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🌏 Les paiements en Asie du Sud-Est

Rails instantanés nationaux, normes QR imposées par les banques centrales, liaisons transfrontalières ASEAN, super-apps et cash à la livraison : comment encaisser réellement dans les dix marchés de la zone

Dix pays, dix architectures : la carte du terrain

En matière de paiement de détail, l'Asie du Sud-Est réunit dix marchés nationaux dont les infrastructures ont été construites en une décennie, presque toutes sous impulsion directe des banques centrales. Ces marchés ne partagent ni devise, ni régulateur, ni scheme commun, et aucune réglementation régionale ne s'impose à eux. Ils suivent en revanche une méthode de construction identique, appliquée partout dans le même ordre. Un rail de virement instantané national vient d'abord, puis une couche d'adressage par alias posée dessus, puis une norme QR unique rendue obligatoire. S'y ajoute depuis 2020 un maillage d'accords bilatéraux pour que le QR d'un pays soit lu chez le voisin, sans que le voyageur ait à ouvrir un compte local ni à changer d'application.

Il n'existe pas d'intégration régionale unique dans la zone. Chaque pays impose son opérateur national, souvent son routage domestique obligatoire, son régime de licence et son standard d'API, de sorte que le coût d'entrée se paie autant de fois qu'il y a de marchés visés. Une ouverture commerciale s'y conduit marché par marché, l'Indonésie, puis le Vietnam, puis les Philippines, dans cet ordre ou dans un autre. Chaque pays ajouté au périmètre ajoute une intégration complète, avec son contrat d'opérateur, son agrément et son jeu d'interfaces techniques.

MarchéRail instantanéNorme QR nationaleOpérateur / régulateur
IndonésieBI-FAST (2021)QRIS (2019), QRIS Tap (2025)Bank Indonesia, avec l'ASPI
ThaïlandePromptPay (2017)Thai QR Payment (2018)National ITMX, sous mandat de la Bank of Thailand
MalaisieDuitNow / RPP (2018)DuitNow QR (2019)Payments Network Malaysia (PayNet)
SingapourFAST (2014), adressage PayNow (2017)SGQR (2018)Banking Computer Services pour l'Association of Banks in Singapore ; MAS
PhilippinesInstaPay (2018), PESONet (2017)QR Ph (2019)Philippine Payments Management Inc., switch BancNet ; BSP
VietnamNAPAS 247 (2016)VietQR (2021)National Payment Corporation of Vietnam (NAPAS) ; SBV
CambodgeBakong (2020)KHQR (2020)National Bank of Cambodia (exploitant direct)
Laosswitch national LAPNetLAO QR / One QRLAPNet, sous Bank of the Lao PDR
MyanmarCBM-NETMMQR (2025)Central Bank of Myanmar ; scheme carte MPU (2011)
Bruneitarus (2025)tarusQR (2025)ndpx, agréé par la Brunei Darussalam Central Bank
Infrastructure de paiement de détail par marché (opérateur et année de lancement du rail instantané et de la norme QR)
27,4 Md
transactions PromptPay en 2025, pour environ 1 600 Md USD (+12,8 % sur un an)
RTP Dashboard d'après Bank of Thailand
5,0 Md
transactions BI-FAST en 2025, pour 333,9 Md USD (+47,1 % sur un an)
RTP Dashboard d'après Bank Indonesia
4,8 Md
transactions InstaPay et PESONet cumulées en 2025, pour 24 740 Md PHP (+42 % en valeur)
Bangko Sentral ng Pilipinas
4,5 Md
transactions DuitNow en 2025, pour 330 Md USD (+28,6 % sur un an)
RTP Dashboard d'après PayNet
🔑
Le rail instantané est l'infrastructure, l'alias n'est que l'adresse
PayNow désigne la couche d'adressage par proxy posée sur FAST, le rail singapourien, et non le système de paiement lui-même. La Malaisie sépare de la même façon le RPP, qui est la plateforme, et DuitNow, qui en est l'alias et le QR. La Thaïlande fait exception, puisque PromptPay y désigne l'ensemble, rail et adressage confondus. La confusion des deux niveaux conduit à signer un contrat avec le mauvais opérateur, faute d'avoir vérifié lequel des noms en présence désigne l'infrastructure et lequel désigne l'adresse.

L'Indonésie (270 millions d'habitants, archipel, bancarisation partielle), le Vietnam (transition la plus rapide de la zone) et les Philippines (économie de remises) concentrent l'essentiel du volume et de la complexité. La Thaïlande est le marché le plus avancé en intensité d'usage du temps réel. Singapour est le hub de gouvernance et le siège des projets régionaux, sans être un marché de volume. Cambodge, Laos, Myanmar et Brunei forment des marchés de petite taille, dotés d'infrastructures modernes. Ils sont souvent absents des panoramas internationaux.

Les rails instantanés nationaux et leur couche d'adressage

Un rail de paiement instantané est une infrastructure interbancaire qui exécute un virement de compte à compte en quelques secondes et fonctionne en continu. Dans les dix marchés de la zone, ce rail a été construit plusieurs années avant la norme QR, qui est ensuite venue s'y adosser. NAPAS 247 ouvre en 2016 au Vietnam, PromptPay en 2017 en Thaïlande, DuitNow et InstaPay en 2018, Bakong en 2020, BI-FAST en 2021. Singapour a pris de l'avance avec FAST, dès 2014, et Brunei ferme la marche avec tarus, en 2025. L'ASEAN a mis moins de dix ans à se doter intégralement du temps réel de détail, sur lequel tout le reste de l'édifice est ensuite venu se poser.

Le point commun de ces rails est l'adressage par proxy, où le bénéficiaire est désigné par un numéro de téléphone, un numéro d'identité nationale ou un identifiant d'entreprise, jamais par un numéro de compte. PromptPay accepte le numéro de mobile, le numéro d'identité nationale, le numéro fiscal d'entreprise et l'identifiant d'un portefeuille électronique. DuitNow retient le mobile, le NRIC et le numéro d'immatriculation d'entreprise. PayNow reconnaît le mobile, le NRIC et l'UEN, l'identifiant unique d'entité singapourien. Le dispositif a été étendu aux entreprises avec PayNow Corporate, puis aux établissements non bancaires. Un marchand présent dans plusieurs de ces pays gère autant d'alias qu'il y a de référentiels d'identité distincts.

SystèmeExploitantModèle de gouvernancePoids
PromptPay (2017)National ITMX (NITMX)Société interbancaire sous mandat de la Bank of ThailandPlus de 81 M d'enregistrements mi-2025 ; pointe à 2,36 Md transactions sur un mois
BI-FAST (2021)Bank IndonesiaExploitation directe par la banque centrale9,61 Md transactions cumulées de décembre 2021 à septembre 2025
DuitNow / RPP (2018)Payments Network Malaysia (PayNet)Société détenue majoritairement par Bank Negara Malaysia et onze institutions financièresPayNet a traité 8,44 Md transactions numériques tous systèmes en 2025, soit environ 23 M par jour
FAST / PayNow (2014 / 2017)Banking Computer Services pour l'Association of Banks in SingaporeAssociation bancaire, sous supervision de la MASFAST : 500 M transactions pour 661 748 M SGD en 2024 (+31 % en volume, +36 % en valeur) ; PayNow : plus de 45 % du marché du virement de compte à compte en 2025
InstaPay (2018)Philippine Payments Management Inc., switch opéré par BancNetArchitecture à trois étages : BSP fixe le cadre, une association du secteur gouverne, un switch privé exploiteInstaPay seul : +67,8 % en volume au premier semestre 2025
NAPAS 247 (2016)National Payment Corporation of VietnamSociété détenue majoritairement par la Banque d'État du Vietnam et les banques8,9 Md transactions en 2024 (+33,8 %) ; 68 organisations membres, plus de 80 M de clients
Bakong (2020)National Bank of CambodiaExploitation directe par la banque centrale, sur registre distribué (Hyperledger Iroha), bi-devise riel/dollar1,325 Md transactions en 2025 ; 285 900 Md KHR et 152,8 Md USD
Rails instantanés de la zone : exploitant, gouvernance et poids mesuré
ℹ️
Bakong n'est pas une monnaie numérique de banque centrale
Bakong est bâti sur une infrastructure à registre distribué et exploité par la banque centrale cambodgienne. Ces deux caractéristiques lui valent d'être présenté comme une monnaie numérique de banque centrale, ou CBDC, dans toute la littérature anglophone. Les soldes Bakong sont pourtant des dépôts de banques commerciales tokenisés, et non de la monnaie centrale, et le risque qu'ils portent reste celui de la banque teneuse de compte. Le système a en revanche un effet macroéconomique réel et documenté, celui d'un levier de dédollarisation, avec 771,2 M de transactions en riel contre 554,5 M en dollar en 2025 (National Bank of Cambodia).

Des rails de masse traités en lots subsistent dans chaque pays à côté du temps réel, et l'émission de factures récurrentes s'appuie sur eux. PESONet aux Philippines est un ACH crédit à règlement le jour même, pensé comme substitut du chèque pour les entreprises et l'État. GIRO à Singapour (1984) reste dominant pour les factures récurrentes et les impôts, avec eGIRO pour la mise en place dématérialisée des mandats. S'y ajoutent l'Interbank GIRO malaisien exploité par PayNet et le SKNBI indonésien, progressivement délesté par BI-FAST. Le prélèvement à l'initiative du créancier est la fonction qui manque aux rails instantanés de la zone. En Malaisie, le prélèvement récurrent passe par DuitNow AutoDebit, car DuitNow Transfer comme FPX sont l'un et l'autre à l'initiative du payeur.

⚠️
Le règlement final passe toujours par un RTGS national
Sous chaque rail instantané se trouve un système de règlement brut en temps réel opéré par la banque centrale, et lui seul détermine les dates de valeur. BAHTNET en Thaïlande (1995, migré vers ISO 20022), RENTAS en Malaisie (1999), MEPS+ à Singapour (2006). Aux Philippines, PhilPaSS / PhilPaSS+ (2002, refondu sur ISO 20022) ; en Indonésie, BI-RTGS, au-delà de 1 milliard de roupies, le détail passant par le SKNBI ; au Vietnam, l'IBPS exploité directement par la Banque d'État. Un rail de détail 24×7 posé sur un RTGS ouvert en jours ouvrés crée un décalage entre le règlement et l'exposition, qui se modélise sur le calendrier de jours ouvrés local, jours fériés compris.

Les normes QR nationales : le mandat réglementaire comme méthode

Une norme QR nationale est une spécification de code à réponse rapide, unique pour un pays et rendue obligatoire par sa banque centrale, à laquelle toutes les applications de paiement doivent se conformer. Les banques centrales de la zone ont imposé une norme unique par pays, adossée à la spécification EMVCo, et interdit les codes propriétaires. Ailleurs dans le monde, l'acceptation QR s'est au contraire fragmentée en autant de codes que de portefeuilles. Le marchand y gagne un modèle d'acceptation à coût quasi nul, un autocollant lu par toutes les applications du pays, sans terminal à louer ni contrat d'acceptation à négocier portefeuille par portefeuille.

QRIS (Quick Response Code Indonesian Standard, 2019) est la norme QR unique de l'Indonésie, et le cas d'école mondial de cette méthode. Bank Indonesia, avec l'Asosiasi Sistem Pembayaran Indonesia (ASPI), a mis fin par mandat à la guerre des QR entre GoPay, OVO, DANA et ShopeePay. La banque centrale a publié pour le premier semestre 2025 un volume de 6,05 milliards de transactions pour 579 000 milliards de roupies. Le parc, lui, atteint 57 millions d'utilisateurs et 39,3 millions de marchands, dont 93,16 % de très petites entreprises (Bank Indonesia, communiqué du 4 août 2025). Sur l'exercice complet 2025, Bank Indonesia annonce 59,53 millions d'utilisateurs, 42,75 millions de marchands et une croissance du volume de 139,9 % sur un an.

2018
Thai QR Payment et SGQR
La Bank of Thailand et National ITMX posent la norme QR thaïlandaise sur PromptPay. Singapour publie SGQR via le Singapore Payments Council, premier QR unifié au monde à combiner sur une même étiquette plusieurs schemes domestiques et internationaux. La norme régit l'affichage, pas la compensation.
2019
QRIS, DuitNow QR, QR Ph
Trois banques centrales imposent la même année leur norme unique. DuitNow QR (PayNet) rend obligatoire pour les banques comme pour les portefeuilles l'acceptation du même code. QR Ph (BSP, circulaire 1055) est adossé à InstaPay et remplace les QR propriétaires.
2020
KHQR
Le Cambodge adosse sa norme QR à Bakong. Rapporté à la taille du pays, KHQR allait construire le réseau de liaisons transfrontalières le plus dense de la zone.
2021
VietQR
NAPAS pose VietQR sur NAPAS 247, avec un choix structurant. Le QR encode un compte bancaire, pas un portefeuille. Le Vietnam n'a pas développé, de ce fait, de dépendance à un portefeuille dominant.
2025
QRIS Tap, MMQR, tarusQR
Bank Indonesia lance QRIS Tap, extension NFC pour les cas d'usage à forte cadence (transport, péage) où le scan est trop lent, avec une transaction en environ 0,3 seconde. Le Myanmar déploie MMQR et Brunei tarusQR. Les deux derniers marchés de l'ASEAN se dotent d'une norme unique.
42,75 M
marchands QRIS enrôlés fin 2025, pour 59,53 M d'utilisateurs et +139,9 % de volume sur un an
Bank Indonesia, bilan 2025
473 000
points marchands QR Ph et 17 établissements participants au P2M mi-2022
Bangko Sentral ng Pilipinas
24 M
utilisateurs MMQR et plus de 420 000 marchands, 11 portefeuilles raccordés (février 2025 – janvier 2026)
Central Bank of Myanmar
+150,7 %
croissance en valeur des paiements QR nationaux vietnamiens sur les neuf premiers mois de 2025 (+61,6 % en volume)
State Bank of Vietnam
⚠️
QR statique et QR dynamique ne sont pas le même produit
Un QR statique (l'autocollant imprimé) n'encode que l'identifiant du bénéficiaire, et ne varie ni d'une transaction à l'autre ni d'un client à l'autre. Le client saisit lui-même le montant, et rien ne relie le paiement reçu à une commande. Un QR dynamique encode le montant et une référence, et autorise le rapprochement automatique. Dans toute la zone, l'immense majorité du parc marchand est en statique, qu'il s'agisse des 93 % de très petites entreprises indonésiennes ou des marchés de rue thaïlandais. Un modèle d'encaissement qui suppose un rapprochement à la commande impose d'exiger du dynamique et d'en obtenir confirmation auprès de l'acquéreur, sans jamais le supposer.

Ces normes QR relèvent aussi d'une politique de souveraineté monétaire, que leurs opérateurs revendiquent ouvertement. QRIS et le GPN indonésien font l'objet de contestations du représentant américain au commerce, qui y voit une barrière à l'entrée. La Digital Rupiah de Bank Indonesia est pour sa part justifiée publiquement par la « souveraineté de la rupiah à l'ère numérique ». Une stratégie régionale bâtie sur l'hypothèse d'une convergence des normes se heurte à cette dimension politique.

Les liaisons transfrontalières ASEAN : ce qui marche, ce qui ne marche pas

Une liaison transfrontalière relie deux systèmes de paiement instantané nationaux, de sorte qu'un payeur d'un pays règle un bénéficiaire de l'autre depuis son application habituelle. En 2021, la liaison PayNow–PromptPay entre Singapour et la Thaïlande devient la première interconnexion au monde entre deux systèmes de paiement instantané de détail par adressage proxy. Un numéro de mobile suffit alors pour envoyer de l'argent d'un pays à l'autre. Elle est antérieure à UPI–PayNow (2023) et fonde toute la démarche régionale. En 2022, cinq banques centrales signent le protocole d'accord Regional Payment Connectivity (RPC) : Bank Indonesia, Bank Negara Malaysia, la Bangko Sentral ng Pilipinas, la Monetary Authority of Singapore et la Bank of Thailand. Le Vietnam, Brunei et le Laos les rejoignent ensuite.

Un paiement QR transfrontalier ASEAN, de bout en bout
Voyageur
Scanne le QR local avec son application domestique
Application bancaire ou portefeuille de son pays d'origine ; aucun enrôlement préalable, aucun change manuel
Opérateur du pays émetteur
Reconnaît un code étranger et route vers la liaison
NITMX, PayNet, ASPI/BI, NETS, NAPAS, NBC ou LAPNet selon le pays ; le code reste au format EMVCo
Liaison bilatérale
Applique le taux de change et transmet au pays acceptant
Le taux est fixé par les banques de règlement désignées, ce qui en fait le point le moins transparent de tout le dispositif
Opérateur du pays acceptant
Présente le paiement au marchand en devise locale
Le marchand reçoit un paiement identique à un paiement domestique, sans intégration supplémentaire
Banques de règlement désignées
Règlent en devises locales, hors dollar
C'est l'objectif explicite du dispositif : réduire la dépendance au correspondant bancaire en dollar
AnnéeCorridorSystèmes reliés
2020Thaïlande – CambodgeThai QR Payment – KHQR
2021Thaïlande – Vietnam ; Thaïlande – Malaisie ; Thaïlande – SingapourPromptPay – VietQR, DuitNow, PayNow
2022Thaïlande – IndonésieThai QR Payment – QRIS
2023Malaisie – Singapour ; Malaisie – Indonésie ; Indonésie – SingapourDuitNow – PayNow, QRIS ; QRIS – NETS/SGQR
2023Cambodge – Laos ; Cambodge – VietnamKHQR – LAO QR, VietQR
2024Malaisie – Cambodge ; Laos – Thaïlande ; Laos – Chine (UnionPay)DuitNow QR – KHQR ; LAO QR – Thai QR ; spécifications UnionPay intégrées à LAO QR le 19 décembre 2024
9 janvier 2025Laos – VietnamLAO QR – VietQR, ouvert à 7 banques vietnamiennes et 14 banques laotiennes
Corridors QR bilatéraux documentés en Asie du Sud-Est
29
liaisons QR et P2P instantanées intra-ASEAN et avec des partenaires externes recensées en décembre 2025
Déclaration conjointe de la 13e réunion des ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales de l'ASEAN
36,2 M
transactions QR transfrontalières ASEAN en 2025, pour 716,4 M USD
Déclaration conjointe ASEAN, avril 2026
12,9 M
transactions QR transfrontalières ASEAN au premier semestre 2025
Datuk Seri Abdul Rasheed Ghaffour, gouverneur de Bank Negara Malaysia, novembre 2025
1 660 Md IDR
cumul des transactions QRIS transfrontalières avec la Malaisie, Singapour et la Thaïlande depuis 2022, à juin 2025
Perry Warjiyo, gouverneur de Bank Indonesia
⚠️
L'ordre de grandeur que personne n'affiche
Le cumul des paiements QRIS transfrontaliers depuis 2022, 1 660 milliards de roupies, représente environ 0,3 % du seul premier semestre 2025 du QRIS domestique (579 000 milliards de roupies). À l'échelle régionale, le total s'établit à 716,4 M USD sur l'année 2025, pour dix pays et 700 millions d'habitants. Les liaisons QR ASEAN constituent une réussite diplomatique et technique, et un cas d'usage réel pour le tourisme intra-régional. Leur volume ne les place pas encore au rang des rails de masse. Un plan d'affaires qui reposerait sur eux surestimerait le flux disponible d'un facteur cent.

Deux limites structurelles expliquent ce plafond. La première tient au change, dont le taux appliqué et la transparence varient d'une liaison à l'autre, sans qu'aucune règle régionale ne l'encadre ni ne le rende comparable d'un corridor à l'autre. La question reste non résolue. La seconde tient au modèle bilatéral lui-même, puisque chaque liaison est un projet complet à négocier, développer et exploiter entre deux opérateurs. Les plafonds sont bas, et le coût de mise en œuvre n'est pas réplicable à l'échelle. Un maillage complet de dix pays demanderait quarante-cinq liaisons. Deux marchés restent hors du maillage QR bilatéral, les Philippines et le Myanmar, alors même que le BSP a signé le protocole RPC. Côté acceptation, un marchand philippin contourne l'absence de liaison en passant par une passerelle privée ou un PSP licencié BSP exposant les portefeuilles régionaux.

🔑
Nexus : le passage annoncé du bilatéral au multilatéral
Nexus Global Payments (NGP), société sans but lucratif de droit singapourien constituée en 2025, reprend du BIS Innovation Hub le projet Nexus, dont le schéma directeur a été achevé en juillet 2024. Une seule connexion au réseau donne accès à tous les systèmes instantanés membres, avec un objectif de paiement transfrontalier en moins de 60 secondes. Les membres fondateurs sont l'Inde, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande. Bank Indonesia est passée d'observateur spécial à membre de plein exercice en février 2026, entrée qui pèse dans le dispositif puisque l'Indonésie compte parmi les plus grands corridors de remises au monde. Nexus n'est pas encore entré en production, de sorte qu'aucun service n'en est disponible aujourd'hui, alors même que son calendrier structure les projets régionaux des cinq prochaines années.

Super-apps et portefeuilles : le paiement n'est pas le produit

Une super-app est une application mobile qui réunit plusieurs services du quotidien, la course, la livraison, la place de marché ou la messagerie, et qui y adjoint un porte-monnaie électronique. La zone a inventé ce modèle de portefeuille, adossé à un usage quotidien à haute fréquence plutôt qu'au paiement lui-même. Le paiement y est un sous-produit d'un service dont l'utilisateur a besoin tous les jours, ce qui distingue ces portefeuilles de ceux d'un scheme de carte. L'utilisateur se trouve déjà dans l'application pour une autre raison, de sorte que le coût d'acquisition du payeur est nul.

🛵
GrabPay (Grab)
Porte-monnaie de la principale super-app de la zone. L'entité singapourienne Grablink Pte. Ltd. est titulaire de la licence Major Payment Institution de la MAS ; la présence de la marque sur les autres marchés repose sur des entités et des licences distinctes, à vérifier pays par pays. Le groupe a franchi 50 millions d'utilisateurs transactionnels mensuels fin 2025.
🟢
GoPay (GoTo)
Portefeuille de la super-app Gojek, exploité par PT Dompet Anak Bangsa, agréée et supervisée par Bank Indonesia ; le crédit associé est porté par des entités agréées par l'OJK. L'ancrage transport et livraison lui donne une fréquence d'usage qu'aucun rail bancaire n'égale.
🛒
ShopeePay (Sea)
Portefeuille captif de la place de marché Shopee, exploité en Indonésie par PT AirPay International Indonesia, agréée par Bank Indonesia. Couplé au paiement fractionné SPayLater (jusqu'à 24 mensualités à 0 %), au prêt SPinjam, à l'assurance et au placement. Le bras financier du groupe, ex-SeaMoney, a été renommé Monee.
🇵🇭
GCash et Maya (Philippines)
GCash (G-Xchange, Inc., groupe Mynt) revendique 81 millions d'utilisateurs actifs et 2,5 millions de marchands (janvier 2025). Maya est plus rare. Une même application y réunit un portefeuille, une activité de paiement de bout en bout et une banque numérique agréée. Le portefeuille devient alors un canal de collecte de dépôts.
🇻🇳
MoMo et ZaloPay (Vietnam)
MoMo (M_Service JSC) est devenu une super-app financière sous licence d'intermédiaire de paiement de la Banque d'État. ZaloPay (Công ty Cổ phần ZION) est distribué dans la messagerie dominante du pays, où l'on transfère depuis le fil de discussion. Licence n° 04/GP-NHNN du 19 janvier 2026.
🛣️
Touch 'n Go eWallet (Malaisie)
Adossé à la marque de péage et de transport Touch 'n Go, exploité par TNG Digital sous régulation de Bank Negara Malaysia et de la Securities Commission. Élargi au crédit, au placement et au voyage, et explicitement destiné aussi aux touristes et expatriés. Un marchand local a donc intérêt à connaître ce moyen d'acceptation.
Les enseignes derrière les portefeuilles de la zoneGrabSHShopeeGOGojekLILINEAlipay+
🔑
Le portefeuille ne gagne pas d'argent sur le paiement, il en gagne sur le crédit
Le modèle économique de ces portefeuilles apparaît dans les comptes des groupes cotés. Monee (ex-SeaMoney, groupe Sea) affiche un encours de prêts en principal de 9,2 Md USD fin 2025, en hausse de 80,4 % sur un an, pour 3,8 Md USD de revenus. Le taux d'impayés à 90 jours ressort à environ 1,1 %, avec plus de 20 millions de nouveaux emprunteurs sur l'année (Sea Limited, résultats de l'exercice 2025). Chez Grab, le portefeuille brut de prêts atteint 1,3 Md USD et les revenus des services financiers 347 M USD, en hausse de 37 % (Grab Holdings, résultats de l'exercice 2025). Une commission d'acceptation se négocie donc avec des acteurs dont le portefeuille tire son revenu du crédit, et pour qui le paiement est un produit d'appel.

Deux configurations particulières se rencontrent dans la zone. La première est le portefeuille public de fait, dont la Thaïlande donne l'exemple avec l'application เป๋าตัง (Paotang), éditée par Krung Thai Bank, banque commerciale contrôlée par un fonds lui-même détenu par la Bank of Thailand. Les dispositifs de relance et d'aide de l'État transitent par ce canal, si bien que les transferts publics thaïlandais empruntent l'application d'une banque commerciale d'État plutôt qu'une infrastructure de banque centrale. La seconde configuration est la passerelle privée transfrontalière. Alipay+ (Ant International) relie en une seule intégration des dizaines de portefeuilles nationaux au réseau d'acceptation des marchands, parmi lesquels GCash, TrueMoney, Touch 'n Go, Kakao Pay et AlipayHK. La passerelle interconnecte aussi plusieurs switchs nationaux, et constitue le principal concurrent privé des liaisons QR entre banques centrales.

⚠️
Un solde de portefeuille n'est pas un dépôt bancaire
GCash est un émetteur de monnaie électronique supervisé par la Bangko Sentral ng Pilipinas, et non une banque. Les soldes ne sont pas couverts par l'assurance des dépôts philippine, et le point vaut pour la majorité des portefeuilles de la zone. Dans une chaîne d'encaissement, router des fonds de clients ou conserver des soldes sur un portefeuille suppose d'avoir établi le statut juridique de l'entité : émetteur de monnaie électronique, prestataire de services de paiement, ou banque agréée. La notoriété de la marque ne renseigne pas sur ce statut.

Le cash à la livraison : le moyen de paiement qu'on ne peut pas ignorer

Le paiement à la livraison (cash on delivery, COD) désigne le règlement en espèces d'une commande en ligne, remis au transporteur au moment de la livraison. Il reste le premier moyen de paiement du commerce en ligne dans plusieurs marchés de la zone. Il y recule vite. Aucune variable ne distingue plus nettement un plan d'affaires écrit depuis un marché mature d'un plan d'affaires opérable localement. Son fonctionnement repose sur une chaîne logistique qui encaisse pour le compte du marchand, avec ses propres risques et ses propres coûts.

MarchéEspèces en point de venteCash à la livraison en ligneMéthode dominante en ligne
Philippines42 %23 %Portefeuilles : 41 % (GCash, Maya)
Indonésie36 % (contre 77 % en 2019)significatifPortefeuilles et QRIS
Vietnam≈ 33 %16 %Portefeuilles et VietQR ; QR à +62 % en volume et +151 % en valeur sur un an
Malaisie22 % (contre 64 % en 2019)faibleA2A (FPX, DuitNow) ; portefeuilles 26 %
Thaïlandeélevé hors zones urbainesparmi les plus élevés au mondeA2A / PromptPay : 44 % de la valeur
SingapourminoritairemarginalCartes 44 %, portefeuilles 40 %
Poids du cash et des méthodes alternatives par marché (Worldpay, Global Payments Report 2026, données 2025)

Le recours au COD répond à trois contraintes réelles : une bancarisation partielle, une confiance limitée dans les vendeurs en ligne, et l'absence, sur les rails de virement poussé, de mécanisme de contestation comparable au chargeback carte. Là où le paiement instantané et le QR ont progressé, le COD a reculé de manière spectaculaire, et il continuera de reculer. Ce moyen de paiement est en fin de cycle, pas dans un état stable.

  • Le taux de retour est le vrai coût. Une commande COD refusée à la porte revient en stock, avec un aller-retour de transport payé, aucun encaissement, et le produit parfois abîmé. Le COD ne se compare pas à un paiement en ligne à commission près : il se compare taux de refus et coût de retour inclus.
  • Le transporteur devient l'encaisseur. Il collecte les espèces, les consolide et les reverse au marchand selon son propre calendrier. Le marchand porte donc un risque de contrepartie sur un logisticien, souvent non régulé comme établissement de paiement, avec un délai de remise qui pèse directement sur son besoin en fonds de roulement.
  • La réconciliation est manuelle par nature. Les remises du transporteur arrivent agrégées, rarement à la commande. Exiger un fichier de remise détaillé par numéro de commande fait partie de la négociation logistique, pas de la négociation de paiement.
  • Les alternatives locales existent et coûtent moins cher. En Indonésie, le virtual account bancaire (une référence de virement unique générée par commande) offre le rapprochement automatique que le COD n'a pas, et le paiement en supérette (Alfamart, Indomaret) capte le client non bancarisé sans exposer de cash à la livraison.
  • Le QR statique n'est pas une alternative au COD. Il déplace le problème : il encaisse sans rapprocher. Pour remplacer le COD il faut du QR dynamique relié à la commande, ou un virtual account.
✅
La bascule est en cours, et elle est mesurable
Le Vietnam illustre le rythme de cette bascule. Le COD y dominait le commerce en ligne il y a cinq ans ; il pèse aujourd'hui environ 16 % de la dépense en ligne. Dans le même temps, les paiements QR nationaux progressent de 61,6 % en volume et 150,7 % en valeur sur les neuf premiers mois de 2025 (State Bank of Vietnam). Une ouverture du marché vietnamien comporte donc encore le COD, faute de quoi la part de clientèle qui ne paie pas autrement reste inaccessible. L'enjeu porte surtout sur la conversion du COD vers VietQR, qu'une remise, un délai de livraison réduit ou une préautorisation permettent d'instrumenter : la marge se trouve là.

Encaisser sur place : coûts, licences et routage obligatoire

Trois éléments déterminent le coût de l'encaissement dans la zone : le barème réglementaire quand il existe, l'obligation de routage domestique, et le régime de licence dont dépend jusqu'à la capacité même d'opérer. Aucun des trois ne se négocie avec l'acquéreur, qui les subit au même titre que le marchand. Ils sont fixés par la banque centrale ou par le législateur national, et varient donc d'un des dix marchés à l'autre.

Catégorie de marchandMDRRemarque
Très petite entreprise (usaha mikro, UMI), transaction ≤ 500 000 IDR0 %Exonération destinée à pousser les micro-marchands vers le numérique
Très petite entreprise (UMI), transaction > 500 000 IDR0,3 %Le taux le plus bas du barème régulier
Petite, moyenne et grande entreprise (UKE, UME, UBE)0,7 %Le cas général du commerce organisé
Éducation0,6 %Catégorie spécifique
Stations-service (SPBU)0,4 %Catégorie spécifique
Services publics, aides sociales G2P, impôts et passeports, dons à but non lucratif0 %Politique explicite de gratuité du canal public
Barème MDR QRIS par catégorie de marchand (Bank Indonesia, page « MDR QRIS bagi Merchant »)
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Le MDR ne se répercute pas sur le client
Bank Indonesia énonce la règle sans ambiguïté. Le MDR QRIS est à la charge du marchand et ne peut pas être transféré au consommateur. La banque centrale fixe le barème sans en percevoir de part, la totalité étant répartie dans l'industrie entre émetteur, acquéreur et opérateur de switching. Facturer un supplément QRIS au client constitue une infraction à cette règle. La vérification porte sur les pratiques du prestataire de services de paiement agissant au nom du marchand, quelle que soit l'étiquette portée par le supplément.

Ailleurs dans la zone, le prix de l'acceptation résulte du marché ou de la politique publique, en l'absence de barème réglementaire unique. En Thaïlande, la gratuité des transferts de personne à personne a été imposée par la Bank of Thailand. Elle a éliminé l'essentiel du P2P payant du pays et fixe, de fait, le plafond de ce qu'un acteur peut facturer. En Malaisie, le MDR DuitNow QR est fixé par l'acquéreur. Bank Negara Malaysia et PayNet ont dû clarifier publiquement ce point en 2023, et la plupart des acquéreurs ont annoncé continuer à en exonérer les micro et petites entreprises. Le taux applicable à un marchand malaisien se constate donc auprès de sa banque, un communiqué de place ne valant pas engagement contractuel. En Indonésie, la croissance QRIS de 2025 est elle-même attribuée par la banque centrale à sa politique de MDR à 0 % sur les canaux publics.

  • Indonésie, GPN. Le Gerbang Pembayaran Nasional (2017) impose le routage domestique des transactions carte par quatre switchs agréés (Artajasa, Rintis, Alto, Jalin) et fait émerger une carte de débit GPN à interchange réduit. C'est un point de conformité obligatoire pour tout acquéreur en Indonésie, et le pays a aussi lancé une carte de crédit domestique, Kartu Kredit Indonesia (KKI), d'abord réservée aux dépenses publiques.
  • Malaisie, MyDebit. Scheme de débit domestique de PayNet, avec obligation de routage domestique prioritaire des transactions de débit, migré en 2025 sur NextSwitch, commutateur développé et détenu localement par PayNet.
  • Thaïlande, TPN / Local Switching. Réseau de commutation locale des cartes de débit thaïlandaises, bâti par National ITMX avec les quatre grandes banques sur les spécifications techniques UnionPay adoptées comme norme du secteur. Il route l'essentiel du débit domestique et détermine l'interchange local.
  • Vietnam, NAPAS. Scheme carte domestique avec sa propre norme de puce (VCCS) et son BIN 9704, imposé par la Banque d'État pour sortir de la bande magnétique et internaliser le routage : plus de 20 600 distributeurs et 741 000 terminaux raccordés.
  • Myanmar, MPU. Depuis le retrait des schemes internationaux après 2021, le Myanmar Payment Union est pratiquement le seul rail carte utilisable dans le pays. Toute exposition au marché birman appelle une revue de conformité dédiée avant toute décision technique.

Le régime de licence est le point de blocage le plus fréquent pour un acteur étranger. En Indonésie, la réglementation-cadre des systèmes de paiement est le PBI n° 22/23/PBI/2020, en vigueur depuis le 1er juillet 2021. Elle impose qu'au moins 51 % des actions à droit de vote d'un prestataire de services de paiement non bancaire (PJP) soient détenues par des personnes ou entités indonésiennes, avec un plancher de 15 % du capital. Le seuil monte à 80 % des droits de vote pour un fournisseur d'infrastructure (PIP). En Malaisie, l'opérateur national PayNet est lui-même détenu majoritairement par la banque centrale, qui a annoncé vouloir réduire sa participation. Au Vietnam, l'encaissement passe par un titulaire de licence d'intermédiaire de paiement délivrée nominativement par la Banque d'État. La licence n° 57/GP-NHNN du 21 juillet 2020, accordée à Viettel Money, en donne un exemple. À Singapour, le régime Major Payment Institution de la MAS est le point d'entrée. Grablink, Apaylater Financials (Atome) ou StraitsX (XSGD) y figurent nommément.

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En Indonésie, on code contre SNAP avant de coder contre un PSP
SNAP (Standar Nasional Open API Pembayaran), instauré par Bank Indonesia en 2021, est un standard national obligatoire d'API ouvertes de paiement : format des messages, sécurité, gouvernance des contrats d'interconnexion. Le portail développeur et la maintenance des spécifications sont assurés par l'ASPI. Cette couche rend techniquement homogènes QRIS, BI-FAST et les portefeuilles indonésiens, quel que soit le prestataire retenu. Une intégration conduite en Indonésie part donc des spécifications SNAP, qui s'imposent à tout prestataire agréé, et de la documentation du PSP retenu seulement ensuite. L'ordre inverse conduit à réécrire.

Ce qui casse en production

Les incidents récurrents de la zone tiennent le plus souvent à des suppositions importées du modèle carte, appliquées à des rails de virement poussé. Un virement poussé est un paiement initié par le payeur depuis sa propre banque. Il devient définitif dès son exécution. Ce mode d'exécution n'offre ni les garanties ni les recours attachés à la carte, dont le modèle repose sur une transaction tirée à l'initiative du bénéficiaire. Les ruptures décrites ci-dessous sont celles qui coûtent le plus cher en exploitation.

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Il n'y a pas de chargeback
Sur un rail de virement poussé (PromptPay, BI-FAST, DuitNow, InstaPay, NAPAS 247), le paiement est final et irrévocable. Un remboursement est un nouveau virement, à l'initiative du marchand, avec ses propres frais et son propre délai. Toute logique de litige, de garantie ou de séquestre doit être construite dans l'application du marchand. Elle n'existe pas dans le rail.
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Le rapprochement du QR statique
Un autocollant statique n'encode ni montant ni référence. Le marchand rapproche à l'œil, sur le montant et l'heure, et devient vulnérable à la présentation d'une confirmation de virement falsifiée. La parade est structurelle, pas humaine : QR dynamique, ou notification de crédit poussée par la banque au point d'encaissement.
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Le nom affiché avant confirmation
L'adressage par alias affiche le nom du bénéficiaire au payeur avant validation. Si la raison sociale enregistrée diffère du nom commercial, une partie des payeurs abandonne au dernier écran. Aligner l'alias enregistré sur l'enseigne connue du client est un travail de conversion, pas un détail administratif.
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Le change transfrontalier opaque
Sur les liaisons QR ASEAN, le taux appliqué et sa transparence varient selon les liaisons, sans règle régionale. Un marchand qui accepte des paiements entrants transfrontaliers ne maîtrise ni le taux vu par son client, ni la comparabilité de son prix affiché avec celui d'un concurrent d'un autre corridor.
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Vietnam : l'authentification biométrique au-delà de 10 millions de dongs
Depuis le 1er juillet 2024, la décision 2345/QĐ-NHNN de la Banque d'État du Vietnam impose une authentification biométrique faciale pour tout virement dépassant 10 millions de dongs par opération. Le contrôle s'applique aussi dès que le cumul quotidien dépasse 20 millions de dongs. Même les opérations suivantes de faible montant y sont alors soumises. La donnée biométrique doit correspondre à celle stockée dans la carte d'identité. Un enrôlement biométrique préalable est également exigé avant la première opération sur une application bancaire, ou lors d'un changement d'appareil. Toute modélisation de parcours vietnamien qui ignore ces seuils produit des abandons massifs sur les paniers moyens élevés.
  • Les identifiants d'entité ne sont pas interchangeables. UEN à Singapour, NRIC malaisien, numéro fiscal d'entreprise thaïlandais, identifiant de marchand QRIS : chaque référentiel a son format et sa gouvernance. Un modèle de données qui suppose un identifiant marchand unique régional ne survit pas à la deuxième intégration.
  • Les plafonds sont bas et différents partout. Les liaisons transfrontalières en particulier sont plafonnées, et ces plafonds sont fixés par les banques centrales des deux côtés. Ils ne se découvrent pas en production.
  • Le règlement suit le RTGS national, pas le rail 24×7. Un paiement reçu un dimanche à minuit sur BI-FAST ou PromptPay ne se règle pas le dimanche à minuit chez la banque de règlement. Le décalage entre la finalité pour le payeur et la disponibilité des fonds pour le bénéficiaire est la source classique des écarts de trésorerie.
  • Le statut de l'entité conditionne la protection des fonds. Un émetteur de monnaie électronique n'est pas une banque, et les soldes ne sont pas couverts par l'assurance des dépôts. Cette vérification appartient à la revue de contrepartie, pas à la revue technique.
  • Les catégories de marchand déterminent le prix. En Indonésie, la classification UMI / UKE / UME / UBE change directement le MDR. Une classification erronée à l'enrôlement se corrige, mais rarement de façon rétroactive.
Points de contrôle avant mise en production, par marché
INDONESIE
  [ ] conformite SNAP des API (format, securite, gouvernance des contrats)
  [ ] classification marchand UMI / UKE / UME / UBE -> MDR applicable
  [ ] routage GPN par un switch agree (Artajasa, Rintis, Alto, Jalin)
  [ ] structure de detention conforme au PBI 22/23/PBI/2020 si entite locale
  [ ] QR dynamique confirme cote acquereur (pas seulement statique)

THAILANDE
  [ ] alias PromptPay enregistre au nom commercial connu du client
  [ ] gratuite P2P : verifier ce qui est reellement facturable en P2M
  [ ] switching local TPN pour le debit domestique

VIETNAM
  [ ] seuils decision 2345 : 10 M VND / operation, 20 M VND / jour cumule
  [ ] enrolement biometrique prealable et changement d'appareil
  [ ] licence d'intermediaire de paiement du partenaire (n° / GP-NHNN)
  [ ] parcours COD -> VietQR instrumente et mesure

PHILIPPINES
  [ ] QR Ph accepte via un PSP licencie BSP (banque ou EMI)
  [ ] statut EMI vs banque du portefeuille : couverture des soldes
  [ ] pas de liaison QR bilaterale ASEAN : passerelle privee si flux entrant

MALAISIE
  [ ] MDR DuitNow QR confirme PAR ECRIT par l'acquereur
  [ ] routage domestique prioritaire MyDebit
  [ ] recurrent : DuitNow AutoDebit, pas DuitNow Transfer ni FPX

Qui il faut connaître, et l'agenda des prochaines années

L'accès au marché passe dans cette zone par un opérateur national dont le capital est détenu par la banque centrale, par une association bancaire ou par l'État, et rarement par un scheme international. Ces opérateurs fixent les règles d'accès, les normes techniques et les conditions de raccordement propres à chaque pays. Un acquéreur révise toujours plus facilement sa grille tarifaire qu'une règle d'accès édictée par l'opérateur national, laquelle ne se négocie pas.

OpérateurMarchéCe qu'il contrôle
National ITMX (NITMX)ThaïlandePromptPay, la norme Thai QR, le switching local TPN, et PromptBiz (facture, paiement et reçu électroniques au format ISO 20022, ouvert en 2023)
Payments Network Malaysia (PayNet)MalaisieRPP/DuitNow, DuitNow QR, DuitNow AutoDebit, MyDebit, FPX, JomPAY, Interbank GIRO, RENTAS et le commutateur NextSwitch
Bank Indonesia et l'ASPIIndonésieBI-FAST, QRIS et QRIS Tap, SNAP, GPN, KKI, BI-RTGS et SKNBI, soit la concentration la plus forte de la zone entre les mains d'une banque centrale
Banking Computer Services (BCS) pour l'Association of Banks in SingaporeSingapourFAST, PayNow, GIRO et eGIRO ; NETS (détenu par DBS, OCBC et UOB) opère le débit domestique, eNETS, NETS QR et SGQR+
Philippine Payments Management Inc. (PPMI) et BancNetPhilippinesGouvernance et exploitation d'InstaPay, PESONet et QR Ph, sous cadre BSP
NAPASVietnamNAPAS 247, VietQR, le scheme carte domestique VCCS/BIN 9704 ; tout passe par là
National Bank of CambodiaCambodgeBakong, KHQR et le Cambodian Shared Switch : exploitation directe par la banque centrale
LAPNet, ndpx, Central Bank of MyanmarLaos, Brunei, MyanmarSwitchs et normes QR nationales des trois plus petits marchés ; LAPNet a ouvert son réseau aux non-bancaires avec MmoneyX en juillet 2025
Les opérateurs nationaux : qui décide, et de quoi

Côté acceptation, le point d'entrée technique d'un marchand étranger est presque toujours un agrégateur local plutôt qu'un acquéreur international. Au Vietnam, VNPAY revendique plus de 450 000 points d'acceptation VNPAY-QR, 350 000 entreprises partenaires et plus de 60 millions d'utilisateurs. Son QR est intégré dans plus de trente applications bancaires et une quinzaine de portefeuilles. En Indonésie, les passerelles de référence sont Xendit, Midtrans, DOKU et Faspay. En Thaïlande, 2C2P, Opn et GB Prime Pay ; aux Philippines, Maya Business, PayMongo, Dragonpay et Xendit ; en Malaisie, iPay88, GHL et Razer Merchant Services.

Le crédit à la consommation adossé au commerce en ligne constitue un marché distinct, dominé par des acteurs régionaux présents dans plusieurs pays à la fois. Akulaku (PT Akulaku Silvrr Indonesia) est présent en Indonésie, aux Philippines, au Vietnam et en Malaisie, avec 33 millions de clients revendiqués. Kredivo (groupe FinAccel) opère en Indonésie depuis 2016 et au Vietnam depuis 2021, et contrôle Krom Bank Indonesia. SPayLater appartient à l'écosystème Shopee, et Atome opère sous Apaylater Financials, licence de services de paiement singapourienne PS20200511. Chaque marché suppose une licence de crédit locale distincte, si bien que la présence d'une marque dans un pays ne préjuge pas de son autorisation à prêter dans un autre.

2024
Le schéma directeur Nexus achevé
Le BIS Innovation Hub publie en juillet 2024 le schéma directeur d'interconnexion multilatérale des systèmes instantanés, puis transfère la maîtrise d'ouvrage à une entité dédiée.
2025
Nexus Global Payments constituée à Singapour
Société sans but lucratif de droit singapourien, portée par les banques centrales fondatrices (Inde, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande). Objectif affiché : un paiement transfrontalier en moins de 60 secondes.
2025
Les deux derniers marchés se dotent d'un rail moderne
Brunei lance tarus et tarusQR ; le Myanmar déploie MMQR, qui atteint plus de 24 millions d'utilisateurs et 420 000 marchands en un an. L'ASEAN est intégralement équipée en temps réel et en QR interopérable.
Février 2026
Bank Indonesia entre de plein exercice dans Nexus
Passage du statut d'observateur spécial à celui de membre, et nomination du premier président indépendant du conseil de NGP. L'Indonésie est l'un des plus grands corridors de remises au monde, à la fois pays d'origine de travailleurs migrants et pays récepteur.
Avril 2026
Premier bilan chiffré régional
La déclaration conjointe des ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales de l'ASEAN recense 29 liaisons QR et P2P et publie les volumes 2025 : 36,2 millions de transactions pour 716,4 M USD.
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Ce qu'il faut retenir pour opérer
L'ouverture commerciale de l'Asie du Sud-Est se conduit marché par marché, avec l'opérateur national comme interlocuteur central et l'agrégateur local comme point d'entrée technique. Trois décisions déterminent la réussite d'une ouverture : accepter le QR national en dynamique dès le premier jour, traiter le cash à la livraison comme un coût logistique et non comme un moyen de paiement, et vérifier le statut réglementaire de chaque contrepartie avant de router le moindre flux. Le transfrontalier régional reste à ce stade un service au voyageur, et ne portera un volume significatif que si Nexus tient sa promesse multilatérale.