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🇵🇪 Les paiements au Pérou, en Bolivie et en Équateur

Yape, Plin et l'interopérabilité imposée par le BCRP, le QR Simple bolivien devenu rail dominant, la dollarisation équatorienne et l'échec du dinero electrónico, le poids de l'espèce et de l'informalité, les agences de proximité et les remesas

Trois pays voisins, trois architectures incompatibles

Le Pérou, la Bolivie et l'Équateur forment trois marchés de paiement distincts, réunis par la géographie andine et séparés par leur monnaie, leur superviseur et leur rail de détail. Ils ont en commun une part d'économie informelle très élevée et une population qui manie encore massivement l'espèce. Leurs architectures de paiement relèvent en revanche de trois logiques distinctes. Le Pérou a laissé deux portefeuilles privés faire le marché, puis les a contraints à s'ouvrir l'un à l'autre. La Bolivie a imposé un QR interopérable depuis la banque centrale, et ce QR est devenu le rail de détail dominant. L'Équateur paie en dollars américains depuis 2000, a fermé sa monnaie numérique de banque centrale en 2018, et laisse depuis une banque privée équiper le commerce de proximité.

Le régime monétaire commande le reste de l'architecture de paiement, et il détermine la nature du risque que porte un encaisseur sur chacun des trois marchés. Le sol péruvien flotte sous un régime de ciblage d'inflation. Le boliviano relève d'un change administré depuis 2011, dont la conséquence pratique, très visible depuis 2023, est une rareté de dollars qui déforme les prix, les paiements transfrontaliers et le comportement d'épargne. L'Équateur n'a pas de politique de change, puisque le dollar américain est sa monnaie légale. Un encaisseur présent sur les trois marchés rencontre donc trois problèmes différents : le change au Pérou, la convertibilité en Bolivie, la logistique des billets en Équateur.

PérouBolivieÉquateur
MonnaieSol (PEN)Boliviano (BOB), change administré depuis 2011Dollar américain, dollarisation intégrale depuis 2000
Banque centrale / superviseurBanco Central de Reserva del Perú (BCRP) / Superintendencia de Banca, Seguros y AFP (SBS)Banco Central de Bolivia (BCB) / Autoridad de Supervisión del Sistema Financiero (ASFI)Banco Central del Ecuador (BCE) / Junta de Política y Regulación Monetaria (JPRM)
Rail de détail dominantPortefeuilles Yape et Plin, interopérables sur les Transferencias Inmediatas de la CCEQR Simple interopérable du BCBAucun rail instantané de détail public ; SPI interbancaire et portefeuilles privés
Règlement finalLBTR exploité par le BCRPSystèmes exploités par le BCBSistema Central de Pagos exploité par le BCE
Acquisition carte et encaissementNiubiz, Izipay, Culqi ; PagoEfectivo pour l'espèceBanques, coopératives et mutuelles raccordées au QRDatafast, Medianet, Payphone ; DeUna! en QR
Ce qui casse en premierUne page de paiement sans portefeuille ni code CIPUne hypothèse de convertibilité du bolivianoUne pile pensée pour une devise locale qui n'existe pas
Les trois marchés andins comparés (2026)
64 %
des transactions de consommation encore réglées en espèces au Pérou
BCRP, enquête nationale sur les habitudes de paiement, juin 2025
85 % → 64 %
recul de la part de l'espèce en Bolivie entre 2020 et 2025
BCB, Informe de Vigilancia del Sistema de Pagos 2025
69,8 %
de la population occupée péruvienne en emploi informel (avril 2025 – mars 2026)
INEI, informe técnico du 15 mai 2026
7 729 M USD
remesas reçues par l'Équateur en 2025, record depuis la dollarisation
Banco Central del Ecuador, avril 2026
🔑
Le point commun n'est pas le rail, c'est le comptoir
Les trois pays ont numérisé le paiement par-dessus une économie de comptoir, sans la remplacer. L'espèce reste le premier instrument de consommation au Pérou comme en Bolivie, et l'informalité de l'emploi dépasse 69 % des occupés péruviens. Le dernier kilomètre de l'encaissement et du retrait reste donc le point de contact physique, bodega, agence ou corresponsal. Tout dispositif qui suppose une clientèle bancarisée, salariée et connectée écarte de fait la majorité du marché adressable.

Pérou : Yape et Plin, un duopole que personne n'avait planifié

Yape a été lancé en 2017 par le Banco de Crédito del Perú, filiale du groupe Credicorp, comme un service de transfert entre particuliers par numéro de téléphone. L'application est devenue une super-app, c'est-à-dire une application unique qui agrège des services de nature différente. Elle couvre les paiements en magasin par QR, le micro-crédit, les recharges télécoms, une place de marché et l'assurance. La bascule économique s'est faite sur le crédit, et non sur le paiement. Le paiement remplit une fonction d'acquisition et de qualification, en faisant entrer l'utilisateur dans l'application et en documentant son comportement financier, et le crédit convertit ensuite cette base en revenu.

16,4 M
utilisateurs actifs mensuels de Yape au premier trimestre 2026
Credicorp, résultats T1 2026
67
transactions par mois et par utilisateur actif de Yape
Credicorp, T1 2026
S/ 6,5 vs S/ 4,4
revenu mensuel par utilisateur actif, contre coût mensuel par utilisateur
Credicorp, T1 2026
50 / 47 / 3 %
part du crédit, des paiements et du commerce dans les revenus de Yape
Credicorp, T1 2026

Plin, ouvert en 2020, désigne un réseau de transferts reliant les applications bancaires existantes de BBVA, Interbank, Scotiabank et BanBif, sans application propre. Les concurrents de BCP ont refusé de construire une marque commune grand public et ont choisi d'interconnecter les canaux dont ils disposaient déjà. La différence tient à l'absence d'entité opératrice unique, et elle se voit à l'intégration. Un marchand qui « accepte Plin » se raccorde à la chaîne de chacune des banques membres, avec les délais et les incidents propres à chacune. Aucun fournisseur unique ne porte l'engagement de service de bout en bout.

PortefeuillePorté parDepuisNature réelle
YapeBanco de Crédito del Perú (Credicorp)2017Application autonome devenue super-app, construite par une seule banque et pilotée comme une ligne de métier à part entière
PlinBBVA, Interbank, Scotiabank, BanBif2020Réseau entre applications bancaires existantes, sans application propre ni entité opératrice unique
BimPagos Digitales Peruanos S.A. (banques, opérateurs télécoms, État)2016Le « Modelo Perú » : mobile money interopérable par construction, adoption très inférieure aux attentes
Les trois portefeuilles interopérables péruviens
🔑
Bim, la solution parfaite qui n'a pas pris
Bim a été lancé dès 2016 avec un consortium réunissant banques, opérateurs télécoms et État, une interopérabilité native et un mandat explicite d'inclusion financière. Il n'a jamais atteint l'échelle. L'adoption péruvienne est venue de deux systèmes fermés et concurrents, Yape et Plin, rendus interopérables plusieurs années après leur diffusion. Les régulateurs de la région retiennent de cette séquence un ordre de mise en œuvre où l'interopérabilité obligatoire arrive après la diffusion des usages, et porte sur des parcs d'utilisateurs déjà constitués.

L'interopérabilité imposée par le BCRP, circulaire par circulaire

L'interopérabilité péruvienne repose sur la Cámara de Compensación Electrónica (CCE), société détenue par les banques péruviennes depuis 2000, qui exploite les Transferencias Inmediatas depuis 2016. Ses soldes se règlent dans le LBTR du BCRP, le système de règlement brut en temps réel de la banque centrale, qui comptait 52 participants interconnectés en 2025 (BCRP). Les flux de Yape, de Plin et de Bim se dénouent tous dans cette chaîne, où se concentre le risque systémique péruvien.

Le BCRP a procédé par voie réglementaire, en publiant une série de circulaires assorties de dates d'application, sans construire de rail public concurrent. Chaque phase élargit le périmètre de l'obligation d'interopérer, et chacune a produit un saut de volume mesurable dans les statistiques de la banque centrale.

6 octobre 2022
Circular 0024-2022-BCRP
Reglamento de Interoperabilidad de los Servicios de Pago. Phase 1 : les principaux portefeuilles doivent s'interconnecter. Échéance utilisateur fixée au 31 mars 2023.
31 mars 2023
Yape et Plin s'ouvrent l'un à l'autre
Un utilisateur Yape envoie à un utilisateur Plin depuis sa propre application, par numéro de téléphone.
10 juillet 2023
Circular 0013-2023-BCRP
Phase 2, opérationnelle en septembre 2023 : virements immédiats adressés par alias de compte, et paiements par code QR entre participants.
Janvier 2024
Entrée du Banco de la Nación
La banque publique rejoint la phase 2. Décembre 2024 totalise 16,7 millions d'opérations, onze fois le niveau de décembre 2023 (BCRP).
25 mars 2024
Circular 0009-2024-BCRP
Phase 3 : raccordement des comptes de dinero electrónico aux comptes bancaires, pour ouvrir le rail aux établissements non bancaires d'inclusion.
13 mars 2025
Circular 0005-2025-BCRP
Phase 4 : entrée de nouveaux participants, dont les fintechs, par un modèle d'initiation de paiement. Cette brique ouvre le rail aux tiers non détenteurs de comptes.
5 décembre 2025
Circular 0022-2025-BCRP
Nouveau Reglamento General del Sistema Nacional de Pagos, en vigueur le 1er avril 2026, en remplacement du cadre de 2010. Périodes d'adéquation graduées jusqu'à fin 2026.
263 M / mois
transactions interopérables Yape + Plin + Bim en décembre 2025, contre 186 M en juin 2025
BCRP
119 M
transactions de phase 1 en décembre 2024, dont deux tiers initiées depuis Plin et un tiers depuis Yape
BCRP
655
paiements numériques par habitant au Pérou en 2025, +45,8 % sur un an
BCRP, Reporte del Sistema Nacional de Pagos, mars 2026
237
fintechs recensées au Pérou fin 2024, dont un quart sur les paiements et transferts
BCRP, Reporte del Sistema Nacional de Pagos y del sector Fintech

La répartition des flux interopérables entre les deux portefeuilles est l'inverse de leur taille respective. Sur la phase 1, deux tiers des transactions interopérables partent de Plin, un tiers de Yape (BCRP, décembre 2024). L'asymétrie des bases d'utilisateurs explique cet écart. Yape détient le parc le plus large, la probabilité qu'un destinataire y figure déjà est donc élevée, et les paiements entre clients Yape restent internes au portefeuille. Les clients Plin, minoritaires, ont au contraire une probabilité plus forte d'adresser un destinataire situé hors de leur réseau, ce qui gonfle leur part des flux sortants. Une part de marché estimée à partir des seuls flux interopérables classe donc les deux portefeuilles dans l'ordre inverse de leur taille.

⚠️
Le calendrier réglementaire à tenir en 2026
La Circular 0022-2025-BCRP remplace un cadre en place depuis 2010 et redéfinit le périmètre des entités régulées : banques, fintechs, prestataires de services de paiement, acquéreurs, émetteurs et fournisseurs technologiques. Elle impose enregistrement ou autorisation préalable, gouvernance des risques, continuité opérationnelle, encadrement des sous-traitants technologiques, transparence tarifaire et prévention du blanchiment. Son entrée en vigueur est fixée au 1er avril 2026, avec des délais d'adéquation gradués jusqu'à la fin de l'année selon le type d'entité. Un acteur étranger qui opère au Pérou sans entité locale relève donc d'un examen de périmètre dont la réponse diffère de celle que donnait le cadre de 2010.
  • Encaissement en ligne : les acquéreurs de place sont Niubiz, Izipay et Culqi. PagoEfectivo (codes CIP payables en bodega ou en agence, opéré par Orbis Ventures, groupe Paysafe) reste le pont vers la clientèle non bancarisée.
  • Réseau physique : la Resolución SBS N° 01661-2025 a approuvé un nouveau Reglamento de Canales Complementarios de Atención al Público, applicable au 1er juin 2025. Les cajeros corresponsales n'ont plus besoin d'une autorisation préalable de la SBS, et le périmètre d'opérations des establecimientos de operaciones básicas est élargi.
  • Un accord BCRP × NPCI International, signé en juin 2024, prévoit une plateforme publique de paiements de détail transposant le modèle UPI indien. Statut : annoncé, pas déployé. Ce serait le premier déploiement d'UPI en Amérique latine.
  • Yape n'est pas une infrastructure. C'est le produit d'un groupe bancaire privé coté. Conditions commerciales, exposition de contrepartie et réversibilité n'ont rien de celles d'un rail public.

Bolivie : le QR Simple, un rail de banque centrale devenu dominant

Le QR Simple est la norme de code QR de paiement définie en 2019 par le Banco Central de Bolivia avec l'ASFI, et rendue interopérable par construction entre banques, coopératives, mutuelles et institutions financières de développement. L'interopérabilité par construction signifie qu'un code affiché par le commerçant client d'un établissement est payable depuis l'application de tout autre établissement raccordé. Le dispositif ne comporte ni marque grand public unique, ni rail de virement instantané adressé par alias. Le rail de détail dominant du pays est donc devenu le QR, et non le virement adressé par identifiant.

La progression se mesure dans les statistiques d'ordres électroniques de transfert de fonds publiées par le BCB. Les paiements immédiats représentaient 7 % de ces ordres en 2021, contre 86 % en 2025, sur 1 036 millions d'opérations pour 1 107 127 millions de bolivianos (BCB, Informe de Vigilancia del Sistema de Pagos 2025). Le pays a traité plus de 3 900 millions d'opérations électroniques en 2025, en hausse de 87 % en volume et de 42 % en valeur sur un an. Rapporté à la population, ce total correspond à environ 229 transactions électroniques par habitant dans l'année.

891 M
paiements par QR en Bolivie en 2025, pour 51 293 M USD
BCB, Informe de Vigilancia del Sistema de Pagos 2025
+131 %
croissance du volume de paiements QR en 2025 ; la valeur passe de 22 547 à 51 293 M USD
BCB, IVSP 2025, repris par ASOFIN, mai 2026
1 697 / minute
paiements QR en Bolivie, soit environ 28 par seconde
BCB, IVSP 2025
88,4 %
des paiements QR sous 500 bolivianos ; 49,7 % sous 50 bolivianos
BCB, IVSP 2025
QR Simple en BolivieInteropérabilité CCE au PérouPix au Brésil (référence)
Depuis20192023 (phase 1)2020
MéthodeNorme QR interopérable imposée par la banque centrale à tous les établissementsObligation faite aux portefeuilles existants de s'interconnecter sur le rail de la CCERail public construit et exploité par la banque centrale
Marque grand publicAucune ; chaque établissement expose le QR sous sa propre applicationAucune ; Yape et Plin gardent leur marqueMarque unique Pix, imposée aux participants
AdressageCode QR (statique ou dynamique)Numéro de mobile entre portefeuilles, alias de compte en phase 2Chave : CPF/CNPJ, téléphone, courriel, clé aléatoire
Ce que cela produitRail de micro-montants : la moitié des opérations sous 50 BsVolumes interopérables tirés par le réseau minoritaireSubstitution du débit carte et du virement classique
Trois façons de rendre le paiement de détail interopérable
🔑
Un rail de micro-paiement, avec les conséquences économiques qui vont avec
49,7 % des paiements QR boliviens portent sur moins de 50 bolivianos, et 88,4 % sur moins de 500 (BCB, 2025). Le ticket moyen est donc très bas. Le paramètre qui dimensionne l'économie d'un tel rail est le coût unitaire de traitement, compté par opération, et non le taux ad valorem appliqué au montant. Un modèle tarifaire calibré sur un ticket européen ne survit pas à ce profil de trafic, parce que son revenu suit le montant payé alors que le coût de traitement reste attaché à l'opération. Le BCB a relevé le plafond de gratuité des transferts électroniques de 50 000 à 69 600 bolivianos pour lever les frictions d'usage.

Bolivie : la rareté du dollar, les actifs virtuels et le risque de règlement

Le régime de change bolivien constitue un risque distinct de celui de l'acceptation, et il ne se lit pas dans les statistiques de paiement de détail. Le boliviano est administré à parité fixe depuis 2011, et la contraction des réserves a produit une rareté persistante de devises. Un commerçant bolivien encaisse sans difficulté en monnaie locale, alors que la conversion de ces soldes en dollars et leur transfert hors du pays ne sont pas garantis. Le risque porte donc sur le rapatriement des fonds, à un stade postérieur à l'encaissement, et son instruction précède l'engagement d'un déploiement.

Le cadre bolivien applicable aux actifs virtuels a été modifié en 2024. Le BCB avait interdit l'usage des instruments de paiement électronique pour l'achat et la vente d'actifs virtuels par sa Resolución de Directorio N° 144/2020. Il a abrogé cette interdiction par la Resolución de Directorio N° 082/2024, adoptée le 26 juin 2024. Les canaux de paiement régulés peuvent depuis traiter les opérations associées à ces actifs, ce qui a ouvert le marché aux banques et aux fintechs. Les crypto-actifs conservent en revanche leur statut antérieur et ne sont pas monnaie légale.

2019
Lancement du QR Simple
Le BCB et l'ASFI imposent une norme QR interopérable entre banques, coopératives, mutuelles et institutions de développement.
2020
Resolución de Directorio N° 144/2020
Le BCB interdit l'usage des instruments de paiement électronique pour l'achat et la vente d'actifs virtuels.
26 juin 2024
Resolución de Directorio N° 082/2024
Le BCB abroge la RD 144/2020. Les canaux de paiement régulés peuvent traiter des opérations sur actifs virtuels ; ceux-ci ne deviennent pas monnaie légale.
2025
Resolución ASFI N° 540/2025
Les prestataires de services d'actifs virtuels (PSAV) et les plateformes de paiement doivent obtenir une autorisation formelle. Plus de 176 PSAV et 33 plateformes de paiement entrent dans le processus de régularisation.
2025
Intégration au système de paiement
Le BCB confirme l'incorporation des portefeuilles électroniques et des actifs virtuels au système national de paiement, en s'appuyant sur l'interopérabilité déjà en place.
⚠️
Ne pas confondre autorisation et sécurité juridique
La levée de l'interdiction de 2020 autorise les canaux régulés à traiter les opérations sur actifs virtuels, sans conférer à un stablecoin le statut d'instrument de paiement opposable en Bolivie. Le régime prudentiel applicable aux PSAV s'est construit après l'ouverture, par la résolution ASFI 540/2025, et le processus de régularisation était encore en cours en 2025. Le statut de contrepartie de l'encaisseur, sa chaîne de conversion vers le boliviano ou le dollar et le traitement fiscal des opérations restent donc à établir au cas par cas. Aucun de ces trois points ne découle de la RD 082/2024, qui porte sur les seuls canaux de paiement.
  • Le QR ne résout pas la convertibilité. Encaisser en bolivianos et transférer hors du pays sont deux problèmes distincts, et le second n'a pas de solution générique.
  • Le réseau d'acceptation est bancaire et coopératif. Coopératives d'épargne et de crédit, mutuelles et institutions financières de développement sont raccordées au QR au même titre que les banques : elles portent une part réelle de l'acceptation hors des grandes villes.
  • Le portefeuille mobile progresse vite, avec une valeur transactionnelle en hausse de 162 % en 2025 (BCB, IVSP 2025), mais depuis une base faible face au QR bancaire.
  • Les remesas restent orientées Espagne, pas États-Unis, une exception dans la région, qui change les corridors, les partenaires et les horaires de traitement.

Équateur : payer en dollars, régler dans les composantes du BCE

L'Équateur a adopté le dollar américain comme monnaie légale en 2000, à la sortie d'une crise bancaire et monétaire. La dollarisation intégrale supprime la monnaie nationale et confie l'émission à une banque centrale étrangère. Vingt-six ans plus tard, elle produit deux effets sur l'activité de paiement. Le risque de change disparaît sur le marché domestique, puisqu'un encaissement local est déjà libellé dans la devise de règlement de la plupart des schemes. Le pays perd en revanche tout levier d'émission monétaire, et la disponibilité physique des billets et des pièces dépend d'une logistique d'importation.

L'infrastructure interbancaire équatorienne est exploitée directement par le Banco Central del Ecuador, sous le nom de Sistema Central de Pagos. Elle se décompose en composantes distinctes, chacune dotée de son objet, de ses participants et de ses horaires de traitement. Un raccordement porte donc sur la ou les composantes qui correspondent au flux visé, et non sur le système central pris en bloc. Leur cartographie précède ainsi toute décision d'intégration.

ComposanteObjet
SPI, Sistema de Pagos InterbancarioTransferts électroniques ordonnés par des personnes, des entreprises et des entités publiques, via banques, coopératives et mutuelles. Le cœur du dispositif.
SCI, Sistema de Cobros InterbancarioEncaissements interbancaires : le créancier initie le prélèvement sur le compte du débiteur.
SSP, Sistema de Pagos del Sector PúblicoPaiements ordonnés par les entités du secteur public.
OCP, Órdenes de Cobro del sector PúblicoOrdres de recouvrement au bénéfice du secteur public.
SPL, Sistema de Pago en LíneaPaiement en ligne raccordé au système central.
CCC / CCE, chambres de compensation de chèquesCompensation des chèques, instrument encore présent dans le B2B équatorien.
SOI, Sistema de Operaciones InternacionalesOpérations internationales du système central.
Les composantes du Sistema Central de Pagos du Banco Central del Ecuador
148,7 M
transactions traitées par le Sistema Central de Pagos équatorien en 2025
Banco Central del Ecuador, boletín du Sistema Central de Pagos, 2025
122 M
opérations passées par le seul SPI en 2025
Banco Central del Ecuador, 2025
194 286,7 M USD
valeur des paiements interbancaires SPI en 2025, soit 80 % du Sistema Central de Pagos
Banco Central del Ecuador, 2025
1 744 / 24 / 227 / 4
entités publiques, banques, coopératives d'épargne et de crédit et mutualistes raccordées
Banco Central del Ecuador, 2025
ℹ️
227 coopératives, et ce que cela implique
Le secteur coopératif équatorien représente la majorité des établissements raccordés. 227 coopératives d'épargne et de crédit sont raccordées au système central, contre 24 banques (BCE, 2025). Une part significative de la clientèle de province et des travailleurs indépendants détient son compte dans une coopérative plutôt que dans une banque commerciale. Un dispositif d'encaissement limité aux grandes banques écarte donc une fraction non marginale des payeurs. La qualité de service varie fortement d'un établissement raccordé à l'autre.

Équateur : le dinero electrónico fermé, DeUna! à sa place

L'Équateur a été l'un des premiers pays au monde à faire émettre de la monnaie numérique directement par sa banque centrale. Le projet dinero electrónico a été créé et administré par le Banco Central del Ecuador à partir de 2014. Il est resté marginal, avec environ 402 000 comptes virtuels pour 10,2 millions de dollars de soldes en novembre 2017. Sa fermeture a été décidée par voie législative, avec la Ley Orgánica para la Reactivación de la Economía, Fortalecimiento de la Dolarización y Modernización de la Gestión Financiera, en vigueur le 1er janvier 2018. Ce texte transfère la gestion des moyens électroniques au secteur bancaire privé, et la clôture définitive des comptes s'est achevée le 16 avril 2018.

L'épisode est régulièrement cité comme la première fermeture d'une monnaie numérique de banque centrale. Le service cumulait trois manques opérationnels. Il ne disposait ni d'un réseau d'acceptation chez les commerçants, ni d'un réseau de distribution, ni d'un avantage perceptible par le porteur dans une économie déjà dollarisée. Le portefeuille BIMO, développé par les banques privées, a pris le relais dès la fin février 2018. L'acceptation de proximité s'est ensuite structurée autour du portefeuille d'une banque commerciale, le Banco Pichincha.

2000
Dollarisation
Le dollar américain devient la monnaie légale de l'Équateur.
2014
Lancement du dinero electrónico
Le Banco Central del Ecuador émet et administre directement une monnaie numérique de détail.
1er janvier 2018
Loi de réactivation économique
La gestion des moyens de paiement électroniques passe au secteur bancaire privé. Fin du monopole du BCE sur le dinero electrónico.
16 avril 2018
Clôture définitive des comptes
Les 402 000 comptes virtuels sont désactivés ; les soldes retournent aux formats traditionnels. BIMO, portefeuille des banques privées, prend le relais.
22 décembre 2022
Publication de la « Ley Fintech »
La Ley Orgánica para el Desarrollo, Regulación y Control de los Servicios Financieros Tecnológicos paraît au Registro Oficial.
13 août 2023
Resolución JPRM-2023-014-M
« Norma que regula la moneda, los medios y sistemas de pago en Ecuador y las actividades fintech de sus partícipes ». Elle crée notamment les SEDPE, autorisées par le BCE et soumises à une réserve de 0,5 % sur leurs soldes moyens hebdomadaires.
6 novembre 2023
Règlement d'application de la loi fintech
Près d'un an après la loi, le règlement précise le régime applicable aux prestataires de services financiers technologiques.

DeUna!, le portefeuille du Banco Pichincha, est aujourd'hui le principal instrument de paiement de proximité équatorien. L'application couvre le paiement par QR chez le commerçant, le lien de paiement, le transfert entre utilisateurs et le virement vers des comptes bancaires par simple numéro de compte. Elle est ouverte aux clients d'autres établissements, ce qui l'a fait sortir du périmètre de sa banque émettrice. Le réseau revendiquait plus de 314 000 commerces acceptants en 2026 (Banco Pichincha), sans commission prélevée au commerçant pour l'encaissement dans l'application.

🏧
Datafast
Le principal acquéreur du pays, avec le parc de terminaux le plus étendu. Traite l'essentiel des transactions par cartes nationales et internationales.
📱
Medianet
Second acquéreur du marché, positionné notamment sur les terminaux de point de vente sous Android.
🔗
Payphone
Encaissement par lien et par application, sans infrastructure physique. Très employé par les indépendants et les petits commerces, hors circuit acquéreur classique.
💠
DeUna! (Banco Pichincha)
QR, lien de paiement et transfert. Ouvert aux clients d'autres banques, sans commission commerçant dans l'application, ce qui a servi de levier d'acquisition du réseau d'acceptation.
⚠️
Dollarisation ne veut pas dire simplicité
L'absence de risque de change vaut pour la transaction domestique prise isolément. Elle laisse entières trois autres questions, la disponibilité physique des billets, la profondeur du réseau d'acceptation carte hors des grandes villes et l'absence de rail instantané de détail public. L'acceptation de proximité repose largement sur des initiatives privées, DeUna! et Payphone, dont la couverture, la tarification et la continuité relèvent d'une décision d'entreprise et non d'un mandat réglementaire.

Espèces, agences de proximité et remesas : le socle qui ne bouge pas

Le paiement numérique a progressé rapidement dans les trois pays, sans qu'aucun n'ait relégué l'espèce au rang d'instrument secondaire. Au Pérou, 64 % des transactions de consommation se règlent encore en liquide, et l'enquête du BCRP de juin 2025 mesure une moyenne mensuelle de 23 paiements en espèces par personne. Viennent ensuite 18 paiements par portefeuille, 12 par carte et 3 par virement. En Bolivie, la part de l'espèce est passée de 85 % en 2020 à 64 % en 2025 (BCB). Le recul atteint vingt et un points en cinq ans, et l'espèce reste malgré tout majoritaire.

Deux causes structurelles expliquent cette persistance. La première est l'informalité de l'emploi. 69,8 % des occupés péruviens travaillent hors du secteur formel, et 94,5 % des occupés en zone rurale (INEI, avril 2025 – mars 2026). Un revenu perçu en billets se dépense en billets, puisque le convertir en solde numérique suppose un dépôt, donc un déplacement jusqu'à un guichet. La seconde est la géographie. Le réseau d'agences bancaires ne couvre pas le territoire andin, et le corresponsal, bodega, pharmacie ou quincaillerie, y remplit les fonctions de guichet de dépôt, de retrait et de paiement de facture.

7 729 M USD
remesas reçues par l'Équateur en 2025, +18,2 % vs 6 539,8 M USD en 2024, ≈ 6 % du PIB
Banco Central del Ecuador, avril 2026
5 368 M USD
remesas reçues par le Pérou en 2025, +434 M sur un an, soit 1,6 % du PIB
Banco Central de Reserva del Perú, 27 février 2026
1 231 M USD
remesas reçues par la Bolivie en 2025, en repli de 2 % vs 1 255 M USD en 2024
Banco Central de Bolivia, repris par l'IBCE, 2026
22,3 M
opérations de remesas vers l'Équateur en 2025, contre 20,7 M en 2024
Banco Central del Ecuador, avril 2026
ÉquateurPérouBolivie
Montant reçu7 729 M USD (record depuis la dollarisation)5 368 M USD1 231 M USD
Évolution sur un an+18,2 %+434 M USD−2 %
Poids économique≈ 6 % du PIB1,6 % du PIBConcentré sur trois départements
Premier pays d'origineÉtats-Unis, 77,8 %, soit 6 010 M USD ; Espagne 1 087 M USD ; Italie 152 M USDDiversifié, avec une forte composante nord-américaineEspagne, premier pays d'origine, devant les États-Unis
Ce que cela impliqueCorridor unique et dominant : une politique migratoire américaine se transmet directement au volumeExposition répartie, moins sensible à un seul corridorFuseaux, jours ouvrés et partenaires européens, donc pas la même chaîne opérationnelle
Les corridors de remesas des trois pays ne se ressemblent pas (2025)
Où atterrit une remesa dans les Andes
Expéditeur
Envoie depuis les États-Unis, l'Espagne ou l'Italie
L'origine détermine tout : devise d'envoi, réglementation applicable, fenêtre horaire de traitement, partenaires disponibles
Opérateur de transfert
Applique un frais explicite et un cours de change
Vers l'Équateur, il n'y a pas de conversion à l'arrivée : le pays reçoit en dollars, ce qui supprime une couche de marge, et une couche d'opacité
Payeur local
Livre en compte, en portefeuille, ou en espèces au guichet
Au Pérou, l'atterrissage peut se faire sur Yape ou Plin ; en Bolivie, sur un compte raccordé au QR ; en Équateur, sur un compte bancaire ou coopératif
Réseau de proximité
Assure le dernier kilomètre
Corresponsal, agence coopérative, bodega : c'est là que la valeur redevient physique, et c'est le maillon le moins substituable
Bénéficiaire
Retire l'essentiel en espèces
La remesa traverse le système financier formel sans y séjourner : elle finance de la consommation courante, pas de l'épargne
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L'Équateur est le seul des trois où la remesa arrive déjà dans la bonne devise
Un envoi de dollars vers un pays dollarisé ne comporte pas de conversion à l'arrivée. La marge de change, qui constitue l'essentiel du revenu réel des opérateurs de transfert sur les autres corridors, disparaît donc sur ce segment. La concurrence porte sur le frais affiché, la vitesse d'exécution et la densité du réseau de retrait, et non sur un écart de cours que l'expéditeur ne voit pas. Des trois marchés, l'Équateur est le seul où la comparaison de deux offres de transfert au seul frais annoncé approche le coût réel.

Opérer dans la zone : ce qu'il faut brancher, ce qui coûte, qui il faut connaître

L'encaissement dans les trois pays passe par trois canaux qui coexistent : la carte, le paiement immédiat ou par QR, et l'espèce réglée au comptoir. Une pile de paiement conçue pour l'Europe ou l'Amérique du Nord ne couvre en général que le premier de ces canaux. Le taux de conversion observé mesure alors la couverture des canaux davantage que la taille du marché adressable. L'absence de l'un des trois se lit dans l'entonnoir de paiement, et d'abord sur le segment de clientèle le moins bancarisé.

PérouBolivieÉquateur
À brancher en prioritéYape et Plin (QR et téléphone), Transferencias Inmediatas, cartesQR Simple interopérable, cartesCartes via Datafast ou Medianet, DeUna!, Payphone
Canal espècesPagoEfectivo (codes CIP en bodega ou agence)Réseau d'agences bancaires, coopératives et mutuellesAgences bancaires et coopératives, corresponsales
Autorité à suivreBCRP (circulaires) et SBS (canaux et établissements)BCB (système de paiement) et ASFI (supervision, PSAV)BCE (système central) et JPRM (normes fintech)
Texte structurant en vigueurCircular 0022-2025-BCRP, applicable au 1er avril 2026RD 082/2024 (actifs virtuels), Resolución ASFI 540/2025 (PSAV)Resolución JPRM-2023-014-M (monnaie, moyens et systèmes de paiement, fintech)
Point de rupture opérationnelSous-estimer la part de flux qui n'est pas carteLe rapatriement de devises, pas l'encaissementRéseau d'acceptation carte hors des grandes villes
Aide-mémoire d'acceptation par pays (2026)
  • Le mix de canaux compte davantage que le taux d'acceptation carte. Un taux d'autorisation à 95 % sur 20 % du marché adressable n'est pas une bonne performance.
  • Le ticket moyen commande le modèle tarifaire. Avec la moitié des paiements QR boliviens sous 50 bolivianos, un pourcentage ad valorem seul ne couvre pas le coût unitaire de traitement.
  • Le règlement, et le lieu où il s'opère. Au Pérou, tout remonte au LBTR du BCRP via la CCE ; en Équateur, au Sistema Central de Pagos du BCE. Ce sont ces horaires et ces jours ouvrés qui fixent la date de valeur, et non ceux du prestataire.
  • Traitez les coopératives comme des participants de plein exercice. 227 coopératives d'épargne et de crédit sont raccordées au système équatorien, contre 24 banques (BCE, 2025).
  • Anticipez la conformité péruvienne de 2026. La Circular 0022-2025-BCRP élargit le périmètre des entités régulées ; les délais d'adéquation courent jusqu'à la fin de l'année.
  • N'utilisez pas un chiffre péruvien pour dimensionner la Bolivie. Les trois marchés n'ont ni la même taille, ni la même structure de paiement, ni le même régime de change.
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Ce qu'il faut retenir des trois marchés
Le cas du Pérou montre qu'une banque centrale peut imposer l'interopérabilité à des acteurs privés déjà dominants, sans construire de rail concurrent. Le dispositif tient en quatre circulaires publiées en trois ans, et décembre 2025 enregistre 263 millions d'opérations interopérables. Le cas de la Bolivie montre qu'un QR normalisé par la banque centrale peut devenir le rail dominant d'un pays entier, avec 891 millions de paiements en 2025, sans marque grand public ni adressage par alias. Le cas de l'Équateur montre qu'une monnaie numérique de banque centrale privée de réseau d'acceptation ne survit pas, et qu'une banque commerciale peut occuper ensuite la place laissée vide. Les trois enseignements sont différents, et aucun n'est transposable aux deux autres.