Trois marchés majeurs et un archipel : la carte du terrain
L'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada forment trois systèmes de paiement nationaux entièrement distincts, sans devise commune, sans régulateur commun et sans scheme partagé. Leurs architectures reposent pourtant sur la même ossature, ce qui explique que les mêmes erreurs d'intégration s'y répètent. Trois traits communs la composent. Un scheme de débit domestique puissant né dans les années 1980 porte le paiement en présence, sous les noms d'eftpos, d'EFTPOS et d'Interac. Une chambre de compensation de masse en règlement différé porte encore l'essentiel des flux récurrents, le BECS et l'ACSS. Un rail instantané arrivé tard complète l'ensemble, mis en service en 2018 en Australie, encore annoncé au Canada et toujours absent en Nouvelle-Zélande.
Dans ces trois marchés, le coût d'acceptation de la carte procède d'une décision d'autorité publique plutôt que de la négociation entre un commerçant et son acquéreur. La Reserve Bank of Australia plafonne l'interchange depuis 2003 et interdira la surcharge à compter du 1er octobre 2026. La Commerce Commission néo-zélandaise édicte des network standards contraignants au titre du Retail Payment System Act 2022. Le ministère des Finances du Canada a obtenu de Visa et Mastercard des engagements volontaires ciblés sur les PME. Les trois instruments juridiques diffèrent. Standard de banque centrale, standard d'autorité de concurrence, engagement négocié sous menace réglementaire, tous fixent le prix de l'acceptation en dehors du contrat commercial. Le commerçant qui veut connaître le barème applicable consulte donc un document publié par l'autorité, le contrat conclu avec son acquéreur s'exerçant à l'intérieur de ces bornes.
| Marché | Rail instantané de détail | Compensation de masse | Règlement (RTGS) | Débit domestique | Autorité |
|---|---|---|---|---|---|
| Australie | NPP (2018), surcouches Osko et PayTo | BECS / Direct Entry (1994) | RITS | eftpos | Reserve Bank of Australia, Payments System Board |
| Nouvelle-Zélande | Aucun ; échanges multiquotidiens avec règlement préalable (SBI) | BECS Nouvelle-Zélande | ESAS | EFTPOS, sous les règles CECS | Reserve Bank of New Zealand / Commerce Commission |
| Canada | Real-Time Rail, lancement visé au 4ᵉ trimestre 2026 | ACSS (1984) et USBE pour le dollar américain | Lynx (2021) | Interac | Banque du Canada (supervision), Paiements Canada (exploitant) |
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | KATS (RTGS et masse sur une même plateforme) | Intégrée à KATS | KATS | REPS / National Switch (2019) | Bank of Papua New Guinea |
| Fidji | FIJICLEAR (2007) | Fiji ACH (2023) | FIJICLEAR | Fiji QR Code Scheme | Reserve Bank of Fiji |
| Tonga | Système national livré en 2021 (RTGS + ACH + CSD) | Intégrée au même ensemble | Idem | – | National Reserve Bank of Tonga |
Australie : le NPP et ses surcouches Osko, PayID, PayTo
La New Payments Platform (NPP) est l'infrastructure interbancaire australienne de paiement de détail en temps réel, entrée en service en 2018. Elle est exploitée par NPP Australia, devenue filiale d'Australian Payments Plus (AP+) après la fusion, en 2022, d'eftpos, de BPAY et de NPP Australia sous une même holding de place. Sa messagerie est en ISO 20022 native. Le format a été retenu dès la conception du système, plutôt qu'adopté par migration depuis un standard antérieur. Son champ de données enrichies autorise plusieurs milliers de caractères de référence par paiement, là où le BECS se contente de dix-huit.
Le NPP est une infrastructure, et non un produit souscrit par un client final. Il transporte et règle des paiements individuels en quelques secondes, 24 h/24, et son périmètre s'arrête là. Ce qu'un client australien voit dans son application bancaire relève des surcouches (overlay services), posées sur cette infrastructure et portant chacune son propre nom commercial. La documentation étrangère confond systématiquement les deux niveaux. Un commerçant qui demande à sa banque « une intégration NPP » n'obtient pas d'offre correspondante, faute d'avoir désigné la surcouche par laquelle le paiement sera initié.
| Couche | Nom | Exploitant | Ce qu'elle apporte |
|---|---|---|---|
| Infrastructure | NPP (New Payments Platform) | NPP Australia (AP+) | Transport et règlement en monnaie banque centrale, ISO 20022, 24/7, données enrichies |
| Adressage | PayID | Australian Payments Plus | Un numéro de mobile, un e-mail, un ABN ou un identifiant d'organisation tient lieu de BSB + numéro de compte ; le nom du bénéficiaire s'affiche avant validation |
| Paiement | Osko | BPAY Group (AP+) | La surcouche de virement grand public : c'est le nom que le client voit dans son application bancaire, pas « NPP » |
| Mandat | PayTo | NPP Australia (AP+) | Successeur désigné du prélèvement BECS, avec des mandats numériques créés, modifiés, suspendus et révoqués en temps réel dans l'application bancaire du payeur |
| Identité | ConnectID | Australian Payments Plus | Courtier d'identité adossé aux mêmes rails : la banque atteste les données du client, ConnectID ne les stocke pas |
Deux chantiers d'évolution du NPP sont ouverts. La montée de version du message ISO 20022 et l'enrichissement des données du message NPP sont attendus l'un et l'autre pour fin 2026. Un relèvement de capacité supplémentaire est annoncé pour 2027. AP+ prévoyait de soumettre en avril 2026 une vision du compte-à-compte australien à consultation publique (Australian Payments Plus, 2026). Les correspondances de champs établies aujourd'hui par un intégrateur devront donc être reprises, selon un calendrier que l'exploitant publie à l'avance.
Le socle australien : BECS, BPAY et le règlement dans RITS
Le BECS (Bulk Electronic Clearing System), également appelé Direct Entry, est l'ACH australien. Il compense les virements de masse, les salaires, les prestations sociales et les prélèvements. Exploité par AusPayNet, il date de 1994. Il porte encore l'essentiel des flux récurrents du pays, et un éditeur de paie ou un facturier l'intègre par défaut plutôt que le NPP. Ses limites tiennent à son âge. Le traitement se fait par lots quotidiens, la référence est limitée à dix-huit caractères, aucun statut n'est disponible en temps réel et les échanges s'interrompent le week-end.
Le BECS devait disparaître au profit du NPP. Le retrait de sa date d'arrêt en a fait le contre-exemple de référence des migrations forcées de rails de masse, et la chronologie mérite d'être suivie dans le détail. Elle est régulièrement opposée, sur le marché australien, à toute proposition de date butoir pour un système existant.
BPAY, lancé en 1997, est un système australien de paiement de facture initié depuis la banque en ligne du payeur, sans équivalent direct sur les autres marchés. Le facturier communique au payeur un code facturier (biller code) et un numéro de référence client (CRN), que celui-ci saisit dans son application bancaire. Le rapprochement est donc garanti par construction. La référence est portée par le payeur lui-même, au lieu d'être reconstituée après coup par le créancier. BPAY compte plus de 95 000 entreprises facturières et plus de 140 établissements financiers participants (Australian Payments Plus, 2026).
| Besoin | Rail | Délai réel | Réserve |
|---|---|---|---|
| Encaisser une facture récurrente auprès de particuliers | BPAY (pull par le payeur) ou PayTo (mandat) | BPAY : règlement le lendemain matin ; PayTo : quelques secondes | BPAY laisse l'initiative au client, donc du retard de paiement ; PayTo exige une autorisation dans l'app bancaire |
| Prélever un abonnement | BECS Direct Debit, ou PayTo | BECS : lot quotidien, rejets à J+quelques jours | Le BECS reste le socle installé ; PayTo supprime les rejets tardifs mais rend la révocation instantanée |
| Verser des salaires et la retraite | BECS, et NPP obligatoire pour la retraite dès le 1er juillet 2026 | BECS : lot ; NPP : quelques secondes | Payday Super rend le NPP incontournable côté fonds de retraite |
| Rembourser un client ou payer un particulier ponctuellement | Osko sur le NPP, adressé par PayID | Quelques secondes, 24/7 | Le nom du bénéficiaire s'affiche : c'est la première défense contre la fraude au virement |
| Régler un montant élevé entre entreprises | HVCS puis RITS, ou Austraclear | Intrajournalier, finalité en monnaie banque centrale | Groupe d'utilisateurs fermé SWIFT ; hors de portée d'un commerçant, à connaître pour la finalité |
| Encaisser un chèque | Australian Paper Clearing System | En extinction | Émission arrêtée au 30 juin 2028, acceptation au 30 septembre 2029 (Treasury / AusPayNet, novembre 2024) |
RITS (Reserve Bank Information and Transfer System) est le RTGS australien, en service depuis 1998, et tous les autres systèmes s'y dénouent. La RBA en est à la fois propriétaire, exploitant et superviseur, avec des lignes hiérarchiques séparées entre la surveillance et l'exploitation. RITS reçoit les paiements de gros par le HVCS et Austraclear, et solde chaque matin à 9 h, en net différé, les lots des systèmes de détail que sont le BECS, les schemes cartes et BPAY. Tout établissement qui veut régler en direct en Australie doit y détenir un compte de règlement.
eftpos, least-cost routing et la fin de la surcharge
Presque toutes les cartes de débit australiennes portent deux réseaux, le scheme domestique eftpos, déployé dès les années 1980 et aujourd'hui exploité par Australian Payments Plus, et un réseau international, Visa Debit ou Debit Mastercard. La puce porte à cet effet deux applications distinctes, dotées chacune de son barème, plutôt que deux marques rattachées à un même contrat d'acceptation. Le choix du réseau emprunté relève du least-cost routing (LCR), aussi appelé merchant choice routing. L'acquéreur achemine la transaction sans contact vers le réseau le moins cher, sur instruction du commerçant. Le porteur ne choisit pas. L'arbitrage réglementaire est exactement inverse de celui du co-badgeage européen, où le choix du réseau appartient au client. L'activation du LCR constitue de ce fait le premier poste d'économie ouvert à un commerçant australien, avant toute renégociation de sa commission d'acquisition.
- Vérifier que le LCR est activé sur chaque MID et chaque parc de terminaux : il n'est pas toujours actif par défaut, en particulier sur les contrats historiques.
- Vérifier le périmètre : LCR en magasin, LCR sur les wallets mobiles, LCR en ligne. Ce sont trois déploiements différents et trois dates différentes.
- Vérifier le mode de tarification : sous un tarif mixte (blended), l'économie du routage est absorbée par l'acquéreur et ne redescend pas au commerçant. Le LCR ne paie qu'en interchange plus plus.
- Mesurer le taux de routage réel dans les rapports acquéreur, pas la case cochée au contrat : un terminal mal paramétré ou une carte non co-badgée sortent du périmètre sans alerte.
Le 31 mars 2026, la RBA a publié le Conclusions Paper de sa Review of Merchant Card Payment Costs and Surcharging, troisième phase de la revue de la réglementation des paiements de détail. Le document constitue la révision la plus étendue du cadre australien depuis l'introduction des plafonds d'interchange en 2003. Il modifie deux règles en vigueur depuis vingt ans, le niveau des plafonds d'interchange et la faculté pour le commerçant de surcharger le paiement par carte.
| Catégorie | Nouveau plafond | Date d'effet |
|---|---|---|
| Débit et prépayé émis en Australie | 8 cents par transaction, soit 0,16 % pour les barèmes exprimés en pourcentage | 1er octobre 2026 |
| Crédit consommateur émis en Australie | 0,30 % de la valeur de la transaction | 1er octobre 2026 |
| Crédit commercial émis en Australie | Maintenu à 0,80 % | Inchangé |
| Cartes émises à l'étranger et acquises en Australie | 1,0 % de la valeur de la transaction, plafond entièrement nouveau | 1er avril 2027 |
| Surcharge sur les réseaux désignés (eftpos, Mastercard, Visa) | Interdite, en débit, prépayé et crédit : la RBA lève sa prohibition des règles no-surcharge | 1er octobre 2026 |
| Publication des barèmes par les réseaux et les grands acquéreurs | Obligatoire | Étalée, une partie au 1er avril 2027 |
Nouvelle-Zélande : EFTPOS, Payments NZ et l'absence de rail instantané
L'EFTPOS néo-zélandais est le système national de paiement par carte au point de vente, débité en direct sur le compte du porteur et sans frais commerçant. Généralisé dès les années 1980, avant la plupart des autres marchés développés, il a durablement façonné l'économie de l'acceptation dans le pays. La Nouvelle-Zélande a longtemps affiché le coût d'acceptation le plus bas de l'OCDE. Elle n'a jamais eu besoin d'un rail instantané de détail, la carte domestique remplissant déjà cette fonction. L'EFTPOS recule aujourd'hui face au sans contact des réseaux internationaux, plus commode pour le porteur et nettement plus coûteux pour le commerçant. Ce déplacement des usages est à l'origine de toute la réglementation décrite plus loin.
L'EFTPOS néo-zélandais est défini par un jeu de règles interbancaires, et non par un scheme de carte au sens habituel du terme. Le CECS (Consumer Electronic Clearing System), édicté par Payments NZ, encadre l'EFTPOS et les paiements mobiles. L'organisme écrit les règles des quatre systèmes de compensation du pays sans posséder l'infrastructure qui les exécute. Le modèle diffère radicalement de celui d'un opérateur comme Interac ou AP+, qui exploite les systèmes dont il édicte les règles.
| Système | Rôle | Exploitant / propriétaire des règles |
|---|---|---|
| CECS (Consumer Electronic Clearing System) | Règles de l'EFTPOS, des cartes et des paiements mobiles | Payments NZ |
| BECS (Bulk Electronic Clearing System, Nouvelle-Zélande) | Compensation de masse : virements automatiques, prélèvements, paiements de factures | Payments NZ |
| HVCS (High Value Clearing System) | Paiements de gros irrévocables, dont les règlements immobiliers | Payments NZ |
| SBI (Settlement Before Interchange) | Mécanisme SWIFT par lequel BECS et CECS règlent avant d'échanger les fichiers de transactions | Payments NZ, depuis 2012 |
| ESAS (Exchange Settlement Account System) | RTGS : règlement final en monnaie banque centrale | Reserve Bank of New Zealand |
| PCS (Paper Clearing System) | Compensation des chèques, décommissionné le 31 août 2021 | Payments NZ (arrêté) |
Un switch est l'équipement qui achemine chaque transaction du terminal vers la banque du porteur et en rapporte l'autorisation. La Nouvelle-Zélande fait partie des très rares marchés développés où deux switches concurrents coexistent sous un cadre de règles unique. Worldline NZ, ancien Paymark créé en 1989, traite plus de 1,5 milliard de transactions par an et sert toutes les grandes banques. EFTPOS New Zealand (ENZ) est une filiale de Verifone, dont le rachat à ANZ Bank New Zealand a été annoncé fin 2012 et finalisé en 2013. L'acquisition de Worldline New Zealand par l'australien Cuscal, annoncée en 2025, place une infrastructure critique néo-zélandaise sous contrôle étranger. La refonte du switch est estimée à environ 21 M AUD, pour un achèvement visé en 2030 (interest.co.nz / Worldline, 2025).
Faute de rail instantané, la Nouvelle-Zélande a développé l'initiation de paiement par API comme substitut au paiement immédiat, et cette substitution commande la lecture de tout le marché. L'API Centre, créé en 2019 au sein de Payments NZ, publie les standards d'API d'initiation de paiement, d'information de compte et de notification d'événement. Il fixe également les règles opérationnelles et les conditions d'accréditation des tiers. Le pays est passé en 2025 d'un modèle piloté par l'industrie à un régime légal. Le Customer and Product Data Act 2025 instaure un droit d'accès aux données, la banque étant le premier secteur désigné, sous pilotage du ministère du Développement économique (MBIE).
Le Retail Payment System Act et la reprise en main des coûts
Le Retail Payment System Act 2022 est la loi néo-zélandaise qui soumet les systèmes de paiement de détail à une régulation du coût d'acceptation. Plutôt que d'inscrire des barèmes dans son propre texte, elle confère à la Commerce Commission, l'autorité de concurrence, le pouvoir d'émettre des network standards contraignants. Le régulateur révise donc les plafonds sans repasser devant le Parlement. Le droit de l'Union européenne suit la démarche opposée, le taux d'interchange y étant fixé par un règlement. Cette délégation explique la rapidité avec laquelle les barèmes néo-zélandais ont été modifiés depuis 2022.
Un troisième chantier avance en parallèle. Le MBIE a consulté en 2026 sur une réglementation des services de paiement, c'est-à-dire un cadre d'agrément et de supervision des prestataires non bancaires. La Nouvelle-Zélande ne dispose aujourd'hui d'aucun dispositif de ce type, ce qui la distingue nettement du Canada et de son régime RPAA. Payments NZ a répondu à cette consultation en appelant à « un cadre plus clair et mieux coordonné » pour les prestataires de services de paiement (Payments NZ, 6 juillet 2026). De ce texte dépendra le statut des établissements qui opèrent en Nouvelle-Zélande sans licence bancaire.
Canada : Interac, le scheme qui tient le pays
Interac Corp. est le scheme de paiement domestique canadien. Il exploite le débit au point de vente, le virement de détail par alias et un service de vérification d'identité qui l'installe progressivement comme opérateur d'identité numérique. Né en 1984 sous forme d'association interbancaire, il a fusionné en 2018 avec Acxsys pour former la société actuelle, détenue par des banques, des coopératives de crédit, des acquéreurs et des commerçants. Il occupe au Canada une place sans équivalent parmi les schemes domestiques des marchés anglo-saxons. Un dispositif d'acceptation du débit ou de virement de détail au Canada passe nécessairement par ses règles.
| Produit | Depuis | Ce que c'est | Ce qu'il faut en retenir |
|---|---|---|---|
| Interac Debit | 1994 | Le scheme de débit domestique au point de vente | Tarification quasi forfaitaire, hors du modèle ad valorem, historiquement sans interchange entre membres, d'où un coût d'acceptation très bas |
| Interac Flash | 2010 | La déclinaison sans contact du débit | Longtemps bridée par des plafonds cumulés propres qui la désavantageaient face au sans contact Visa/Mastercard ; déployée depuis dans Apple Pay et Google Wallet |
| Interac e-Transfer | 2002 | Le virement par adresse courriel ou numéro de mobile | Quasi universel, y compris en B2B et pour les loyers ; adossé au règlement différé de l'ACSS, pas à un RTGS temps réel |
| Interac e-Transfer for Business | – | La déclinaison entreprise : plafonds relevés, envois en masse, données de rapprochement enrichies, demandes de paiement | C'est le produit à intégrer pour la paie et les fournisseurs tant que le RTR n'est pas là |
| Interac Verification Service / Interac Sign-In | – | Vérification d'identité et d'attributs réutilisant les identifiants bancaires | Cas rare d'un scheme de paiement devenu opérateur d'identité de fait : le même réseau authentifie un paiement et l'accès à un service public |
| Interac Online | 2005 | Paiement e-commerce par redirection vers la banque | Décommissionné le 31 mai 2024. Beaucoup de sites et de plateformes le citent encore : le remplaçant est e-Transfer |
Sur l'interchange crédit, le Canada emploie un instrument distinct du plafond légal comme de l'action antitrust privée. Des engagements volontaires de Visa et Mastercard, obtenus par le ministère des Finances, sont en vigueur depuis le 19 octobre 2024. Le taux d'interchange moyen est ramené à 0,95 % en présence de carte, avec une baisse de 0,1 point en e-commerce. Le dispositif vise les commerçants réalisant jusqu'à 300 000 $ CA de ventes Visa ou 175 000 $ CA de ventes Mastercard par an. Environ 90 % des commerçants acceptant la carte sont concernés, pour une réduction pouvant atteindre 27 %, voire 37 % selon les profils (ministère des Finances du Canada, 2024 ; CFIB, 2024). Le seuil de chiffre d'affaires détermine aussi ceux que le dispositif laisse de côté. Les grands commerçants n'en tirent rien, leur volume les plaçant au-delà des bornes retenues.
Lynx, ACSS, USBE et le Real-Time Rail : les rails canadiens
Paiements Canada exploite trois systèmes au titre de la Loi canadienne sur les paiements, sous supervision de la Banque du Canada. Lynx est le RTGS, en service depuis 2021. Il fonctionne en ISO 20022 dès l'origine, avec règlement en monnaie de banque centrale et mécanisme d'économie de liquidité. L'ACSS est le système de compensation de détail, créé en 1984, qui traite les chèques, les transferts automatisés de fonds (AFT) et le débit Interac, avec règlement le lendemain dans Lynx. L'USBE est le troisième système, rarement mentionné dans les descriptions du marché canadien. Il compense en lots les paiements tirés sur des comptes en dollars américains tenus par des institutions établies au Canada.
| Système | Depuis | Flux traités | Règlement |
|---|---|---|---|
| Lynx | 2021 | Paiements de gros irrévocables, ISO 20022 | Temps réel, en monnaie de banque centrale |
| ACSS | 1984 | Chèques, AFT (virements et prélèvements préautorisés), débit Interac | Différé, le lendemain, sur les livres de la Banque du Canada |
| USBE (United States Bulk Exchange) | – | Paiements en dollars américains tirés sur des comptes tenus au Canada | Par correspondants à New York, donc sans monnaie de banque centrale |
| Real-Time Rail (RTR) | Lancement visé au 4ᵉ trimestre 2026 | Paiements instantanés de détail, ISO 20022, données enrichies | Temps réel, 24/7/365, avec service centralisé de lutte contre la fraude |
Le poids résiduel du chèque, 2 700 Md CAD par an, est une singularité canadienne que peu de marchés comparables conservent. Un logiciel de comptabilité fournisseurs livré au Canada sans traitement du chèque y est un produit incomplet. La carte de crédit y occupe par ailleurs une place très supérieure à la moyenne, portée par des programmes de récompenses développés. Le marché canadien combine ainsi deux modèles, celui des États-Unis pour le crédit et celui de l'Europe pour le scheme de débit domestique.
Deux ensembles complètent ce panorama, du côté du post-marché et du côté de la monnaie numérique. La Banque du Canada désigne deux infrastructures de post-marché comme d'importance systémique, au même titre que Lynx. CDSX, dépositaire central et système de règlement-livraison des titres, traite plus de 2,1 millions de transactions boursières par jour selon CDS. Le Canadian Derivatives Clearing Service est la contrepartie centrale de la Bourse de Montréal. Sur la monnaie numérique, la Banque du Canada a réduit ses travaux sur un dollar canadien numérique de détail après la phase de conception et de consultation de 2020-2023. Elle s'est redéployée sur la supervision des PSP et sur les paiements transfrontaliers. Aucun projet de production n'est en cours à ce jour.
Le Pacifique insulaire, et ce qu'il faut décider pour opérer la zone
Au-delà de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, l'Océanie compte une quinzaine d'États insulaires dont l'infrastructure de paiement suit un principe d'organisation opposé à celui des grands marchés. La banque centrale exploite directement le système, réunissant souvent le RTGS, la compensation de masse et le switch national sur une même plateforme, là où l'industrie construit et le régulateur encadre ailleurs. Deux facteurs expliquent ce choix. La taille du marché ne permet pas d'amortir l'infrastructure d'un opérateur privé, et l'inclusion financière y relève d'une politique publique plutôt que d'un argument commercial.
| Marché | Système | Exploitant | Fait marquant |
|---|---|---|---|
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | KATS (Kina Automated Transfer System) | Bank of Papua New Guinea | RTGS et compensation de masse sur une même plateforme ; migration ISO 20022 mise en service le 27 octobre 2025 |
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | REPS / National Switch | Bank of Papua New Guinea | Depuis 2019, rend interopérables banques, microbanques et wallets ; six institutions raccordées au lancement, 1,06 M de comptes de banque mobile en décembre 2021 dont 33 % de femmes (CEFI) |
| Fidji | FIJICLEAR | Reserve Bank of Fiji | RTGS depuis 2007, et premier RTGS de la région à admettre directement les opérateurs de mobile money comme participants |
| Fidji | Fiji ACH et Fiji QR Code Scheme | Reserve Bank of Fiji | ACH mis en service en 2023 ; les paiements QR atteignent 672,3 M FJD à fin 2025 (Reserve Bank of Fiji) |
| Tonga | Système national de paiement | National Reserve Bank of Tonga | RTGS, ACH, traitement numérique des chèques et dépositaire central livrés d'un bloc en 2021, modèle « clé en main » répliqué au Samoa, aux Salomon et au Vanuatu |
| Vanuatu | M-VATU | Vodafone Vanuatu | Principal wallet du pays, intégration réussie avec ANZ Vanuatu en avril 2025, outil d'épargne GrowSmart lancé en août 2025 |
- CellMoni (Digicel Financial Services PNG), principal mobile money télécom de Papouasie-Nouvelle-Guinée, raccordé au switch national.
- MiCash (Nationwide Microbank, dite MiBank), mobile money porté par une microbanque et non par un opérateur télécom, orienté zones rurales : modèle distinct de CellMoni.
- Wantok Moni (Bank of South Pacific) et KinaKonnect (Kina Bank), les offres de banque mobile des deux principales banques de PNG, interopérables via REPS.
- M-PAiSA (Vodafone Fiji), premier mobile money fidjien, interopérable 24/7 avec les comptes bancaires depuis son intégration à FIJICLEAR en 2024.
- MyCash (Digicel Pacific), second wallet fidjien, intégré à FIJICLEAR et support du service transfrontalier Pacific Transfers.