut (RTGS, Real-Time Gross Settlement), chaque obligation est réglée individuellement et immédiatement en monnaie centrale, avec zéro risque de crédit mais une consommation maximale de liquidité. En règlement net, les obligations réciproques sont compensées multilatéralement, chaque participant ne réglant (ou ne recevant) que sa position nette de la période. Les systèmes cartes fonctionnent ainsi. Des millions de transactions se réduisent à quelques positions nettes par banque et par jour.

Instruments · PSP : monnaie commercialecartevirement SEPAprélèvement SEPAvirement instantané (SCT Inst)Compensation (ACH) : on ne règle que le solde netCORE(FR)opéré par STET (France)STEP2EBA Clearing (paneuropéen)RT1instantané, 24/7 (EBA)ex. Banque A : −2,4 M€B : +1,1 M€C : +1,3 M€Σ des soldes = 0↑ monnaie commerciale · monnaie centrale ↓Règlement en monnaie centrale : irrévocableT2 (RTGS)brut, jours ouvrés TARGETTIPSbrut, à l'unité, 24/7/365instantané : sans nettingexposition intrajournalièrenetting : on règle le netmonnaie centraleexposition intrajour.Un paiement n’est éteint qu’au dernier étage : la monnaie centrale.Une transaction autorisée mais jamais présentée ne sera jamais payée.
CritèreRèglement net différé (DNS)Règlement brut temps réel (RTGS)
Liquidité requiseFaible (positions nettes uniquement)Élevée (chaque opération en totalité)
Risque de crédit intrajournalierExiste entre le clearing et le règlementQuasi nul
ExemplesCORE(FR), positions schemes Visa/Mastercard, EURO1T2 (ex-TARGET2), règlements urgents
ProtectionFonds de garantie, collatéral, limites d'expositionMonnaie centrale, finalité immédiate
Net vs brut
Du million de transactions à la position nette
Scheme / système de compensation
Agrège toutes les présentations du cycle
Ventes, remboursements, chargebacks, frais, par couple émetteur/acquéreur
Moteur de netting
Calcule les positions nettes multilatérales
Banque A : -2,4 M€ ; Banque B : +1,1 M€ ; Banque C : +1,3 M€ (somme nulle)
Banque de règlement / T2
Exécute les virements de règlement
Les débiteurs nets paient, les créditeurs nets reçoivent, en monnaie centrale
Participants
Constatent la finalité du règlement
Les fonds sont irrévocables ; les acquéreurs peuvent créditer les commerçants
⚠️
Le risque de règlement n'est pas théorique
Entre le clearing et le règlement, chaque créancier net porte un risque sur les débiteurs nets, contre lequel les infrastructures exigent collatéral, fonds de garantie et limites. La surveillance des systèmes de paiement (Banque de France, BCE, principes CPMI-IOSCO) y ajoute des dispositifs de défaut. La faillite de la banque Herstatt, en 1974, est à l'origine de cette architecture de protection.

Devises, conversion et DCC

Une transaction internationale fait coexister jusqu'à trois devises. La devise de transaction est celle du commerçant. La devise de règlement, souvent EUR ou USD, s'applique entre le scheme et chaque banque, et la devise de facturation est celle dans laquelle le porteur est débité. Le scheme convertit à son cours du jour. L'émetteur y ajoute généralement une majoration de change, typiquement 1,5 à 3 % sur les cartes bancaires classiques, 0 % sur certaines néobanques.

Le DCC (Dynamic Currency Conversion) est le procédé par lequel la conversion de devise est opérée au point d'acceptation, au lieu de l'être par le scheme et l'émetteur. Le terminal ou le site propose au porteur étranger de payer dans sa propre devise. Le prestataire DCC convertit immédiatement le montant. La marge de change est incluse dans le cours proposé, puis partagée entre prestataire, acquéreur et parfois commerçant. Le règlement européen 2019/518 impose depuis 2020 d'afficher la majoration par rapport au taux BCE au moment du choix.

OptionQui convertitMarge de change typiqueCoût final porteur (ordre de grandeur)
Payer en EUR (conversion réseau)Scheme + majoration émetteurCours scheme ≈ mid-market + 0-1 % ; majoration émetteur 0-3 %≈ 100 à 103 (base 100 = cours mid-market)
Payer en USD (DCC)Prestataire DCC au point de vente3 à 8 % au-dessus du cours de référence≈ 104 à 109 (base 100 = cours mid-market)
Exemple chiffré : un touriste américain paie 100 € à Paris
⚠️
DCC : presque toujours défavorable au porteur
Le DCC constitue une source de revenu pour la chaîne d'acceptation plutôt qu'un service rendu au porteur, sa marge de conversion dépassant quasi systématiquement celle du couple scheme + émetteur. Le commerçant qui l'active perçoit une rétrocession. Il s'expose en contrepartie à l'insatisfaction des porteurs et à des chargebacks fondés sur le motif « je n'ai pas choisi cette devise ». Les schemes exigent que le choix du porteur soit explicite et documenté.

Remises commerçant et rapprochement

La remise est le lot de transactions capturées qu'un commerçant transmet à son acquéreur (télécollecte du TPE, batch du PSP e-commerce). Elle constitue l'unité de base de la réconciliation. Après déduction des commissions, chaque remise doit se retrouver dans un virement identifiable sur le compte bancaire, et dans le relevé monétique mensuel.

Journal de télécollecte (ticket de fin de remise, annoté)
TELECOLLECTE DU 11/07/2026  22:04
CONTRAT CB : 1234567          numero de contrat commercant (MID)
TPE        : 00012345         identifiant du terminal (TID)
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NB TRANSACTIONS ........ :  87
  DONT DEBITS .......... :  85      1 254,30 EUR
  DONT CREDITS (rembts). :   2         45,80 EUR
NET REMIS .............. :         1 208,50 EUR
REMISE No 001234    STATUT : ACCEPTEE
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prochain controle : rapprocher 1 208,50 EUR
(moins commissions) avec le virement acquereur J+1/J+2
  • Granularité du virement : certains acquéreurs virent remise par remise, d'autres agrègent par jour ou par contrat, à caler avec la comptabilité.
  • Commissions déduites ou facturées : commissions retenues à la source sur chaque virement (net settlement) ou facturées en fin de mois (gross settlement) : le second facilite énormément le rapprochement.
  • Rejets et impayés : une transaction présente dans la remise peut revenir en rejet de compensation ou en chargeback des semaines plus tard, et la réconciliation doit boucler sur trois sources : remises, virements, relevé monétique.
  • Multi-PSP : chaque canal (TPE, e-commerce, marketplace) a ses remises et ses délais propres ; un référentiel commun (ordre, remise, virement) est indispensable.
🔑
La règle des trois documents
Un euro encaissé se prouve par la concordance de trois documents : le journal de remise (ce qui a été transmis), l'avis de règlement/virement (ce qui a été reçu) et le relevé monétique (ce qui a été facturé). Tout écart non expliqué entre les trois relève d'un rejet, d'un chargeback ou d'une erreur de facturation. Les délais de contestation étant courts, le rapprochement des trois documents doit intervenir au moins une fois par mois.