Sept marchés, sept architectures : la carte du terrain
L'Asie du Sud hors Inde réunit sept marchés de paiement qui totalisent près de 600 millions d'habitants. Quatre d'entre eux ont construit un système de paiement national en moins de quinze ans, le Pakistan, le Bangladesh, Sri Lanka et le Népal. S'y ajoutent trois petits marchés (Bhoutan, Maldives, Afghanistan) dont l'architecture est plus originale que celle de bien des pays de l'OCDE. Ces sept marchés partagent une structure macroéconomique commune. Leurs économies sont déficitaires en devises, et financées par les salaires que leurs travailleurs migrants renvoient du Golfe et de Malaisie. Aucune devise commune, aucun régulateur régional et aucun scheme partagé ne les relient. Leurs banques centrales traitent pour cette raison le système de paiement comme un instrument de politique monétaire autant que comme une infrastructure.
Le prix de l'acceptation y relève de la décision publique. L'administration du prix remplace la négociation commerciale dans les quatre grands marchés de la zone. À Sri Lanka, la banque centrale plafonne par circulaire les frais d'un virement instantané. Au Bangladesh, elle fixe le taux maximal que chaque catégorie d'acteur peut prélever sur un transfert interopérable. Au Pakistan, l'État subventionne le paiement marchand par QR pour évincer la carte. Un modèle économique bâti sur une commission ad valorem de type occidental ne trouve, dans ces quatre marchés, aucun espace tarifaire disponible.
| Marché | Rail instantané | Norme QR | Scheme carte domestique | Régulateur / opérateur |
|---|---|---|---|---|
| Pakistan | Raast (2021) | Raast QR (P2M, 2022) | PayPak (2016) | State Bank of Pakistan ; switch 1LINK |
| Bangladesh | NPSB temps réel (2012) ; Binimoy (marginal) | Bangla QR (2020) | TakaPay (2023) | Bangladesh Bank, opérateur direct |
| Sri Lanka | LankaPay CEFTS (2015) | LANKAQR (2018) | National Card Scheme LankaPay–JCB (2019) | Central Bank of Sri Lanka ; LankaClear |
| Népal | connectIPS (2018), NEPALPAY Instant | Fonepay QR (2020), NEPALPAY QR | Annoncé, pas en production | Nepal Rastra Bank ; NCHL |
| Bhoutan | Bhutan Financial Switch (2011) | Bhutan QR (2020) | – | Royal Monetary Authority, opérateur direct |
| Maldives | Favara (2024) | – | – | Maldives Monetary Authority |
| Afghanistan | ATS / RTGS (2020) | – | AfPay | Da Afghanistan Bank ; switch APS |
Pakistan : Raast, ou l'État qui désintermédie ses propres switchs
L'infrastructure de paiement de détail pakistanaise a longtemps reposé sur deux opérateurs privés adossés à un système de règlement public. 1LINK, société détenue depuis 1999 par un consortium de banques, exploite le switch national, qui porte les DAB, les POS, le virement interbancaire IBFT et le paiement de factures. NIFT, coentreprise privée créée en 1995, compense les chèques en trois lots quotidiens (normal, intercity, same-day). Les deux règlent leurs positions nettes dans PRISM+, le RTGS de la State Bank of Pakistan mis en service en 2008. Ce RTGS cumule la fonction de dépositaire central de titres. Cette fusion RTGS/CSD est peu commune. Le système migre aujourd'hui vers ISO 20022.
En 2021, la banque centrale a lancé Raast, rail instantané public et gratuit, avec adressage par alias. Cet alias, le Raast ID, est le numéro de mobile de l'utilisateur. Raast vient contourner 1LINK plutôt que s'y ajouter. Un virement Raast ne passe pas par le switch privé, il ne paie pas de commission d'interchange, et il règle directement dans PRISM+. Cette configuration place la State Bank of Pakistan en position de superviseur, d'opérateur d'infrastructure et de concurrent des acteurs qu'elle supervise. Elle structure à ce titre l'ensemble du marché pakistanais.
| Rail | Opérateur | Nature | Point de règlement |
|---|---|---|---|
| Raast | State Bank of Pakistan | Crédit push instantané, alias ou IBAN, gratuit pour le client | PRISM+ (monnaie centrale) |
| IBFT / POS / DAB | 1LINK (Pvt) Ltd | Switch interbancaire, commissionné | Batchs nets multilatéraux dans PRISM+ |
| Chèques | NIFT (Pvt) Ltd | Trois lots quotidiens, dont un same-day | Batchs nets dans PRISM+ |
| PayPak | 1LINK (Pvt) Ltd | Scheme carte domestique, interchange domestique | Via 1LINK, puis PRISM+ |
| Asaan Mobile Account | State Bank of Pakistan | Canal USSD sur téléphone non connecté | Règlement interbancaire assuré par Raast |
En octobre 2025, la banque centrale a déclaré son intention de faire transiter l'intégralité des paiements de l'État par Raast d'ici la fin de l'exercice FY26. Sont concernés les salaires publics, les pensions, les transferts sociaux et les recouvrements. Le basculement de ce flux entraîne la constitution d'une base de comptes actifs, sans laquelle le rail reste peu utilisable pour l'acceptation privée. Les rails brésilien et indien ont connu le même mécanisme d'amorçage, l'État y ayant été le premier client avant de devenir le distributeur de l'usage.
Pakistan : PayPak, les wallets télécoms et les quatre voies d'entrée
PayPak, lancé par 1LINK en avril 2016, est le seul scheme carte domestique du pays. Il revendique 16,1 millions de cartes en circulation et environ 28 % du marché carte pakistanais (1LINK, 2025-2026). Son positionnement repose sur le coût. Les frais de scheme sont domestiques, le règlement se fait en roupies, et aucune devise ne sort vers Visa ou Mastercard. Sa couverture s'arrête à la frontière. Il n'offre aucune acceptation hors du Pakistan. La carte couvre les achats de proximité, et laisse aux marques internationales le voyage et l'achat sur un site étranger. En juin 2026, 1LINK a annoncé la première carte de crédit domestique du pays, opérée avec Euronet Pakistan en modèle de service managé. Le montage vise à ouvrir le crédit aux banques moyennes sans qu'elles construisent leur propre plateforme.
| Instrument | Coût pour le marchand | Couverture porteur | Ce qui casse |
|---|---|---|---|
| Raast QR (P2M) | Nul pour le client ; l'établissement perçoit 0,5 % plafonné à 100 PKR de subvention publique jusqu'au 30 juin 2026 | Tout titulaire d'un compte bancaire ou d'un wallet raccordé | L'après-subvention : le modèle économique de l'acquéreur n'est pas établi au-delà de l'enveloppe publique |
| PayPak | Interchange et frais de scheme domestiques, sensiblement inférieurs aux marques internationales | 16,1 M de cartes, ≈ 28 % du parc | Aucune acceptation à l'étranger ; parc encore concentré sur le débit |
| Visa / Mastercard | Interchange international, frais de scheme en devises | Le reste du parc, plus les porteurs étrangers | Sortie de devises, coût le plus élevé de la zone, exposition au change |
| Wallets (JazzCash, Easypaisa) | Commission négociée bilatéralement, réseau d'agents rémunéré | Base d'utilisateurs très large, y compris non bancarisés | Interopérabilité partielle selon le canal ; économie du cash-out portée par le marchand ou l'agent |
Les deux portefeuilles dominants du marché pakistanais sont des banques, à la différence des portefeuilles au sens européen du terme. JazzCash (2012) est exploité par Mobilink Microfinance Bank, filiale du groupe VEON/Jazz. Il revendique environ 21 millions d'utilisateurs actifs mensuels, 57 millions de clients enregistrés et 850 000 marchands (communication société, 2025). Easypaisa (2009), pionnier du mobile money pakistanais, a obtenu en 2025 l'accord de la SBP pour changer de statut. Il est devenu la première banque de détail 100 % numérique du pays. Il compte environ 18 millions d'utilisateurs actifs mensuels, dont ~14 millions sur application (communication société, 2025). L'adossement à une licence de banque de microfinance, plutôt qu'à une licence de monnaie électronique, caractérise le modèle pakistanais. La négociation commerciale se conduit donc avec un établissement de crédit, soumis à des obligations prudentielles et à ses propres délais.
La structure capitalistique d'Easypaisa est l'un des points qu'examine toute due diligence menée en 2026. Easypaisa Digital Bank est détenue à 55 % par Telenor Group et 45 % par Ant Group. Le contrôle revient donc à Telenor. L'entité a été exclue de la cession de Telenor Pakistan au groupe PTCL, finalisée fin 2025. Telenor a mandaté Citigroup en 2026 pour étudier la vente de sa participation. La clause de changement de contrôle est l'instrument par lequel un contrat d'acquisition ou de distribution encadre une cession de cette participation en cours d'exécution.
Bangladesh : le pays où le mobile financial services a tout absorbé
Le mobile financial services (MFS) désigne au Bangladesh un service de paiement mobile adossé à une banque commerciale titulaire d'une licence MFS de la Bangladesh Bank. Le pays applique ce *modèle bank-led* que peu d'États ont maintenu aussi longtemps. La licence est délivrée à la banque, et non à un opérateur télécom. Le registre officiel recense quatorze services MFS pour treize banques**. Cette dispersion apparente des acteurs coexiste avec une concentration des parts de marché sur trois marques.
| Service | Entité exploitante | Adossement | Ce qu'un contrat doit vérifier |
|---|---|---|---|
| bKash | bKash Limited | Contrôlée par BRAC Bank PLC, avec Ant Group, la Fondation Bill & Melinda Gates, l'IFC, Money in Motion et SoftBank Vision Fund au capital | Licence MFS de la Bangladesh Bank ; actionnariat international à déclarer côté sanctions et bénéficiaires effectifs |
| Nagad | Nagad Limited | Bangladesh Post Office, sur le fondement de l'article 3(2) de l'amendement 2010 de la loi postale | Base juridique postale et non bancaire ; entité sous administration de la banque centrale depuis août 2024 |
| Rocket | Dutch-Bangla Bank PLC | Service de mobile banking d'une banque commerciale | Modèle purement bancaire : le contrat est un contrat de banque, pas de fintech |
| উপায় (Upay) | UCB Fintech Company Ltd. | United Commercial Bank | Acteur de second rang : calibrer les volumes réels et non la taille du pays |
| Trust And Pay (tap) | Trust And Pay Ltd. | Trust Bank | L'entité au registre est Trust And Pay Ltd., pas la coentreprise « Trust Axiata Digital » sous laquelle le service est encore souvent référencé |
Les statistiques bangladaises présentent un écart important entre comptes enregistrés et comptes actifs. Avec 239 millions de comptes MFS pour une population d'environ 175 millions d'habitants, le multi-comptage est massif. Un même individu détient couramment un compte bKash, un compte Nagad et un compte bancaire lié à un service de mobile banking. Un dimensionnement fondé sur le nombre de comptes déclarés surestime d'un facteur deux à trois la base réellement adressable. Les seules grandeurs exploitables sont les volumes de transactions et les utilisateurs actifs à 30 ou 90 jours, que le contrat range parmi les informations dues par le partenaire.
L'économie réelle du MFS bangladais repose sur le *cash-out*, la conversion en espèces d'une somme reçue sous forme de valeur numérique. L'utilisateur retire ses fonds chez un agent, qui perçoit une commission à ce titre. Cette commission finance le réseau, fort de plus d'1,8 million d'agents selon la Bangladesh Bank. Elle rend aussi le paiement marchand structurellement difficile à imposer. Un paiement effectué en numérique chez un commerçant supprime le retrait correspondant, donc la commission d'agent qui l'accompagne. L'obstacle au paiement marchand au Bangladesh porte donc sur la rémunération du réseau d'agents, plus que sur l'acceptation technique.
Bangladesh : les rails publics et l'interopérabilité imposée par circulaire
La Bangladesh Bank est, avec la Royal Monetary Authority du Bhoutan, l'une des rares banques centrales de la planète à être l'opérateur technique direct de son infrastructure de détail. Elle exploite depuis 2012 le National Payment Switch Bangladesh (NPSB), qui porte le DAB, le POS, le virement interbancaire en ligne et, depuis novembre 2025, l'interopérabilité obligatoire. Elle exploite le BEFTN depuis 2011, ACH de crédit et de débit du pays et rail des salaires, pensions et transferts sociaux. Elle exploite enfin le BACPS depuis 2010, pour la troncature et la compensation d'images de chèques. Les deux forment ensemble le Bangladesh Automated Clearing House. Le règlement se fait dans BD-RTGS (2015), qui est multidevise et traite le taka, le dollar, l'euro, la livre et le dollar canadien. Ce système règle donc des opérations interbancaires domestiques libellées en devises étrangères.
Le 13 octobre 2025, la banque centrale a publié une circulaire qui a modifié la structure du marché. À compter du 1er novembre 2025, toutes les banques, tous les opérateurs MFS et tous les PSP doivent acheminer par le NPSB des transferts de n'importe quel compte vers n'importe quel compte. L'obligation couvre les envois de banque vers MFS, ceux de MFS vers MFS, et ceux qui font intervenir un PSP. Un transfert bKash vers Nagad, qui n'existait pas, relève désormais de cette obligation. Le même texte fixe les prix maximaux applicables à ces transferts, en plus de rendre le rail obligatoire.
| Catégorie de l'établissement émetteur | Commission maximale | Prélevée sur |
|---|---|---|
| Banque | 0,15 % | L'émetteur uniquement |
| Opérateur de mobile financial services (MFS) | 0,20 % | L'émetteur uniquement |
| Prestataire de services de paiement (PSP) | 0,85 % | L'émetteur uniquement |
| Bénéficiaire, toutes catégories | Aucune commission autorisée | – |
Le même écart se lit sur Binimoy, la plateforme de transaction numérique interopérable (IDTP) présentée à son lancement comme l'« UPI bangladais », reliant banques, MFS et PSP par alias. Les données semestrielles officielles en donnent la mesure. Elle a traité 217 213 transactions pour 76,03 crore BDT sur le premier semestre 2025, soit 0,00 % du volume comme de la valeur de l'ensemble des plateformes du pays. Le seul BEFTN en traite 184 millions sur la même période. Binimoy fonctionne donc techniquement, pour un poids qui s'arrondit à zéro dans les statistiques de place. La plateforme ne figure pas parmi les systèmes que la banque centrale présente comme en exploitation. Sa qualification de rail national ne correspond à aucun volume mesuré.
Côté carte, TakaPay (2023) est le premier scheme domestique bangladais, exploité par la Bangladesh Bank via le NPSB et lancé avec Sonali Bank, City Bank et BRAC Bank. Son objectif est explicitement macroéconomique, puisqu'il vise à réduire la sortie de devises payée aux schemes internationaux. Une co-badge avec RuPay a été annoncée pour les flux Inde-Bangladesh, ce qui constituerait le premier pont carte intra-régional de la zone. Cette co-badge relève à ce jour de l'annonce, et non d'un service en exploitation.
Sri Lanka : LankaPay, ou la tarification administrée de l'acceptation
L'infrastructure de paiement sri-lankaise est exploitée par une société unique, LankaClear (Pvt) Ltd, détenue conjointement par la Central Bank of Sri Lanka, qui la supervise, et par les banques du pays. LankaClear opère l'ensemble du système national LankaPay (Common Card and Payment Switch, CCAPS). S'y rattachent le rail instantané CEFTS depuis 2015, la surcouche marchande JustPay depuis 2016, la norme LANKAQR depuis 2018 et le scheme carte domestique depuis 2019. La même société opère l'ACH historique SLIPS (1994) et la compensation d'images de chèques CITS (2006). Le règlement final se fait dans LankaSettle (2003). Ce RTGS est couplé au dépositaire de titres publics.
La bascule vers le rail instantané y a été l'une des plus rapides de la zone. CEFTS est passé de 8 % à 67 % des transactions interbancaires du pays en six ans (CBSL / LankaPay). Ce basculement résulte d'une politique tarifaire imposée par circulaire, qui a rendu le virement instantané moins coûteux que les instruments concurrents. Le cas sri-lankais documente ainsi l'effet d'un plafonnement tarifaire sur la répartition des instruments de paiement.
| Brique | Depuis | Fonction | Plafonds fixés par la banque centrale |
|---|---|---|---|
| CEFTS | 2015 | Virement instantané 24×7 entre comptes | 5 M LKR par virement ; frais plafonnés à 25 LKR en banque en ligne, mobile et DAB du réseau propre, 100 LKR au guichet et sur DAB tiers |
| JustPay | 2016 | Surcouche marchande de faible montant sur CEFTS | Plafond par transaction et frais plafonnés, fixés par circulaire (50 000 LKR pour un P2P initié depuis une application tierce dans l'environnement JustPay) |
| LANKAQR | 2018 | Norme QR nationale conforme EMVCo | Aucun frais facturé au client ; toute application certifiée paie tout marchand affichant le code |
| LPOPP | – | Plateforme de paiement en ligne pour les grands encaissements publics | Jusqu'à 20 Md LKR pour Sri Lanka Customs et 10 Md LKR pour l'Inland Revenue Department |
| National Card Scheme (LankaPay–JCB) | 2019 | Scheme carte domestique co-badgé | Frais domestiques ; acceptation internationale via le partenaire japonais |
Le National Card Scheme, lancé en 2019 par LankaClear en partenariat avec JCB International, associe un scheme domestique et un réseau d'acceptation international. Les frais des opérations domestiques restent fixés dans le pays, à un niveau bas, quand l'acceptation hors du pays emprunte le réseau du partenaire japonais. Le scheme était accepté sur plus de 4 800 DAB du réseau LankaPay dès son lancement (CBSL). La première phase portait le débit. Une seconde phase, commercialisée sous l'appellation « LankaPay 2 in 1 », ajoute le crédit. Ce montage donne à un petit marché une couverture mondiale sans transférer l'économie de ses paiements domestiques à un scheme international.
Sri Lanka constitue le contre-exemple le plus utile de la zone à l'idée que le mobile money s'impose partout. La banque centrale ne reconnaît que deux systèmes de paiement mobile dans le pays, tous deux portés par des opérateurs télécoms. eZ Cash (Dialog Axiata PLC) est accessible sans compte bancaire, y compris aux abonnés d'un opérateur concurrent. mCash (Mobitel, groupe Sri Lanka Telecom, marque SLT-Mobitel) dispose d'un réseau d'encaissement très large, qui couvre les factures, les assurances, le crédit-bail et la banque d'agence. Les deux se sont intégrés aux rails de place et à LANKAQR, mais l'essentiel du paiement de détail sri-lankais est passé par les rails bancaires CEFTS et JustPay, pas par les wallets télécoms. Le faible coût et l'universalité du rail bancaire ont réduit l'espace laissé aux portefeuilles télécoms.
GovPay, mis en service en 2025 par LankaClear pour le compte de l'État, est un guichet unique de paiement des services publics adossé aux rails LankaPay. Le montage relève du G2C/C2G, les flux entre l'administration et les particuliers transitant dans les deux sens par une infrastructure de place plutôt que par un PSP privé. Ce schéma se retrouve, sous d'autres noms, dans les quatre grands marchés de la zone.
Népal : un réseau QR privé devenu norme nationale de fait
La norme QR népalaise est portée par un opérateur privé, à la différence des autres marchés de la zone. Partout ailleurs en Asie du Sud, la norme QR est publique, édictée, imposée et souvent exploitée par la banque centrale. Au Népal, un acteur privé l'a emporté sur l'infrastructure publique. Fonepay, exploité par Fonepay Payment Service Ltd (groupe F1Soft), concentre plus de neuf paiements QR sur dix dans le pays (Nepal Rastra Bank / presse). Une infrastructure publique existe en parallèle. La Nepal Clearing House Ltd (NCHL) opère le Retail Payment Switch et la marque NEPALPAY, entrés en service alors que le réseau privé était déjà installé.
L'infrastructure publique népalaise se lit en trois couches. NCHL-IPS / NCHL-ECC (2012) forme le socle de compensation, avec la troncature de chèques et les virements différés. Toute intégration bancaire au Népal y passe. connectIPS (2018) est la plateforme unique de paiement de détail temps réel (web, mobile, API), opérée par la chambre de compensation détenue par les banques. Elle sert de rail de référence aux paiements gouvernementaux et aux frais de scolarité. Le National Payment Switch / Retail Payment Switch de NCHL porte enfin le paiement par alias (NEPALPAY Instant), la demande de paiement, le QR interopérable, la passerelle facturier, l'interopérabilité des wallets et le règlement des opérateurs de systèmes de paiement. Le tout est exposé aux membres par une API ouverte.
Le Népal a aussi été le premier terrain d'export de l'UPI indien vers un réseau QR tiers. Depuis mars 2024, un voyageur indien paie un marchand népalais avec son application UPI en scannant un QR Fonepay, via un accord avec NPCI International Payments Ltd (NIPL). Plus de 200 000 terminaux sont raccordés selon NIPL (2025). En janvier 2025, NEPALPAY QR a été ouvert aux visiteurs de Chine, d'Italie, de Corée du Sud, de Malaisie et de Singapour. Trois situations distinctes se confondent souvent dans la description de ces accords, l'acceptation d'un QR étranger par un marchand local, l'interconnexion de deux systèmes de paiement, et l'export de la pile logicielle. Le Népal relève du premier cas. Un voyageur indien y paie un commerçant népalais, alors qu'un résident népalais ne dispose pas du chemin inverse en Inde.
| Wallet | Raison sociale au registre | Statut | Capital libéré | Point de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Khalti | IME Khalti Ltd. | PSP licencié en 2017 | 545,45 M NPR, premier des PSP népalais | Le wallet est rattaché au groupe IME ; les mentions « Khalti Digital Wallet Pvt Ltd » ne correspondent pas à l'entité licenciée |
| eSewa | Esewa Ltd. | PSP licencié en 2017, le même jour que Khalti | 500,0 M NPR, deuxième des PSP népalais | Domicilié à Pulchowk (Lalitpur), à la même adresse que l'opérateur du réseau Fonepay : point d'attention concurrentiel, sans lien capitalistique établi au registre |
Les remises des travailleurs migrants ont atteint 1 723,27 Md NPR sur l'exercice 2024/25, en hausse de 19,2 % (Nepal Rastra Bank). Elles représentaient 26,5 % du PIB en 2023 selon la Banque mondiale, soit le taux de dépendance le plus élevé de la région et l'un des plus élevés au monde. Les fonctions attendues d'un rail de paiement népalais découlent donc du traitement de la remise entrante et de sa distribution jusqu'au bénéficiaire.
Bhoutan, Maldives, Afghanistan : les trois marchés que les panoramas oublient
Le Bhoutan, les Maldives et l'Afghanistan forment le second groupe de marchés de la zone, très inférieurs aux quatre premiers en volume traité. Chacun présente une configuration institutionnelle qu'aucun grand pays n'offre à l'état pur. Le Bhoutan confie l'ensemble de son infrastructure de paiement à sa banque centrale. Les Maldives ont ouvert leur rail instantané aux établissements non bancaires dès sa conception. En Afghanistan, le système de paiement s'est substitué pour partie au système bancaire.
Le Bhoutan a été le premier pays au monde à accepter l'UPI indien en paiement marchand, dès 2021, par un accord entre NPCI International Payments Ltd et la Royal Monetary Authority. Il en a ultérieurement émis côté domestique. Quatre traits y étaient réunis, un petit marché voisin de l'Inde, une devise arrimée, une banque centrale seule décisionnaire et une intégration menée de bout en bout. Ces traits font du Bhoutan un cas de référence dans l'étude de l'export d'un standard de paiement.
Les trois marchés partagent un point opérationnel, la concentration du risque de contrepartie. Quand la banque centrale est l'opérateur unique du switch, il n'existe ni redondance commerciale, ni recours contractuel classique, ni alternative de routage. Un incident sur le Bhutan Financial Switch ou sur l'ATS afghan ne peut donc pas être contourné par un routage privé de substitution. Les engagements de niveau de service qu'un acquéreur souscrit ailleurs n'ont ici aucun débiteur, l'opérateur du switch étant la banque centrale elle-même. L'analyse de continuité d'un contrat d'encaissement local dans ces trois pays se conduit donc sans plan de repli contractuel.
Les remises migrantes : le moteur réel, et ce qu'il impose à qui veut encaisser
Les remises des travailleurs migrants désignent les sommes qu'un travailleur expatrié transfère vers son pays d'origine. La région a reçu environ 200 Md $ de remises personnelles en 2024 (Banque mondiale). Ce flux finance la consommation des ménages et alimente les réserves de change des banques centrales, ce qui explique la place qu'il occupe dans la réglementation du paiement. Le corridor Golfe–Asie du Sud est le plus lourd du monde en volume. Il présente une asymétrie entre ses deux extrémités. Le flux y est physique à l'émission (agences de change, espèces, paie des travailleurs migrants aux Émirats, en Arabie saoudite, au Qatar, au Koweït), et il devient numérique à la réception (wallet, compte bancaire, mobile money). La structure de coût du corridor découle de cette asymétrie, et non de la technologie employée.
| Marché | Dispositif public | Mécanique | Point d'atterrissage habituel |
|---|---|---|---|
| Pakistan | Roshan Digital Account (RDA) | Compte à distance pour les Pakistanais de l'étranger, ouvert sans déplacement ; 12,426 Md $ d'entrées cumulées et 917 400 comptes à fin mars 2026, dispositif étendu aux ressortissants et sociétés étrangers en mars 2026 | Compte bancaire domestique, puis Raast pour la distribution |
| Bangladesh | Prime de 2,5 % sur les remises formelles | Bonification versée par l'État sur toute remise acheminée par le canal bancaire officiel, cumulable avec les bonus commerciaux des opérateurs, arme directe contre le hundi | bKash, Nagad ou Rocket, plus rarement un compte bancaire |
| Sri Lanka | Campagnes de canalisation et suivi CBSL | 8 076,2 M $ reçus en 2025 (+22,8 %), dont un mois de décembre 2025 record à 879,1 M $ (+43,2 %). Le précédent pic mensuel remontait à décembre 2020 | Compte bancaire, puis CEFTS/JustPay pour la dépense |
| Népal | Encadrement des sociétés de remise par la NRB | 1 723,27 Md NPR en FY2024/25 (+19,2 %) ; 26,5 % du PIB en 2023 selon la Banque mondiale | Wallet (eSewa, Khalti), agence de remise, compte bancaire |
L'Asie du Sud est la région la moins chère du monde pour recevoir une remise, y compris après la remontée des prix constatée en 2025. Ce niveau de prix résulte de la concurrence des maisons de change du Golfe, du volume du corridor, et des primes publiques qui subventionnent le canal formel. Un nouvel entrant ne trouve donc aucune rente de coût à capturer sur la remise entrante. Les revenus liés à ces flux, lorsqu'il en existe, proviennent des opérations réalisées en aval, une fois la somme créditée au bénéficiaire.
Le *hawala désigne un réseau de courtiers indépendants (hawaladars) qui compensent entre eux sur une base de confiance, sans mouvement transfrontalier de fonds à chaque opération. Le GAFI et le FMI le rangent parmi les systèmes informels de transfert de valeur (IVTS). Il est plus rapide, moins cher, et souvent le seul canal disponible sur l'Afghanistan et les zones rurales de la région. Dubaï en est le principal carrefour. Sa déclinaison bangladaise, le hundi*, est la cible explicite de la prime publique de 2,5 %. Le hawala fournit le point de comparaison auquel se mesurent les prix et les délais de tout opérateur formel dans la zone.
- Vérifier le régime de change avant l'intégration technique. Roupie pakistanaise, taka, roupie sri-lankaise et roupie népalaise sont sous contrôle des changes : le rapatriement des fonds d'un compte marchand local est une opération réglementée. C'est le premier point du contrat, pas le dernier.
- Ne jamais dimensionner sur les comptes déclarés. 239 millions de comptes MFS bangladais pour ~175 millions d'habitants : exiger les actifs à 30 ou 90 jours et les volumes, pas les inscrits.
- Vérifier le statut de la contrepartie au registre du régulateur, et sa phase exacte : le registre EMI pakistanais distingue accord de principe, pilote et exploitation commerciale ; le registre népalais donne la raison sociale réelle (IME Khalti Ltd., Esewa Ltd.) ; l'entité MFS bangladaise au registre est parfois différente de la marque commerciale (Trust And Pay Ltd.).
- Modéliser la fin des subventions. La subvention Raast P2M court jusqu'au 30 juin 2026 sur une enveloppe de 3,5 Md PKR. Un modèle d'acquisition pakistanais qui ne survit pas à son extinction n'est pas un modèle.
- Traiter les plafonds tarifaires comme une donnée d'entrée, pas comme un risque. 25 LKR par virement CEFTS, 0,15 %/0,20 %/0,85 % selon la catégorie au Bangladesh : ces bornes ne se négocient pas, elles se subissent, et elles déterminent quel modèle économique est viable.
- Distinguer acceptation d'un QR étranger, interconnexion de systèmes et export de pile logicielle. Un voyageur indien qui paie via Fonepay au Népal ou LANKAQR à Sri Lanka ne signifie pas que les deux systèmes sont interconnectés, ni que le flux inverse existe.
- Auditer la continuité là où la banque centrale est l'opérateur unique (Bhoutan, Bangladesh, Afghanistan) : il n'existe ni redondance commerciale, ni recours contractuel classique, ni routage alternatif.