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🇧🇩 Les paiements au Bangladesh

bKash et le mobile financial services qui a tout absorbé, Nagad adossé à la poste et sous administration, le NPSB opéré par la banque centrale elle-même, Binimoy et l'interopérabilité imposée par circulaire, TakaPay contre la sortie de devises, 35,6 milliards de dollars de remises migrantes, et les quotas de change qui décident de tout projet d'encaissement

Le mobile financial services : 239 millions de comptes, 4 % de paiement marchand

Le mobile financial services désigne un compte de paiement tenu par un établissement et utilisé depuis un téléphone mobile, avec un réseau d'agents pour les dépôts et les retraits d'espèces. Le Bangladesh l'a placé dès l'origine sous le *modèle bank-led*, qu'il a maintenu plus longtemps que la plupart des pays où ce service s'est développé. L'agrément MFS y est délivré par la Bangladesh Bank à une banque commerciale**, et non à un opérateur télécom comme au Kenya ou au Ghana. La banque titulaire exploite le service par une filiale dédiée, qui n'est pas elle-même titulaire de l'agrément. Le registre officiel recense quatorze services pour treize banques. Les abonnés se concentrent pourtant sur trois marques. Elles en rassemblent plus de 80 %.

239,24 M
comptes MFS enregistrés (2 392,40 lakh), dont 137,88 M détenus par des hommes et 101,02 M par des femmes
Bangladesh Bank, données MFS, février 2025
87,15 M
comptes actifs, au sens d'une transaction sur les trois mois précédents
Bangladesh Bank, données MFS, février 2025
1 856 190
agents MFS recensés dans le pays
Bangladesh Bank, données MFS, février 2025
671,3 M
transactions MFS sur le seul mois de février 2025, pour 164 726,30 crore BDT (≈ 1 647 Md BDT)
Bangladesh Bank, données MFS, février 2025

La Bangladesh Bank publie chaque mois la ventilation de la valeur des transactions MFS par produit, ce qui permet de mesurer l'usage réel du service. La répartition obtenue diffère de celle qu'on déduirait du seul nombre de comptes ouverts. Elle décrit un système qui sert d'abord à faire entrer et sortir des espèces, accessoirement à transférer entre particuliers, et presque pas à payer un commerçant.

ProduitValeur (crore BDT)Part de la valeur
Cash out (retrait d'espèces chez un agent)51 213,3031,1 %
Cash in (dépôt d'espèces chez un agent)45 726,3227,8 %
P2P (transfert entre particuliers)41 778,9125,4 %
Autres9 351,645,7 %
Paiement marchand6 922,674,2 %
Versement de salaires5 075,833,1 %
Paiement de factures d'utilités2 267,891,4 %
Remise entrante créditée sur wallet1 268,390,8 %
Paiement à l'État1 121,350,7 %
Ventilation de la valeur des transactions MFS par produit, total 164 726,30 crore BDT (Bangladesh Bank, février 2025)
🔑
Le cash-out finance le réseau, et bloque le paiement marchand
Dépôt et retrait d'espèces représentent ensemble 58,9 % de la valeur transitant par le MFS bangladais. La commission de retrait rémunère les 1,86 million d'agents et finance leur maillage. Le paiement marchand n'en représente que 4,2 %. Le revenu de l'agent provient du retrait, et chaque taka dépensé par voie électronique chez un commerçant est un retrait qui n'a pas lieu, donc une commission d'agent qui disparaît. Le paiement marchand n'a ainsi aucune raison mécanique de progresser tant que la rémunération du réseau reste adossée au retrait. Un projet d'acceptation ne se heurte pas là à une contrainte technique, mais au modèle économique de celui qui devrait le distribuer.

Le multi-comptage désigne la détention de plusieurs comptes par une même personne, qui gonfle le nombre de comptes déclarés sans augmenter celui des utilisateurs. Le pays compte environ 175 millions d'habitants pour 239 millions de comptes MFS enregistrés, dont 87 millions seulement ont bougé sur trois mois. Un même individu détient couramment un compte bKash, un compte Nagad et un compte de mobile banking bancaire. Un dimensionnement établi sur les comptes déclarés surestime la base adressable d'un facteur deux à trois. Les seules grandeurs exploitables sont les volumes de transactions et les actifs à 30 ou 90 jours. Ces grandeurs sont détenues par le partenaire, et leur communication relève donc d'une stipulation du contrat, exigible avant signature, et non d'une annexe de reporting produite ensuite.

bKash, Nagad, Rocket : qui se trouve derrière la marque

Trois marques concentrent plus de 80 % des abonnés MFS du pays selon la Bangladesh Bank. Elles reposent sur des structures juridiques distinctes, et l'entité qui souscrit un engagement n'a donc pas le même statut d'une marque à l'autre. bKash est une société commerciale contrôlée par une banque. Nagad est un service de la poste, placé sous administration de la banque centrale. Rocket est un produit bancaire adossé à une seule banque commerciale. Le régime de responsabilité applicable découle de ce statut, et il ne se transpose pas d'une marque à l'autre.

ServiceEntité exploitanteAdossementCe qu'une due diligence doit établir
bKashbKash LimitedContrôlée par BRAC Bank PLC ; au capital : Ant Group, Fondation Bill & Melinda Gates, IFC, Money in Motion, SoftBank Vision FundLicence MFS de la Bangladesh Bank. Actionnariat international à déclarer côté sanctions et bénéficiaires effectifs. Plus de 82 millions d'utilisateurs vérifiés revendiqués (bKash, communication 2025)
NagadNagad LimitedBangladesh Post Office, sur le fondement de l'article 3(2) de l'amendement 2010 de la loi postaleBase juridique postale, non bancaire : le régime de licence MFS ne lui est pas opposable de la même manière. Entité sous administration de la banque centrale depuis août 2024
RocketDutch-Bangla Bank PLCService de mobile banking d'une banque commercialeLe contrat est un contrat de banque, pas de fintech. Régime prudentiel bancaire complet
উপায় (Upay)UCB Fintech Company Ltd.United Commercial BankActeur de second rang. Calibrer sur les volumes réels, jamais sur la taille du pays
Trust And Pay (tap)Trust And Pay Ltd.Trust BankL'entité inscrite au registre de la banque centrale est Trust And Pay Ltd., et non la coentreprise « Trust Axiata Digital » encore souvent citée. Un contrat rédigé sur l'ancien nom vise une raison sociale périmée
Les opérateurs MFS bangladais et leur adossement réel
⚠️
Nagad : administration de la banque centrale et licence bancaire suspendue
Le 21 août 2024, la Bangladesh Bank a révoqué le conseil d'administration de Nagad et nommé un administrateur, accompagné de six agents de la banque centrale. Un conseil de gestion de cinq membres a été installé le 17 septembre 2024. Le même mois, la banque centrale a suspendu la licence de banque numérique de Nagad Digital Bank PLC, obtenue en juin 2024, le temps de réexaminer la procédure d'attribution. Un rapport de diagnostic du Groupe de la Banque mondiale de mai 2025 a relevé un favoritisme dans l'attribution de ces licences. La capacité de Nagad à s'engager sur une durée pluriannuelle passe donc par un organe nommé par le régulateur, révocable, dont le mandat est de redéfinir la stratégie. Un engagement d'exclusivité ou d'investissement conjoint conclu pendant cette période dépend d'un organe dont la composition peut être modifiée avant le terme du contrat.

Côté tarification client, le barème public de bKash sert de référence de marché. Le cash-out coûte 1,85 % chez un agent standard, via l'application ou le code USSD *247#, et 1,49 % chez un Priyo Agent ou à un DAB. Le paiement marchand est gratuit pour le client, puisque le commerçant supporte à sa place la commission d'acceptation. Cet écart de prix entre un retrait facturé et un paiement gratuit constitue l'incitation tarifaire par laquelle les opérateurs cherchent à déplacer l'usage du retrait vers le commerce. L'incitation n'a pas modifié la structure des volumes. Le paiement marchand reste à 4,2 % de la valeur.

La distribution du MFS bangladais repose sur les réseaux d'agents de ces trois marques. Aucun acteur étranger ne dispose au Bangladesh d'un réseau comparable, et la reconstruction d'un maillage de 1,86 million de points n'est pas un projet finançable. L'entrée sur ce marché prend donc la forme d'un partenariat avec un opérateur établi, plutôt que d'une concurrence frontale. La négociation porte alors sur trois points, la part de commission de retrait, l'accès aux données de transaction et la durée d'exclusivité. Le troisième est le plus fragile juridiquement chez Nagad, dont la gouvernance relève d'un organe nommé par le régulateur.

NPSB, BEFTN, Binimoy : l'interopérabilité imposée par circulaire

Le 13 octobre 2025, la Bangladesh Bank a publié une circulaire portant sur l'interopérabilité des comptes de paiement. À compter du 1ᵉʳ novembre 2025, toutes les banques, tous les opérateurs MFS et tous les PSP doivent acheminer par le NPSB des transferts de n'importe quel compte vers n'importe quel compte, banque vers MFS, MFS vers MFS, PSP inclus. Un transfert bKash vers Nagad, qui n'existait pas avant cette date, relève désormais de l'obligation, au même titre qu'un virement entre deux banques. La circulaire porte sur trois objets. Elle impose le passage par le rail, elle fixe les prix par catégorie d'établissement, et elle interdit de facturer le bénéficiaire.

Octobre 2010
BACPS
Troncature et compensation d'images de chèques. Le chèque cesse de circuler physiquement entre banques.
Février 2011
BEFTN
Premier système interbancaire de transfert électronique sans papier du pays. Il devient le rail des salaires et des transferts sociaux.
2011
bKash et Rocket
Lancement des deux premiers services de mobile financial services sous le modèle bank-led.
2012
NPSB
Le switch national entre en service : DAB, POS, virement interbancaire en ligne.
Octobre 2015
BD-RTGS
Règlement brut temps réel, multidevise dès l'origine, en taka, dollar, euro, livre et dollar canadien.
2019
Nagad
La poste lance son service sur un fondement juridique postal, distinct du régime de licence MFS.
2020
Bangla QR
Norme QR nationale sur la plateforme NPSB, destinée à absorber les QR propriétaires.
1ᵉʳ novembre 2023
TakaPay
Lancement du scheme carte national avec Sonali Bank, City Bank et BRAC Bank. Objectif affiché : réduire la sortie de devises.
4 novembre 2024
Payment and Settlement Systems Act, 2024
Entrée en vigueur de la loi qui donne enfin une base légale dédiée au système de paiement et aux licences.
1ᵉʳ novembre 2025
Interopérabilité générale
Tout compte vers tout compte par le NPSB, avec plafonds de commission fixés par la banque centrale.
Un transfert interopérable bangladais depuis le 1ᵉʳ novembre 2025
Client émetteur
Initie un transfert depuis un compte bancaire, un wallet MFS ou un compte PSP
L'établissement doit afficher la commission **avant** l'exécution, et l'obligation est explicite dans la circulaire
Établissement émetteur
Prélève sa commission, dans la limite du plafond de sa catégorie
0,15 % pour une banque, 0,20 % pour un opérateur MFS, 0,85 % pour un PSP, TVA comprise
NPSB
Route l'opération vers l'établissement destinataire, quelle que soit sa catégorie
Le switch de la banque centrale est le point de passage obligé : aucun accord bilatéral alternatif n'est admis
Établissement destinataire
Crédite le bénéficiaire
**Aucun frais ne peut être prélevé sur le bénéficiaire**, la circulaire l'interdit
Bangladesh Bank
Règle les positions entre participants
Les plafonds de montant s'appliquent par type de compte ; le barème des virements par banque en ligne relève de la PSD Circular n° 02 du 6 février 2025
Catégorie de l'établissement émetteurCommission maximalePrélevée sur
Banque0,15 %L'émetteur uniquement
Opérateur de mobile financial services (MFS)0,20 %L'émetteur uniquement
Prestataire de services de paiement (PSP)0,85 %L'émetteur uniquement
Bénéficiaire, toutes catégoriesAucune commission autorisée–
Plafonds de commission sur les transferts interopérables NPSB, TVA comprise (Bangladesh Bank, circulaire du 13 octobre 2025, effet au 1ᵉʳ novembre 2025)
⚠️
Un mandat réglementaire n'est pas une adoption
Bangla QR est la norme QR nationale, rendue obligatoire par circulaire, tous les QR propriétaires devant migrer sous peine de sanctions. Le volume relevé à l'échéance atteint 77 165 transactions pour 22,02 crore de taka sur les 30 juin et 1ᵉʳ juillet 2026 (Bangladesh Bank / BSS). Rapporté à 175 millions d'habitants, ce niveau d'usage est quasi nul. Le rail est en service et l'obligation est en vigueur, mais l'usage ne suit pas, parce que l'économie du cash-out qui rémunère la distribution n'a pas été touchée. Le volume d'un instrument bangladais se mesure donc sur les statistiques publiées, et il ne se déduit ni d'une obligation réglementaire ni d'une date d'entrée en vigueur.

Binimoy est la plateforme d'alias qui relie banques, opérateurs MFS et PSP, présentée à son lancement comme l'« UPI bangladais ». Les données semestrielles officielles lui attribuent 217 213 transactions pour 76,03 crore BDT au premier semestre 2025, soit 0,00 % du volume comme de la valeur de l'ensemble des plateformes du pays. Le seul BEFTN en traite 184 millions sur la même période. Binimoy fonctionne, mais son poids arrondit à zéro sur les deux grandeurs mesurées. La plateforme ne figure pas non plus parmi les systèmes que la banque centrale présente comme en exploitation sur sa page dédiée. Sa part dans les flux nationaux ne permet pas de la ranger parmi les rails de place du pays, aux côtés du BEFTN et du NPSB.

La carte : instrument de niche urbaine et fuite de devises

La carte bancaire est au Bangladesh un instrument urbain, salarié et largement lié au retrait, et non un instrument de masse. La Bangladesh Bank en publie mensuellement une revue statistique des usages, à un niveau de détail que peu de banques centrales atteignent, avec une ventilation par secteur, par type de carte et par pays de dépense. Cette revue fournit les grandeurs reprises ci-dessous, plutôt que les estimations d'éditeurs ou les extrapolations régionales.

39,79 M
cartes de débit en circulation en avril 2026, contre 23,04 M en mai 2021
Bangladesh Bank, Statistics Department, avril 2026
2,72 M
cartes de crédit en circulation en avril 2026, contre 1,72 M en mai 2021
Bangladesh Bank, Statistics Department, avril 2026
8,30 M
cartes prépayées en avril 2026, contre 0,87 M en mai 2021, le segment le plus dynamique
Bangladesh Bank, Statistics Department, avril 2026
498 175 M BDT
valeur mensuelle des transactions carte en avril 2026, contre 243 713 M BDT en mai 2021 (+104 % en cinq ans)
Bangladesh Bank, Statistics Department, avril 2026

La ventilation de la dépense confirme ce caractère de niche. En avril 2026, les transactions de crédit domestiques ont atteint 38 683 millions de taka, dont 49,24 % en grands magasins. Près de la moitié de l'usage carte porte donc sur un seul type de commerce. Le crédit effectivement tiré sur les cartes reste également marginal à l'échelle du pays. Les limites autorisées par 48 banques et une NBFC atteignent 412,95 milliards de taka, pour 140,45 milliards d'encours effectif fin avril 2026. Le taux d'utilisation avoisine donc le tiers. Les porteurs bangladais emploient la carte de crédit pour régler leurs achats, et mobilisent peu la ligne de crédit qui y est attachée.

FluxValeurDétail
Sortie, cartes bangladaises utilisées à l'étranger≈ 8,00 Md BDT (65,20 M $)Crédit 4 244 M BDT (716 068 opérations), débit 3 269 M BDT (720 028), prépayé 490 M BDT (122 727)
Entrée, cartes étrangères utilisées au Bangladesh≈ 3,29 Md BDT (26,77 M $)En hausse de 3,02 % sur un mois et de 25,39 % sur un an
Ratio2,44 ×Les porteurs bangladais dépensent 2,44 fois plus à l'étranger que les étrangers ne dépensent au Bangladesh
Flux transfrontaliers par carte, avril 2026 (Bangladesh Bank, Statistics Department)

TakaPay est le scheme carte national bangladais, lancé le 1ᵉʳ novembre 2023 avec Sonali Bank, City Bank et BRAC Bank, sur la plateforme NPSB déjà exploitée par la banque centrale. Sa création répond à l'écart entre les dépenses des porteurs bangladais à l'étranger et celles des porteurs étrangers au Bangladesh. Le dispositif vise à cesser de payer en devises les frais de scheme des réseaux internationaux sur des transactions purement domestiques, dont le règlement n'appelle aucune conversion. Son objectif est donc macroéconomique avant d'être commercial. Une co-badge avec RuPay a été annoncée pour les flux entre l'Inde et le Bangladesh. Elle constituerait le premier pont carte intra-régional d'Asie du Sud, et elle en reste au stade de l'annonce.

ℹ️
Ce que TakaPay change pour un acquéreur
Une carte TakaPay est strictement domestique. Elle ne fonctionne pas hors du Bangladesh et n'accepte pas de transaction en devise. Pour un marchand établi dans le pays, elle réduit le coût d'acceptation, les frais de scheme restant dus en taka. Pour un marchand étranger vendant à distance à des clients bangladais, elle n'est pas utilisable, puisque ces cartes ne règlent aucune transaction hors du pays. Le parc de porteurs bangladais se répartit donc en deux populations, les cartes internationales co-badgées ou dual-currency, seules capables de payer hors du pays, et le parc domestique, qui ne le peut pas.

Le contrôle des changes : quotas, justificatifs et plafonds de carte

Le taka est soumis à un contrôle des changes, régime qui subordonne chaque opération avec l'étranger à l'existence d'un droit à devises et à la production de justificatifs. Le contrôle s'exerce transaction par transaction, sur pièces, par des banques agréées appelées *authorised dealers (AD), à qui la banque centrale confie la vérification des justificatifs. La contrainte que ce régime fait peser sur un projet d'encaissement est de trésorerie, et n'est presque jamais technique. Le régime de taux, lui, a changé récemment. Une bande glissante avait été instaurée en mai 2024, autour d'un cours pivot de 117 BDT pour un dollar. La Bangladesh Bank a laissé le marché déterminer le cours le 8 mai 2025*, sous la condition d'un programme du FMI de 4,7 milliards de dollars. Le cours flotte désormais. Les quotas, eux, n'ont pas bougé.

Les Guidelines for Foreign Exchange Transactions de la Bangladesh Bank fixent ce qu'un résident peut sortir du pays, et par quel instrument. Le quota de voyage annuel relève du chapitre 12, paragraphe 1(ii). Il s'établit à 5 000 USD par année civile pour les destinations de la SAARC et le Myanmar, contre 7 000 USD par année civile pour le reste du monde. Le montant libéré doit être endossé sur le passeport du voyageur, à l'encre indélébile, avec le cachet de l'agence, et déclaré à l'Online Foreign Exchange Transaction Monitoring System de la banque centrale. Un passager sortant ne peut emporter que 10 000 BDT en espèces, indépendamment du quota de voyage qui lui a été libéré.

  • Carte internationale (chapitre 19, para. 1) : elle ne s'utilise que contre une liste fermée de droits (quota de voyage, solde d'un compte ERQ d'exportateur, compte RFCD, quota Hajj, mission officielle, quota de voyage d'affaires, compte en devises privé, droits des sociétés informatiques membres de la BASIS).
  • Paiement en ligne par carte internationale (chapitre 19, para. 17) : plafonné à 300 USD par transaction, imputé sur le quota de voyage non consommé, plus 1 000 USD supplémentaires par an au maximum.
  • Sociétés informatiques membres de la BASIS (chapitre 19, para. 11) : 6 000 USD par carte, dans une enveloppe de 30 000 USD par année civile et par société, sur recommandation de l'association.
  • Carte virtuelle pour développeurs d'applications et de jeux (chapitre 19, para. 13) : 300 USD par année civile, sur justificatifs de formation ou de participation.
  • Carte adossée à un compte ERQ d'exportateur (chapitre 19, para. 2a) : trois dirigeants au maximum, auprès d'une seule banque émettrice, pour des dépenses professionnelles de l'entreprise exportatrice.
  • Déclaration (chapitre 19, para. 20) : état mensuel des cartes internationales au Foreign Exchange Operation Department, et déclaration continue à l'Online International Card Monitoring System.
⚠️
300 dollars par transaction : le plafond qui tue l'abonnement transfrontalier
Un éditeur étranger qui facture un client bangladais par carte est plafonné à 300 USD par transaction, et le cumul annuel du porteur est borné par son quota de voyage résiduel plus 1 000 USD. Un abonnement logiciel annuel à 1 500 USD n'est pas payable par un particulier bangladais avec une carte internationale ordinaire, quelle que soit sa surface financière. Les taux de refus observés sur ce corridor procèdent du contrôle des changes appliqué par la banque émettrice, qui engage sa propre responsabilité réglementaire, et non du scoring antifraude. Le paramétrage du tunnel de paiement reste donc sans effet sur ces refus. Les réponses possibles sont d'ordre structurel, avec une facturation locale en taka, une entité locale, ou un modèle B2B sous licence d'importation de services.

En sens inverse, l'encaissement d'un exportateur de services bangladais a été assoupli. Une circulaire du Foreign Exchange Policy Department de juillet 2026 porte à 10 000 USD par transaction le montant recevable via un *Online Payment Gateway Service Provider (OPGSP). Trois activités sont visées, la saisie et le traitement de données, les services informatiques offshore et l'externalisation de processus. Les relevés de plateforme et les courriels sont désormais admis comme preuve, à la place de la documentation d'exportation classique exigée pour les marchandises. Les quotas de rétention en devises accompagnent ce dispositif. Un indépendant du secteur informatique conserve 50 % de ses recettes en devises, les autres exportateurs de services 30 %*.

Les remises migrantes : le premier système de paiement du pays

Les remises migrantes sont les sommes que les travailleurs expatriés adressent à leur ménage d'origine. Au Bangladesh, elles financent la balance des paiements, alimentent les réserves de change et, depuis 2024, ont évité au pays une crise de liquidité extérieure. Aucun rail de paiement domestique n'y pèse autant dans l'équilibre extérieur. Le corridor Golfe – Asie du Sud est le plus lourd du monde en volume, et le Bangladesh en est l'un des trois points d'arrivée avec l'Inde et le Pakistan. À l'émission, le canal reste massivement physique, entre agences de change, espèces et paie des travailleurs migrants. À la réception, il est numérique. La structure de coût du corridor découle de cette asymétrie, la charge se concentrant sur la moitié physique de la chaîne.

35,56 Md $
remises reçues sur l'exercice 2025-26, record historique
Bangladesh Bank, juillet 2026
30,33 Md $
remises reçues sur l'exercice 2024-25, premier franchissement du seuil des 30 Md $ (+25,5 %)
Bangladesh Bank, FY2024-25
2 816,96 M $
remises du seul mois de juin 2026, soit 345,81 Md BDT (données provisoires)
Bangladesh Bank, statistiques mensuelles des remises
5,26 %
part des remises dans le PIB en 2023, dernière année disponible
Banque mondiale, indicateur BX.TRF.PWKR.DT.GD.ZS
Chaîne d'une remise du Golfe vers le Bangladesh
Travailleur migrant
Dépose des espèces dans une agence de change du Golfe
Émission physique dominante : maisons de change émiratiennes, saoudiennes, qataries. Le salaire lui-même arrive souvent par un système de protection des salaires local
Maison de change
Transmet l'ordre à sa banque correspondante ou à son partenaire bangladais
Accord de représentation (drawing arrangement) avec une banque bangladaise agréée ou un opérateur MFS
Banque bangladaise agréée (AD)
Convertit en taka au cours du marché et crédite le bénéficiaire
Depuis le 8 mai 2025, le cours est déterminé par le marché et non plus par une bande glissante
État bangladais
Ajoute l'incitation publique au crédit du bénéficiaire
**2,5 %** du montant depuis 2022, après 2 % à l'instauration du dispositif en 2019, à condition que la remise soit passée par un canal légal
Bénéficiaire
Retire en espèces chez un agent, ou conserve sur son wallet
Le retrait reste l'issue dominante : le cash-out représente 31,1 % de la valeur du MFS bangladais (Bangladesh Bank, février 2025)

L'incitation publique de 2,5 % sert d'*instrument de concurrence contre le hundi***, le système de compensation informel qui court-circuite le canal bancaire et prive le pays des devises correspondantes. L'opérateur qui capte le flux légal encaisse une prime, et bKash y ajoute un bonus commercial cumulable avec l'incitation d'État. Le dispositif coûte au budget bangladais de l'ordre de 7 000 crore de taka par an, soit environ 580 millions de dollars, un ordre de grandeur régulièrement discuté dans le débat public local. Sa suppression est une hypothèse politique récurrente. Elle modifierait immédiatement l'économie des partenariats de remises, dont la marge repose pour partie sur cette prime.

🔑
La conformité d'un corridor de remises se joue à l'émission, pas à la réception
Le point de réception bangladais est réglementé, tracé et déclaré. Le point d'émission ne l'est pas toujours au même degré. Un partenariat de remises vers le Bangladesh expose donc l'établissement européen ou nord-américain au régime du pays d'émission, celui des Émirats, de l'Arabie saoudite, de la Malaisie ou de l'Italie, bien plus qu'au régime bangladais. Les diligences à documenter portent sur l'origine des fonds côté travailleur, la licence de la maison de change, et l'accord de représentation avec la banque bangladaise. Le pouvoir de sanction sur ces manquements appartient à l'autorité du pays d'émission, et non à la Bangladesh Bank.

Le textile : crédit documentaire, back-to-back et paie ouvrière

Le prêt-à-porter est l'économie d'exportation du Bangladesh. Il structure ses paiements d'entreprise. Sur l'exercice 2024-25, les exportations de prêt-à-porter ont atteint 39,35 milliards de dollars, en hausse de 8,84 %, pour des exportations totales de 48,28 milliards. Plus de 80 % des recettes d'exportation proviennent donc d'un seul secteur, exposé à la demande de quelques marchés d'importation. L'exercice 2025-26 a marqué un repli à 38,70 milliards, en baisse de 1,64 % sur l'exercice précédent. Les instruments de paiement d'entreprise bangladais ont été conçus pour ce secteur en raison de cette concentration, et ils s'appliquent mal aux échanges qui n'en relèvent pas.

MarchéValeurPart
Union européenne19,71 Md $50,10 %
États-Unis7,54 Md $19,18 %
Royaume-Uni4,35 Md $11,05 %
Canada1,30 Md $3,31 %
Autres marchés≈ 6,45 Md $≈ 16,36 %
Destinations des exportations de prêt-à-porter bangladaises, exercice 2024-25 (BGMEA / Export Promotion Bureau)

Le mécanisme central est le crédit documentaire adossé, le *back-to-back letter of credit*. L'exportateur bangladais reçoit une lettre de crédit de son donneur d'ordre étranger, puis ouvre contre elle une seconde lettre de crédit pour importer tissus et accessoires. Il n'immobilise pas de trésorerie propre. Le montage repose entièrement sur la solidité de la lettre de crédit initiale, et il concentre le risque sur la banque bangladaise qui émet la seconde. Le chèque, lui, reste juridiquement fort dans les relations interentreprises domestiques, compensé par le BACPS depuis 2010.

  • Export Development Fund (EDF), créé en 1989, refinance en devises les importations de matières premières sous back-to-back LC. Sa taille a été ramenée à 2,51 milliards de dollars le 29 octobre 2023, après qu'une inspection spéciale menée dans le cadre du programme du FMI a établi des sorties de fonds illicites. Le plafond général par exportateur est passé de 15 à 10 millions de dollars, pour 180 jours à 4 %.
  • Export Facilitation Pre-finance Fund (EFPF), lancé le 1ᵉʳ janvier 2023, doté de 10 000 crore de taka, en taka et non en devises. Les banques s'y refinancent, l'exportateur emprunte pour six mois contre back-to-back LC, dans la limite de 200 crore de taka par entreprise. Les taux ont depuis été relevés pour se rapprocher du marché.
  • Comptes ERQ (Exporters' Retention Quota). L'exportateur conserve une fraction de ses recettes en devises, utilisable pour ses dépenses professionnelles, y compris via des cartes internationales adossées au compte pour trois dirigeants au maximum.
  • BD-RTGS multidevise. Il règle des opérations interbancaires domestiques en dollar, euro, livre et dollar canadien. Un règlement en devises entre deux banques bangladaises ne passe donc pas nécessairement par une banque correspondante étrangère.

Le versement des salaires ouvriers constitue le second chantier de paiement du secteur textile, et le premier cas d'usage sérieux du MFS en volume. Des millions de comptes ont été ouverts pour verser des salaires textiles, avec l'appui du programme public a2i et de la Better Than Cash Alliance. La banque centrale y est intervenue par le prix, plutôt que par une obligation d'usage. Pendant la crise sanitaire de 2020, elle a plafonné le cash-out sur salaire à 0,8 % pour les versements issus du dispositif public de refinancement. La banque distributrice en supportait 0,4 %, le salarié 0,4 % seulement. Le plafond ne visait que ce dispositif, mais le niveau de 0,8 % est resté la référence de prix du secteur.

ℹ️
Digitaliser la paie ne digitalise pas la dépense
Le versement d'un salaire sur un wallet transporte la valeur jusqu'au guichet de l'agent, où elle est retirée en espèces. Dans la structure observée par la Bangladesh Bank, le versement de salaires représente 3,1 % de la valeur MFS, et le retrait d'espèces 31,1 %. Le salaire entre en numérique et sort en espèces dans les heures qui suivent. La digitalisation de la paie augmente donc le nombre de comptes et le volume des entrées, sans produire par elle-même de dépense électronique chez les commerçants.

Encaisser en ligne : escrow obligatoire, passerelles et risque opérationnel

Le cadre de l'encaissement en ligne bangladais a été refondu après la crise du commerce électronique de 2021. Cette année-là, plusieurs plateformes ont encaissé des avances massives sans livrer, parmi lesquelles Evaly, eOrange, Qcoom, Dhamaka Shopping et Alesha Mart. Des centaines de crore de taka sont restés bloqués dans les passerelles de paiement, et plusieurs procédures pénales sont toujours pendantes, sans qu'aucun mécanisme n'ait alors séparé les fonds des clients de ceux des plateformes. La réponse réglementaire a été rapide et lourde, et elle encadre depuis lors la détention des avances client. Elle conditionne aujourd'hui tout modèle de place de marché.

Les *Digital Commerce Operation Guidelines 2021 encadrent l'avance client. Une plateforme ne peut recevoir plus de 10 % de la valeur du produit en avance si le paiement ne passe pas par un compte d'entiercement approuvé par la Bangladesh Bank. Le mécanisme d'escrow*, introduit en juillet 2021, immobilise les fonds chez la banque ou l'établissement financier jusqu'à ce que le vendeur produise la preuve de livraison. Celui-ci réclame alors le règlement, et la passerelle libère les fonds vers le compte de la plateforme. Le délai de trésorerie qui en résulte est inscrit dans la règle elle-même, et il se finance comme un besoin en fonds de roulement.

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Licence PSO
Exploitant d'un système de paiement entre participants, passerelle ou agrégateur. Le participant principal doit être une banque ordonnancée ou une société financière. SSLCOMMERZ, ShurjoPay (shurjoMukhi Limited) et aamarPay opèrent sous ce régime.
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Licence PSP
Prestataire de portefeuille électronique ou de wallet mobile, servant directement le client final et réglant ses opérations via une banque. Délivrée par le Payment Systems Department sur le fondement du Payment and Settlement Systems Act, 2024.
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Licence MFS
Délivrée à une banque, qui exploite le service par une filiale dédiée. Quatorze services pour treize banques. Le régime couvre bKash, Rocket, tap et Upay, mais pas Nagad, dont la base est postale.
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Escrow e-commerce
Obligatoire au-delà de 10 % d'avance sur la valeur du produit. Fonds libérés sur preuve de livraison. À modéliser dans le besoin en fonds de roulement dès le business plan, pas après la mise en production.

L'*agent banking est un régime distinct du MFS, qui autorise une banque à déléguer des opérations à des points de vente tiers restés sous sa responsabilité. Fin décembre 2025, les dépôts collectés par ce canal atteignaient 49 356 crore de taka*, en hausse de 18,1 % sur un an, dont 40 876 crore venus des zones rurales. L'encours de crédit s'élevait à 11 755 crore, et vingt-neuf banques exploitaient ce canal. Ce réseau constitue le second maillage physique du pays, après celui des agents MFS. Il obéit à des règles bancaires classiques.

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Le risque opérationnel du pays n'est pas hypothétique
Le 4 février 2016, des instructions de paiement frauduleuses ont été émises via SWIFT sur le compte de la Bangladesh Bank à la Federal Reserve Bank of New York. Cinq ordres ont été exécutés. 81 millions de dollars ont atteint la Rizal Commercial Banking Corporation à Manille, et 20 millions ont été acheminés vers Sri Lanka puis bloqués. Le reste des instructions, plusieurs centaines de millions, a été arrêté. Une part des fonds n'a jamais été recouvrée, et la banque centrale philippine a infligé à RCBC l'amende la plus lourde de son histoire. L'épisode a durablement pesé sur les conditions de correspondance bancaire du pays, et sur le niveau de diligence exigé de tout nouvel entrant. Le raccordement à un rail bangladais suppose donc un examen de la sécurité de la connexion et de la ségrégation des habilitations, dont le coût s'impute sur le projet.
  • Vérifier la licence, pas la marque : demander le numéro d'agrément PSO, PSP ou MFS et le nom de l'entité au registre de la Bangladesh Bank. L'écart entre nom commercial et raison sociale inscrite est fréquent, et il vide une clause de son objet.
  • Exiger les actifs à 30 et 90 jours : les comptes enregistrés surestiment la base adressable d'un facteur deux à trois. Ne jamais dimensionner sur les 239 millions de comptes déclarés.
  • Modéliser la sortie de trésorerie : escrow e-commerce, quotas de rétention en devises, délais de rapatriement. Sortir les fonds d'un compte marchand bangladais est une opération réglementée, documentée, et parfois contingentée.
  • Ne pas confondre mandat et adoption : Bangla QR est obligatoire et quasi inutilisé ; Binimoy arrondit à 0,00 % du volume national. Le rail existe, l'usage se mesure séparément.
  • Contrôler la gouvernance du partenaire : Nagad est administré par un organe nommé par le régulateur depuis août 2024, et sa licence de banque numérique est suspendue. Une clause d'exclusivité pluriannuelle signée sur cette base est fragile.
  • Cartographier les plafonds de change avant le tunnel de paiement : 300 USD par transaction en ligne pour un porteur résident. Aucun travail de conversion ne compense un plafond réglementaire.