Référence🇪🇺 Le paiement en EuropeIntermédiaire⏱ 29 min de lecture

🇩🇪 Les paiements en Allemagne, Autriche et Suisse

girocard et la domination du débit, Kauf auf Rechnung et SEPA-Lastschrift, eps et Bankomat en Autriche, TWINT et le franc hors SEPA, EBICS et la relation banque-entreprise : ce qu'il faut pour encaisser réellement en Europe germanophone

Trois marchés, deux monnaies, une même culture du compte

« DACH » désigne l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse réunies sous un sigle unique, d'usage courant dans les plans média. Le regroupement est linguistique. Il ne recouvre aucune infrastructure de paiement partagée. Traiter les trois pays comme un marché unique produit trois erreurs coûteuses. La première porte sur le prélèvement SEPA, réputé suffire en Suisse alors qu'il ne couvre pas le franc. La deuxième porte sur le scheme de débit allemand, supposé fonctionner à Vienne alors qu'aucune banque autrichienne ne l'émet. La troisième place la carte au centre du plan d'encaissement, alors qu'elle ne domine ni la vente en ligne ni le paiement récurrent.

Les trois marchés reposent sur une culture du compte bancaire plutôt que sur la ligne de crédit. L'instrument de référence y est le compte courant (Girokonto, Konto, Kontokorrent). Le payeur le mobilise par débit direct, par virement, ou par une facture réglée après réception de la marchandise. La carte de crédit y reste minoritaire. En Allemagne, elle ne représente que 4,7 % des transactions et 8,7 % des dépenses enregistrées dans le journal de paiement de la Bundesbank en 2025. La carte de débit y pèse 26,2 % et 27,8 %.

AllemagneAutricheSuisse
DeviseEuro (EUR)Euro (EUR)Franc suisse (CHF), euro en second rail
Banque centrale / superviseurDeutsche Bundesbank / BaFinOesterreichische Nationalbank (OeNB) / FMABanque nationale suisse (BNS) / FINMA
Scheme de débit domestiquegirocard (Deutsche Kreditwirtschaft, via EURO Kartensysteme GmbH)Bankomat (PSA Payment Services Austria GmbH)Aucun scheme carte national unique ; PostFinance Card (PostFinance SA) subsiste
Compensation de détailSEPA-Clearer du RPS, opéré par la Bundesbank elle-mêmePSA CSM, opéré par PSASIC, opéré par SIX Interbank Clearing pour le compte de la BNS
InstantanéSCT Inst via SEPA-Clearer / RT1 / TIPSSCT Inst via PSA CSM Instant Payments (2025)SIC Instant Payments (nov. 2023), en francs, réglé en monnaie de banque centrale
PrélèvementSEPA-Lastschrift (Core / B2B) + ELV en caisseSEPA-Lastschrift + ems Lastschrift (PSA)LSV+ (SIX) et Debit Direct (PostFinance), non SEPA, en francs
Wallet nationalWero (EPI Company) ; PayPal domine de faitBluecode (Blue Code International AG)TWINT (TWINT AG)
Pay-by-bank e-commerceSofortüberweisung / Klarna Pay Now ; giropay arrêté fin 2024eps-Überweisung (PSA / STUZZA)TWINT et e-banking ; pas de scheme pay-by-bank au sens d'iDEAL
Canal banque-entrepriseEBICSEBICSEBICS
Régime européen applicableIFR, DSP2, règlement (UE) 2024/886IFR, DSP2, règlement (UE) 2024/886Aucun, hors UE et hors EEE
Les trois marchés en un tableau, infrastructures et interlocuteurs (relevé 2026)
45 %
part des espèces dans les transactions du quotidien en Allemagne en 2025 (−6 points en deux ans) : pour la première fois, la majorité des paiements est sans espèces
Deutsche Bundesbank, « Zahlungsverhalten in Deutschland 2025 », 2026
55 %
part des espèces dans les transactions au point de vente en Autriche en 2025 (63 % en 2022), et 45 % du chiffre d'affaires
OeNB, « Zahlungsmittelstudie 2025 », OeNB Report 2026/14, 23 juin 2026
30 %
part des espèces dans les paiements en présentiel en Suisse en 2024, dépassée par la carte de débit (35 %) et talonnée par les applications de paiement (18 %)
Banque nationale suisse, « Zahlungsmittelumfrage bei Privatpersonen in der Schweiz 2024 », base 18 623 transactions
8,3 Md
transactions girocard en 2025 (+4,8 %) pour environ 308 milliards d'euros, le premier moyen de paiement du commerce physique allemand
Deutsche Kreditwirtschaft / girocard.eu, 2026
🔑
La règle qui structure tout le reste
En Allemagne et en Autriche, le point de vente appartient au débit domestique et le e-commerce appartient au compte (virement, prélèvement, facture, PayPal). En Suisse, TWINT occupe les deux canaux à la fois, ce qu'aucun autre wallet national d'Europe n'a réussi. Un plan d'acceptation construit autour de la carte de crédit ne couvre, dans les trois pays, qu'une part minoritaire des transactions et une part limitée des montants encaissés.

girocard : le scheme qui tient la caisse allemande

girocard est la marque commune, depuis 1990, du système de débit des banques allemandes. Sa propriété est collective, et non celle d'un opérateur privé. Elle est portée par la Deutsche Kreditwirtschaft (DK), l'organe de coordination des cinq associations bancaires allemandes : banques privées (BdB), banques coopératives (BVR), caisses d'épargne (DSGV), banques publiques (VÖB) et banques hypothécaires (VDP). L'administration opérationnelle revient à EURO Kartensysteme GmbH. Ce statut coopératif produit deux effets opposés. La couverture du pays est complète, puisque toutes les banques émettent la carte et que tout le commerce l'accepte. Les évolutions du scheme sont lentes, puisque chacune suppose un accord entre les cinq associations.

8,3 Md
transactions girocard en 2025, en hausse de 4,8 % sur un an
Deutsche Kreditwirtschaft / girocard.eu, 2026
≈ 308 Md €
montant réglé par girocard en 2025
Deutsche Kreditwirtschaft / girocard.eu, 2026
1 344 000
terminaux actifs girocard recensés au maximum sur l'année 2025
Deutsche Kreditwirtschaft / girocard.eu, 2026
88,5 %
des transactions girocard réalisées en sans contact en décembre 2025
Deutsche Kreditwirtschaft / girocard.eu, 2026

Deux sources publient des chiffres sur girocard, et elles ne mesurent pas le même objet. Les chiffres de la DK comptent les transactions passées dans le scheme. L'enquête de la Bundesbank compte les actes de paiement déclarés par les porteurs, tous instruments confondus. Elle donne, pour 2025, girocard à 20,1 % des transactions et 21,9 % du chiffre d'affaires, devant Visa Debit (4,2 % / 3,4 %) et Mastercard Debit (1,4 % / 1,9 %). La Bundesbank distingue pour la première fois les réseaux de débit entre eux, et sa mesure confirme ce que les émetteurs affirmaient. 90 % des personnes interrogées détiennent une girocard, contre 98 % qui détiennent au moins une carte de débit.

  • Le co-badgeage est la clé de lecture. Une girocard n'est presque jamais seule sur son plastique : elle a longtemps été co-badgée Maestro ou V PAY pour être acceptée hors d'Allemagne. Mastercard a cessé l'émission de nouvelles cartes Maestro en Europe le 1er juillet 2023, et V PAY a suivi le même sort ; les banques allemandes ont donc migré vers Debit Mastercard et Visa Debit. Conséquence pratique : la même carte physique peut se router en girocard au point de vente allemand et en Visa/Mastercard ailleurs, et le coût d'acceptation n'est pas le même.
  • girocard n'existe pas nativement en e-commerce. C'est le trou structurel du scheme, et la raison pour laquelle le e-commerce allemand s'est construit sans lui. Un marchand allemand qui veut « la girocard en ligne » se voit en réalité proposer le rail Visa/Mastercard de la même carte.
  • girocard existe en revanche dans les wallets. L'enquête Bundesbank 2025 montre qu'au point de vente, parmi les paiements mobiles, les cartes enregistrées dans les portefeuilles sont pour environ un tiers des girocard et pour un tiers des cartes de débit Visa, les cartes de crédit ne pesant que près de 20 % des paiements mobiles.
  • Le sans contact est acquis, le mobile décolle. Les paiements mobiles sont passés de 6 % à 10 % des transactions en Allemagne entre 2023 et 2025, et de 6 % à 13 % dans le commerce stationnaire. Apple Pay est en tête (41 % des personnes qui paient en mobile), devant Google Pay et les applications des banques.
InstrumentPart des transactionsPart du chiffre d'affaires
Espèces44,7 %23,3 %
Carte de débit (total)26,2 %27,8 %
dont girocard20,1 %21,9 %
dont Visa Debit4,2 %3,4 %
dont Mastercard Debit1,4 %1,9 %
Carte de crédit (prépayées incluses)4,7 %8,7 %
Procédés mobiles (Apple Pay, Google Pay, apps bancaires)10,2 %7,4 %
Procédés de paiement internet (PayPal, Klarna…)6,5 %8,9 %
Virement (dont instantané : 0,8 % / 6,6 %)2,9 %18,5 %
Prélèvement (Lastschrift)2,6 %4,3 %
Ce que payent réellement les Allemands, en 2025 (journal de paiement, n = 18 497 transactions pour 822 538 €)
⚠️
Le piège de la part de marché carte en Allemagne
L'ELV (Elektronisches Lastschriftverfahren) est une procédure allemande d'encaissement en caisse par prélèvement, en usage depuis 1980. Le commerçant lit la piste ou la puce de la carte pour en extraire les coordonnées de compte. Il fait signer un mandat de prélèvement, puis encaisse hors du scheme girocard. L'opération se passe donc de commission d'interchange, mais aussi sans aucune garantie de paiement, et ces transactions apparaissent en prélèvement dans les statistiques, pas en carte. Toute comparaison internationale de « part de la carte » en Allemagne s'en trouve faussée. Un taux annoncé « tout compris » par un acquéreur reste incomparable tant que la part d'ELV dans le mix du commerçant n'est pas connue.
Marques que l'on croise dans l'acceptation germanophoneGIgirocardBABankomatTWTWINTBLBluecodeKlarnaWEWeroPOPostFinance CardEPeps-ÜberweisungRARatepayRIRiverty

L'Autriche : un opérateur unique, PSA, et trois marques à connaître

PSA Payment Services Austria GmbH est la société de place du paiement de détail autrichien, détenue par les banques du pays. Elle concentre à elle seule le scheme de débit domestique (Bankomat), le réseau de distributeurs (Bankomaten), la chambre de compensation de détail (PSA CSM), le pay-by-bank e-commerce (eps-Überweisung) et le prélèvement (ems Lastschrift). Une telle concentration est rare en Europe. Elle réduit le nombre d'interlocuteurs à cartographier pour entrer sur le marché, et elle concentre sur un point unique le risque opérationnel de tous ces services.

11 M
cartes Bankomat® en circulation
PSA Payment Services Austria, psa.at, relevé 2026
6 474
Bankomaten® exploités par PSA
PSA Payment Services Austria, psa.at, relevé 2026
> 11 000
boutiques en ligne acceptant eps-Überweisung, pour environ 25 établissements participants
eps-ueberweisung.at, relevé 2026
244 M
transactions e-commerce traitées par PSA sur un an
PSA Payment Services Austria, psa.at, relevé 2026
  • Bankomat est la carte de débit autrichienne, exploitée par PSA pour le compte des banques. Comme la girocard, elle a été co-badgée Maestro puis, après l'arrêt d'émission de Maestro en Europe en juillet 2023, Debit Mastercard. Le mot Bankomat désigne indifféremment la carte et le distributeur dans le langage courant : ne pas confondre lors de la lecture d'un contrat.
  • eps-Überweisung (2005) est le standard autrichien de paiement en ligne par virement bancaire, exploité par PSA avec STUZZA. C'est l'équivalent fonctionnel d'iDEAL aux Pays-Bas : le client est redirigé vers son e-banking, authentifie le virement, et le marchand reçoit une confirmation. Il est incontournable pour vendre en ligne en Autriche, y compris aux administrations, et il a survécu là où l'équivalent allemand giropay est mort.
  • PSA CSM Instant Payments (2025) est la réponse autrichienne à l'obligation européenne d'instantané, adossée à l'infrastructure de compensation existante de PSA.
  • Bluecode (Blue Code International AG, 2016) est un paiement par code-barres ou QR adossé directement au compte bancaire, déployé en Autriche et en Allemagne, et interconnecté avec des schemes QR asiatiques via l'Alliance of Merchant Payment Schemes. C'est la seule solution QR de la zone germanophone à avoir cherché l'interopérabilité hors d'Europe.
SituationEspècesCartesAutres (dont mobile)
Point de vente, transactions (n ≈ 9 200)55 % (63 % en 2022)39 % (33 % en 2022)6 % (4 % en 2022)
Point de vente, chiffre d'affaires45 % (48 % en 2022)48 % (46 % en 2022)7 % (6 % en 2022)
Point de vente, achat < 10 €69 %24 %6 %
Point de vente, achat ≥ 100 €43 %48 %6 %
Point de vente, 16-29 ans38 %52 %9 %
Point de vente, 66 ans et plus76 %23 %0 %
Autriche 2025, parts par moyen de paiement (OeNB, Zahlungsmittelstudie 2025, journal de paiement)

En ligne, la répartition autrichienne diffère de celle observée au point de vente. Sur les 921 transactions internet relevées par l'OeNB en 2025, les cartes classiques pèsent 35 %, les procédés de paiement internet (PayPal, Klarna, Apple Pay, Google Pay) 30 %, le virement 23 % et le prélèvement 8 %. Rapportée à la valeur, la répartition change de forme, le virement atteignant 62 % du montant payé en ligne. L'écart tient aux paniers élevés. Véhicule, logement ou travaux se règlent par virement, et non par carte. Un marchand autrichien de biens à forte valeur unitaire qui n'accepte ni eps ni le virement classique se prive du segment où se concentre l'essentiel de la valeur encaissée en ligne.

ℹ️
Un marché encore massivement présentiel
91 % des achats des ménages autrichiens se font en magasin, à la caisse, selon l'OeNB (2025). La moitié des paiements du pays sont désormais réalisés sans espèces. L'attachement au numéraire reste un sujet de débat public, que la même enquête mesure. 94 % des personnes interrogées ne peuvent pas imaginer un monde sans numéraire, et 66 % veulent qu'il conserve son importance actuelle, soit cinq points de plus qu'en 2024. Le refus d'espèces en caisse relève donc, en Autriche, du risque de réputation, et non de la simple préférence de consommateur : l'attachement au numéraire y est majoritaire et en progression.

La Suisse : TWINT, le franc hors SEPA, et une carte de débit refondue

TWINT est le wallet national suisse. Le paiement s'y déclenche par QR et se règle depuis le compte bancaire du payeur, hors des rails carte. Il est exploité par TWINT AG, que détiennent les grandes banques suisses, PostFinance et SIX. La solution actuelle procède d'une fusion, celle de TWINT et de son concurrent Paymit (SIX / UBS / ZKB) en 2017. La masse critique est venue de ce rapprochement : aucune des deux solutions n'y serait parvenue seule. La Suisse est le seul pays d'Europe où un wallet national a contenu la progression d'Apple Pay et de la carte.

901 M
transactions TWINT en 2025, en hausse de 17 % sur un an
TWINT AG, janvier 2026
> 6 M
utilisateurs, pour une population d'environ 9 millions d'habitants
TWINT AG, janvier 2026
81 % / 86 %
des commerces physiques et des boutiques en ligne suisses acceptent TWINT
TWINT AG, janvier 2026
77 % / 23 %
répartition des transactions TWINT entre paiements commerciaux et paiements entre particuliers
TWINT AG, janvier 2026
Présentiel (n = 18 623)À distance (n = 4 069)Entre particuliers (n = 1 669)
Espèces30 %3 %44 %
Carte de débit35 %14 %5 %
Carte de crédit14 %19 %3 %
Applications de paiement (TWINT…)18 %30 %44 %
E-banking / virement0 %21 %3 %
Suisse 2024, parts de transactions par situation de paiement (BNS, Zahlungsmittelumfrage 2024)

Le tableau met en évidence deux mouvements. La carte de débit a détrôné les espèces au point de vente, fait marquant de l'enquête 2024 de la BNS. La carte de crédit recule à distance (19 %, contre 27 % deux ans plus tôt). La BNS attribue explicitement ce recul à l'arrivée de la carte de débit utilisable en ligne, c'est-à-dire à la migration de Maestro vers Debit Mastercard et Visa Debit. Les Suisses disposent depuis lors, pour la première fois, d'une carte de débit acceptée en e-commerce. Les marchands suisses reçoivent donc en ligne un flux de débit qui n'existait pas avant la migration. Un marchand suisse dont le paramétrage 3-D Secure n'a pas été revu depuis lors traite aujourd'hui un flux de débit en ligne que sa configuration n'anticipait pas.

Encaisser en Suisse : les quatre décisions à prendre dans l'ordre
Devise
Décider la monnaie d'encaissement
Le franc ne circule pas dans SEPA. Les schemes SCT et SDD ne couvrent que l'euro : un encaissement en CHF passe par SIC, un encaissement en EUR depuis la Suisse passe par euroSIC (SIX Interbank Clearing / SECB Swiss Euro Clearing Bank, depuis 1999).
Récurrent
Choisir le rail de prélèvement
En francs : LSV+ (SIX) ou Debit Direct (PostFinance), deux procédures distinctes et non SEPA. En euros depuis un compte suisse : SEPA-Lastschrift. Les deux coexistent chez le même créancier, chacun avec son mandat et son format de fichier.
Facturation
Adopter la QR-facture
La QR-Rechnung (SIX, 2020) porte la référence structurée dans le QR. Les bulletins de versement rouges et orange (BVR/ESR) ont été supprimés le 30 septembre 2022 : tout ERP qui les produit encore est hors service en Suisse.
Acceptation
Ajouter TWINT, puis les cartes
TWINT couvre présentiel, en ligne, P2P, parking et marchés. Côté acquisition, les interlocuteurs habituels sont Worldline (ex-SIX Payment Services), Nexi et, en passerelle e-commerce, Datatrans.
⚠️
La Suisse n'est pas dans l'EEE, donc l'IFR ne s'y applique pas
Les plafonds européens d'interchange résultent du règlement (UE) 2015/751, dit IFR, qui les fixe à 0,2 % en débit et 0,3 % en crédit sur les cartes de consommateur. Ce règlement ne couvre ni la Suisse ni les transactions dont aucune jambe n'est dans l'EEE. Un modèle de coût construit sur les taux allemands ou autrichiens n'est pas transposable à un acquéreur suisse. Une carte suisse utilisée en Allemagne relève symétriquement des engagements antitrust de la Commission européenne sur les MIF inter-régionales, et non de l'IFR.
ℹ️
La Suisse, laboratoire de la monnaie de banque centrale numérique de gros
Project Helvetia, mené par la BNS avec SIX Digital Exchange et la Banque des règlements internationaux, est en phase III depuis 2023. Il émet une monnaie numérique de banque centrale de gros, c'est-à-dire réservée aux institutions financières, en valeur réelle et non en simulation. Cette monnaie règle des transactions sur titres tokenisés en production, et les règlements y sont juridiquement définitifs. Aucune autre MNBC de gros au monde n'est émise en valeur réelle et employée à un tel usage.

Kauf auf Rechnung : payer après avoir reçu, et pourquoi cela tient

L'achat sur facture (Kauf auf Rechnung) est un mode de règlement différé dans lequel la livraison précède le paiement. Le client reçoit la marchandise, l'essaie, puis paie. Le règlement intervient généralement sous 14 ou 30 jours, par virement ou par prélèvement. L'usage en est courant en Allemagne, en Autriche et en Suisse, et il inverse l'ordre admis dans le monde anglo-saxon, où le paiement précède la livraison. Le régime applicable est celui du délai de paiement de vente à distance, hérité de la vente par correspondance, et non celui du crédit à la consommation au sens classique. Le règlement reste par ailleurs unique, ce qui sépare l'achat sur facture du BNPL en trois fois.

La Bundesbank mesure le poids de ce mécanisme dans son journal de paiement. Dans le commerce de détail allemand pour les achats durables, prélèvements et virements ne représentent que 2 % des transactions mais 27 % du chiffre d'affaires. En ligne, ils pèsent 30 % des transactions et 45 % du montant payé. La moitié de la valeur du e-commerce allemand ne transite donc pas par un rail carte. En Autriche, la même structure attribue 62 % de la valeur des paiements internet au virement.

Cycle d'un Kauf auf Rechnung, côté marchand
Checkout
Le client choisit « Rechnung » et saisit son adresse
Aucune donnée de paiement n'est collectée. La décision se joue sur l'adresse, l'historique et le score du fournisseur (Ratepay, Riverty, Klarna, Billie en B2B).
Fournisseur de facture
Scoring en ligne et décision d'acceptation
Le fournisseur reprend le risque à son compte. En cas d'acceptation, il garantit le paiement au marchand ; en cas de refus, le checkout bascule sur les autres moyens de paiement, d'où l'importance d'un repli propre.
Marchand
Expédie, puis facture
Le marchand est payé par le fournisseur selon un calendrier contractuel, indépendamment du paiement effectif du client. C'est ce transfert de risque qui se facture.
Client
Paie par virement ou par SEPA-Lastschrift
Le rappel (Mahnung) et le recouvrement restent chez le fournisseur. Les retours produit annulent tout ou partie de la facture, et le rapprochement se fait sur la facture, pas sur la transaction.
ActeurExploitantDepuisPositionnement
RatepayRatepay GmbH2009Spécialiste allemand du Kauf auf Rechnung ; moyen de paiement culturellement dominant en Allemagne et quasi absent hors de la zone
Riverty (ex-AfterPay / Arvato Financial Solutions)Riverty Group GmbH (Bertelsmann)2022Référence du paiement sur facture aux Pays-Bas et en Allemagne. À ne pas confondre avec l'Afterpay australien : l'homonymie provoque des erreurs d'intégration
KlarnaKlarna Bank AB (groupe Klarna Group plc)2005Licence bancaire complète, propriétaire de Sofort/Pay Now : à la fois moyen de paiement, acquéreur de fait et prêteur
BillieBillie GmbH2016Paiement sur facture entre entreprises, segment distinct, non soumis aux règles du crédit à la consommation
ELVcommerçants et prestataires, hors scheme girocard1980Prélèvement signé en caisse, sans garantie de paiement mais sans commission de scheme, la variante physique de la même logique
Les acteurs du paiement à facture en zone germanophone (registre Paypedia)
⚠️
SDD Core ou SDD B2B : la confusion la plus coûteuse du marché
Le prélèvement SEPA existe en deux rulebooks distincts. En Core, le débiteur dispose d'un droit de remboursement inconditionnel de 8 semaines après le débit, et de 13 mois en cas d'opération non autorisée. En B2B, ce droit de remboursement n'existe pas, le débiteur doit être une entreprise et sa banque doit avoir validé le mandat au préalable. Un créancier germanophone qui encaisse des professionnels sur le rulebook Core reste donc exposé aux remboursements à huit semaines. Le choix opposé, un mandat B2B présenté pour un particulier, conduit la banque du débiteur à rejeter ce mandat à la source. En Suisse, LSV+ et Debit Direct ont chacun leur propre régime de contestation, encore différent. Un même ERP doit ainsi modéliser trois systèmes de mandat séparés.
  • Le rapprochement se fait sur la facture, pas sur l'autorisation. Un flux Kauf auf Rechnung produit un décalage systématique entre la commande, l'expédition, l'écriture bancaire et le retour éventuel. Les outils de réconciliation calibrés sur des captures carte à J+1 y échouent.
  • Le taux de retour produit devient une variable de trésorerie. Dans la mode allemande, où le renvoi est massif, l'écart entre chiffre d'affaires facturé et chiffre d'affaires encaissé est structurel, pas accidentel.
  • Le coût de l'achat sur facture est une prime de risque. Le fournisseur vend une garantie de paiement ; son tarif suit le profil de la clientèle et le panier moyen, là où un interchange suit le montant unitaire.
  • Sans facture au checkout, la conversion allemande chute. Un checkout limité à la carte et au portefeuille laisse de côté les prélèvements et virements qui portent près de la moitié du montant payé en ligne en Allemagne.

Construire un checkout qui convertit à Berlin, Vienne et Zurich

Un checkout germanophone repose sur trois listes de moyens de paiement distinctes, une par pays. Les trois listes se rejoignent sur l'achat sur facture, et divergent ensuite sur le pay-by-bank et sur le portefeuille attendu. La liste allemande déployée telle quelle en Autriche laisse de côté eps-Überweisung, standard local du paiement en ligne par virement. Déployée en Suisse, elle omet TWINT. Elle y surestime aussi la carte de crédit, dont la part recule en vente à distance.

Moyen de paiementAllemagneAutricheSuisse
PayPalIndispensable, environ 86 % de part des procédés de paiement internetTrès présentPrésent, non structurant
Achat sur facture (Rechnung)IndispensableIndispensableIndispensable, standard local
Prélèvement SEPAOui, pour l'abonnement et le récurrentOuiNon en CHF → LSV+ / Debit Direct
Virement / pay-by-bankSofortüberweisung (Klarna Pay Now)eps-Überweisunge-banking, sans scheme dédié
Carte de débitVisa Debit / Mastercard Debit (pas girocard)Debit MastercardDebit Mastercard / Visa Debit
Carte de créditMinoritaire (4,7 % des transactions)PrésenteEn recul à distance (19 % en 2024)
Wallet mobileApple Pay, Google Pay, WeroApple Pay, Google Pay, BluecodeTWINT avant tout
giropayÀ retirer, arrêté fin 2024Sans objetSans objet
Ce qu'un checkout doit proposer, par marché

giropay était le service allemand de paiement en ligne par virement bancaire, né en 2005 puis fusionné avec paydirekt et Kwitt. Il était exploité par Paydirekt GmbH pour la Deutsche Kreditwirtschaft. Il n'a jamais dépassé une part de marché à un seul chiffre, avec 23 millions de transactions pour 1,6 milliard d'euros en 2022. Son arrêt a été décidé en assemblée le 12 juin 2024. L'extinction est intervenue fin 2024. Cet échec d'un pay-by-bank bancaire face à PayPal a libéré les banques allemandes pour Wero. Tout checkout, toute documentation et tout contrat citant encore giropay sont périmés.

Sofortüberweisung est un service de paiement en ligne par virement. SOFORT AG l'a lancé en 2005. La société a été rachetée par Klarna, l'opération étant finalisée le 7 mars 2014, et elle est aujourd'hui exploitée sous le nom SOFORT GmbH. Le service a d'abord fonctionné par screen scraping de l'e-banking, avant de passer aux API DSP2. Il reste, sous la marque Klarna Pay Now, le pay-by-bank de référence en Allemagne et en Autriche. Le marché allemand du pay-by-bank a donc été remporté par un prestataire tiers, et non par le dispositif que les banques de la place avaient créé pour cet usage.

ℹ️
Wero : où en est-on réellement en Allemagne
Wero, porté par EPI Company, couvre la Belgique, la France et l'Allemagne depuis la mi-2024, avec les Pays-Bas annoncés pour 2026 (EPI Company, wero-wallet.eu, relevé 2026). Le consortium revendique plus de 50 millions d'utilisateurs, plus de 100 millions de transactions entre particuliers pour plus de 5 milliards d'euros, et plus de 1 100 membres (EPI Company / BNP Paribas, 2026). L'Allemagne est le premier marché où Wero a démarré, en paiement entre particuliers, et l'enjeu porte désormais sur le e-commerce. Wero doit y occuper la place que giropay n'a jamais su prendre, face à un PayPal installé depuis vingt ans. Un précédent existe, celui du premier consortium européen de schemes domestiques, l'Euro Alliance of Payment Schemes (2007), qui réunissait notamment girocard et qui a échoué.
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Le repli, plus important que la liste elle-même
Dans un checkout germanophone, l'incident le plus fréquent est le refus de scoring sur l'achat sur facture, devant l'échec d'autorisation carte. Le parcours proposé au client immédiatement après ce refus détermine l'aboutissement de la commande. Un repli construit apporte plus de conversion que l'ajout d'un dixième moyen de paiement. Ce repli consiste à présenter aussitôt le prélèvement, puis le virement, puis la carte, sans reprise de saisie ni page d'erreur.

Les rails : banques centrales opératrices et instantané imposé

L'Europe germanophone se distingue par la place qu'y occupent les banques centrales dans l'exploitation des infrastructures de paiement. Ses banques centrales opèrent elles-mêmes une part importante de l'infrastructure, quand la France, l'Italie ou l'Espagne s'appuient davantage sur des opérateurs privés ou mutualisés. Le SEPA-Clearer du RPS allemand est exploité depuis 2008 par la Deutsche Bundesbank en personne, cas rare d'une compensation de détail restée publique. En Suisse, SIX Interbank Clearing SA exploite le SIC pour le compte et sous la surveillance de la Banque nationale suisse.

Le SIC est le système de règlement interbancaire suisse, mis en service en 1987. Il compte parmi les tout premiers systèmes de règlement brut en temps réel au monde. Il est aussi le seul en Europe de l'Ouest à traiter indistinctement les gros montants et les paiements de détail dans le même système. SIX Interbank Clearing fait état d'environ 1 028 millions de transactions par an, et d'un chiffre d'affaires entre institutions financières qui atteint jusqu'à environ 6 000 milliards de francs lors des mois de pointe (six-group.com, 2026). Cette architecture explique le choix retenu pour l'instantané. Quand la Suisse l'a lancé en novembre 2023, elle n'a pas construit d'infrastructure séparée, et l'a placé dans le RTGS lui-même. Chaque paiement instantané suisse est donc réglé en monnaie de banque centrale.

2020
QR-facture en Suisse
SIX et la place financière suisse déploient la QR-Rechnung, avec référence structurée intégrée au QR. Tous les ERP opérant en Suisse doivent être mis à jour.
30 septembre 2022
Fin des bulletins de versement suisses
Les BVR/ESR rouges et orange sont supprimés. Le basculement est total, sans période de tolérance prolongée.
1er juillet 2023
Fin de l'émission Maestro en Europe
Mastercard arrête l'émission de nouvelles cartes Maestro. girocard, Bankomat et les cartes de débit suisses migrent vers Debit Mastercard ou Visa Debit. Cette bascule a rendu le débit suisse utilisable en ligne.
Novembre 2023
SIC Instant Payments
SIX lance le paiement instantané en francs, 24h/24 et 7j/7, réglé directement dans le RTGS SIC.
12 juin 2024
Arrêt de giropay décidé
L'assemblée décide l'extinction du pay-by-bank bancaire allemand pour fin 2024, après 23 millions de transactions en 2022.
Juillet 2024
Wero démarre en Allemagne
EPI Company lance Wero en paiement entre particuliers ; l'Allemagne est le premier marché servi, suivie de la France en septembre et de la Belgique en novembre.
Août 2024
La BNS impose la réception de l'instantané
L'obligation de recevoir des paiements instantanés s'applique aux plus grandes banques suisses, étendue aux autres établissements en 2026. Elle est posée par la banque centrale, non par une loi.
Fin 2024
Extinction de la GeldKarte
Le porte-monnaie électronique allemand adossé à la puce girocard ferme ; les soldes sont remboursables jusqu'au 31 mars 2025. Plus aucune carte n'était émise depuis 2020.
Juin 2025
PSA CSM Instant Payments
L'Autriche met en service son instantané de place sur l'infrastructure PSA existante.
9 octobre 2025
Le virement instantané devient obligatoire dans la zone euro
En vertu du règlement (UE) 2024/886, toutes les banques de la zone euro doivent proposer le virement instantané au même prix que le virement classique. Fin de la tarification premium en Allemagne et en Autriche.
FluxAllemagne / AutricheSuisse
Virement de détail en euroSCT via SEPA-Clearer (Bundesbank), PSA CSM, STEP2 (EBA Clearing)SCT via la banque du client, car la Suisse est dans la zone SEPA pour l'euro
Virement instantané en euroSCT Inst, obligatoire depuis le 9 octobre 2025Possible via SCT Inst, hors obligation européenne
Virement en franc suisseSans objetSIC (SIX Interbank Clearing pour la BNS)
Instantané en franc suisseSans objetSIC Instant Payments depuis nov. 2023
Euro depuis une banque suisse–euroSIC (SIX Interbank Clearing / SECB Swiss Euro Clearing Bank, 1999)
Gros montants en euroT2 (ex-TARGET2), EurosystèmeVia une banque correspondante ou euroSIC
PrélèvementSEPA-Lastschrift Core / B2B (+ ELV, ems)LSV+ (SIX) et Debit Direct (PostFinance), non SEPA
Où se règle quoi, selon la devise et le pays
🔑
L'instantané n'est plus un produit, c'est un socle
En Allemagne, un tiers des titulaires de compte utilisent déjà le virement instantané régulièrement : 13 % « toujours », 18 % « souvent ». L'European Payments Council mesurait, au quatrième trimestre 2025, 34 % de virements instantanés parmi tous les virements SEPA, une part plus que doublée depuis 2023. Wero est bâti sur ce socle. La généralisation du virement instantané dans la zone euro, le 9 octobre 2025, est postérieure à l'arrêt de giropay. Le pay-by-bank allemand redevient donc crédible sur une infrastructure que son prédécesseur n'a jamais connue.

EBICS : le canal banque-entreprise commun aux quatre pays

EBICS (Electronic Banking Internet Communication Standard) est le protocole par lequel une entreprise dépose ses ordres de paiement et récupère ses relevés auprès de ses banques. Sa spécification est pilotée par l'EBICS SC, qui réunit le CFONB (France), Die Deutsche Kreditwirtschaft (Allemagne), SIX (Suisse) et Payment Services Austria (Autriche). Le protocole n'appartient donc ni à l'Allemagne ni à la France. Les quatre marchés partagent un même canal banque-entreprise. Un groupe implanté à Munich, Vienne et Zurich mène une seule intégration technique, et non une par pays. Le canal banque-entreprise est le domaine où l'Europe germanophone est la plus intégrée, alors qu'il reste peu connu hors des directions de trésorerie.

  • EBICS T, transport seul : les ordres sont déposés par le canal, mais la validation finale s'opère hors protocole (typiquement dans le portail de la banque).
  • EBICS TS, transport et signature : la signature électronique personnelle du mandataire accompagne le fichier. C'est le mode retenu dès que l'on veut une chaîne d'autorisation entièrement dématérialisée.
  • EBICS 3.0 (schéma H005) unifie les usages nationaux via les BTF (Business Transaction Formats) : un couple service/format remplace les anciens types d'ordres propres à chaque pays. Lors d'un changement de banque ou d'outil de trésorerie, vérifier la version EBICS supportée des deux côtés : les mappings d'ordres ne sont pas automatiques.
  • Ce qui circule dedans est de l'ISO 20022 pour l'essentiel : pain.001 pour les virements, pain.008 pour les prélèvements, camt.053 pour le relevé de fin de journée, camt.052 pour l'intrajournalier, camt.054 pour les avis d'opération. Le MT940 survit comme format de repli, souvent livré en fichier, donc sans les blocs d'en-tête réseau d'un vrai message Swift.
Les trois références de paiement d'un groupe DACH, à ne jamais confondre
SUISSE : QR-facture, reference QRR
  21 00000 00003 13947 14300 09017      27 chiffres, avec chiffre de controle
  Portee : reference propre au systeme suisse, generee par le creancier.
  Le rapprochement est automatique : la reference identifie la facture.

SUISSE / INTERNATIONAL : reference creancier ISO 11649 (type SCOR)
  RF18 5390 0754 7034                   RF + 2 chiffres de controle + 21 car. max
  Portee : reconnue par la QR-facture suisse ET par le virement SEPA.
  C'est la seule reference structuree qui traverse les deux mondes.

ZONE EURO : communication libre (Verwendungszweck)
  "Rechnung 2026-04471 / Kunde 88213"   140 caracteres, texte libre
  Portee : SCT et SDD. Aucune structure imposee, donc aucun rapprochement
  garanti : c'est le trou noir du lettrage automatique en Allemagne.

  A cote, l'EndToEndId (35 car.) voyage de bout en bout et revient dans
  le camt.053 : c'est LUI qu'il faut utiliser pour reconcilier, pas le
  libelle libre saisi par le payeur.

Chaque pays ajoute à ce canal commun sa propre couche de facturation. La Suisse combine la QR-facture (SIX, 2020) et eBill (SIX, 2018). Ce dernier service livre la facture directement dans l'e-banking du payeur, avec un taux d'adoption élevé chez les facturiers suisses, et se couple à eBill Direct Debit. L'Autriche pousse la facturation électronique vers l'administration, quand l'Allemagne généralise progressivement la facture électronique structurée entre entreprises. Combinées à EBICS et à camt.053, ces couches relient l'émission de la facture, l'encaissement et le lettrage dans une même chaîne de données.

⚠️
Le piège du multi-pays sur un même ERP
Un groupe qui opère les trois marchés depuis un ERP unique doit modéliser trois régimes de mandat (SEPA Core, SEPA B2B, LSV+/Debit Direct). Il lui faut aussi deux devises de règlement avec deux infrastructures distinctes, et deux logiques de référence, structurée en Suisse et libre en zone euro. Ces écarts portent sur le modèle de données et sur les flux. Le paramétrage ne les couvre pas. Les échecs de projet observés dans la zone tiennent presque tous à la tentative de traiter la Suisse comme un pays SEPA supplémentaire.

Ce qui casse en production, et les voisins qu'il faut connaître

🧾
Retirer giropay du checkout
Arrêté fin 2024 après une décision d'assemblée du 12 juin 2024. Toute page de paiement, tout contrat et toute documentation technique qui le mentionnent encore décrivent un service inexistant.
💳
Ne pas promettre « girocard en ligne »
girocard n'a pas d'acceptation e-commerce native. Ce qui est vendu sous ce nom est le rail Visa ou Mastercard de la même carte physique, avec un coût et des règles de contestation différents.
🇨🇭
Ne pas traiter le franc en SEPA
Les schemes SCT et SDD ne couvrent que l'euro. Un prélèvement en francs passe par LSV+ ou Debit Direct, jamais par un pain.008 SEPA. Le compte suisse est joignable en SEPA pour l'euro, ce qui laisse croire à tort que le franc l'est aussi.
📮
Ne plus émettre de BVR/ESR
Les bulletins de versement rouges et orange sont supprimés depuis le 30 septembre 2022. Un ERP qui les produit encore ne peut plus encaisser en Suisse.
🔤
Riverty ≠ Afterpay australien
Riverty Group GmbH (Bertelsmann) est l'ex-AfterPay européen, sans lien avec l'Afterpay australien du groupe Block. L'homonymie provoque régulièrement des erreurs d'intégration et de contrat.
🏧
« Bankomat » désigne deux choses
En Autriche, le mot vaut pour la carte de débit comme pour le distributeur, tous deux exploités par PSA. Dans un contrat d'acceptation, lever l'ambiguïté avant de signer.

Deux marchés voisins reposent sur le même modèle que l'Allemagne et l'Autriche, un scheme domestique dominant associé à un pay-by-bank de place, et l'ont porté plus loin. La Belgique a Bancontact (Bancontact Payconiq Company, 1979). Bancontact a traité 2,5 milliards de paiements en 2025, dont 1,9 milliard par carte en magasin et 526 millions de paiements mobiles. Le scheme tient 78 % des transactions en ligne du pays. Les Pays-Bas ont iDEAL (Currence iDEAL B.V., 2005), qui concentrait environ 62 % des dépenses en ligne néerlandaises. Wero absorbe aujourd'hui iDEAL, dont le décommissionnement est prévu le 31 décembre 2027.

🔑
La leçon que l'Allemagne tire de ses voisins
Bancontact et iDEAL montrent qu'un pay-by-bank de place peut dominer un marché. Tous deux ont été le seul dispositif proposé par toutes les banques, dès le départ, sans concurrent bancaire interne. giropay est arrivé après PayPal, en concurrence de ses propres actionnaires, et a plafonné à une part à un chiffre. Le même écart s'observe en Suisse. TWINT n'a réussi qu'après avoir absorbé Paymit en 2017. Ces quatre trajectoires font apparaître la même condition. Un wallet ou un pay-by-bank de place atteint une position dominante lorsque toutes les banques du pays le proposent seul, et il plafonne lorsque plusieurs dispositifs bancaires se font concurrence.
  • Qui il faut connaître en Allemagne, ce sont Deutsche Kreditwirtschaft et EURO Kartensysteme (scheme), Deutsche Bundesbank (compensation et supervision, avec la BaFin), et côté acceptation Payone (Worldline), Unzer, Computop, Adyen. Sur la facture : Ratepay, Riverty, Klarna, Billie.
  • Qui il faut connaître en Autriche, ce sont PSA Payment Services Austria pour presque tout, STUZZA pour la normalisation, l'OeNB et la FMA côté supervision, Nexi, Worldline et Unzer côté acquisition. Blue Code International AG pour le QR.
  • Qui il faut connaître en Suisse, ce sont SIX (SIC, QR-facture, eBill, LSV+), TWINT AG, PostFinance SA, la BNS et la FINMA, et côté acceptation Worldline (ex-SIX Payment Services), Nexi et Datatrans.
  • Ce que l'on regarde pour piloter, c'est la part d'ELV dans le mix allemand, le taux de refus de scoring sur la facture, le taux de retour SDD à 8 semaines, la part d'instantané dans les virements reçus, et, en Suisse, la répartition entre encaissements CHF (SIC) et EUR (euroSIC).