Cinq marchés, aucune obligation de se ressembler
La zone décrite ici réunit cinq États souverains, l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Chacun émet sa propre monnaie et relève de sa propre banque centrale, sans monnaie commune ni rail de paiement partagé. L'ensemble qui va de la Moldavie à la Caspienne ne constitue donc pas un marché unique. L'Ukraine y exploite le marché carte le plus dense, avec 148,7 millions de cartes émises fin 2025 et 95,5 % des opérations carte réalisées sans espèces (Banque nationale d'Ukraine, 2025). L'Azerbaïdjan a fait basculer son paiement de détail vers l'instantané en quelques années, alors que la Géorgie n'avait toujours pas de rail instantané interbancaire de détail à l'été 2026. La description d'un de ces marchés ne vaut pas pour son voisin, y compris lorsque les deux pays partagent une frontière.
Trois traits communs se retrouvent dans les cinq marchés. La banque centrale y est presque toujours l'opérateur technique du système national, et pas seulement son régulateur. L'accès au rail national se négocie donc avec une autorité publique. Les transferts reçus de la diaspora pèsent lourd dans la balance des paiements, dans des proportions qui atteignent plusieurs points de produit intérieur brut. La conformité aux sanctions forme le troisième trait. L'inscription d'un opérateur intermédiaire sur une liste américaine ou européenne interrompt un corridor pour tous les prestataires qui l'empruntent, sans que le pays destinataire ait modifié son droit.
| Marché | Monnaie | Règlement interbancaire | Instantané de détail | Scheme carte domestique |
|---|---|---|---|---|
| Ukraine | hryvnia (UAH) | SEP (Systema Elektronnykh Platezhiv), RTGS de la BNU depuis 1993 | SEP-4.0 en 24/7/365 depuis le 1er avril 2023 ; le P2P grand public passe par la carte | PROSTIR (BNU, 2004) |
| Moldavie | leu (MDL) | SAPI, SDBTR en brut, SCDBN en net différé (BNM) | MIA, opéré par la BNM depuis 2024, exécution en 10 secondes | aucun |
| Géorgie | lari (GEL) | GPSS / ATS, National Bank of Georgia, depuis 2001 | annoncé pour fin 2026, mise en œuvre Montran | aucun |
| Arménie | dram (AMD) | Electronic Payment System (RTGS) de la Banque centrale d'Arménie | ArCa Pay, transferts par numéro de téléphone, opéré par Armenian Card | ArCa (Armenian Card CJSC) |
| Azerbaïdjan | manat (AZN) | AZIPS depuis le 16 février 2001, LVPCSS / XÖHKS depuis 2002 | IPS / AÖS depuis le 1er octobre 2020, règlement en moins de 10 s | aucun ; ICC traite les flux carte domestiques depuis 2016 |
| Biélorussie | rouble (BYN) | BISS, Banque nationale de la République du Bélarus | aucun rail interbancaire dédié | BELKART, repli face aux restrictions Visa et Mastercard de 2022 |
Ukraine : le SEP porte tout, PROSTIR ne porte rien
Le SEP (Systema Elektronnykh Platezhiv) est le système de règlement brut en temps réel de la Banque nationale d'Ukraine, en service depuis 1993. Il traite environ 99 % des paiements interbancaires en hryvnia. Ce RTGS porte aussi le trafic de détail. Les virements de salaires et les paiements de clientèle y transitent, à la différence des architectures européennes qui les confient à un système de masse. Il n'existe pas de chambre de compensation de masse distincte à laquelle un prestataire pourrait se raccorder. Les flux interbancaires en hryvnia empruntent donc le même système, quel que soit leur montant.
La génération SEP-4.0, en service depuis le 1er avril 2023, fonctionne en 24/7/365 et repose sur la messagerie ISO 20022. Cette bascule a été conduite en pleine guerre. Elle emporte deux conséquences pratiques pour un prestataire qui se raccorde au système. Les messages attendus appartiennent à la famille pacs. La fenêtre de cut-off quotidienne a disparu, un ordre déposé la nuit ou un jour férié n'attendant plus l'ouverture suivante.
PROSTIR est le scheme carte national ukrainien, opéré directement par la BNU depuis 2004. Son acceptation est presque universelle sur le parc de terminaux du pays, alors que son émission reste marginale. Au 1er janvier 2026, la BNU comptait 214 000 cartes PROSTIR actives, sur un total de 65,4 millions dans le pays, soit environ 0,3 % du parc. Visa détenait 53,6 % des cartes émises et Mastercard 46,0 % à la même date. Les deux schemes internationaux se partagent donc la quasi-totalité de l'émission ukrainienne.
| Scheme | Cartes émises | Part des cartes émises | Cartes actives | Part des cartes actives |
|---|---|---|---|---|
| Visa | 79,72 M | 53,6 % | 33,18 M | 50,7 % |
| Mastercard | 68,47 M | 46,0 % | 32,03 M | 49,0 % |
| PROSTIR | 516 000 (BNU / prostir.gov.ua, 2026) | sous 1 % | 214 000 | ≈ 0,3 % |
| Total marché | 148,72 M (+12,6 % sur un an) | 100 % | 65,43 M (+11,4 %) | 100 % |
Ukraine : PrivatBank, monobank, NovaPay
Le paiement de détail ukrainien s'organise autour de trois canaux domestiques. Deux d'entre eux sont des applications bancaires, Privat24 et monobank, et le troisième est un établissement de paiement issu d'un logisticien, NovaPay. Aucun portefeuille de scheme international n'occupe cette place. Les trois parcours d'encaissement diffèrent. Une intégration commerçante conduite pour l'un des canaux ne couvre pas les deux autres.
Privat24 est la banque en ligne de PrivatBank, premier réseau bancaire du pays, nationalisé en décembre 2016. Le service porte le trafic de masse, des transferts de carte à carte aux factures, aux services publics et aux recharges mobiles. Il accepte aussi des ordres par SMS. Cette voie ne requiert pas de connexion internet, propriété qui compte dans un pays soumis à des coupures de réseau. Le volume qui y transite dépasse celui de monobank et de NovaPay réunis.
monobank est une banque exclusivement mobile qui ne détient pas de licence bancaire propre. Elle exerce sous celle de l'АТ «Універсал Банк», titulaire de l'agrément BNU n° 92 du 20 janvier 1994. La contrepartie juridique d'un contrat conclu avec monobank est donc Universal Bank, établissement sur lequel s'apprécie le risque de contrepartie. Les cagnottes intégrées à l'application servent de support principal à la collecte de dons dans le pays. Plus de 1,6 million de personnes y donnent chaque mois, pour un cumul de 100 milliards de hryvnias (monobank, monobank.ua, consulté en août 2026).
NovaPay est l'établissement de paiement du groupe NOVA, propriétaire du logisticien Nova Poshta. Il est enregistré auprès de la BNU comme prestataire de services de paiement, sous la licence n° 21/770-рк du 28 avril 2023. Une licence de change n° 58 lui a été délivrée le 1er mai 2023. Il revendique 2,5 millions de transactions par jour, 3 600 points de service et 22,7 % du marché ukrainien du transfert d'argent selon les données de la BNU. Son modèle adosse le règlement à la remise du colis, le paiement étant encaissé au point de retrait plutôt qu'au moment de la commande.
Ukraine : encaisser sous régime de guerre
La résolution n° 18 du 24 février 2022 de la Banque nationale d'Ukraine est le texte de référence du système bancaire sous loi martiale. Elle a fixé le taux de change, suspendu une partie des opérations en devises et encadré les retraits. Ses dispositions ont été assouplies par vagues successives depuis cette date, sans être abrogées. Le rapatriement de fonds depuis l'Ukraine relève donc encore de ce régime en 2026, et les contrôles de change qu'il institue s'appliquent aux flux sortants.
Deux limites reviennent dans les dossiers d'encaissement ukrainiens. Le transfert P2P depuis une carte en devises d'une banque ukrainienne vers une carte étrangère est plafonné à l'équivalent de 100 000 UAH par mois. Le P2P international direct depuis une carte en hryvnia n'est pas autorisé, la BNU réservant cette opération aux comptes en devises. Ces plafonds ont été modifiés à plusieurs reprises depuis 2022. La valeur applicable est celle en vigueur à la date de l'opération, et non celle relevée lors de la négociation du contrat.
Le second risque relève de l'infrastructure matérielle plutôt que de la réglementation. Les frappes sur le réseau électrique provoquent des coupures longues qui privent d'énergie les terminaux, les distributeurs et les liens de télécommunication. La réponse du secteur est le réseau Power Banking, créé en décembre 2022 à l'initiative de la BNU. Il fédère les banques d'importance systémique autour d'agences équipées de groupes électrogènes, de canaux de communication de secours et d'un approvisionnement renforcé en espèces.
Ukraine : le cadre juridique et le cap européen
La loi ukrainienne « Sur les services de paiement » (n° 1591-IX) transpose la logique de la DSP2 dans un pays hors Union européenne. Elle ouvre le marché aux prestataires non bancaires. Elle crée les catégories d'information sur les comptes et d'initiation de paiement. Son chapitre consacré à l'accès aux comptes est entré en application le 1er août 2025, en même temps que le règlement de la BNU sur l'open banking.
Les prestataires teneurs de compte doivent exposer des API standardisées aux tiers agréés. Une fenêtre de mise en conformité de cinq mois, jusqu'en janvier 2026, leur a été accordée pour adapter leurs systèmes. Les catégories d'AIS et de PIS y sont transposables depuis le droit européen. L'agrément relève en revanche de la seule BNU. Le passeport européen ne s'étend pas à l'Ukraine, et une licence obtenue à Vilnius ou à Dublin n'y ouvre aucun droit d'exercice.
L'adhésion à SEPA constitue le chantier suivant. Le gouvernement a approuvé les projets de loi d'alignement le 17 décembre 2025, avant leur passage au Parlement. Le ministère des Finances chiffre l'économie attendue entre 70 et 100 millions d'euros par an sur les virements transfrontaliers en euro. Il évalue le gain à environ 4 000 euros par an pour une PME exportatrice régulière (ministère des Finances d'Ukraine, décembre 2025). Ce gain proviendrait du remplacement des frais de banque correspondante par la tarification applicable aux virements intra-européens.
Le raccordement à SEPA porte sur les virements en euro et laisse subsister les rails domestiques. La Moldavie continue d'exploiter SAPI pour le leu. Le système est articulé en deux volets, le SDBTR pour le brut en temps réel et le SCDBN pour la compensation nette différée. Son rail instantané national MIA est opéré par la banque centrale depuis 2024, avec une exécution en dix secondes au plus. Le plafond est de 5 000 MDL par opération, et l'usage est gratuit jusqu'à 10 000 MDL par mois. Plus de quinze prestataires y sont raccordés, dont des établissements non bancaires (BNM, 2026).
Géorgie : un socle solide, un chaînon manquant
Le GPSS (Georgian Payment and Settlement System) réunit le RTGS de la National Bank of Georgia et le dépositaire central de titres. Sa première version date de 2001, avec l'appui du Fonds monétaire international et de l'USAID, suivie d'une refonte en 2009. La banque centrale y est à la fois opératrice et participante, aux côtés du Trésor, des banques commerciales et des micro-banques. Sa disponibilité a dépassé 99,9 % chaque année de 2019 à 2025 (National Bank of Georgia). Les limites du dispositif géorgien décrites ci-après portent sur le paiement de détail, et non sur cette couche de règlement.
L'ensemble a été modernisé sur plateforme Montran. La mise en service du nouvel Automated Transfer System est intervenue le 3 juin 2026, avec messagerie ISO 20022 et traitement 24/7 (Montran / National Bank of Georgia, 2026). Cette refonte porte sur le règlement interbancaire. Le rail instantané de détail reste hors de son périmètre, et le dispositif géorgien n'en comportait aucun à cette date. Sa mise en production, confiée au même fournisseur avec une solution de proxy d'adressage, est attendue d'ici fin 2026.
Cette absence détermine la structure du paiement de détail géorgien, qui repose sur la carte et sur les applications bancaires propriétaires. Les super-applications de banque y occupent une place plus large que dans les pays voisins dotés d'un rail instantané, puisqu'elles portent les transferts entre particuliers que ce rail assurerait ailleurs. Le marché bancaire est très concentré. Bank of Georgia et TBC Bank réunissaient 76,6 % des actifs bancaires sur les huit premiers mois de 2025, contre 77,9 % un an plus tôt (National Bank of Georgia, reprise par Georgia Today, 2025).
Georgian Card et United Financial Corporation, toutes deux enregistrées auprès de la banque centrale comme opérateurs de systèmes de paiement, achèvent la majorité des transactions carte. Deux centres de traitement internes complètent le paysage, chez Liberty Bank et Cartu Bank, le premier vendant aussi ses services à des tiers. Un émetteur ou un acquéreur qui entre sur le marché géorgien passe donc par l'un de ces quatre processeurs. Aucun scheme carte domestique n'existe en Géorgie, et l'intégration se limite aux schemes internationaux et au processeur retenu.
La Géorgie a ouvert son open banking avant plusieurs États membres de l'Union. La NBG a approuvé le 1er mai 2023 un règlement révisé sur l'enregistrement et la supervision des prestataires de services de paiement. Il crée les services d'accès à l'information sur les comptes et d'initiation de paiement. Il autorise également des entités non bancaires, jusque-là hors de ce champ, à s'enregistrer pour ces activités. Le périmètre des API obligatoires dépasse le socle de la DSP2, sans que le pays soit tenu par le droit de l'Union.
Azerbaïdjan : l'instantané par décret, l'acceptation en retard
La Banque centrale d'Azerbaïdjan exploite elle-même l'intégralité de la pile nationale de paiement. AZIPS, le RTGS bâti sur SWIFT, fonctionne depuis le 16 février 2001 et a migré vers ISO 20022. LVPCSS, XÖHKS en azerbaïdjanais, assure depuis 2002 la compensation des paiements de faible montant, tandis que CISMS, en service depuis le 11 juillet 2008, centralise les référentiels facturiers. Le GPP (Government Payment Portal) collecte impôts, taxes et paiements budgétaires depuis 2012. Ces composants sont détenus et exploités par la banque centrale, sans opérateur privé intermédiaire.
Le rail instantané IPS / AÖS (Ani Ödənişlər Sistemi) est entré en service le 1er octobre 2020. Il découle du programme d'État d'expansion des paiements numériques, approuvé par décret présidentiel du 26 septembre 2018. Il traite le P2P, le C2B par QR statique ou dynamique et les paiements en faveur des organismes budgétaires. Un module de demande de paiement y figure. Plus de mille services sont accessibles par le GPP. Le plafond est de 40 000 AZN par opération, hors paiements budgétaires (CBAR).
Le paiement carte est traité dans le pays par l'ICC (Interbank Card Center) depuis le 1er avril 2016, centre créé pour rapatrier des flux jusque-là acheminés à l'étranger. Deux processeurs se partagent le marché. Azericard LLC détient la première licence d'opérateur de système de paiement délivrée par la banque centrale, la n° ÖSO-001 du 12 septembre 2024. MilliKart LLC, créé par la CBAR en 2006, a été licencié ensuite. Une intégration acquéreur à Bakou passe donc par l'un de ces deux processeurs.
| Indicateur | Valeur | Référence |
|---|---|---|
| Paiements sans espèces par carte | 8,2 Md AZN, en hausse de 15 % sur un an | février 2026 |
| dont commerce en ligne | 7,171 Md AZN, soit 87,5 % | février 2026 |
| dont terminaux de paiement | 1,026 Md AZN | février 2026 |
| Cartes en circulation | 22,347 M dont 20,275 M de débit et 2,072 M de crédit | 1er mars 2026 |
| Terminaux de paiement | 185 361, en hausse de 49,1 % sur un an | 1er mars 2026 |
| Distributeurs automatiques | 3 593, en hausse de 7 % sur un an | 1er mars 2026 |
Arménie : ArCa au centre, deux portefeuilles en face
ArCa (Armenian Card) est le commutateur national des paiements par carte en Arménie. Il a été créé en 2001 par les banques commerciales du pays avec la Banque centrale d'Arménie. Armenian Card CJSC en est l'exploitant. Sa fonction dépasse celle d'un scheme domestique, ce système à règlement net différé traitant aussi les transactions locales des cartes Visa, Mastercard, American Express et Diners Club. Une transaction carte réalisée localement transite donc par ce commutateur, quel que soit le réseau dont relève la carte.
Armenian Card a ajouté deux surcouches récentes, dont ArCa Pay, qui exécute des transferts instantanés entre clients de banques et d'organisations de règlement arméniennes, sur simple numéro de téléphone du bénéficiaire. Les travaux ont démarré en 2023, et Ameriabank, Evocabank et Converse Bank comptent parmi les premiers raccordés. ArcaQR a été lancé le 30 septembre 2025. Le client scanne un QR dans son application bancaire et paie directement depuis son compte, sans passer par la carte.
Le tarif est l'argument avancé par l'opérateur. Un transfert ArCa Pay revient aux banques et aux organisations de règlement nettement moins cher qu'un transfert de carte à carte. Une répercussion est attendue sur le prix final. Six établissements figuraient parmi les premiers adhérents d'ArcaQR, Ameriabank, Ardshinbank, AraratBank, Armeconombank, Evocabank et Converse Bank. Ces deux services déplacent le paiement de proximité de la carte vers le compte, mouvement déjà observé dans les marchés dotés d'un rail instantané et d'un adressage par numéro de téléphone.
Face à ArCa, deux écosystèmes de portefeuille et de terminaux libre-service structurent le paiement de facture. Idram, adossé à Idram Bank, est le plus ancien et le plus utilisé, avec plus de 300 services payables depuis le portefeuille (Idram). Telcell Wallet est exploité par une organisation de paiement supervisée par la Banque centrale d'Arménie, et revendique plus de 900 000 utilisateurs (Telcell, 2026). Son offre va au-delà du portefeuille. Elle couvre les cartes Visa numériques, le paiement fractionné PartPay, les titres de transport par QR et l'acceptation commerçant par Telcell Business.
Transferts des migrants : le corridor qui s'est refermé
Les transferts personnels reçus regroupent les sommes qu'un pays reçoit de ses ressortissants installés à l'étranger, poste que la Banque mondiale suit dans la balance des paiements. Ils représentaient 11,87 % du PIB géorgien et 10,53 % du PIB moldave en 2024, soit respectivement 4,06 et 1,92 milliard de dollars (Banque mondiale, 2024). L'Ukraine a reçu 12 milliards de dollars la même année, environ 6,29 % de son PIB. Ces flux financent la consommation courante des ménages destinataires. Ils empruntent surtout des opérateurs de transfert spécialisés plutôt que les rails bancaires classiques. Leur continuité dépend du statut de ces opérateurs.
Le repli entre 2023 et 2024 concerne l'ensemble de la zone. L'Arménie passe de 6,40 % à 4,92 % du PIB, la Géorgie de 13,65 % à 11,87 %, l'Azerbaïdjan de 2,64 % à 1,82 % (Banque mondiale). Le pic de 2022-2023 tenait pour une large part aux flux venus de Russie, nourris par les relocalisations et par les paiements passés par le Caucase. La fermeture successive des canaux qui acheminaient ces flux explique le reflux. Aucun de ces canaux n'a été rouvert depuis.
| Canal | Événement | Effet dans la zone |
|---|---|---|
| Cartes Mir (NSPK) | Le Trésor américain menace de sanctions secondaires les banques qui les servent, en septembre 2022 | Aucune banque géorgienne n'a servi Mir, la NBG l'a confirmé publiquement ; en Arménie, les banques du système ArCa ont cessé le service le 30 mars 2024, à l'exception de la filiale arménienne de VTB |
| Unistream | Sanctions bloquantes de l'OFAC le 20 juillet 2023, avec licence de liquidation jusqu'au 18 octobre | Plusieurs banques géorgiennes ont cessé de travailler avec l'opérateur ; le mouvement s'est étendu au Caucase et à l'Asie centrale |
| Zolotaya Korona | Son opérateur, le Payment Center de Novossibirsk, visé par le 21e paquet de sanctions de l'UE en juillet 2026 | Arrêt des transferts vers la Géorgie et le Kazakhstan ; le service ne desservait plus depuis la Russie que l'Ouzbékistan, la Turquie, le Kirghizistan et l'Azerbaïdjan (Civil.ge, 2026) |
| Cartes Visa et Mastercard en Biélorussie | Restrictions des deux schemes sur cinq banques sanctionnées, en mars 2022 | Les cartes de ces banques ne fonctionnent plus qu'en Biélorussie et, selon l'émetteur, sans Apple Pay ni Google Pay ; les autres banques restent servies par Visa et Mastercard, et BELKART, avec son application BELKART Pay réservée à Android, sert de repli |
Le risque de conformité porte sur l'opérateur intermédiaire, et non sur le pays destinataire. Un corridor de transfert vers l'Arménie ou la Géorgie peut être conforme un trimestre et bloquant le suivant, sans que le pays destinataire ait rien changé à son droit. Le paramètre qui bouge est l'inscription d'un opérateur intermédiaire sur une liste américaine ou européenne. Le suivi des contreparties s'organise donc opérateur par opérateur, une autorisation constatée au niveau d'un pays ne renseignant pas sur la disponibilité effective d'un canal.