Le 1er juillet 2026 a marqué la fin de la période transitoire du règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) : les prestataires de services sur crypto-actifs qui opéraient encore sous leurs anciens régimes nationaux devaient avoir obtenu leur agrément européen, ou cesser leurs activités dans l’Union. Ce jalon referme un cycle ouvert en 2024 et donne, pour la première fois, une photographie nette du marché : des stablecoins dollar non conformes évincés, des stablecoins euro en croissance rapide quoique partis de très bas, et des banques qui passent enfin de l’observation à l’émission.
MiCA en régime de croisière : ce que doit respecter un stablecoin euro
- Statut de jeton de monnaie électronique (EMT) : émission réservée aux établissements de monnaie électronique et aux banques agréés dans l’UE.
- Réserve intégrale adossée 1:1, dont au moins 30 % en dépôts bancaires, part portée à 60 % pour les jetons qualifiés d’importance significative.
- Fonds propres proportionnels aux réserves et audits réguliers.
- Droit de remboursement au pair, à tout moment et sans frais, pour le détenteur.
- Interdiction de servir des intérêts, pour éviter la concurrence frontale avec les dépôts bancaires.
C’est faute de se plier à ces exigences que l'USDT de Tether a été progressivement retiré des plateformes de l’Union depuis début 2025, laissant le champ aux jetons conformes, au premier rang desquels l'EURC de Circle, émetteur agréé en France dès juillet 2024. Résultat : huit stablecoins euro cochent désormais toutes les cases, et leur capitalisation cumulée est passée de 295,6 à 673,9 millions de dollars en un an. Une croissance de 128 %... qui laisse le compartiment euro à moins de 0,3 % d’un marché mondial toujours écrasé par le dollar, dopé outre-Atlantique par le GENIUS Act de juillet 2025.
Qivalis : la riposte bancaire européenne
Initié en septembre 2025 par neuf banques (dont ING, UniCredit et CaixaBank) et depuis rejoint par d’autres établissements, le consortium Qivalis, basé à Amsterdam, prépare un stablecoin euro pleinement conforme MiCA avec une première émission visée au second semestre 2026. L’ambition dépasse la crypto de détail : il s’agit de doter l’Europe d’un instrument de règlement on-chain pour les paiements transfrontaliers, le règlement-livraison d’actifs tokenisés et les flux B2B, afin de réduire la dépendance aux rails dollar (USDT, USDC) qui dominent aujourd’hui ces usages.
| Stablecoin euro (EMT) | Stablecoin dollar | Euro numérique (MNBC) | |
|---|---|---|---|
| Émetteur | EME ou banque agréée UE (Circle, Qivalis...) | Émetteurs privés, régime GENIUS Act aux États-Unis | Banque centrale (BCE) |
| Nature de la créance | Créance sur l’émetteur, réserve 1:1 | Créance sur l’émetteur, qualité de réserve variable | Créance directe sur la banque centrale |
| Cas d’usage dominants | Règlement on-chain, B2B, crypto-marchés | Trading crypto, transferts internationaux | Paiement de détail du quotidien |
| Disponibilité | 8 jetons conformes, liquidité encore faible | Massive hors UE, restreinte dans l’UE | Pilote 2027, lancement espéré 2029 |
Le paysage européen des paiements numériques se structure ainsi en trois étages : stablecoins privés régulés pour le règlement on-chain, Wero pour le paiement de compte à compte, euro numérique en ligne de mire pour 2029. La question n’est plus de savoir si l’euro tokenisé existera, mais lequel de ces étages captera les volumes, et à quelle vitesse le compartiment euro pourra combler un retard de deux ordres de grandeur sur le dollar.