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🇺🇦 Les paiements en Ukraine et dans le Caucase

SEP et PROSTIR sous la Banque nationale d'Ukraine, monobank, PrivatBank et NovaPay, l'infrastructure de paiement en régime de guerre, le GPSS géorgien et son instantané manquant, AzeriCard et MilliKart à Bakou, ArCa et les portefeuilles arméniens, et les corridors de transferts que les sanctions ont refermés

Cinq marchés, aucune obligation de se ressembler

La zone décrite ici réunit cinq États souverains, l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Chacun émet sa propre monnaie et relève de sa propre banque centrale, sans monnaie commune ni rail de paiement partagé. L'ensemble qui va de la Moldavie à la Caspienne ne constitue donc pas un marché unique. L'Ukraine y exploite le marché carte le plus dense, avec 148,7 millions de cartes émises fin 2025 et 95,5 % des opérations carte réalisées sans espèces (Banque nationale d'Ukraine, 2025). L'Azerbaïdjan a fait basculer son paiement de détail vers l'instantané en quelques années, alors que la Géorgie n'avait toujours pas de rail instantané interbancaire de détail à l'été 2026. La description d'un de ces marchés ne vaut pas pour son voisin, y compris lorsque les deux pays partagent une frontière.

Trois traits communs se retrouvent dans les cinq marchés. La banque centrale y est presque toujours l'opérateur technique du système national, et pas seulement son régulateur. L'accès au rail national se négocie donc avec une autorité publique. Les transferts reçus de la diaspora pèsent lourd dans la balance des paiements, dans des proportions qui atteignent plusieurs points de produit intérieur brut. La conformité aux sanctions forme le troisième trait. L'inscription d'un opérateur intermédiaire sur une liste américaine ou européenne interrompt un corridor pour tous les prestataires qui l'empruntent, sans que le pays destinataire ait modifié son droit.

148,7 M
cartes émises en Ukraine fin 2025, dont 65,4 M actives
Banque nationale d'Ukraine, 2025
95,5 %
part des opérations carte sans espèces en Ukraine, en nombre
Banque nationale d'Ukraine, année 2025
185 361
terminaux de paiement en Azerbaïdjan au 1er mars 2026, en hausse de 49,1 % sur un an
Banque centrale d'Azerbaïdjan, mars 2026
11,9 %
du PIB géorgien apporté par les transferts personnels reçus en 2024
Banque mondiale, indicateur BX.TRF.PWKR.DT.GD.ZS, 2024
MarchéMonnaieRèglement interbancaireInstantané de détailScheme carte domestique
Ukrainehryvnia (UAH)SEP (Systema Elektronnykh Platezhiv), RTGS de la BNU depuis 1993SEP-4.0 en 24/7/365 depuis le 1er avril 2023 ; le P2P grand public passe par la cartePROSTIR (BNU, 2004)
Moldavieleu (MDL)SAPI, SDBTR en brut, SCDBN en net différé (BNM)MIA, opéré par la BNM depuis 2024, exécution en 10 secondesaucun
Géorgielari (GEL)GPSS / ATS, National Bank of Georgia, depuis 2001annoncé pour fin 2026, mise en œuvre Montranaucun
Arméniedram (AMD)Electronic Payment System (RTGS) de la Banque centrale d'ArménieArCa Pay, transferts par numéro de téléphone, opéré par Armenian CardArCa (Armenian Card CJSC)
Azerbaïdjanmanat (AZN)AZIPS depuis le 16 février 2001, LVPCSS / XÖHKS depuis 2002IPS / AÖS depuis le 1er octobre 2020, règlement en moins de 10 saucun ; ICC traite les flux carte domestiques depuis 2016
Biélorussierouble (BYN)BISS, Banque nationale de la République du Bélarusaucun rail interbancaire dédiéBELKART, repli face aux restrictions Visa et Mastercard de 2022
Infrastructures nationales de la zone (situation à l'été 2026)
🔑
La ligne de partage n'est pas géographique
Ni la langue ni la proximité de l'Union européenne ne rendent compte des écarts entre ces marchés. Le critère qui les distingue porte sur la présence d'un rail instantané de détail ouvert aux prestataires non bancaires. L'Azerbaïdjan et la Moldavie en exploitent un. Le coût d'acceptation pour le commerçant y chute, et le paiement par QR s'installe dans le commerce de proximité. La Géorgie n'en disposait pas à l'été 2026, et son paiement de détail repose donc sur la carte et sur les applications bancaires propriétaires. L'encaissement y reste tributaire de deux ou trois acteurs. Changer de prestataire ne modifie pas cette dépendance, les mêmes processeurs traitant les flux derrière chaque contrat.

Ukraine : le SEP porte tout, PROSTIR ne porte rien

Le SEP (Systema Elektronnykh Platezhiv) est le système de règlement brut en temps réel de la Banque nationale d'Ukraine, en service depuis 1993. Il traite environ 99 % des paiements interbancaires en hryvnia. Ce RTGS porte aussi le trafic de détail. Les virements de salaires et les paiements de clientèle y transitent, à la différence des architectures européennes qui les confient à un système de masse. Il n'existe pas de chambre de compensation de masse distincte à laquelle un prestataire pourrait se raccorder. Les flux interbancaires en hryvnia empruntent donc le même système, quel que soit leur montant.

La génération SEP-4.0, en service depuis le 1er avril 2023, fonctionne en 24/7/365 et repose sur la messagerie ISO 20022. Cette bascule a été conduite en pleine guerre. Elle emporte deux conséquences pratiques pour un prestataire qui se raccorde au système. Les messages attendus appartiennent à la famille pacs. La fenêtre de cut-off quotidienne a disparu, un ordre déposé la nuit ou un jour férié n'attendant plus l'ouverture suivante.

PROSTIR est le scheme carte national ukrainien, opéré directement par la BNU depuis 2004. Son acceptation est presque universelle sur le parc de terminaux du pays, alors que son émission reste marginale. Au 1er janvier 2026, la BNU comptait 214 000 cartes PROSTIR actives, sur un total de 65,4 millions dans le pays, soit environ 0,3 % du parc. Visa détenait 53,6 % des cartes émises et Mastercard 46,0 % à la même date. Les deux schemes internationaux se partagent donc la quasi-totalité de l'émission ukrainienne.

SchemeCartes émisesPart des cartes émisesCartes activesPart des cartes actives
Visa79,72 M53,6 %33,18 M50,7 %
Mastercard68,47 M46,0 %32,03 M49,0 %
PROSTIR516 000 (BNU / prostir.gov.ua, 2026)sous 1 %214 000≈ 0,3 %
Total marché148,72 M (+12,6 % sur un an)100 %65,43 M (+11,4 %)100 %
Parts de marché carte en Ukraine au 1er janvier 2026 (Banque nationale d'Ukraine, reprise par Interfax-Ukraine, février 2026)
⚠️
L'acceptation ne fabrique pas l'usage
Le cas de PROSTIR documente l'écart entre la couverture d'acceptation d'un scheme domestique et son émission effective. Le réseau revendique 48 membres, 603 000 terminaux et 15 000 distributeurs (BNU / prostir.gov.ua, 2026). Une carte co-badgée PROSTIR-UnionPay existe également, sans que cette couverture ait entraîné d'émission. La contrainte se situe du côté des banques émettrices, qui décident de la carte remise par défaut à leurs clients. Aucune banque ukrainienne n'a intérêt à renoncer à ses programmes Visa et Mastercard au profit du scheme national, et le parc PROSTIR actif demeure inférieur à 1 % du total.

Ukraine : PrivatBank, monobank, NovaPay

Le paiement de détail ukrainien s'organise autour de trois canaux domestiques. Deux d'entre eux sont des applications bancaires, Privat24 et monobank, et le troisième est un établissement de paiement issu d'un logisticien, NovaPay. Aucun portefeuille de scheme international n'occupe cette place. Les trois parcours d'encaissement diffèrent. Une intégration commerçante conduite pour l'un des canaux ne couvre pas les deux autres.

Privat24 est la banque en ligne de PrivatBank, premier réseau bancaire du pays, nationalisé en décembre 2016. Le service porte le trafic de masse, des transferts de carte à carte aux factures, aux services publics et aux recharges mobiles. Il accepte aussi des ordres par SMS. Cette voie ne requiert pas de connexion internet, propriété qui compte dans un pays soumis à des coupures de réseau. Le volume qui y transite dépasse celui de monobank et de NovaPay réunis.

monobank est une banque exclusivement mobile qui ne détient pas de licence bancaire propre. Elle exerce sous celle de l'АТ «Універсал Банк», titulaire de l'agrément BNU n° 92 du 20 janvier 1994. La contrepartie juridique d'un contrat conclu avec monobank est donc Universal Bank, établissement sur lequel s'apprécie le risque de contrepartie. Les cagnottes intégrées à l'application servent de support principal à la collecte de dons dans le pays. Plus de 1,6 million de personnes y donnent chaque mois, pour un cumul de 100 milliards de hryvnias (monobank, monobank.ua, consulté en août 2026).

NovaPay est l'établissement de paiement du groupe NOVA, propriétaire du logisticien Nova Poshta. Il est enregistré auprès de la BNU comme prestataire de services de paiement, sous la licence n° 21/770-рк du 28 avril 2023. Une licence de change n° 58 lui a été délivrée le 1er mai 2023. Il revendique 2,5 millions de transactions par jour, 3 600 points de service et 22,7 % du marché ukrainien du transfert d'argent selon les données de la BNU. Son modèle adosse le règlement à la remise du colis, le paiement étant encaissé au point de retrait plutôt qu'au moment de la commande.

🏦
PrivatBank / Privat24
Le canal de masse, présent auprès de l'ensemble de la population, y compris hors des grandes villes. Le mode SMS, qui ne suppose pas de connexion internet, maintient le service pendant les coupures.
📱
monobank
Le canal urbain et jeune, très intégré aux parcours mobiles. Licence portée par Universal Bank. L'entité juridique qui signe le contrat n'est pas « monobank », marque dépourvue d'agrément propre.
📦
NovaPay
Le canal du paiement à la livraison, adossé au premier réseau logistique du pays. Transferts, factures et paiement différé rendus au comptoir de retrait. Le modèle répond à un marché où le contre-remboursement reste structurant.
ℹ️
Une confusion fréquente sur NovaPay
L'année 2001 correspond à la fondation du groupe NOVA, et non à celle de NovaPay. Les fiches fournisseurs qui datent l'établissement de paiement de 2001 attribuent à la filiale l'ancienneté de sa maison mère. La date d'agrément de NovaPay figure au registre des prestataires de services de paiement de la Banque nationale d'Ukraine, sous la licence n° 21/770-рк du 28 avril 2023.

Ukraine : encaisser sous régime de guerre

La résolution n° 18 du 24 février 2022 de la Banque nationale d'Ukraine est le texte de référence du système bancaire sous loi martiale. Elle a fixé le taux de change, suspendu une partie des opérations en devises et encadré les retraits. Ses dispositions ont été assouplies par vagues successives depuis cette date, sans être abrogées. Le rapatriement de fonds depuis l'Ukraine relève donc encore de ce régime en 2026, et les contrôles de change qu'il institue s'appliquent aux flux sortants.

Deux limites reviennent dans les dossiers d'encaissement ukrainiens. Le transfert P2P depuis une carte en devises d'une banque ukrainienne vers une carte étrangère est plafonné à l'équivalent de 100 000 UAH par mois. Le P2P international direct depuis une carte en hryvnia n'est pas autorisé, la BNU réservant cette opération aux comptes en devises. Ces plafonds ont été modifiés à plusieurs reprises depuis 2022. La valeur applicable est celle en vigueur à la date de l'opération, et non celle relevée lors de la négociation du contrat.

Le second risque relève de l'infrastructure matérielle plutôt que de la réglementation. Les frappes sur le réseau électrique provoquent des coupures longues qui privent d'énergie les terminaux, les distributeurs et les liens de télécommunication. La réponse du secteur est le réseau Power Banking, créé en décembre 2022 à l'initiative de la BNU. Il fédère les banques d'importance systémique autour d'agences équipées de groupes électrogènes, de canaux de communication de secours et d'un approvisionnement renforcé en espèces.

24 février 2022
Résolution n° 18 de la BNU
Régime bancaire de loi martiale : taux fixé, contrôle des changes, encadrement des retraits.
décembre 2022
Lancement de Power Banking
Réseau interbancaire d'agences capables de fonctionner en coupure prolongée, à l'initiative de la Banque nationale d'Ukraine.
1er avril 2023
Mise en service de SEP-4.0
Le RTGS national passe en 24/7/365 et en ISO 20022, modernisation menée en pleine guerre.
28 avril 2023
NovaPay agréée prestataire de services de paiement
Licence BNU n° 21/770-рк ; licence de change n° 58 le 1er mai 2023.
1er août 2025
Entrée en application de l'open banking
Les dispositions correspondantes de la loi « Sur les services de paiement » et le règlement de la BNU deviennent applicables.
17 décembre 2025
Le gouvernement approuve les projets de loi SEPA
Étape préalable au dépôt de la candidature ukrainienne ; le vote parlementaire restait attendu (ministère des Finances, 2025).
⚠️
Ce qui casse en premier
Lors d'une coupure prolongée, la défaillance suit un ordre observé de façon régulière. Les liens de télécommunication du terminal tombent en premier, l'alimentation électrique du commerçant ensuite, les distributeurs automatiques en dernier. Le mode hors ligne du terminal ne couvre que la première phase, le plafond de forçage une fois épuisé mettant fin à l'acceptation. La continuité de l'encaissement repose alors sur trois éléments réunis chez le commerçant. Le terminal fonctionne sur batterie et dispose d'une liaison mobile de secours, et un canal indépendant de la carte reste ouvert. Privat24 par SMS et le dépôt en point NovaPay tiennent ce troisième rôle.

Ukraine : le cadre juridique et le cap européen

La loi ukrainienne « Sur les services de paiement » (n° 1591-IX) transpose la logique de la DSP2 dans un pays hors Union européenne. Elle ouvre le marché aux prestataires non bancaires. Elle crée les catégories d'information sur les comptes et d'initiation de paiement. Son chapitre consacré à l'accès aux comptes est entré en application le 1er août 2025, en même temps que le règlement de la BNU sur l'open banking.

Les prestataires teneurs de compte doivent exposer des API standardisées aux tiers agréés. Une fenêtre de mise en conformité de cinq mois, jusqu'en janvier 2026, leur a été accordée pour adapter leurs systèmes. Les catégories d'AIS et de PIS y sont transposables depuis le droit européen. L'agrément relève en revanche de la seule BNU. Le passeport européen ne s'étend pas à l'Ukraine, et une licence obtenue à Vilnius ou à Dublin n'y ouvre aucun droit d'exercice.

L'adhésion à SEPA constitue le chantier suivant. Le gouvernement a approuvé les projets de loi d'alignement le 17 décembre 2025, avant leur passage au Parlement. Le ministère des Finances chiffre l'économie attendue entre 70 et 100 millions d'euros par an sur les virements transfrontaliers en euro. Il évalue le gain à environ 4 000 euros par an pour une PME exportatrice régulière (ministère des Finances d'Ukraine, décembre 2025). Ce gain proviendrait du remplacement des frais de banque correspondante par la tarification applicable aux virements intra-européens.

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Le précédent moldave, mesurable
La Moldavie a déposé sa candidature le 30 janvier 2024. L'European Payments Council a approuvé son inclusion dans la zone géographique SEPA le 6 mars 2025, et le raccordement opérationnel est intervenu le 6 octobre 2025 (Banca Națională a Moldovei, 2025). Huit banques commerciales détenaient le statut de participant SEPA à cette date. Le coût d'un virement sortant en euro, jusque-là compris entre 20 et 200 euros, est tombé aux tarifs intra-européens, l'opération cessant d'emprunter une chaîne de banques correspondantes rémunérées à chaque étape.

Le raccordement à SEPA porte sur les virements en euro et laisse subsister les rails domestiques. La Moldavie continue d'exploiter SAPI pour le leu. Le système est articulé en deux volets, le SDBTR pour le brut en temps réel et le SCDBN pour la compensation nette différée. Son rail instantané national MIA est opéré par la banque centrale depuis 2024, avec une exécution en dix secondes au plus. Le plafond est de 5 000 MDL par opération, et l'usage est gratuit jusqu'à 10 000 MDL par mois. Plus de quinze prestataires y sont raccordés, dont des établissements non bancaires (BNM, 2026).

Géorgie : un socle solide, un chaînon manquant

Le GPSS (Georgian Payment and Settlement System) réunit le RTGS de la National Bank of Georgia et le dépositaire central de titres. Sa première version date de 2001, avec l'appui du Fonds monétaire international et de l'USAID, suivie d'une refonte en 2009. La banque centrale y est à la fois opératrice et participante, aux côtés du Trésor, des banques commerciales et des micro-banques. Sa disponibilité a dépassé 99,9 % chaque année de 2019 à 2025 (National Bank of Georgia). Les limites du dispositif géorgien décrites ci-après portent sur le paiement de détail, et non sur cette couche de règlement.

L'ensemble a été modernisé sur plateforme Montran. La mise en service du nouvel Automated Transfer System est intervenue le 3 juin 2026, avec messagerie ISO 20022 et traitement 24/7 (Montran / National Bank of Georgia, 2026). Cette refonte porte sur le règlement interbancaire. Le rail instantané de détail reste hors de son périmètre, et le dispositif géorgien n'en comportait aucun à cette date. Sa mise en production, confiée au même fournisseur avec une solution de proxy d'adressage, est attendue d'ici fin 2026.

Cette absence détermine la structure du paiement de détail géorgien, qui repose sur la carte et sur les applications bancaires propriétaires. Les super-applications de banque y occupent une place plus large que dans les pays voisins dotés d'un rail instantané, puisqu'elles portent les transferts entre particuliers que ce rail assurerait ailleurs. Le marché bancaire est très concentré. Bank of Georgia et TBC Bank réunissaient 76,6 % des actifs bancaires sur les huit premiers mois de 2025, contre 77,9 % un an plus tôt (National Bank of Georgia, reprise par Georgia Today, 2025).

Georgian Card et United Financial Corporation, toutes deux enregistrées auprès de la banque centrale comme opérateurs de systèmes de paiement, achèvent la majorité des transactions carte. Deux centres de traitement internes complètent le paysage, chez Liberty Bank et Cartu Bank, le premier vendant aussi ses services à des tiers. Un émetteur ou un acquéreur qui entre sur le marché géorgien passe donc par l'un de ces quatre processeurs. Aucun scheme carte domestique n'existe en Géorgie, et l'intégration se limite aux schemes internationaux et au processeur retenu.

La Géorgie a ouvert son open banking avant plusieurs États membres de l'Union. La NBG a approuvé le 1er mai 2023 un règlement révisé sur l'enregistrement et la supervision des prestataires de services de paiement. Il crée les services d'accès à l'information sur les comptes et d'initiation de paiement. Il autorise également des entités non bancaires, jusque-là hors de ce champ, à s'enregistrer pour ces activités. Le périmètre des API obligatoires dépasse le socle de la DSP2, sans que le pays soit tenu par le droit de l'Union.

⚠️
Deux pièges de nomenclature géorgienne
De nombreuses sources secondaires développent le sigle GPSS en « Georgian Payment and Securities System », quand la banque centrale écrit « Settlement ». Le second piège porte sur la désignation du système modernisé. La NBG et son fournisseur l'appellent Automated Transfer System, alors que le nom GPSS reste employé pour l'ensemble RTGS plus dépositaire. Les deux périmètres ne coïncident pas. Une spécification d'interface qui les confond décrit un système différent de celui auquel le raccordement est prévu.

Azerbaïdjan : l'instantané par décret, l'acceptation en retard

La Banque centrale d'Azerbaïdjan exploite elle-même l'intégralité de la pile nationale de paiement. AZIPS, le RTGS bâti sur SWIFT, fonctionne depuis le 16 février 2001 et a migré vers ISO 20022. LVPCSS, XÖHKS en azerbaïdjanais, assure depuis 2002 la compensation des paiements de faible montant, tandis que CISMS, en service depuis le 11 juillet 2008, centralise les référentiels facturiers. Le GPP (Government Payment Portal) collecte impôts, taxes et paiements budgétaires depuis 2012. Ces composants sont détenus et exploités par la banque centrale, sans opérateur privé intermédiaire.

Le rail instantané IPS / AÖS (Ani Ödənişlər Sistemi) est entré en service le 1er octobre 2020. Il découle du programme d'État d'expansion des paiements numériques, approuvé par décret présidentiel du 26 septembre 2018. Il traite le P2P, le C2B par QR statique ou dynamique et les paiements en faveur des organismes budgétaires. Un module de demande de paiement y figure. Plus de mille services sont accessibles par le GPP. Le plafond est de 40 000 AZN par opération, hors paiements budgétaires (CBAR).

Un paiement instantané azerbaïdjanais, de bout en bout
Payeur
Initie depuis sa banque en ligne ou l'application AniPay
P2P, paiement commerçant par QR statique ou dynamique, règlement d'un service public, ou réponse à une demande de paiement reçue
Banque du payeur
Contrôle et transmet à l'IPS
Plafond de 40 000 AZN par opération hors paiements budgétaires ; les limites journalières agrégées relèvent de chaque établissement
IPS / AÖS (CBAR)
Achemine et règle
Fonctionnement 24/7/365 sans fenêtre horaire ; le système est opéré directement par la banque centrale
Banque du bénéficiaire
Crédite le compte du bénéficiaire
Le crédit peut répondre à une demande de paiement que le bénéficiaire a lui-même émise en amont, par le module prévu à cet effet
Notification
Les deux parties sont avisées
En moins de dix secondes selon la Banque centrale d'Azerbaïdjan

Le paiement carte est traité dans le pays par l'ICC (Interbank Card Center) depuis le 1er avril 2016, centre créé pour rapatrier des flux jusque-là acheminés à l'étranger. Deux processeurs se partagent le marché. Azericard LLC détient la première licence d'opérateur de système de paiement délivrée par la banque centrale, la n° ÖSO-001 du 12 septembre 2024. MilliKart LLC, créé par la CBAR en 2006, a été licencié ensuite. Une intégration acquéreur à Bakou passe donc par l'un de ces deux processeurs.

IndicateurValeurRéférence
Paiements sans espèces par carte8,2 Md AZN, en hausse de 15 % sur un anfévrier 2026
dont commerce en ligne7,171 Md AZN, soit 87,5 %février 2026
dont terminaux de paiement1,026 Md AZNfévrier 2026
Cartes en circulation22,347 M dont 20,275 M de débit et 2,072 M de crédit1er mars 2026
Terminaux de paiement185 361, en hausse de 49,1 % sur un an1er mars 2026
Distributeurs automatiques3 593, en hausse de 7 % sur un an1er mars 2026
Paiements par carte en Azerbaïdjan (Banque centrale d'Azerbaïdjan, février-mars 2026)
⚠️
Le piège du chiffre e-commerce azerbaïdjanais
Les 87,5 % du paiement carte sans espèces classés en « commerce en ligne » recouvrent l'ensemble des opérations à distance, et non les seuls achats sur un site marchand. La catégorie inclut le règlement de services publics et les transferts entre cartes, deux usages sans rapport avec le commerce électronique au sens courant. Lire ce chiffre comme la mesure d'un marché e-commerce mûr conduit donc à un dimensionnement faux. Le volume encaissé en magasin reste de 1,026 Md AZN par mois, sur un parc de terminaux très concentré à Bakou. Le levier réglementaire tient à la loi de 2016 sur les règlements sans espèces, qui impose depuis 2025 le paiement non fiduciaire au-delà de 15 000 AZN mensuels pour les assujettis à la TVA. Les amendes démarrent à 1 000 AZN.

Arménie : ArCa au centre, deux portefeuilles en face

ArCa (Armenian Card) est le commutateur national des paiements par carte en Arménie. Il a été créé en 2001 par les banques commerciales du pays avec la Banque centrale d'Arménie. Armenian Card CJSC en est l'exploitant. Sa fonction dépasse celle d'un scheme domestique, ce système à règlement net différé traitant aussi les transactions locales des cartes Visa, Mastercard, American Express et Diners Club. Une transaction carte réalisée localement transite donc par ce commutateur, quel que soit le réseau dont relève la carte.

Armenian Card a ajouté deux surcouches récentes, dont ArCa Pay, qui exécute des transferts instantanés entre clients de banques et d'organisations de règlement arméniennes, sur simple numéro de téléphone du bénéficiaire. Les travaux ont démarré en 2023, et Ameriabank, Evocabank et Converse Bank comptent parmi les premiers raccordés. ArcaQR a été lancé le 30 septembre 2025. Le client scanne un QR dans son application bancaire et paie directement depuis son compte, sans passer par la carte.

Le tarif est l'argument avancé par l'opérateur. Un transfert ArCa Pay revient aux banques et aux organisations de règlement nettement moins cher qu'un transfert de carte à carte. Une répercussion est attendue sur le prix final. Six établissements figuraient parmi les premiers adhérents d'ArcaQR, Ameriabank, Ardshinbank, AraratBank, Armeconombank, Evocabank et Converse Bank. Ces deux services déplacent le paiement de proximité de la carte vers le compte, mouvement déjà observé dans les marchés dotés d'un rail instantané et d'un adressage par numéro de téléphone.

Face à ArCa, deux écosystèmes de portefeuille et de terminaux libre-service structurent le paiement de facture. Idram, adossé à Idram Bank, est le plus ancien et le plus utilisé, avec plus de 300 services payables depuis le portefeuille (Idram). Telcell Wallet est exploité par une organisation de paiement supervisée par la Banque centrale d'Arménie, et revendique plus de 900 000 utilisateurs (Telcell, 2026). Son offre va au-delà du portefeuille. Elle couvre les cartes Visa numériques, le paiement fractionné PartPay, les titres de transport par QR et l'acceptation commerçant par Telcell Business.

💳
ArCa, Armenian Card CJSC
Le commutateur national, en règlement net différé. Traite le domestique des schemes internationaux en plus de ses propres cartes. Porte ArCa Pay et ArcaQR.
🏛️
Electronic Payment System, CBA
Le RTGS de la Banque centrale d'Arménie, sans limite de montant, qui règle aussi les soldes des systèmes accessoires. La CBA opère également le dépositaire des titres d'État.
👛
Idram et Telcell
Deux réseaux de portefeuille et de bornes libre-service, en concurrence frontale sur le paiement de factures. Ils desservent une clientèle que les banques n'ont jamais équipée en carte.
ℹ️
Un levier public sur le scheme domestique
L'Arménie fait partie des rares pays où l'usage du scheme national est encouragé par une incitation budgétaire directe. Le détail de ce mécanisme évolue. Son état applicable se constate à la date où un plan tarifaire est établi. Son existence explique une part de la résistance d'ArCa face aux schemes internationaux. Le scheme ukrainien dispose d'une acceptation quasi universelle sans incitation à l'émission, alors que le scheme arménien conserve une émission réelle et bénéficie d'un soutien public.

Transferts des migrants : le corridor qui s'est refermé

Les transferts personnels reçus regroupent les sommes qu'un pays reçoit de ses ressortissants installés à l'étranger, poste que la Banque mondiale suit dans la balance des paiements. Ils représentaient 11,87 % du PIB géorgien et 10,53 % du PIB moldave en 2024, soit respectivement 4,06 et 1,92 milliard de dollars (Banque mondiale, 2024). L'Ukraine a reçu 12 milliards de dollars la même année, environ 6,29 % de son PIB. Ces flux financent la consommation courante des ménages destinataires. Ils empruntent surtout des opérateurs de transfert spécialisés plutôt que les rails bancaires classiques. Leur continuité dépend du statut de ces opérateurs.

11,87 %
du PIB géorgien, transferts personnels reçus en 2024
Banque mondiale, 2024
10,53 %
du PIB moldave, transferts personnels reçus en 2024
Banque mondiale, 2024
12,0 Md USD
transferts personnels reçus par l'Ukraine en 2024, soit 6,29 % du PIB
Banque mondiale, 2024
4,92 %
du PIB arménien en 2024, contre 6,40 % en 2023
Banque mondiale, 2024

Le repli entre 2023 et 2024 concerne l'ensemble de la zone. L'Arménie passe de 6,40 % à 4,92 % du PIB, la Géorgie de 13,65 % à 11,87 %, l'Azerbaïdjan de 2,64 % à 1,82 % (Banque mondiale). Le pic de 2022-2023 tenait pour une large part aux flux venus de Russie, nourris par les relocalisations et par les paiements passés par le Caucase. La fermeture successive des canaux qui acheminaient ces flux explique le reflux. Aucun de ces canaux n'a été rouvert depuis.

CanalÉvénementEffet dans la zone
Cartes Mir (NSPK)Le Trésor américain menace de sanctions secondaires les banques qui les servent, en septembre 2022Aucune banque géorgienne n'a servi Mir, la NBG l'a confirmé publiquement ; en Arménie, les banques du système ArCa ont cessé le service le 30 mars 2024, à l'exception de la filiale arménienne de VTB
UnistreamSanctions bloquantes de l'OFAC le 20 juillet 2023, avec licence de liquidation jusqu'au 18 octobrePlusieurs banques géorgiennes ont cessé de travailler avec l'opérateur ; le mouvement s'est étendu au Caucase et à l'Asie centrale
Zolotaya KoronaSon opérateur, le Payment Center de Novossibirsk, visé par le 21e paquet de sanctions de l'UE en juillet 2026Arrêt des transferts vers la Géorgie et le Kazakhstan ; le service ne desservait plus depuis la Russie que l'Ouzbékistan, la Turquie, le Kirghizistan et l'Azerbaïdjan (Civil.ge, 2026)
Cartes Visa et Mastercard en BiélorussieRestrictions des deux schemes sur cinq banques sanctionnées, en mars 2022Les cartes de ces banques ne fonctionnent plus qu'en Biélorussie et, selon l'émetteur, sans Apple Pay ni Google Pay ; les autres banques restent servies par Visa et Mastercard, et BELKART, avec son application BELKART Pay réservée à Android, sert de repli
Fermetures successives de canaux depuis 2022

Le risque de conformité porte sur l'opérateur intermédiaire, et non sur le pays destinataire. Un corridor de transfert vers l'Arménie ou la Géorgie peut être conforme un trimestre et bloquant le suivant, sans que le pays destinataire ait rien changé à son droit. Le paramètre qui bouge est l'inscription d'un opérateur intermédiaire sur une liste américaine ou européenne. Le suivi des contreparties s'organise donc opérateur par opérateur, une autorisation constatée au niveau d'un pays ne renseignant pas sur la disponibilité effective d'un canal.

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Ce qu'il faut retenir avant d'ouvrir la zone
Trois éléments déterminent les conditions d'entrée sur ces marchés. Le premier est l'identité du processeur de place, Georgian Card ou United Financial Corporation en Géorgie, Azericard ou MilliKart en Azerbaïdjan, Armenian Card en Arménie. Il n'existe pas d'accès direct qui les contourne. Le deuxième est l'existence d'un rail instantané ouvert aux non-banques, dont dépend le coût d'acceptation. Le troisième est le statut des opérateurs de transfert au regard des sanctions, qui se constate corridor par corridor et change sans modification du droit local.