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🔑 Authentifier sans code à usage unique

Clés d'accès et FIDO chez les émetteurs, délégation de l'authentification à un marchand ou à un portefeuille, Secure Payment Confirmation, apports d'EMV 3DS 2.3 : la sortie annoncée du code par SMS et ce qu'elle change pour l'acceptation

Pourquoi le code par SMS s'arrête

Le code à usage unique reçu par SMS est une suite de chiffres à validité limitée, envoyée par l'émetteur sur le numéro de téléphone mobile qu'il a enregistré pour ce porteur. Le porteur le saisit dans la page de paiement. Ce code a porté la mise en conformité européenne de 2019 parce qu'il ne demandait rien au porteur, ni installation, ni enrôlement, ni appareil neuf. Son abandon est décidé par les réseaux et par les émetteurs, en l'absence de toute interdiction réglementaire. Dans l'Espace économique européen, l'avis de l'Autorité bancaire européenne du 21 juin 2019 range la carte SIM parmi les éléments de possession valides. Le code par SMS reste donc formellement conforme quand un second facteur l'accompagne. Trois motifs expliquent son retrait, le coût du canal, la facilité avec laquelle un fraudeur obtient le code, et les feuilles de route que les réseaux ont publiées.

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Le lien dynamique n'est pas dans le message
Le lien dynamique est l'obligation, posée par l'article 5 du règlement délégué (UE) 2018/389, de rattacher le code d'authentification au montant et au bénéficiaire de l'opération. Le payeur doit en être informé. Un message qui ne transporte qu'une suite de chiffres ne remplit pas cette fonction d'affichage. L'Autorité bancaire européenne a précisé que, lorsque le SMS contient le code et les informations de paiement, le prestataire doit prendre les mesures nécessaires pour en garantir la confidentialité, l'authenticité et l'intégrité. La charge repose donc sur l'émetteur, pour un canal dont il ne maîtrise ni le transport ni le terminal de réception. Beaucoup d'émetteurs européens satisfont cette obligation d'affichage en déplaçant le montant dans leur application mobile, le SMS ne servant plus qu'à signaler au porteur qu'une opération attend sa validation.

Le code par SMS est un secret transmissible. Quiconque en prend connaissance peut l'employer, et aucun élément du code ne le rattache au site sur lequel il est saisi. Trois chemins d'attaque en découlent, dont aucun ne réclame de compétence cryptographique. L'échange frauduleux de carte SIM transfère le numéro vers un appareil que l'attaquant contrôle, lequel reçoit alors les messages destinés au porteur. Un logiciel malveillant installé sur le téléphone lit la notification à la place du porteur. Le troisième chemin est le moins coûteux pour l'attaquant, puisqu'il n'emploie aucun moyen technique. Un appel téléphonique suffit, au cours duquel la victime dicte elle-même le code à un faux conseiller bancaire.

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Une signature FIDO ne se relaie pas
Le navigateur ne présente une clé d'accès qu'aux pages dont le domaine correspond à celui pour lequel elle a été créée, et la signature produite couvre l'origine appelante. Une page d'hameçonnage hébergée sur un domaine voisin n'obtient donc aucune signature qu'elle puisse relayer vers le site légitime, parce que l'authentificateur refuse de signer pour elle. La différence avec le code par SMS tient à la nature du secret employé. Le code s'énonce à voix haute, alors que la clé privée n'est jamais exposée au porteur et ne peut donc pas être répétée par lui. Un dispositif fondé sur un secret que le porteur est en mesure de répéter au téléphone reste exposé à l'ingénierie sociale, quelle que soit la longueur de ce secret. L'attaque vise le porteur, non le mécanisme cryptographique.

Le coût du canal se décompose en deux postes. Le SMS applicatif se facture au message et par pays, selon des grilles d'opérateurs et d'agrégateurs que l'émetteur n'est guère en position de négocier. S'y ajoute une fraude propre au canal, l'inflation artificielle de trafic. Un attaquant déclenche des envois massifs de codes vers des plages de numérotation dont il partage les frais de terminaison. Il facture ainsi sa propre attaque à sa victime. Les volumes concernés ne sont publiés ni par les opérateurs, ni par les émetteurs. Le mécanisme est documenté par les fournisseurs de messagerie applicative. Un formulaire d'inscription mal protégé devient alors une dépense qui se reproduit tant que l'envoi de codes reste déclenchable sans contrôle.

Les positions réglementaires diffèrent d'une zone à l'autre. L'Espace économique européen n'a prononcé aucune interdiction. Le rapport conjoint de l'Autorité bancaire européenne et de la Banque centrale européenne publié le 15 décembre 2025 constate un écart de fraude en faveur des opérations authentifiées, constat qui ne s'accompagne d'aucune mesure contraignante. Hors d'Europe, plusieurs banques centrales ont tranché plus vite. La Reserve Bank of India a ouvert l'authentification aux clés d'accès liées à l'appareil et à la biométrie, avec effet au 1er avril 2026. Bank Negara Malaysia a écarté le code par SMS comme second facteur autonome fin 2025. Un émetteur présent dans plusieurs de ces zones ne peut donc plus servir partout le même dispositif, puisque le code par SMS, qui reste admis dans l'Espace économique européen, ne satisfait ni la direction indienne ni la politique malaisienne.

21 juin 2019
avis de l'Autorité bancaire européenne classant la carte SIM parmi les éléments de possession valides, ce qui maintient le code par SMS dans le champ de la conformité
ABE, EBA-Op-2019-06
2030
échéance annoncée par Mastercard pour la tokenisation intégrale du commerce en ligne européen et la fin de la saisie manuelle du numéro de carte et des codes à usage unique
Mastercard, communiqué du 11 juin 2024
28 octobre 2020
publication par EMVCo du guide d'emploi des données FIDO dans les messages 3-D Secure, la fonction existant dans la spécification depuis sa version 2.1.0 de 2017
EMVCo, Use of FIDO Data in 3DS Messages
1er avril 2026
entrée en vigueur des directions de la Reserve Bank of India ouvrant l'authentification aux clés d'accès et à la biométrie
Reserve Bank of India, Authentication Mechanisms Directions, 2025

Le calendrier des réseaux prend la forme d'engagements commerciaux assortis d'échéances longues. Mastercard s'est engagée en juin 2024 sur une tokenisation intégrale du commerce en ligne européen à l'horizon 2030. La saisie manuelle du numéro de carte et les codes à usage unique disparaîtraient au même terme. Visa a annoncé en 2024 son propre service de clés d'accès de paiement, adossé aux spécifications FIDO. Aucune de ces annonces ne crée d'obligation. Elles renseignent en revanche sur l'affectation des investissements des réseaux, donc sur les fonctions nouvelles qui apparaîtront d'abord, et sur les émetteurs qui les serviront en premier.

Clés d'accès et FIDO, ce qui vaut possession et ce qui vaut inhérence

Une clé d'accès est une paire de clés cryptographiques créée par un authentificateur pour un site précis et pour un compte précis. Elle est décrite par WebAuthn, spécification publiée par le W3C, que la FIDO Alliance réunit avec ses propres spécifications sous le nom de FIDO2. La clé privée reste dans l'authentificateur, élément sécurisé du téléphone, module de plateforme de l'ordinateur ou clé physique branchée. Elle n'est jamais transmise au site, et une clé liée à l'appareil ne quitte pas le matériel qui l'a créée. Le site n'enregistre que la clé publique, l'identifiant de la clé d'accès et quelques métadonnées. À chaque authentification, l'authentificateur signe un défi fourni par le site, accompagné de l'origine appelante et d'un jeu de drapeaux d'état. Le serveur vérifie cette signature avec la clé publique conservée depuis l'enrôlement.

La résistance à l'hameçonnage procède de la vérification du domaine appelant, opérée par le navigateur puis par le serveur. Chaque clé d'accès porte un identifiant de partie de confiance, qui est un nom de domaine. Le navigateur refuse de présenter la clé à une page dont le domaine ne correspond pas, et il inclut l'origine réelle dans les données signées. Le serveur compare ensuite cette origine à celle qu'il attend. La comparaison échoue dès qu'un attaquant relaie la cérémonie depuis un domaine tiers, quelle que soit la ressemblance de ce domaine avec le domaine légitime. L'omission de cette comparaison supprime la propriété qui justifiait le passage à FIDO, le dispositif se réduisant alors à une vérification biométrique sans garantie d'origine.

Élément d'authentification forteCe qui le porte dans une clé d'accèsCe que le serveur doit vérifier
PossessionLa clé privée non exportable, détenue par l'authentificateur enrôléSignature valide sur le défi, identifiant de clé connu, origine attendue, compteur de signature cohérent
InhérenceLa comparaison biométrique effectuée localement par l'appareilDrapeau de vérification de l'utilisateur à 1 dans les données d'authentificateur ; la donnée biométrique ne quitte jamais l'appareil et n'est jamais transmise
ConnaissanceLe code de déverrouillage de l'appareil, quand il sert de méthode de vérificationLe même drapeau ; le serveur ne distingue pas seul une biométrie d'un code, sauf information complémentaire fournie par l'authentificateur
Aucun second élémentUne cérémonie où la vérification de l'utilisateur n'a pas eu lieuDrapeau de vérification à 0 ; l'authentification ne vaut alors qu'un seul facteur et ne satisfait pas la SCA
Correspondance entre les éléments de l'authentification forte et ce qu'une clé d'accès démontre réellement. Les catégories d'éléments viennent de l'article 4 point 30 de la DSP2 ; les drapeaux et données d'authentificateur viennent de la spécification WebAuthn du W3C.
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Le drapeau de vérification porte toute la preuve du second facteur
Le drapeau de vérification de l'utilisateur est la donnée par laquelle l'authentificateur indique au serveur qu'il a vérifié le porteur avant de signer. Deux réglages distincts le gouvernent. La requête d'authentification doit exiger la vérification de l'utilisateur, et le serveur doit rejeter toute assertion dont le drapeau reste à zéro. La requête est transmise au client, qui reste libre de l'ignorer, si bien qu'un client hostile produit une assertion sans vérification malgré une requête exigeante. Seul le contrôle effectué par le serveur écarte ces assertions. Son absence conduit à enregistrer comme cérémonies à deux facteurs des cérémonies qui n'en portent qu'un. La vérification de ce contrôle figure au premier rang d'une revue d'implémentation.

Les clés d'accès se répartissent en deux catégories selon leur mode de conservation. Une clé synchronisée est sauvegardée dans le trousseau du fournisseur de plateforme, et elle suit le compte de l'utilisateur d'un appareil à l'autre. Une clé liée à l'appareil ne quitte jamais le matériel qui l'a créée. La spécification WebAuthn expose cette distinction au serveur par deux drapeaux, l'éligibilité à la sauvegarde et l'état de sauvegarde courant. Ces deux drapeaux parviennent au serveur dès l'enrôlement. Un émetteur qui exige un facteur de possession attaché à un appareil dispose donc du moyen d'écarter les clés synchronisées avant tout paiement.

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Ce que vaut une clé synchronisée au regard de la possession
La synchronisation déplace l'objet dont la possession est démontrée. Le porteur démontre alors la détention d'un compte de plateforme, protégé par les moyens de récupération de ce fournisseur, et non celle d'un téléphone déterminé. Aucune position publique de l'Autorité bancaire européenne ne tranche explicitement ce cas, et chaque émetteur arbitre donc pour son propre compte. La pratique observée consiste souvent à accepter la clé synchronisée pour l'ouverture de session et à exiger une clé liée à l'appareil pour valider un paiement. L'examen d'un fournisseur d'authentification porte sur la politique qu'il applique aux clés synchronisées, la lecture des drapeaux ne préjugeant pas de la règle retenue.

L'indépendance des éléments est régie par l'article 9 du même règlement délégué. Le texte admet que les deux facteurs transitent par un appareil multifonction, à condition que des mesures d'atténuation empêchent la compromission de l'un d'emporter l'autre, dont des environnements d'exécution sécurisés séparés. Une clé privée logée dans l'élément sécurisé, déverrouillée par une comparaison biométrique traitée dans ce même environnement, répond directement à cette exigence. Le dossier de conformité décrit donc l'architecture matérielle du dispositif, environnement par environnement, en indiquant ce qui sépare le traitement biométrique du stockage de la clé. La dénomination commerciale de l'authentificateur n'apporte aucune information sur cette séparation.

L'enrôlement est la cérémonie au cours de laquelle une clé d'accès est créée puis enregistrée par l'émetteur. Il comporte trois temps. Le premier crée la clé au cours d'une session déjà authentifiée. L'occasion la plus courante est un défi 3-D Secure servi depuis le domaine du serveur de contrôle d'accès, ou bien une session ouverte dans l'application bancaire. Le deuxième temps enregistre la clé publique, l'identifiant de la clé, l'identifiant de modèle de l'authentificateur et les drapeaux de sauvegarde. Cet identifiant de modèle se résout auprès du service de métadonnées de la FIDO Alliance, qui publie les caractéristiques déclarées des familles d'authentificateurs enregistrées auprès de lui. Ce service autorise l'exclusion d'un modèle dont la faiblesse serait connue. Toutes les familles n'y sont pas enregistrées, et un identifiant inconnu de ce service ne vaut donc pas défaut. Le troisième temps organise le cycle de vie, avec la révocation, le changement d'appareil et le chemin de repli prévu quand aucune clé n'est disponible.

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L'enrôlement fixe le plafond de sécurité du dispositif
Le niveau de garantie d'une clé d'accès est fixé par la cérémonie qui l'a créée. Une clé enrôlée à l'issue d'un code par SMS hérite des faiblesses de ce code, puisque l'attaquant qui a intercepté le code a pu enrôler sa propre clé. Cet attaquant détient dès lors un facteur de possession légitime et n'a plus aucune interception à mener lors des paiements suivants. La procédure de récupération produit le même effet, en ouvrant une seconde voie de création. L'ajout d'une clé se traite donc comme une opération sensible, notifiée au porteur sur un canal distinct de celui de l'enrôlement. Certains émetteurs imposent un délai avant qu'une clé nouvellement enrôlée ne serve à payer.
  • Exiger la vérification de l'utilisateur et la contrôler côté serveur. La requête n'engage que le client, qui reste libre de l'ignorer ; seul le drapeau reçu dans l'assertion établit qu'un second facteur a été présenté.
  • Stocker l'identifiant de modèle de l'authentificateur. Il permet de savoir, après coup, quelle famille de matériel a produit la clé, et de retirer un modèle dont une faiblesse serait publiée.
  • Décider par écrit du sort des clés synchronisées. Acceptées pour l'ouverture de session, refusées pour le paiement, ou acceptées partout, la règle doit exister avant le premier enrôlement.
  • Notifier chaque ajout de clé sur un canal distinct. Un enrôlement frauduleux est plus rentable pour l'attaquant qu'une interception, et il ne laisse aucune trace visible par le porteur.
  • Conserver un chemin de repli documenté. Perte d'appareil, réinitialisation, achat depuis un ordinateur partagé : ces cas existent, et le repli qui les traite fixe le niveau de sécurité réel du dispositif.
  • Vérifier l'origine appelante à chaque assertion. Sans ce contrôle, la résistance à l'hameçonnage disparaît, et le dispositif ne vaut plus qu'un mot de passe biométrique.

La délégation d'authentification, qui authentifie et qui répond

La délégation d'authentification désigne l'exécution de la cérémonie d'authentification forte par un tiers, pour le compte de l'émetteur qui en porte l'obligation. Cette obligation est posée par l'article 97 de la DSP2, qui désigne l'émetteur sans préciser qui exécute matériellement la cérémonie. Le tiers peut être un commerçant, un portefeuille ou un prestataire spécialisé, lié à l'émetteur par un accord d'externalisation. La responsabilité ne se transfère pas pour autant, et l'Autorité bancaire européenne le rappelle dans son avis de juin 2019 comme dans ses orientations sur l'externalisation. Le superviseur demande donc des comptes à l'émetteur, y compris pour les cérémonies exécutées par le tiers.

Trois configurations coexistent sur le marché, et chacune répartit autrement les engagements contractuels. Un commerçant authentifie son propre client déjà connecté, avec la clé d'accès que ce client emploie pour ouvrir sa session. Un portefeuille authentifie le porteur sur l'appareil, ce que font Apple Pay et Google Pay depuis leur origine. Un prestataire d'authentification opère pour un ensemble de commerçants, au titre d'un programme de réseau qui l'agrée et le surveille. Les deux premières supposent un accord bilatéral. La troisième se contractualise par l'adhésion au programme, sans relation directe entre le commerçant et chaque émetteur, ce qui la rend praticable pour un marchand multi-pays.

Le trajet de la preuve dans une authentification déléguée
Commerçant ou portefeuille
Exécute la cérémonie FIDO auprès du porteur
La clé d'accès a été créée pour son propre domaine, et la vérification de l'utilisateur est exigée puis contrôlée côté serveur
Commerçant ou portefeuille
Assemble les données d'attestation d'authentificateur
EMVCo a défini ce jeu de données et publié son guide d'emploi le 28 octobre 2020 ; il décrit l'appareil sans identifier la personne
Serveur 3-D Secure
Transmet la demande d'authentification avec l'indicateur de préférence adéquat
L'indicateur signale que l'authentification forte a déjà été réalisée et qu'aucun défi n'est souhaité
Serveur d'annuaire du réseau
Route vers le serveur de contrôle d'accès de l'émetteur
Résolution par plage de BIN, comme pour toute opération EMV 3-D Secure
Serveur de contrôle d'accès
Accepte la délégation ou impose son propre défi
L'émetteur n'est jamais tenu d'accepter ; le refus se manifeste par un statut exigeant un défi
Acquéreur
Porte l'indicateur correspondant dans le message d'autorisation
L'authentification déléguée ou l'exemption se signale aussi côté autorisation, faute de quoi un refus réversible réclamant la SCA reste probable
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Le transfert de responsabilité n'est pas acquis
Les descriptions publiques des programmes divergent sur l'attribution de la fraude. Certaines présentent le transfert de responsabilité comme préservé dès lors que la preuve d'authentification accompagne l'opération. D'autres indiquent que la fraude reste à la charge de l'acquéreur et du commerçant quand ce dernier a authentifié lui-même. Une même opération ne peut pas relever des deux règles, si bien que l'écart porte sur le fond et non sur la formulation. Le texte qui tranche est la règle de réseau applicable à la région concernée, et elle n'est pas publiée intégralement. Un dossier économique bâti sur la délégation suppose donc d'obtenir cette règle par écrit auprès de l'acquéreur, avant l'engagement des développements.
QuestionCe qui la trancheCe qu'il faut obtenir par écrit
Qui exécute la cérémonieLe contrat d'externalisation avec l'émetteur, ou l'adhésion à un programme de réseauLe périmètre exact délégué, les montants couverts et les cas explicitement exclus
Qui porte la fraudeLes règles du réseau, qui varient par programme et par régionLa règle applicable citée en référence, et non sa reformulation commerciale
Comment la preuve se conserveLa politique de rétention du prestataire qui a exécuté la cérémonieDurée de conservation, format restitué, et procédure de production en cas de litige
Comment la délégation s'arrêteLes seuils de performance et de fraude fixés par le programmeLe préavis de retrait, les seuils déclencheurs, et le comportement du parcours une fois la délégation retirée
Les quatre points à régler avant de déléguer. Aucun d'eux ne se règle par la documentation technique du prestataire.

Les deux grands réseaux publient chacun leur programme de délégation. Visa opère un programme de délégation de l'authentification, Mastercard décline le sien sous ses marques d'authentification du porteur, et certains schémas domestiques en proposent également. Les conditions d'éligibilité tiennent en général à un volume, à un taux de fraude tenu dans la durée, et à l'emploi d'une authentification conforme aux spécifications FIDO. Les barèmes exacts ne sont pas publics. La comparaison entre programmes reste donc impossible sans passer par un acquéreur. L'accès de celui-ci aux règles de réseau détermine l'information dont le commerçant disposera, ce qui en fait un critère de choix de l'acquéreur lui-même.

Le gain attendu de la délégation porte sur un point unique, la suppression du défi servi par l'émetteur au milieu du tunnel de paiement. Un commerçant qui authentifie déjà son client à l'ouverture de session réutilise cette cérémonie au lieu d'en imposer une seconde quelques secondes plus tard. La condition est exigeante, parce que la cérémonie d'ouverture de session doit elle-même satisfaire l'authentification forte, avec deux éléments indépendants et un lien dynamique au montant et au bénéficiaire. La preuve doit ensuite voyager jusqu'au message d'autorisation. L'émetteur qui ne la voit pas oppose un refus réversible réclamant la SCA, alors que la cérémonie a bien eu lieu. Un mot de passe suivi d'un lien envoyé par courriel ne remplit aucune de ces deux conditions. Le filtre ainsi posé écarte la plupart des candidats à la délégation.

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Déléguer suppose d'avoir déjà bâti une authentification de qualité bancaire
La délégation transporte vers l'émetteur une cérémonie que le commerçant exécute déjà, sans créer de garantie nouvelle. Un commerçant dont le parcours de connexion repose sur un mot de passe et un code envoyé par courriel ne dispose de rien de délégable. Son adhésion à un programme lui serait refusée. L'investissement porte donc d'abord sur son propre système d'authentification. Les éléments à réunir sont connus et chiffrables, avec les clés d'accès, la vérification de l'utilisateur contrôlée côté serveur, et l'affichage du montant et du bénéficiaire au moment de la validation. La délégation intervient ensuite, une fois ce système en place, et valorise un travail déjà fait.

Secure Payment Confirmation et l'authentification dans le navigateur

Secure Payment Confirmation est une spécification du W3C, développée par son groupe de travail sur les paiements web. Elle organise l'authentification d'un payeur par clé d'accès au cours d'un paiement en ligne, et n'ajoute à WebAuthn que deux fonctions. La première est l'appel d'une clé d'accès depuis une origine autre que celle qui l'a créée, opération que WebAuthn interdit par construction. La seconde est une fenêtre de confirmation dessinée par le navigateur, qui affiche le bénéficiaire, le montant et l'instrument avant que l'utilisateur ne valide. Ces deux ajouts répondent à des besoins de paiement que WebAuthn seul ne couvrait pas.

La seconde fonction produit une conséquence réglementaire. Les données client signées par l'authentificateur contiennent un objet de paiement, où figurent le bénéficiaire, l'origine appelante, le montant et l'instrument choisi. La signature couvre donc la transaction elle-même, et pas seulement un défi aléatoire. L'exigence de lien dynamique posée par l'article 5 du règlement délégué se trouve remplie par la construction du protocole. Une assertion WebAuthn ordinaire ne transporte pas ces données, et l'émetteur qui veut démontrer le lien dynamique doit alors les rattacher lui-même à la cérémonie. Le protocole dispense l'émetteur de ce travail, et la même assertion vaut preuve d'authentification et preuve du lien dynamique.

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L'affichage n'appartient pas au commerçant
Dans une cérémonie Secure Payment Confirmation, la fenêtre que voit le payeur est rendue par le navigateur lui-même. La page du commerçant fournit les données à afficher, sans pouvoir les modifier après coup ni recouvrir la fenêtre par un autre élément. Cette séparation donne à l'assertion sa valeur probatoire, puisque le montant confirmé par l'utilisateur est aussi le montant signé par l'authentificateur. Un dispositif équivalent construit à l'intérieur d'une page marchande n'offre pas cette garantie. La page contrôle son propre affichage, et peut donc présenter un montant différent de celui qu'elle transmet à la signature.

L'emploi de Secure Payment Confirmation suppose un enrôlement préalable. La clé d'accès doit avoir été créée pour le domaine de l'émetteur ou du réseau, ce qui suppose un moment où ce domaine s'exécute dans le navigateur du porteur. Le défi 3-D Secure remplit cette fonction, puisqu'il est servi depuis le domaine du serveur de contrôle d'accès. L'enrôlement depuis un cadre incorporé à une page tierce reste possible, à condition que cette page hôte accorde explicitement, par une politique de permissions, le droit de créer une clé destinée au paiement. En l'absence d'enrôlement, le commerçant ne dispose d'aucune clé à invoquer et le parcours retombe sur le défi classique. Le serveur de contrôle d'accès doit ensuite savoir vérifier une assertion de ce type. Cette capacité reste loin d'être acquise chez tous les fournisseurs.

DimensionÉtat
Statut normatifRecommandation candidate au W3C depuis 2023, publiée par le Web Payments Working Group
Passage en recommandationSubordonné à une seconde implémentation indépendante, dont le calendrier n'est pas annoncé
Navigateurs qui l'implémententChrome et Edge, sur Windows, macOS et Android
Navigateurs qui ne l'implémentent pasSafari et Firefox, donc l'intégralité des navigateurs disponibles sur iOS
Conséquence de parcoursUn chemin de repli vers le défi 3-D Secure classique reste obligatoire, sans échéance de sortie prévisible
État de maturité de Secure Payment Confirmation. Source : W3C, spécification Secure Payment Confirmation et appel à implémentations publié en 2023.
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iOS retire d'un coup toute une population
Sur iOS, les navigateurs s'appuient sur le moteur de rendu fourni par le système. L'ouverture consentie dans l'Union européenne aux moteurs tiers n'a donné lieu à aucun déploiement grand public à ce jour. L'absence d'implémentation dans ce moteur retire donc la population iOS, quel que soit le navigateur que l'utilisateur a installé. Un commerçant européen dont une part importante du trafic vient de ce système conserve le défi 3-D Secure classique comme parcours complet, seul chemin ouvert à cette population. Secure Payment Confirmation s'analyse alors comme une optimisation appliquée à un segment de trafic mesuré, et non comme le remplacement du défi classique.

La décision d'implémenter Secure Payment Confirmation repose sur deux mesures internes préalables. La première porte sur la part du trafic éligible, relevée navigateur par navigateur et système par système. La seconde porte, sur cette part seulement, sur le taux d'abandon du défi actuel, seul chiffre qui donne au projet une valeur économique. Aucun repère public comparable n'existe sur ce taux, chaque prestataire publiant le sien avec sa propre définition du dénominateur. La mesure interne reste donc la seule base de décision vérifiable, et sa production demande quelques jours.

EMV 3DS 2.3 et l'après, ce qu'un marchand peut demander aujourd'hui

EMV 3-D Secure est le protocole de messages par lequel un commerçant demande à l'émetteur d'authentifier le porteur au cours d'un paiement à distance, et par lequel l'émetteur répond. EMVCo en publie la spécification et en fait évoluer les versions. La version 2.3 ne crée pas l'authentification par clé d'accès. Les données FIDO circulent dans les messages 3-D Secure depuis la version 2.1.0, publiée en 2017. EMVCo en a publié le guide d'emploi le 28 octobre 2020. Ce guide définit un jeu de données d'attestation d'authentificateur, qui décrit l'appareil sans porter d'information identifiant la personne. La version 2.3.1, publiée en 2022, ajoute la liaison d'appareil et l'enchaînement automatisé des bascules hors bande entre application marchande et application bancaire. Le support de Secure Payment Confirmation y progresse.

2017
EMV 3DS 2.1.0
La spécification prévoit déjà le transport de données FIDO dans les messages.
décembre 2018
EMV 3DS 2.2.0
Extension des indicateurs de préférence aux cas ouverts par la réglementation européenne.
28 octobre 2020
Guide EMVCo sur les données FIDO
Le jeu de données d'attestation d'authentificateur est décrit et rendu exploitable.
2022
EMV 3DS 2.3.1
Liaison d'appareil, bascules hors bande automatisées, support renforcé de Secure Payment Confirmation.
2023
Recommandation candidate SPC au W3C
Appel à implémentations ; Chrome et Edge implémentent, Safari et Firefox non.
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La version qui compte est la version négociée, pas la version certifiée
La version employée se négocie à chaque opération entre les trois serveurs concernés. Le serveur 3-D Secure, le serveur d'annuaire et le serveur de contrôle d'accès déclarent chacun les versions qu'ils prennent en charge. La version retenue est la plus haute qui leur soit commune. Un émetteur dont le serveur de contrôle d'accès est resté en 2.1 ramène donc la transaction à ce niveau, quelle que soit la version dans laquelle le commerçant s'est fait certifier. Les fonctions de 2.3 cessent alors d'être disponibles, sans qu'aucun message d'erreur le signale. L'information utile au commerçant est la distribution des versions réellement négociées sur le trafic de son prestataire, ventilée par pays d'émission.

Les indicateurs de préférence du demandeur sont les champs par lesquels le commerçant porte sa stratégie d'exemption et de délégation. La version 2.2 en a étendu la liste pour couvrir les cas ouverts par la réglementation européenne. L'analyse de risque déjà effectuée et l'authentification forte déjà réalisée en amont y figurent. Ces valeurs ne contraignent pas l'émetteur, qui reste libre d'imposer un défi malgré tout. Elles portent à sa connaissance ce que le commerçant a exécuté et le traitement qu'il souhaite. La même version 2.2 a introduit l'authentification découplée, où l'émetteur valide le porteur en dehors du tunnel marchand. Ce mode ouvre les parcours sans navigateur et les paiements confirmés depuis l'application bancaire. La correspondance exacte entre chaque valeur et chaque cas d'usage dépend de la version implémentée, et figure dans la documentation du prestataire.

DemandeCe qui la conditionneComment la vérifier
Certification du serveur 3-D Secure en 2.3.1Le programme de certification d'EMVCo et le calendrier du prestataireDemander la lettre d'approbation et sa date d'émission
Emploi effectif de 2.3 sur le traficLa migration des serveurs de contrôle d'accès des émetteurs, hors du contrôle du marchandExiger la distribution mensuelle des versions négociées, par pays d'émission
Transport des données d'attestation FIDOLa prise en charge du jeu de données défini par EMVCo en 2020Faire produire un message d'exemple, avec les champs réellement renseignés
Adhésion à un programme de délégationL'agrément du réseau et le contrat de l'acquéreurObtenir le nom du programme, la région couverte et la règle de responsabilité applicable
Prise en charge de Secure Payment ConfirmationL'enrôlement côté émetteur et le navigateur du porteurDemander la part de trafic éligible mesurée, et le comportement exact du repli
Facturation de l'authentificationLe contrat du prestataire, rarement aligné entre concurrentsFaire préciser si l'assiette est chaque demande d'authentification ou les seuls défis servis
Ce qu'un marchand peut demander à son prestataire aujourd'hui, et ce qui conditionne la réponse

Le prix se répartit sur trois lignes distinctes, dont la première est la moins coûteuse. L'authentification 3-D Secure se facture à l'unité par le prestataire, sur une assiette qui varie selon les contrats, chaque demande transmise ou chaque défi effectivement servi. La délégation ajoute le coût d'un fournisseur d'authentification et celui de l'adhésion au programme du réseau. La ligne la plus lourde est la maintenance des chemins de repli. Elle n'apparaît dans aucun barème. Aucune négociation avec le prestataire ne porte sur elle. Chaque parcours ajouté doit être testé, mesuré et corrigé, pour une population qui rétrécit à mesure que les clés d'accès se généralisent.

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Trois décisions, dans cet ordre
Trois décisions commandent le programme, et l'ordre dans lequel elles sont prises change son coût. La première porte sur l'enrôlement des clés d'accès chez l'émetteur, sans lequel aucun des dispositifs décrits plus haut n'existe. La deuxième porte sur la qualité de la cérémonie que le commerçant exécute déjà, seule base admissible d'une délégation crédible. La troisième porte sur la mesure du trafic éligible, qui détermine si Secure Payment Confirmation justifie une ligne de budget cette année. L'ordre inverse conduit à développer une intégration avant de connaître la part de trafic qu'elle atteindra, et la mesure intervient alors une fois les dépenses engagées.
ℹ️
Ce que personne ne peut encore chiffrer
Trois grandeurs manquent à tout dossier d'investissement sur ce sujet. La part des authentifications encore servies par un code SMS ne fait l'objet d'aucune série européenne publiée. Les seuls éclairages disponibles sont nationaux et bâtis sur des périmètres différents. Le taux d'abandon comparé entre un défi classique et une cérémonie par clé d'accès ne fait l'objet d'aucune série publique homogène. Le coût unitaire d'un SMS applicatif varie par pays et par contrat, et les barèmes publics des agrégateurs ne renseignent pas sur les tarifs qu'un émetteur négocie réellement. L'absence de ces séries est elle-même une information, puisqu'elle interdit toute comparaison entre acteurs sur ces trois grandeurs. Un dossier d'investissement qui les mobilise doit donc reposer sur des mesures internes, produites avant la décision et non après.

Et ailleurs dans le monde. Le même mécanisme, ailleurs.

La sortie du code à usage unique par SMS

Espace économique européen

Aucune interdiction. L'avis de l'Autorité bancaire européenne du 21 juin 2019 range la carte SIM parmi les éléments de possession valides, ce qui maintient le code par SMS dans le champ de la conformité quand un second facteur l'accompagne. La sortie du canal est portée par les réseaux et par les émetteurs, pas par le régulateur.

ABE, avis sur les éléments de l'authentification forte du client au titre de la DSP2, EBA-Op-2019-06, 21 juin 2019

Inde

Deux facteurs exigés, dont au moins un dynamique, avec ouverture explicite aux clés d'accès liées à l'appareil, à la biométrie et à l'authentification adaptative au risque. Entrée en vigueur au 1er avril 2026.

Reserve Bank of India, Authentication Mechanisms for Digital Payment Transactions Directions, 2025

Malaisie

Le code à usage unique par SMS ne suffit plus comme second facteur autonome. La politique de gestion des risques technologiques du régulateur impose une migration vers une authentification résistante à l'interception et liée à l'appareil.

Bank Negara Malaysia, politique Risk Management in Technology, 28 novembre 2025