Le 11 août 2026, la Réserve fédérale de New York a publié son Quarterly Report on Household Debt and Credit pour le deuxième trimestre. Le document sert de thermomètre au crédit des ménages américains, et par ricochet à l’économie de l’émission de cartes : c’est sur ces encours que les banques américaines gagnent l’essentiel de leur marge d’intérêt, bien davantage que sur l’interchange.
Un trimestre sans accident
La dette totale des ménages recule de 13 Md$, soit 0,1 %, à 18 800 Md$. Le mouvement d’ensemble est porté par l’immobilier, en repli, tandis que le crédit à la consommation continue de progresser.
| Catégorie | Encours | Variation sur le trimestre |
|---|---|---|
| Crédit immobilier | 13 100 Md$ | -74 Md$ |
| Prêts automobiles | 1 710 Md$ | +28 Md$ |
| Prêts étudiants | 1 650 Md$ | -7 Md$ |
| Cartes de crédit | 1 260 Md$ | +21 Md$ |
| Crédits hypothécaires renouvelables (HELOC) | 459 Md$ | +13 Md$ |
| Total | 18 800 Md$ | -13 Md$ |
Côté impayés, 4,7 % des encours se trouvent à un stade ou un autre de défaut de paiement, en légère amélioration. Joelle Scally, conseillère en politique économique à la Fed de New York, résume : « Les taux de défaut de la plupart des produits sont restés stables ces deux dernières années. Les nouveaux défauts sur les prêts automobiles et les cartes de crédit demeurent néanmoins à des niveaux élevés, une tendance que nous continuerons de suivre. »
Deux courbes, deux histoires
C’est ici que le rapport devient intéressant pour qui lit des statistiques de risque. Sur les cartes, deux indicateurs coexistent et racontent l’inverse l’un de l’autre.
- La mesure de stock : la part des encours de cartes classés à 90 jours et plus de retard. Elle est passée de 7,6 % au troisième trimestre 2022 à 12,8 % au premier trimestre 2026, soit une hausse de deux tiers.
- La mesure de flux : le taux de transition vers un défaut grave, c’est-à-dire la part des encours qui basculent dans le retard de 90 jours et plus, en rythme annualisé. Sur un an, il passe de 6,93 % à 6,97 %, une quasi-stabilité.
- Le point de repère : environ 9 % des encours de cartes présentent un retard d’au moins 30 jours, un niveau atteint en 2024 et stable depuis.
L’explication : les créances passées en pertes restent affichées plus longtemps
Dans une note publiée le même jour, cinq chercheurs de la Fed de New York, Donghoon Lee, Daniel Mangrum, Joelle W. Scally, Tejas Sinha et Wilbert van der Klaauw, tranchent la contradiction. La hausse du stock ne traduit pas une dégradation du comportement de remboursement, mais un changement de pratique de déclaration des prêteurs.
Lorsqu’un émetteur passe une créance en pertes, il continue de la déclarer aux bureaux de crédit tant qu’il en poursuit le recouvrement. Or cette durée s’est allongée : la part des créances passées en pertes encore déclarées un an plus tard est passée d’environ 40 % sur la période 2004-2012 à 80 % en 2024. Mécaniquement, le stock d’encours affichés en défaut grave enfle, sans qu’un seul porteur supplémentaire ait cessé de payer. Une fois les créances passées en pertes neutralisées, les trois mesures de défaut convergent et décrivent un comportement de remboursement stabilisé depuis 2024.
Ce que le paiement doit en retenir
Le premier enseignement est méthodologique et vaut au-delà des États-Unis. Un indicateur de risque reste le produit d’une convention de déclaration, avant d’être une observation du monde. Changer la durée pendant laquelle une créance reste visible modifie la courbe sans rien changer aux clients. Toute comparaison internationale de taux de défaut, et toute alerte fondée sur une série longue, exige de vérifier que la convention n’a pas bougé en chemin.
- Pour les émetteurs : la progression des encours de cartes avec un flux de défauts stable décrit un portefeuille qui travaille, pas un portefeuille qui se dégrade.
- Pour les prêteurs automobiles : le signal est moins net, avec environ 8 % des encours à 30 jours et plus, et un taux de transition vers le défaut grave en hausse de 2,93 % à 3,00 % sur un an.
- Pour le crédit immobilier : environ 4 % des encours à 30 jours et plus, mais un taux de transition vers le défaut grave qui passe de 1,29 % à 1,52 %, la plus forte progression relative des trois.
Reste une conséquence directe pour le marché du paiement. Un encours de cartes qui progresse alors que la dette totale recule signale que le crédit renouvelable continue d’absorber la consommation courante, y compris à des taux d’intérêt élevés. C’est l’assiette sur laquelle se construisent les programmes co-brandés, les offres de paiement fractionné adossées aux cartes et les batailles de portefeuilles numériques : elle ne se contracte pas.