Trois marchés, deux monnaies, une même culture du compte
« DACH » désigne l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse réunies sous un sigle unique, d'usage courant dans les plans média. Le regroupement est linguistique. Il ne recouvre aucune infrastructure de paiement partagée. Traiter les trois pays comme un marché unique produit trois erreurs coûteuses. La première porte sur le prélèvement SEPA, réputé suffire en Suisse alors qu'il ne couvre pas le franc. La deuxième porte sur le scheme de débit allemand, supposé fonctionner à Vienne alors qu'aucune banque autrichienne ne l'émet. La troisième place la carte au centre du plan d'encaissement, alors qu'elle ne domine ni la vente en ligne ni le paiement récurrent.
Les trois marchés reposent sur une culture du compte bancaire plutôt que sur la ligne de crédit. L'instrument de référence y est le compte courant (Girokonto, Konto, Kontokorrent). Le payeur le mobilise par débit direct, par virement, ou par une facture réglée après réception de la marchandise. La carte de crédit y reste minoritaire. En Allemagne, elle ne représente que 4,7 % des transactions et 8,7 % des dépenses enregistrées dans le journal de paiement de la Bundesbank en 2025. La carte de débit y pèse 26,2 % et 27,8 %.
| Allemagne | Autriche | Suisse | |
|---|---|---|---|
| Devise | Euro (EUR) | Euro (EUR) | Franc suisse (CHF), euro en second rail |
| Banque centrale / superviseur | Deutsche Bundesbank / BaFin | Oesterreichische Nationalbank (OeNB) / FMA | Banque nationale suisse (BNS) / FINMA |
| Scheme de débit domestique | girocard (Deutsche Kreditwirtschaft, via EURO Kartensysteme GmbH) | Bankomat (PSA Payment Services Austria GmbH) | Aucun scheme carte national unique ; PostFinance Card (PostFinance SA) subsiste |
| Compensation de détail | SEPA-Clearer du RPS, opéré par la Bundesbank elle-même | PSA CSM, opéré par PSA | SIC, opéré par SIX Interbank Clearing pour le compte de la BNS |
| Instantané | SCT Inst via SEPA-Clearer / RT1 / TIPS | SCT Inst via PSA CSM Instant Payments (2025) | SIC Instant Payments (nov. 2023), en francs, réglé en monnaie de banque centrale |
| Prélèvement | SEPA-Lastschrift (Core / B2B) + ELV en caisse | SEPA-Lastschrift + ems Lastschrift (PSA) | LSV+ (SIX) et Debit Direct (PostFinance), non SEPA, en francs |
| Wallet national | Wero (EPI Company) ; PayPal domine de fait | Bluecode (Blue Code International AG) | TWINT (TWINT AG) |
| Pay-by-bank e-commerce | Sofortüberweisung / Klarna Pay Now ; giropay arrêté fin 2024 | eps-Überweisung (PSA / STUZZA) | TWINT et e-banking ; pas de scheme pay-by-bank au sens d'iDEAL |
| Canal banque-entreprise | EBICS | EBICS | EBICS |
| Régime européen applicable | IFR, DSP2, règlement (UE) 2024/886 | IFR, DSP2, règlement (UE) 2024/886 | Aucun, hors UE et hors EEE |
girocard : le scheme qui tient la caisse allemande
girocard est la marque commune, depuis 1990, du système de débit des banques allemandes. Sa propriété est collective, et non celle d'un opérateur privé. Elle est portée par la Deutsche Kreditwirtschaft (DK), l'organe de coordination des cinq associations bancaires allemandes : banques privées (BdB), banques coopératives (BVR), caisses d'épargne (DSGV), banques publiques (VÖB) et banques hypothécaires (VDP). L'administration opérationnelle revient à EURO Kartensysteme GmbH. Ce statut coopératif produit deux effets opposés. La couverture du pays est complète, puisque toutes les banques émettent la carte et que tout le commerce l'accepte. Les évolutions du scheme sont lentes, puisque chacune suppose un accord entre les cinq associations.
Deux sources publient des chiffres sur girocard, et elles ne mesurent pas le même objet. Les chiffres de la DK comptent les transactions passées dans le scheme. L'enquête de la Bundesbank compte les actes de paiement déclarés par les porteurs, tous instruments confondus. Elle donne, pour 2025, girocard à 20,1 % des transactions et 21,9 % du chiffre d'affaires, devant Visa Debit (4,2 % / 3,4 %) et Mastercard Debit (1,4 % / 1,9 %). La Bundesbank distingue pour la première fois les réseaux de débit entre eux, et sa mesure confirme ce que les émetteurs affirmaient. 90 % des personnes interrogées détiennent une girocard, contre 98 % qui détiennent au moins une carte de débit.
- Le co-badgeage est la clé de lecture. Une girocard n'est presque jamais seule sur son plastique : elle a longtemps été co-badgée Maestro ou V PAY pour être acceptée hors d'Allemagne. Mastercard a cessé l'émission de nouvelles cartes Maestro en Europe le 1er juillet 2023, et V PAY a suivi le même sort ; les banques allemandes ont donc migré vers Debit Mastercard et Visa Debit. Conséquence pratique : la même carte physique peut se router en girocard au point de vente allemand et en Visa/Mastercard ailleurs, et le coût d'acceptation n'est pas le même.
- girocard n'existe pas nativement en e-commerce. C'est le trou structurel du scheme, et la raison pour laquelle le e-commerce allemand s'est construit sans lui. Un marchand allemand qui veut « la girocard en ligne » se voit en réalité proposer le rail Visa/Mastercard de la même carte.
- girocard existe en revanche dans les wallets. L'enquête Bundesbank 2025 montre qu'au point de vente, parmi les paiements mobiles, les cartes enregistrées dans les portefeuilles sont pour environ un tiers des girocard et pour un tiers des cartes de débit Visa, les cartes de crédit ne pesant que près de 20 % des paiements mobiles.
- Le sans contact est acquis, le mobile décolle. Les paiements mobiles sont passés de 6 % à 10 % des transactions en Allemagne entre 2023 et 2025, et de 6 % à 13 % dans le commerce stationnaire. Apple Pay est en tête (41 % des personnes qui paient en mobile), devant Google Pay et les applications des banques.
| Instrument | Part des transactions | Part du chiffre d'affaires |
|---|---|---|
| Espèces | 44,7 % | 23,3 % |
| Carte de débit (total) | 26,2 % | 27,8 % |
| dont girocard | 20,1 % | 21,9 % |
| dont Visa Debit | 4,2 % | 3,4 % |
| dont Mastercard Debit | 1,4 % | 1,9 % |
| Carte de crédit (prépayées incluses) | 4,7 % | 8,7 % |
| Procédés mobiles (Apple Pay, Google Pay, apps bancaires) | 10,2 % | 7,4 % |
| Procédés de paiement internet (PayPal, Klarna…) | 6,5 % | 8,9 % |
| Virement (dont instantané : 0,8 % / 6,6 %) | 2,9 % | 18,5 % |
| Prélèvement (Lastschrift) | 2,6 % | 4,3 % |
L'Autriche : un opérateur unique, PSA, et trois marques à connaître
PSA Payment Services Austria GmbH est la société de place du paiement de détail autrichien, détenue par les banques du pays. Elle concentre à elle seule le scheme de débit domestique (Bankomat), le réseau de distributeurs (Bankomaten), la chambre de compensation de détail (PSA CSM), le pay-by-bank e-commerce (eps-Überweisung) et le prélèvement (ems Lastschrift). Une telle concentration est rare en Europe. Elle réduit le nombre d'interlocuteurs à cartographier pour entrer sur le marché, et elle concentre sur un point unique le risque opérationnel de tous ces services.
- Bankomat est la carte de débit autrichienne, exploitée par PSA pour le compte des banques. Comme la girocard, elle a été co-badgée Maestro puis, après l'arrêt d'émission de Maestro en Europe en juillet 2023, Debit Mastercard. Le mot Bankomat désigne indifféremment la carte et le distributeur dans le langage courant : ne pas confondre lors de la lecture d'un contrat.
- eps-Überweisung (2005) est le standard autrichien de paiement en ligne par virement bancaire, exploité par PSA avec STUZZA. C'est l'équivalent fonctionnel d'iDEAL aux Pays-Bas : le client est redirigé vers son e-banking, authentifie le virement, et le marchand reçoit une confirmation. Il est incontournable pour vendre en ligne en Autriche, y compris aux administrations, et il a survécu là où l'équivalent allemand giropay est mort.
- PSA CSM Instant Payments (2025) est la réponse autrichienne à l'obligation européenne d'instantané, adossée à l'infrastructure de compensation existante de PSA.
- Bluecode (Blue Code International AG, 2016) est un paiement par code-barres ou QR adossé directement au compte bancaire, déployé en Autriche et en Allemagne, et interconnecté avec des schemes QR asiatiques via l'Alliance of Merchant Payment Schemes. C'est la seule solution QR de la zone germanophone à avoir cherché l'interopérabilité hors d'Europe.
| Situation | Espèces | Cartes | Autres (dont mobile) |
|---|---|---|---|
| Point de vente, transactions (n ≈ 9 200) | 55 % (63 % en 2022) | 39 % (33 % en 2022) | 6 % (4 % en 2022) |
| Point de vente, chiffre d'affaires | 45 % (48 % en 2022) | 48 % (46 % en 2022) | 7 % (6 % en 2022) |
| Point de vente, achat < 10 € | 69 % | 24 % | 6 % |
| Point de vente, achat ≥ 100 € | 43 % | 48 % | 6 % |
| Point de vente, 16-29 ans | 38 % | 52 % | 9 % |
| Point de vente, 66 ans et plus | 76 % | 23 % | 0 % |
En ligne, la répartition autrichienne diffère de celle observée au point de vente. Sur les 921 transactions internet relevées par l'OeNB en 2025, les cartes classiques pèsent 35 %, les procédés de paiement internet (PayPal, Klarna, Apple Pay, Google Pay) 30 %, le virement 23 % et le prélèvement 8 %. Rapportée à la valeur, la répartition change de forme, le virement atteignant 62 % du montant payé en ligne. L'écart tient aux paniers élevés. Véhicule, logement ou travaux se règlent par virement, et non par carte. Un marchand autrichien de biens à forte valeur unitaire qui n'accepte ni eps ni le virement classique se prive du segment où se concentre l'essentiel de la valeur encaissée en ligne.
La Suisse : TWINT, le franc hors SEPA, et une carte de débit refondue
TWINT est le wallet national suisse. Le paiement s'y déclenche par QR et se règle depuis le compte bancaire du payeur, hors des rails carte. Il est exploité par TWINT AG, que détiennent les grandes banques suisses, PostFinance et SIX. La solution actuelle procède d'une fusion, celle de TWINT et de son concurrent Paymit (SIX / UBS / ZKB) en 2017. La masse critique est venue de ce rapprochement : aucune des deux solutions n'y serait parvenue seule. La Suisse est le seul pays d'Europe où un wallet national a contenu la progression d'Apple Pay et de la carte.
| Présentiel (n = 18 623) | À distance (n = 4 069) | Entre particuliers (n = 1 669) | |
|---|---|---|---|
| Espèces | 30 % | 3 % | 44 % |
| Carte de débit | 35 % | 14 % | 5 % |
| Carte de crédit | 14 % | 19 % | 3 % |
| Applications de paiement (TWINT…) | 18 % | 30 % | 44 % |
| E-banking / virement | 0 % | 21 % | 3 % |
Le tableau met en évidence deux mouvements. La carte de débit a détrôné les espèces au point de vente, fait marquant de l'enquête 2024 de la BNS. La carte de crédit recule à distance (19 %, contre 27 % deux ans plus tôt). La BNS attribue explicitement ce recul à l'arrivée de la carte de débit utilisable en ligne, c'est-à-dire à la migration de Maestro vers Debit Mastercard et Visa Debit. Les Suisses disposent depuis lors, pour la première fois, d'une carte de débit acceptée en e-commerce. Les marchands suisses reçoivent donc en ligne un flux de débit qui n'existait pas avant la migration. Un marchand suisse dont le paramétrage 3-D Secure n'a pas été revu depuis lors traite aujourd'hui un flux de débit en ligne que sa configuration n'anticipait pas.
Kauf auf Rechnung : payer après avoir reçu, et pourquoi cela tient
L'achat sur facture (Kauf auf Rechnung) est un mode de règlement différé dans lequel la livraison précède le paiement. Le client reçoit la marchandise, l'essaie, puis paie. Le règlement intervient généralement sous 14 ou 30 jours, par virement ou par prélèvement. L'usage en est courant en Allemagne, en Autriche et en Suisse, et il inverse l'ordre admis dans le monde anglo-saxon, où le paiement précède la livraison. Le régime applicable est celui du délai de paiement de vente à distance, hérité de la vente par correspondance, et non celui du crédit à la consommation au sens classique. Le règlement reste par ailleurs unique, ce qui sépare l'achat sur facture du BNPL en trois fois.
La Bundesbank mesure le poids de ce mécanisme dans son journal de paiement. Dans le commerce de détail allemand pour les achats durables, prélèvements et virements ne représentent que 2 % des transactions mais 27 % du chiffre d'affaires. En ligne, ils pèsent 30 % des transactions et 45 % du montant payé. La moitié de la valeur du e-commerce allemand ne transite donc pas par un rail carte. En Autriche, la même structure attribue 62 % de la valeur des paiements internet au virement.
| Acteur | Exploitant | Depuis | Positionnement |
|---|---|---|---|
| Ratepay | Ratepay GmbH | 2009 | Spécialiste allemand du Kauf auf Rechnung ; moyen de paiement culturellement dominant en Allemagne et quasi absent hors de la zone |
| Riverty (ex-AfterPay / Arvato Financial Solutions) | Riverty Group GmbH (Bertelsmann) | 2022 | Référence du paiement sur facture aux Pays-Bas et en Allemagne. À ne pas confondre avec l'Afterpay australien : l'homonymie provoque des erreurs d'intégration |
| Klarna | Klarna Bank AB (groupe Klarna Group plc) | 2005 | Licence bancaire complète, propriétaire de Sofort/Pay Now : à la fois moyen de paiement, acquéreur de fait et prêteur |
| Billie | Billie GmbH | 2016 | Paiement sur facture entre entreprises, segment distinct, non soumis aux règles du crédit à la consommation |
| ELV | commerçants et prestataires, hors scheme girocard | 1980 | Prélèvement signé en caisse, sans garantie de paiement mais sans commission de scheme, la variante physique de la même logique |
- Le rapprochement se fait sur la facture, pas sur l'autorisation. Un flux Kauf auf Rechnung produit un décalage systématique entre la commande, l'expédition, l'écriture bancaire et le retour éventuel. Les outils de réconciliation calibrés sur des captures carte à J+1 y échouent.
- Le taux de retour produit devient une variable de trésorerie. Dans la mode allemande, où le renvoi est massif, l'écart entre chiffre d'affaires facturé et chiffre d'affaires encaissé est structurel, pas accidentel.
- Le coût de l'achat sur facture est une prime de risque. Le fournisseur vend une garantie de paiement ; son tarif suit le profil de la clientèle et le panier moyen, là où un interchange suit le montant unitaire.
- Sans facture au checkout, la conversion allemande chute. Un checkout limité à la carte et au portefeuille laisse de côté les prélèvements et virements qui portent près de la moitié du montant payé en ligne en Allemagne.
Construire un checkout qui convertit à Berlin, Vienne et Zurich
Un checkout germanophone repose sur trois listes de moyens de paiement distinctes, une par pays. Les trois listes se rejoignent sur l'achat sur facture, et divergent ensuite sur le pay-by-bank et sur le portefeuille attendu. La liste allemande déployée telle quelle en Autriche laisse de côté eps-Überweisung, standard local du paiement en ligne par virement. Déployée en Suisse, elle omet TWINT. Elle y surestime aussi la carte de crédit, dont la part recule en vente à distance.
| Moyen de paiement | Allemagne | Autriche | Suisse |
|---|---|---|---|
| PayPal | Indispensable, environ 86 % de part des procédés de paiement internet | Très présent | Présent, non structurant |
| Achat sur facture (Rechnung) | Indispensable | Indispensable | Indispensable, standard local |
| Prélèvement SEPA | Oui, pour l'abonnement et le récurrent | Oui | Non en CHF → LSV+ / Debit Direct |
| Virement / pay-by-bank | Sofortüberweisung (Klarna Pay Now) | eps-Überweisung | e-banking, sans scheme dédié |
| Carte de débit | Visa Debit / Mastercard Debit (pas girocard) | Debit Mastercard | Debit Mastercard / Visa Debit |
| Carte de crédit | Minoritaire (4,7 % des transactions) | Présente | En recul à distance (19 % en 2024) |
| Wallet mobile | Apple Pay, Google Pay, Wero | Apple Pay, Google Pay, Bluecode | TWINT avant tout |
| giropay | À retirer, arrêté fin 2024 | Sans objet | Sans objet |
giropay était le service allemand de paiement en ligne par virement bancaire, né en 2005 puis fusionné avec paydirekt et Kwitt. Il était exploité par Paydirekt GmbH pour la Deutsche Kreditwirtschaft. Il n'a jamais dépassé une part de marché à un seul chiffre, avec 23 millions de transactions pour 1,6 milliard d'euros en 2022. Son arrêt a été décidé en assemblée le 12 juin 2024. L'extinction est intervenue fin 2024. Cet échec d'un pay-by-bank bancaire face à PayPal a libéré les banques allemandes pour Wero. Tout checkout, toute documentation et tout contrat citant encore giropay sont périmés.
Sofortüberweisung est un service de paiement en ligne par virement. SOFORT AG l'a lancé en 2005. La société a été rachetée par Klarna, l'opération étant finalisée le 7 mars 2014, et elle est aujourd'hui exploitée sous le nom SOFORT GmbH. Le service a d'abord fonctionné par screen scraping de l'e-banking, avant de passer aux API DSP2. Il reste, sous la marque Klarna Pay Now, le pay-by-bank de référence en Allemagne et en Autriche. Le marché allemand du pay-by-bank a donc été remporté par un prestataire tiers, et non par le dispositif que les banques de la place avaient créé pour cet usage.
Les rails : banques centrales opératrices et instantané imposé
L'Europe germanophone se distingue par la place qu'y occupent les banques centrales dans l'exploitation des infrastructures de paiement. Ses banques centrales opèrent elles-mêmes une part importante de l'infrastructure, quand la France, l'Italie ou l'Espagne s'appuient davantage sur des opérateurs privés ou mutualisés. Le SEPA-Clearer du RPS allemand est exploité depuis 2008 par la Deutsche Bundesbank en personne, cas rare d'une compensation de détail restée publique. En Suisse, SIX Interbank Clearing SA exploite le SIC pour le compte et sous la surveillance de la Banque nationale suisse.
Le SIC est le système de règlement interbancaire suisse, mis en service en 1987. Il compte parmi les tout premiers systèmes de règlement brut en temps réel au monde. Il est aussi le seul en Europe de l'Ouest à traiter indistinctement les gros montants et les paiements de détail dans le même système. SIX Interbank Clearing fait état d'environ 1 028 millions de transactions par an, et d'un chiffre d'affaires entre institutions financières qui atteint jusqu'à environ 6 000 milliards de francs lors des mois de pointe (six-group.com, 2026). Cette architecture explique le choix retenu pour l'instantané. Quand la Suisse l'a lancé en novembre 2023, elle n'a pas construit d'infrastructure séparée, et l'a placé dans le RTGS lui-même. Chaque paiement instantané suisse est donc réglé en monnaie de banque centrale.
| Flux | Allemagne / Autriche | Suisse |
|---|---|---|
| Virement de détail en euro | SCT via SEPA-Clearer (Bundesbank), PSA CSM, STEP2 (EBA Clearing) | SCT via la banque du client, car la Suisse est dans la zone SEPA pour l'euro |
| Virement instantané en euro | SCT Inst, obligatoire depuis le 9 octobre 2025 | Possible via SCT Inst, hors obligation européenne |
| Virement en franc suisse | Sans objet | SIC (SIX Interbank Clearing pour la BNS) |
| Instantané en franc suisse | Sans objet | SIC Instant Payments depuis nov. 2023 |
| Euro depuis une banque suisse | – | euroSIC (SIX Interbank Clearing / SECB Swiss Euro Clearing Bank, 1999) |
| Gros montants en euro | T2 (ex-TARGET2), Eurosystème | Via une banque correspondante ou euroSIC |
| Prélèvement | SEPA-Lastschrift Core / B2B (+ ELV, ems) | LSV+ (SIX) et Debit Direct (PostFinance), non SEPA |
EBICS : le canal banque-entreprise commun aux quatre pays
EBICS (Electronic Banking Internet Communication Standard) est le protocole par lequel une entreprise dépose ses ordres de paiement et récupère ses relevés auprès de ses banques. Sa spécification est pilotée par l'EBICS SC, qui réunit le CFONB (France), Die Deutsche Kreditwirtschaft (Allemagne), SIX (Suisse) et Payment Services Austria (Autriche). Le protocole n'appartient donc ni à l'Allemagne ni à la France. Les quatre marchés partagent un même canal banque-entreprise. Un groupe implanté à Munich, Vienne et Zurich mène une seule intégration technique, et non une par pays. Le canal banque-entreprise est le domaine où l'Europe germanophone est la plus intégrée, alors qu'il reste peu connu hors des directions de trésorerie.
- EBICS T, transport seul : les ordres sont déposés par le canal, mais la validation finale s'opère hors protocole (typiquement dans le portail de la banque).
- EBICS TS, transport et signature : la signature électronique personnelle du mandataire accompagne le fichier. C'est le mode retenu dès que l'on veut une chaîne d'autorisation entièrement dématérialisée.
- EBICS 3.0 (schéma H005) unifie les usages nationaux via les BTF (Business Transaction Formats) : un couple service/format remplace les anciens types d'ordres propres à chaque pays. Lors d'un changement de banque ou d'outil de trésorerie, vérifier la version EBICS supportée des deux côtés : les mappings d'ordres ne sont pas automatiques.
- Ce qui circule dedans est de l'ISO 20022 pour l'essentiel :
pain.001pour les virements,pain.008pour les prélèvements,camt.053pour le relevé de fin de journée,camt.052pour l'intrajournalier,camt.054pour les avis d'opération. LeMT940survit comme format de repli, souvent livré en fichier, donc sans les blocs d'en-tête réseau d'un vrai message Swift.
SUISSE : QR-facture, reference QRR
21 00000 00003 13947 14300 09017 27 chiffres, avec chiffre de controle
Portee : reference propre au systeme suisse, generee par le creancier.
Le rapprochement est automatique : la reference identifie la facture.
SUISSE / INTERNATIONAL : reference creancier ISO 11649 (type SCOR)
RF18 5390 0754 7034 RF + 2 chiffres de controle + 21 car. max
Portee : reconnue par la QR-facture suisse ET par le virement SEPA.
C'est la seule reference structuree qui traverse les deux mondes.
ZONE EURO : communication libre (Verwendungszweck)
"Rechnung 2026-04471 / Kunde 88213" 140 caracteres, texte libre
Portee : SCT et SDD. Aucune structure imposee, donc aucun rapprochement
garanti : c'est le trou noir du lettrage automatique en Allemagne.
A cote, l'EndToEndId (35 car.) voyage de bout en bout et revient dans
le camt.053 : c'est LUI qu'il faut utiliser pour reconcilier, pas le
libelle libre saisi par le payeur.Chaque pays ajoute à ce canal commun sa propre couche de facturation. La Suisse combine la QR-facture (SIX, 2020) et eBill (SIX, 2018). Ce dernier service livre la facture directement dans l'e-banking du payeur, avec un taux d'adoption élevé chez les facturiers suisses, et se couple à eBill Direct Debit. L'Autriche pousse la facturation électronique vers l'administration, quand l'Allemagne généralise progressivement la facture électronique structurée entre entreprises. Combinées à EBICS et à camt.053, ces couches relient l'émission de la facture, l'encaissement et le lettrage dans une même chaîne de données.
Ce qui casse en production, et les voisins qu'il faut connaître
pain.008 SEPA. Le compte suisse est joignable en SEPA pour l'euro, ce qui laisse croire à tort que le franc l'est aussi.Deux marchés voisins reposent sur le même modèle que l'Allemagne et l'Autriche, un scheme domestique dominant associé à un pay-by-bank de place, et l'ont porté plus loin. La Belgique a Bancontact (Bancontact Payconiq Company, 1979). Bancontact a traité 2,5 milliards de paiements en 2025, dont 1,9 milliard par carte en magasin et 526 millions de paiements mobiles. Le scheme tient 78 % des transactions en ligne du pays. Les Pays-Bas ont iDEAL (Currence iDEAL B.V., 2005), qui concentrait environ 62 % des dépenses en ligne néerlandaises. Wero absorbe aujourd'hui iDEAL, dont le décommissionnement est prévu le 31 décembre 2027.
- Qui il faut connaître en Allemagne, ce sont Deutsche Kreditwirtschaft et EURO Kartensysteme (scheme), Deutsche Bundesbank (compensation et supervision, avec la BaFin), et côté acceptation Payone (Worldline), Unzer, Computop, Adyen. Sur la facture : Ratepay, Riverty, Klarna, Billie.
- Qui il faut connaître en Autriche, ce sont PSA Payment Services Austria pour presque tout, STUZZA pour la normalisation, l'OeNB et la FMA côté supervision, Nexi, Worldline et Unzer côté acquisition. Blue Code International AG pour le QR.
- Qui il faut connaître en Suisse, ce sont SIX (SIC, QR-facture, eBill, LSV+), TWINT AG, PostFinance SA, la BNS et la FINMA, et côté acceptation Worldline (ex-SIX Payment Services), Nexi et Datatrans.
- Ce que l'on regarde pour piloter, c'est la part d'ELV dans le mix allemand, le taux de refus de scoring sur la facture, le taux de retour SDD à 8 semaines, la part d'instantané dans les virements reçus, et, en Suisse, la répartition entre encaissements CHF (SIC) et EUR (euroSIC).