Cinq solutions de paiement européennes se sont dotées d’une société commune pour exploiter le hub qui doit les relier. Bancomat, Bizum, EPI Company/Wero, SIBS–MB WAY et Vipps MobilePay ont annoncé le 30 septembre 2026 la création de l’European Network for Payments (ENP), dont le siège est à Madrid. La société exploitera le hub d’interopérabilité commun que les cinq partenaires avaient annoncé dans un protocole d’accord (MoU) signé en février.
Les fondateurs en seront actionnaires à parts égales. L’ENP reliera les solutions existantes par une couche technique et opérationnelle commune, fondée sur les standards européens, dont le paiement instantané de compte à compte. Le déploiement doit commencer par les paiements transfrontaliers entre particuliers (P2P), puis viendront le commerce en ligne et le paiement en point de vente. Le communiqué ne date aucune de ces phases et ne nomme aucun dirigeant de l’ENP.
Une société pour le hub promis en février
En février, les partenaires avaient prévu de confier le hub à une future entité centrale créée en commun. Cette entité existe désormais. Elle assurera la coordination technique et l’extension future des fonctionnalités comme des solutions participantes. Chaque solution garde sa marque et son parcours client, et le hub doit acheminer les opérations de l’une à l’autre.
Les solutions et l’ENP préparent maintenant la mise en œuvre technique, indique le communiqué. Fernando Rodríguez, directeur général adjoint de Bizum chargé de l’expansion internationale, a indiqué, selon Reuters, que l’ENP avait déjà choisi son directeur général et prévoyait de recruter. Ni le communiqué ni l’agence ne donnent son nom. Selon Martina Weimert, directrice générale d’EPI, citée par l’agence, les actionnaires devront absorber les coûts de fonctionnement des premières années, le temps que la société atteigne la taille nécessaire pour dégager ses propres commissions.
Le calendrier de février a disparu du communiqué
Le protocole de février comportait un calendrier. L’entité centrale devait naître au premier semestre 2026, les paiements transfrontaliers entre particuliers ouvrir en 2026, le commerce en ligne et le point de vente en 2027. L’ENP a été annoncée fin septembre, après l’échéance du premier semestre. Le communiqué du 30 septembre garde l’ordre des phases, sans plus y attacher d’année.
Deux publications avancent pourtant une année. Telecompaper a rapporté le 30 septembre que les partenaires avaient confirmé un démarrage du réseau en 2027, et l’édition anglaise d’Il Sole 24 Ore a écrit que l’ENP serait opérationnelle à partir de 2027. Aucune de ces affirmations ne figure dans le communiqué commun, quelle qu’en soit la copie.
Des virements transfrontaliers déjà ouverts entre trois fondateurs
Une partie de la couche P2P précède l’ENP. Au sein de l’alliance EuroPA, les utilisateurs de Bancomat, Bizum et MB WAY peuvent s’envoyer de l’argent depuis mars 2025. En février, Ángel Nigorra, directeur général de Bizum, chiffrait à 6 millions d’euros les virements transfrontaliers de 2025, réalisés sans promotion. L’ENP doit étendre ces liaisons aux marchés de Wero et aux quatre pays nordiques de Vipps MobilePay.
Les fondateurs présentent l’initiative comme une affaire de souveraineté. « Les Européens devraient pouvoir utiliser les solutions de paiement auxquelles ils font déjà confiance lorsqu’ils voyagent, achètent ou font des affaires au-delà des frontières », a déclaré Martina Weimert. Pour João Mello Franco, directeur général de SIBS, l’interopérabilité dépasse la prouesse technique et exprime la capacité de l’Europe à décider de l’avenir de ses paiements. La copie publiée par KBC, banque belge actionnaire d’EPI, prête à João Mello Franco les propos de Martina Weimert. Cet article suit les versions d’EPI et de Bizum.
Ouverte à d’autres solutions, si les fondateurs l’acceptent
Le dispositif pourra accueillir d’autres solutions européennes établies, sous réserve de l’accord des partenaires et des exigences techniques et opérationnelles du réseau. En février, la coalition se disait ouverte à tous les pays européens, y compris la Suisse et les marchés hors zone euro. Le polonais Blik et le grec IRIS, dont EuroPA annonçait l’arrivée en septembre 2025, ne figurent pas parmi les fondateurs de l’ENP.
Reuters inscrit l’opération dans l’effort de l’Europe pour réduire sa dépendance à Visa et Mastercard . Selon l’agence, les partenaires estiment que l’euro numérique, prévu par la Banque centrale européenne pour 2029, pourrait à terme compléter leur projet. Pour Marcel Hörauf, associé du cabinet Mayer Brown cité par Reuters, l’ENP traduit une attention croissante à la connexion des systèmes que les Européens utilisent déjà, plutôt qu’à leur remplacement. Sa portée pour la souveraineté européenne des paiements dépendra, selon lui, de la réglementation, de l’accueil des commerçants et du soutien politique des États membres.