Référence🌍 Le paiement en Afrique & Moyen-OrientIntermédiaire⏱ 35 min de lecture

🌍 Les paiements en Afrique de l'Ouest et australe

GIM-UEMOA et le franc CFA, NIBSS et le règne du virement instantané au Nigeria, Verve et AfriGO, le catalogue GhIPSS, RTC et PayShap en Afrique du Sud, SADC-RTGS et TCIB, PAPSS au transfrontalier, et le vrai sujet d'un opérateur étranger : la licence et la domiciliation

Quatre blocs monétaires, quatre architectures

L'expression « marché africain des paiements » recouvre des systèmes nationaux et régionaux qui ne forment pas un ensemble homogène. Entre Dakar et Johannesburg, la ligne de partage principale passe par la monnaie d'encaissement, et avec elle par toute la chaîne de règlement, davantage que par les habitudes de consommation. L'analyse d'un projet commence donc par l'infrastructure. Elle établit la monnaie dans laquelle l'encaissement devient définitif, et la banque centrale devant laquelle il se dénoue. De ces deux éléments dépendent le rail disponible, le régulateur compétent, la licence à obtenir et la possibilité de rapatrier les fonds.

Quatre configurations couvrent l'essentiel du périmètre. L'UEMOA est une union monétaire à huit États partageant une monnaie, une banque centrale, un RTGS et un scheme carte. Un paiement d'Abidjan vers Lomé y est techniquement domestique. Le Nigeria présente la situation inverse, avec une monnaie souveraine non convertible hors du pays, mais le rail instantané le plus massif du continent. Le Ghana a construit un catalogue d'infrastructures publiques complet, dans un pays où le paiement de détail appartient pourtant aux opérateurs télécoms. L'Afrique australe gravite autour du rand sud-africain. Cette monnaie sert au règlement régional bien au-delà des frontières de l'Afrique du Sud.

BlocMonnaie et autoritéRail instantanéScheme carte domestiqueRèglement final
UEMOA (8 États)Franc CFA (XOF), BCEAOPas de rail instantané régional unifié ; instantané porté par le mobile money et GIM-SwitchGIM-UEMOASTAR-UEMOA (RTGS régional), compensation de masse par SICA-UEMOA
NigeriaNaira (NGN), Central Bank of NigeriaNIBSS Instant Payment (NIP), depuis 2011Verve (privé, Interswitch) et AfriGO (souverain, NIBSS)RTGS de la CBN, entré en service en décembre 2006 sous le nom CIFTS
GhanaCedi (GHS), Bank of GhanaGhIPSS Instant Pay (GIP), depuis 2016gh-link, e-zwich, GhDual CardRèglement net calculé par GhIPSS à la Bank of Ghana
Afrique australeRand (ZAR) et monnaies arrimées, South African Reserve BankPayShap (2023) en domestique, TCIB (2021) en régionalAucun ; marché dominé par Visa et MastercardSAMOS (RTGS sud-africain) ; SADC-RTGS pour le régional
Les quatre architectures de la zone, en une lecture
655,957
francs CFA pour 1 euro, cours d'achat et de vente identiques, la marque d'une parité fixe
BCEAO, cours des devises au 31 juillet 2026
≈ 11 Md
transactions traitées par NIP au Nigeria en 2024, le plus gros rail instantané d'Afrique
NIBSS / CBN, 2025
530 M
transactions GhIPSS toutes plateformes en 2025, contre 402,5 M en 2024 (+31,7 %)
GhIPSS, 2026
905 M
transactions PayShap cumulées à fin mai 2026, contre 461 M à fin décembre 2025
ClearingPost / PayInc, 2026
🔑
La règle qui organise tout le reste
En Afrique de l'Ouest et australe, le rail dominant n'est presque jamais la carte. Le virement de compte à compte domine au Nigeria, le portefeuille télécom au Ghana, le mobile money dans l'UEMOA. L'Afrique du Sud est la seule grande économie de la zone réellement structurée autour de la carte. Un dispositif d'acceptation limité à la carte n'atteint donc pas, dans les trois autres blocs, le rail dominant du paiement de détail, qui y relève du virement ou du portefeuille. En Afrique du Sud même, la bascule des volumes PayShap déplace le centre de gravité vers le virement instantané depuis 2026.

L'UEMOA : une monnaie, huit États, trois infrastructures

L'Union monétaire ouest-africaine réunit le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo autour du franc CFA, émis par la BCEAO (BCEAO, présentation de l'UMOA). Le régime de change est une parité fixe avec l'euro. La banque centrale affiche l'euro au même cours à l'achat et à la vente, 655,957 FCFA (BCEAO, cours des devises au 31 juillet 2026). Un cours de marché ferait apparaître un écart entre les deux sens de l'opération. Le risque de change entre l'euro et le XOF est donc nul pour un opérateur, ce qui distingue l'UEMOA du Nigeria, du Ghana ou de l'Angola.

L'expression « franc CFA » désigne deux monnaies distinctes, le franc CFA d'Afrique de l'Ouest (XOF, BCEAO) et le franc CFA d'Afrique centrale (XAF, BEAC). Elles partagent la même parité affichée avec l'euro. Elles ne sont pas interchangeables, et leurs infrastructures sont séparées, avec SICA-UEMOA et STAR-UEMOA à l'Ouest, SYSTAC et SYGMA en zone CEMAC depuis 2007. Un contrat libellé en « FCFA » sans code ISO laisse donc indéterminées la monnaie de règlement et la banque centrale devant laquelle l'opération se dénoue.

Où se dénoue un paiement dans l'UEMOA
Porteur / payeur
Paie par carte GIM-UEMOA, par wallet ou par virement
Le porteur peut être dans un État membre et le commerçant dans un autre : l'opération reste intra-union
GIM-Switch
Route et autorise la transaction carte
Le switch régional de GIM-UEMOA commute GAB, TPE, e-commerce, mobile money et transferts entre plus de 130 adhérents
SICA-UEMOA
Compense les flux de masse
Système interbancaire de compensation automatisé de la BCEAO, en service depuis 2004, structuré en chambres nationales avec règlement régional
STAR-UEMOA
Règle en monnaie de banque centrale
Le RTGS régional de la BCEAO, également en service depuis 2004, porte le règlement final des soldes SICA et des flux GIM

GIM-UEMOA est un scheme carte domestique multi-pays constitué en groupement d'intérêt économique international par la BCEAO et les banques de l'Union, en service depuis 2003. Cette dimension régionale en fait une exception dans la zone. Une carte GIM est acceptée dans les huit États. Le groupement fédère aujourd'hui plus de 130 membres, qu'il s'agisse de banques, d'établissements financiers et postaux, d'institutions de microfinance ou d'émetteurs de monnaie électronique (GIM-UEMOA, site officiel, 2025-2026). Pour un émetteur de la zone, GIM constitue l'alternative structurelle à Visa et Mastercard, et l'arbitrage entre ces options porte sur le coût d'interchange et sur l'acceptation GAB.

⚠️
Le chiffre de part de marché GIM date de 2018, et c'est le problème
La dernière part de marché monétique publique et recoupable de l'UEMOA donne GIM-UEMOA à 28,87 % contre 31,26 % pour Visa à fin décembre 2018 (BCEAO). Aucune série équivalente n'a été republiée depuis. Un chiffrage actuel du rapport de force entre GIM, Visa et Mastercard dans l'Union relève donc de l'extrapolation, la seule mesure publique disponible portant sur l'exercice 2018. L'usage documentaire consiste à faire figurer cette date chaque fois que le chiffre est cité.

Le volume de détail de l'Union passe majoritairement par le mobile money, et non par la carte. Wave Mobile Money est agréée établissement de monnaie électronique au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Mali et au Burkina Faso. Elle a imposé une tarification à 1 % sur les transferts avec dépôts et retraits gratuits, ce qui a contraint Orange Money à baisser ses prix. Cette baisse des prix reste le mouvement de marché structurant de l'Afrique de l'Ouest francophone. L'opérateur revendique plus de 20 millions d'utilisateurs actifs mensuels et 150 000 agents mi-2025, dont 8 millions d'utilisateurs mensuels au Sénégal, tous chiffres d'entreprise, non audités. Orange Money reste dominant à l'échelle de la zone franc. Il est exploité pays par pays par des filiales de monnaie électronique agréées par la BCEAO, comme Orange Finances Mobiles Mali sous l'agrément EME.ML.008/2015. Une entité bancaire distincte complète le dispositif du groupe, Orange Bank Africa, lancée à Abidjan en juillet 2020 sous licence BCEAO.

  • Un « transfrontalier » intra-UEMOA n'en est pas un : même monnaie, même banque centrale, même RTGS. Ne pas facturer de FX ni de frais de correspondance sur ce flux.
  • Hors zone franc, l'Afrique de l'Ouest se fragmente : Mauritanie (switch GIMTEL, dix-sept banques et Mauripost), Gambie (Gamswitch, plateforme BANTABA 2.0 lancée le 15 décembre 2025), Cap-Vert (Vinti4, opéré par la SISP). Chaque pays a son switch, sa monnaie et son régulateur.
  • Wizall Money occupe une niche à connaître : portefeuille non-telco agréé EME BCEAO, positionné sur les paiements de masse d'entreprises et d'États (salaires, allocations, aides sociales) au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Mali plutôt que sur le P2P.
  • YUP, le portefeuille lancé par Société Générale en 2017 dans ses filiales ouest-africaines, a été fermé en 2023 : la zone a déjà éliminé des acteurs bancaires majeurs sur ce terrain. Le mobile money n'y est pas une extension de la banque.

Le Nigeria : NIBSS, NIP et le règne du « transfer »

Le paiement de détail nigérian repose principalement sur le virement de compte à compte, désigné localement par l'expression the transfer. Le pays fait donc exception au modèle « telco-led » répandu ailleurs sur le continent, où le portefeuille d'un opérateur télécom occupe cette place. Ce virement s'exécute sur NIP (NIBSS Instant Payment), rail instantané en service depuis 2011. L'exploitant est NIBSS plc (Nigeria Inter-Bank Settlement System), société détenue par la Central Bank of Nigeria et les banques nigérianes. Un commerçant de rue reçoit un transfert NIP sans équipement, l'ordre étant poussé par le payeur vers un numéro de compte. L'acceptation de la carte suppose au contraire un terminal et un contrat d'acquisition.

≈ 11 Md
transactions NIP en 2024, le plus gros rail instantané du continent, et de loin
NIBSS / CBN, 2025
284,99 T ₦
de paiements électroniques nigérians au premier trimestre 2025, en hausse de 17,7 % sur un an
NIBSS, 2025
2011
année de mise en service de NIP, sept ans avant l'interopérabilité mobile money ghanéenne
NIBSS
95 %
cible d'inclusion financière du régulateur à l'horizon 2028
Central Bank of Nigeria, Nigeria Payments System Vision 2028, juin 2026

Le système nigérian se compose de trois briques distinctes, souvent confondues dans les documents. NIP est l'instantané, 24/7, adressé par numéro de compte NUBAN complété du BVN (Bank Verification Number), l'identifiant biométrique unique du client bancaire nigérian. NEFT (NIBSS Electronic Funds Transfer, 2004) est l'ACH de masse à règlement net différé, dont le délai d'origine atteignait vingt-quatre heures. NIP a été conçu pour supprimer ce délai. NEFT survit pour les lots (salaires, fournisseurs). Le RTGS de la CBN porte le règlement final. Entré en service en décembre 2006 sous le nom CIFTS (CBN Interbank Funds Transfer System), il a été redéployé le 18 décembre 2013 puis mis à niveau en avril 2023.

⚠️
Deux homonymies qui font écrire des bêtises dans les contrats
Le NEFT nigérian n'a aucun rapport avec le NEFT indien de la Reserve Bank of India. Les deux systèmes portent le même sigle et relèvent d'infrastructures sans lien entre elles. Le sigle CIFTS, que l'on trouve dans les conventions nigérianes antérieures à 2013, désigne le RTGS toujours exploité par la CBN. Il ne renvoie pas à un système éteint. La lecture d'une convention de correspondant bancaire nigérian suppose donc de vérifier, pour chacun de ces deux sigles, la juridiction du système visé et la date du document.
Adressage d'un paiement NIP, les champs à obtenir avant tout ordre
bank_code        : 058              code institution NIBSS de la banque beneficiaire
account_number   : 0123456789       NUBAN, 10 chiffres
=> name_enquiry  : appel prealable OBLIGATOIRE cote NIBSS
   retour        : account_name = "ADEYEMI OLUWASEUN B"
                   bvn / session_id renvoyes par le switch
=> l'ordre de paiement reprend le session_id du name enquiry

Ce que le "name enquiry" implique en operation :
  . le nom du beneficiaire est RESTITUE avant l'ordre, pas apres
  . un ecart de nom se traite AVANT l'irrevocabilite, pas en litige
  . un push NIP execute est irrevocable : pas de chargeback,
    seulement une demande de restitution au beneficiaire
2004
NEFT
NIBSS met en service l'ACH de masse à règlement net différé, socle du système avant l'instantané.
Décembre 2006
RTGS / CIFTS
La Central Bank of Nigeria met en service son règlement brut en temps réel sous le nom CIFTS.
2009
Verve
Interswitch lance le premier scheme carte domestique d'Afrique.
2011
NIP
NIBSS ouvre le rail instantané 24/7, acte fondateur du Nigeria bank-led.
2021
eNaira
Première MNBC de détail d'Afrique, et cas d'école d'échec d'adoption.
26 janvier 2023
AfriGO
La CBN et NIBSS lancent un scheme carte souverain dont les transactions ne sortent pas du pays.
2023
La pénurie de billets
Une démonétisation ratée prive le pays de cash pendant des semaines et achève de basculer les usages vers le transfert instantané.
Juin 2026
Nigeria Payments System Vision 2028
La CBN publie sa feuille de route : infrastructure, inclusion à 95 %, cybersécurité et intégration régionale et internationale.

Une couche de prestataires privés s'est constituée au-dessus du rail interbancaire. Interswitch (2002) est le switch historique, devenu groupe panafricain, avec plus de 11 000 GAB sur son réseau. Paystack (2015), racheté par Stripe en 2020, reste la référence des développeurs de la zone. Son interface de programmation (API) a fixé le standard que reprennent les acteurs régionaux. Flutterwave revendique plus de 500 000 paiements par jour et une présence dans dix-huit pays. Ces chiffres sont auto-déclarés, jamais audités, et ne valent que comme ordre de grandeur commercial. Moniepoint, agréée banque de microfinance par la CBN en février 2022, tient le terminal du commerçant de quartier et le réseau d'agents. Côté portefeuille, OPay couvre ses dépôts par la NDIC, l'assurance des dépôts nigériane, protection dont un émetteur de monnaie électronique ne bénéficie pas.

Verve et AfriGO : deux schemes domestiques, deux logiques opposées

Le Nigeria compte deux schemes carte domestiques, distincts par leur actionnariat comme par leur objet. Verve, lancé en 2009 par Verve International, filiale d'Interswitch, est un scheme privé dont la progression s'est appuyée sur le coût d'interchange et sur l'acceptation GAB. Le parc atteint plus de 70 millions de cartes émises au Nigeria en octobre 2025, contre 50 millions en juillet 2024, soit +40 % en un an (Interswitch, communiqué d'octobre 2025). Ce scheme est le premier et le plus grand du continent, et il s'exporte désormais, avec un lancement au Kenya.

AfriGO est un scheme carte national lancé le 26 janvier 2023 par la Central Bank of Nigeria et NIBSS, présenté comme le premier scheme carte porté par un État africain. AfriGoPay Financial Services Limited, filiale de NIBSS agréée par la banque centrale, l'exploite. Sa raison d'être est monétaire, et non commerciale. Ses transactions ne sortent pas du pays, ce qui économise des devises sur les frais de scheme internationaux. À fin 2025, il revendiquait plus d'un million de cartes émises et plus de 70 milliards de nairas de transactions, acceptées sur plus de 16 000 GAB et environ 70 % des TPE du pays (NIBSS, 2025).

VerveAfriGOVisa / Mastercard
NatureScheme privé (Interswitch)Scheme souverain (NIBSS / CBN)Schemes internationaux
Lancement200926 janvier 2023Présents de longue date
Parc70 M+ cartes (Interswitch, oct. 2025)1 M+ cartes (NIBSS, 2025)Non publié par pays
Portée des transactionsDomestique, avec exportation du scheme (Kenya)Strictement domestique, sans sortie de devisesDomestique et international
Argument de venteCoût d'interchange, acceptation GABSouveraineté et économie de devisesAcceptation mondiale, e-commerce transfrontalier
Ce qu'un acquéreur doit en faireL'accepter : c'est le parc dominantL'accepter si l'on cible le retail de masse et le publicIndispensable pour tout paiement sortant du pays
Verve, AfriGO et les marques internationales au Nigeria
ℹ️
Le naira ne circule pas hors du Nigeria
Le caractère « strictement domestique » d'un scheme découle du régime de change nigérian. Le naira n'est pas librement convertible hors du pays. L'accès aux devises passe par des procédures administrées. Un marchand étranger qui encaisse au Nigeria examine donc le rapatriement des fonds avant l'acceptation elle-même. L'analyse porte moins sur la possibilité technique d'accepter la carte que sur le titre juridique et la documentation de change qui autorisent les fonds à sortir du pays.

Deux instruments monétaires numériques complètent le paysage nigérian. L'eNaira, lancée en 2021, est la première monnaie numérique de banque centrale (MNBC) de détail émise en Afrique, avec environ 29 milliards de nairas de transactions cumulées à trois ans de son lancement (BusinessDay, 2024). Son adoption a échoué : la quasi-totalité des portefeuilles ouverts n'a jamais servi. Elle n'a pourtant jamais été fermée. La Nigeria Payments System Vision 2028 reconnaît la lenteur de l'adoption et annonce un repositionnement sur les paiements de l'État vers les particuliers et sur le transfrontalier. Le cNGN, stablecoin naira adossé 1:1 émis depuis 2024 par l'African Stablecoin Consortium sous supervision de la CBN et de la SEC nigériane, suit la démarche inverse. Son adoption repose sur l'usage commercial volontaire plutôt que sur un mandat public.

Les acteurs qu'il faut connaître avant d'ouvrir le Nigeria, le Ghana et l'Afrique du SudINInterswitchNINIBSSPAPaystackFLFlutterwaveMOMoniepointGHGhIPSSPAPayIncOZOzow

Le Ghana : le catalogue d'infrastructures le plus complet, dans un pays mobile money

Le Ghana dispose du catalogue d'infrastructures de paiement publiques le plus complet de la zone. Il réunit un switch carte, un rail instantané, un ACH, la troncature des chèques, une norme QR, un annuaire d'alias, un service de request to pay et l'interopérabilité du mobile money. L'opérateur en est GhIPSS (Ghana Interbank Payment and Settlement Systems Limited), filiale à cent pour cent de la Bank of Ghana constituée en mai 2007. Le paiement de détail ghanéen reste pourtant tenu par les opérateurs télécoms, dont les volumes dépassent ceux de l'ensemble du catalogue public.

ServiceDepuisCe qu'il faitCe qu'un opérateur doit en retenir
gh-link2012Switch national et marque de carte domestique : GAB, TPE, web, calcul du règlement net à la Bank of GhanaC'est la brique de commutation sur laquelle reposent tous les autres services
e-zwich2008Carte à puce à authentification par empreinte digitale, utilisable hors ligne, sans compte bancaire préalableLe rail des paiements publics : salaires du secteur public, stages nationaux, programmes sociaux
GhDual Card–Carte à double interface combinant e-zwich et gh-link sur un même supportRéponse pragmatique à la fragmentation des instruments domestiques
GhIPSS Instant Pay (GIP)2016Crédit interbancaire de compte à compte en temps réel, plafonné à 50 000 GHS par transactionCompte moins que la MMI : le pays s'est construit sur le portefeuille, pas sur le compte bancaire
MMI2018Interopérabilité mobile money ↔ mobile money ↔ comptes bancaires ↔ cartes e-zwich, par mandat du régulateurPremier dispositif du genre en Afrique ; modèle copié par la Tanzanie et le Rwanda
GhQR2020Norme QR nationale d'acceptation marchandTechniquement déployé, commercialement décevant. Un mandat ne crée pas l'usage
ACH Direct Credit / Direct Debit–Paiements de masse sortants et prélèvements récurrents sur mandatLa brique de masse oubliée quand on ne retient que GIP et le mobile money
Proxy Pay / Request to Pay–Adressage par alias, et demande de paiement initiée par le bénéficiaireLa couche d'annuaire et de recouvrement qui rend l'interopérabilité utilisable côté client
CCC–Compensation des chèques par troncature (image et ligne codée circulent, le papier reste)Rail résiduel en volume, encore structurant pour les paiements d'entreprise
Le catalogue GhIPSS, service par service
530 M
transactions GhIPSS toutes plateformes en 2025, contre 402,5 M en 2024
GhIPSS, 2026
1 730 Md GHS
de valeur traitée par GhIPSS en 2025, contre 1 150 Md GHS en 2024 (+50 %)
GhIPSS, 2026
4 100 Md GHS
de transactions MTN Mobile Money Ghana en 2025, pour un float de 38,4 Md GHS
Résultats MTN Ghana / Mobile Money Limited, mars 2026
50 000 GHS
plafond par transaction sur GhIPSS Instant Pay
GhIPSS, 2026

Ces quatre chiffres situent le rapport entre l'infrastructure publique et les portefeuilles privés. L'ensemble du catalogue public ghanéen a traité 1 730 milliards de cedis en 2025, quand le seul portefeuille de Mobile Money Limited en a traité 4 100 milliards. Cette filiale de MTN Ghana est agréée EMI distincte du telco par la Bank of Ghana. Ce modèle de séparation entre l'opérateur télécom et l'émetteur de monnaie électronique a été copié par d'autres pays. L'infrastructure interbancaire assure la couche d'interopérabilité située sous le canal d'encaissement, sans constituer elle-même ce canal. Un commerçant ghanéen encaisse donc en mobile money. GhIPSS assure la liaison entre les portefeuilles concurrents, les comptes bancaires et les cartes e-zwich.

⚠️
Deux échecs ghanéens dont il faut tirer la leçon
GhanaPay, portefeuille bancaire lancé en 2022 par GhIPSS et les banques avec des transactions gratuites pour contrer MTN MoMo sur son terrain, n'a pas atteint une part de marché significative. La riposte bancaire est intervenue après plusieurs années d'usage installé du portefeuille télécom, et la gratuité n'a pas suffi à déplacer des utilisateurs déjà équipés. L'e-levy, taxe sur les transactions électroniques instaurée en 2022, renchérissait le paiement électronique alors que l'espèce restait hors de son assiette. Les volumes ont chuté, et la taxe a été abrogée en 2025. L'eCedi, MNBC de détail annoncée en juin 2021 et expérimentée depuis septembre 2021 avec la société Emtech, n'a jamais dépassé le stade du pilote.

L'Afrique du Sud : RTC, PayShap et la mécanique très particulière des débits

Le système de paiement sud-africain associe un RTGS de banque centrale, une compensation de détail interbancaire et un cadre d'autorégulation. Il forme le marché le plus bancarisé et le plus normé du continent, et le seul de la zone réellement structuré autour de la carte. Le règlement final se dénoue dans SAMOS (South African Multiple Option Settlement), le RTGS exploité directement par la South African Reserve Bank, qui gère elle-même l'admission des participants. La compensation de détail relève de PayInc. La dénomination et l'actionnariat de cet opérateur ont changé en 2025.

🔑
BankservAfrica s'appelle PayInc depuis août 2025, et la banque centrale en détient la moitié
L'opérateur historique, fondé en 1972 et présenté comme la plus grande chambre de compensation automatisée d'Afrique, a été renommé PayInc en août 2025. Il est devenu la même année une coentreprise à parts égales entre la SARB (50 %) et les banques commerciales (50 %), après autorisation de la Competition Commission en 2025. Toute documentation antérieure à 2025 emploie l'ancien nom, BankservAfrica. L'entrée de la banque centrale au capital modifie la gouvernance de PayShap comme celle de TCIB, ces deux schemes étant exploités par la même entité. La lecture d'un document sud-africain suppose donc d'en relever la date avant d'en citer l'opérateur.

Deux rails de crédit interbancaire coexistent. RTC (Real-Time Clearing), en service depuis 2006, est le crédit quasi immédiat historique. Il est resté cher, et de fait réservé aux montants élevés. PayShap, lancé en 2023 en ISO 20022 avec adressage par alias (le ShapID), vise le petit montant que le coût de RTC laissait de côté. Son démarrage a été lent pendant trois ans, la tarification appliquée par les banques participantes limitant l'usage, et les volumes basculent en 2026.

905 M
transactions PayShap cumulées à fin mai 2026, contre 461 M à fin décembre 2025
ClearingPost / PayInc, 2026
≈ 89 M/mois
cadence PayShap sur les cinq premiers mois de 2026, contre ≈ 14 M/mois sur les 33 mois précédents
ClearingPost / PayInc, 2026 (calcul sur les cumuls publiés)
403 Md ZAR
de valeur PayShap cumulée à fin décembre 2025, pour un ticket moyen d'environ 874 ZAR
ClearingPost / PayInc, 2026
12
banques participantes à PayShap, pour 6 millions d'utilisateurs enregistrés
ClearingPost / PayInc, 2026

Le débit sud-africain repose sur trois flux de prélèvement distincts, qui se différencient par le régime du mandat les autorisant. Cette mécanique est la plus fine de la zone. Elle gouverne toute collecte récurrente. Les trois flux ne sont pas traités au même moment, et l'ordre de passage dans la journée compte. DebiCheck est traité dans la première fenêtre du matin. Ce prélèvement à mandat authentifié suppose que le payeur confirme électroniquement le mandat auprès de sa banque au moment de la signature du contrat. Le Registered Mandate (RM), lancé le 12 mai 2025 en remplacement du RMS, passe le soir. Le prélèvement EFT historique, dont les mandats ne sont pas enregistrés auprès des banques, passe en fin de soirée. Le cadre est administré par la Payments Association of South Africa, organisme d'autorégulation fondé en 1996 et reconnu payment system management body par la SARB en 1999.

⚠️
Le prélèvement EFT historique est remboursable sans examen
Sur le flux EFT non enregistré, les banques sud-africaines sont tenues de rembourser le payeur sans examen de la validité du mandat. Un facturier qui collecte encore sur ce flux porte l'intégralité du risque de contestation, le mandat qu'il détient n'étant pas opposable au payeur devant la banque de celui-ci. La migration vers DebiCheck, ou à défaut vers le Registered Mandate, est la seule voie qui rétablisse cette opposabilité, ces deux flux reposant sur un mandat authentifié ou enregistré auprès de la banque du payeur.
🏦
Instant EFT et le statut qui va avec
Ozow encaisse en ligne par redirection vers la banque du client, sans carte, et revendique plus de 6 millions d'utilisateurs enregistrés (Ozow, 2026). Le point à retenir est réglementaire. Ozow n'est ni banque ni scheme, mais System Operator et Third Party Payment Provider enregistré auprès de la PASA, qualification qui encadre la plupart des « instant EFT » sud-africains.
📱
Deux QR marchands, aucun standard
SnapScan (FireID Payments, adossé à Standard Bank, plus de 60 000 marchands en 2026) et Zapper (Wonderwill Ltd, 31 000 entreprises clientes en 2026) sont des boucles fermées concurrentes, sans interopérabilité entre elles. L'acceptation dépend de l'application, pas d'une norme nationale, à l'inverse exact de GhQR ou du QR brésilien.
🧾
Un BNPL déjà mûr et déjà régulé
PayJustNow (Weaver Fintech), Payflex (2017), MoreTyme (GoTyme Bank, ex-TymeBank, plus de 3 000 enseignes partenaires en 2026) et Mobicred coexistent. La qualification demande de l'attention. Chez PayJustNow, un « Pay in 12 » avec intérêts voisine avec le 3 fois sans frais, et les deux ne relèvent pas du même régime au regard du National Credit Act.
🪙
Pas de rand numérique de détail
Le projet Khokha de la SARB, ouvert en 2018, est un programme de recherche sur une MNBC de gros, portant sur la tokenisation de titres et le règlement interbancaire sur registre distribué. Aucun rand numérique de détail n'est décidé. Présenter Khokha comme une MNBC en production est une erreur fréquente et grossière.

L'Afrique australe : le rand comme monnaie de règlement régionale

Au-delà de l'Afrique du Sud, la région se règle en rand. Le SADC-RTGS, anciennement SIRESS, en service depuis 2013, est exploité par la South African Reserve Bank sur mandat du Committee of Central Bank Governors de la SADC. Il compte seize États participants, à savoir Afrique du Sud, Angola, Botswana, Comores, RD Congo, Eswatini, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Seychelles, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe (SARB, page SADC-RTGS, consultée en juillet 2026). Le règlement s'y fait en ZAR uniquement. Ce système forme la colonne vertébrale du gros montant régional. Un flux interbancaire Lusaka–Maputo qui l'emprunte se règle donc en rand, et non dans l'une des deux monnaies nationales concernées. À cela s'ajoute la Common Monetary Area, qui arrime au rand les monnaies du Lesotho, de Namibie et d'Eswatini.

Le pendant « détail instantané » du SADC-RTGS est TCIB (Transactions Cleared on an Immediate Basis), en service depuis 2021. PayInc l'opère pour un scheme porté par la SADC Banking Association et le SADC Payment System Oversight Committee. TCIB fonctionne en crédit push immédiat avec règlement différé net. Son régime d'accès le distingue des autres rails régionaux, puisqu'il reste le seul scheme instantané transfrontalier de la SADC ouvert aux non-banques, c'est-à-dire aux établissements de monnaie électronique et aux opérateurs de mobile money. Il vise explicitement à formaliser les corridors de transferts de migrants Afrique du Sud → Zimbabwe, Malawi et Mozambique, aujourd'hui largement informels. Le corridor Afrique du Sud–Zambie est annoncé à 60 secondes de bout en bout (BankservAfrica, 2025-2026). Les volumes ne sont pas publiés, ce qui interdit de rapprocher cette annonce d'un usage mesuré.

PaysRTGSSwitch / rail de détailChiffre publié
NamibieNISS (Bank of Namibia, 2002), migré à ISO 20022NAMSWITCH (cartes) et NamPay (EFT, 2019), opérés par Namclear ; Instant Payment Programme opérationnel depuis juin 2026Plus de 97 000 transactions pour plus de 1 200 Md N$ réglés entre avril 2024 et avril 2025 (Bank of Namibia, 2025)
BotswanaBISS (Bank of Botswana)BACH (ACH) ; mobile money historique MyZaka (Mascom)Cadre du National Clearance and Settlement Systems Act de 2003
ZimbabweZETSS (Reserve Bank of Zimbabwe)Zimswitch (1994), désigné National Payment Switch, et ZIPIT (2011), instantané compte↔compte et compte↔walletZimswitch traite plus de 75 % des transactions par carte du pays (Zimswitch, données publiques)
ZambieZIPSS (Bank of Zambia)Corridor TCIB avec l'Afrique du Sud–
Malawi–Natswitch (ATM, TPE, mobile money, instantané)72,7 M de transactions en 2025 contre 33,5 M en 2024 (+117,3 %) pour 13 900 Md MWK ; le mobile money fait 64,1 % du volume (Reserve Bank of Malawi, 2025 National Payments System Report, mars 2026)
MozambiqueMTR (Banco de Moçambique, plateforme Montran)SIMO / SIMOrede (2011) ; M-Pesa Moçambique (Vodacom)–
AngolaSPTR (Banco Nacional de Angola, avec EMIS)Multicaixa / EMIS, Multicaixa Express (2018), KWiK (instantané, 2022)Multicaixa Express : plus de 2,1 Md de transactions en 2025, ~62 % de toutes les opérations du réseau ; KWiK : 35 M de virements en 2025 pour 590 Md Kz, plus de 100 % de croissance (EMIS, bilan 2025)
Les infrastructures nationales d'Afrique australe à connaître
ℹ️
Le cas angolais mérite un détour
Multicaixa Express est un portefeuille exploité par l'infrastructure interbancaire elle-même (EMIS, détenue par le Banco Nacional de Angola et les banques angolaises), et non par un telco ou une fintech. Avec plus de 2,1 milliards de transactions en 2025, il est devenu le canal majoritaire du pays devant la carte physique. Un GIE bancaire peut donc gagner le terrain du wallet, alors que la tentative comparable de GhanaPay au Ghana n'a pas abouti. Le statut de l'émetteur ne détermine donc pas à lui seul l'issue, une infrastructure bancaire pouvant s'imposer sur le paiement mobile dans un contexte et échouer dans un autre.

Un dernier repère complète le tableau régional. Vodacom M-Pesa a été arrêté en Afrique du Sud, avec environ 76 000 utilisateurs actifs au moment de la fermeture. La marque domine pourtant ailleurs sur le continent. L'écart tient au niveau de bancarisation et à la couverture carte du marché sud-africain, où le portefeuille ne comblait aucun défaut d'accès aux services bancaires. L'adoption du mobile money suit l'absence de service bancaire accessible, plutôt que la seule mise à disposition d'un portefeuille.

PAPSS : le pari de sortir le transfrontalier africain du dollar

Un paiement entre deux monnaies africaines s'exécute en passant par le dollar et par une banque correspondante hors d'Afrique, avec double conversion, frais de correspondance et délais. Ce détour est à l'origine du coût structurel du paiement transfrontalier africain. PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System), en service depuis 2022, a été conçu pour le supprimer. Le règlement s'y effectue en monnaies locales africaines, avec un netting quotidien et un solde réglé en devise forte via Afreximbank. Il est exploité par PAPSS SA, filiale d'Afreximbank qui en est aussi l'agent de règlement. Le système sert d'infrastructure de paiement à la ZLECAf. L'Union africaine et le secrétariat de la ZLECAf siègent à son Governing Council sans droit de vote, en soutien institutionnel et non comme opérateurs.

2022
Mise en service
PAPSS entre en production, porté et financé par Afreximbank.
Février 2026
Interconnexion Pesalink
Annonce d'une interconnexion avec le rail instantané kenyan.
9 juillet 2026
Adhésion de la BEAC
L'adhésion de la banque centrale d'Afrique centrale fait entrer d'un coup les six pays de la CEMAC ; déploiement opérationnel des banques attendu d'ici fin 2026.
Juillet 2026
Couverture annoncée
28 États africains, plus de 190 banques commerciales et fintechs, 16 switches raccordés directement ou indirectement (PAPSS / Afreximbank).
⚠️
Couverture annoncée ≠ usage réel
PAPSS publie sa couverture en pays, en banques et en switches, mais pas ses volumes en valeur. L'adhésion bancaire progresse vite, mais le nombre d'adhérents mesure le raccordement et non les flux effectivement acheminés. Un dossier d'analyse exige donc de la banque adhérente ses propres volumes réellement passés par le rail, le chiffre de 28 pays relevant de la couverture et non de l'usage. La même distinction vaut pour le PACM (PAPSS African Currency Marketplace), place de marché de change entre devises africaines annoncée le 7 juillet 2025 avec la société Interstellar sur une infrastructure à registre distribué permissionnée. Le PACM ne figure pas encore au catalogue des services PAPSS, et aucune profondeur de marché n'a été publiée. PAPSS chiffre à 5 milliards de dollars par an le coût du détour par les monnaies fortes, et à plus de 2 milliards de dollars les fonds bloqués des seules compagnies aériennes. Ces deux montants sont des estimations de l'opérateur, non des mesures indépendantes.
RailDepuisPérimètreMonnaie de règlementOuvert aux non-banques ?
PAPSS2022Panafricain, 28 États annoncésMonnaies locales, solde en devise forte via AfreximbankVia banques et switches raccordés
SADC-RTGS (ex-SIRESS)201316 États de la SADCZAR uniquementNon, participants RTGS
TCIB2021SADC, corridors de remittancesCrédit push, règlement différé netOui, EME et mobile money
REPSS2012COMESA, huit pays effectivement raccordés (Maurice, RD Congo, Malawi, Eswatini, Ouganda, Zambie, Rwanda, Kenya)USD et EUR, via les RTGS nationauxNon, accès par le RTGS national
GIMACPAY2020CEMAC (contrepoint à l'UEMOA)XAF, sous SYSTAC / SYGMAOui, 124 participants dont établissements de paiement et IMF
Onafriq (ex-MFS Africa)–Agrégateur privé multi-paysSelon corridorOui, modèle d'agrégation de wallets
Les rails transfrontaliers africains et ce qu'ils règlent réellement

Deux séries chiffrées situent l'échelle de ces rails régionaux. Côté CEMAC, GIMACPAY a traité plus de 600 milliards de FCFA en 2025, avec 124 participants : 58 banques, 12 établissements de paiement, 14 IMF, 37 agrégateurs, deux trésors publics et la banque centrale. S'y raccordent 37 millions de portefeuilles mobiles et 2 millions de comptes bancaires, et près de trois transactions sur quatre passent par un wallet (Investir au Cameroun / La Finance Digitale, 2025-2026 ; BEAC). Côté COMESA, REPSS reste à huit pays effectivement raccordés après plus de dix ans de service (Central Bank of Kenya, 2026). Les deux cas montrent le même écart. Sur le continent, l'adhésion institutionnelle court bien plus vite que l'usage bancaire réel, le raccordement d'un établissement se décidant entre institutions alors que le volume dépend du comportement des clients finaux.

Licences, domiciliation et ce qui casse à l'encaissement

Le régime de licence fixe, pour chaque juridiction, le titre exigé d'un opérateur de paiement, l'établissement autorisé à détenir les fonds et les conditions de leur sortie du pays. Le titre requis, la juridiction qui le délivre et le lieu où l'argent est autorisé à s'arrêter varient d'un bloc à l'autre. Aucun des quatre blocs ne reconnaît la licence d'un autre. Il n'existe aucun passeport, ni à l'échelle du continent, ni à l'échelle de la SADC. Seule l'UEMOA organise une mutualisation réelle, un agrément délivré dans un État membre valant dans l'ensemble de l'Union.

JuridictionTexte de référenceStatuts / catégoriesCapital minimumPoint qui coince
UEMOAInstruction BCEAO n°001-01-2024 relative aux services de paiement, en vigueur depuis le 23 janvier 2024Statut d'établissement de paiement créé pour les personnes morales autres que les établissements de crédit ; assujettis : banques, établissements de crédit, établissements de paiement, IMF et émetteurs de monnaie électronique ; services couverts (versement/retrait, virement, prélèvement, carte, transfert de fonds, émission d'instruments, acquisition, initiation, agrégation de comptes)10 à 100 millions FCFA de capital intégralement libéré, selon les services fournisDélai d'instruction de six mois à compter du dossier complet ; la période de mise en conformité a été prorogée au 1er mai 2025, après quoi toute structure non agréée doit cesser d'offrir des services de paiement dans l'UMOA
NigeriaCirculaire CBN du 9 décembre 2020, New License Categorisations for the Nigerian Payments SystemSwitching & Processing, Mobile Money Operator (MMO), Payment Solution Services (PSS), PSSP, PTSP, Super-AgentSwitching & Processing : 2 Md ₦ · MMO : 2 Md ₦ · PSS : 250 M ₦ · PSSP : 100 M ₦ · PTSP : 100 M ₦ · Super-Agent : 50 M ₦Les catégories ne se cumulent pas librement : Switching & Processing englobe les activités PSSP, PTSP et Super-Agent ; MMO englobe Super-Agent. Choisir la mauvaise catégorie oblige à recommencer
GhanaPayment Systems and Services Act, 2019 (Act 987)DEMI (Dedicated Electronic Money Issuer), PSP Scheme, PSP Enhanced, PSP Medium, PSP Standard, PFTSPBarème integrity capital Bank of Ghana : DEMI 20 M GHS · PSP Scheme 8 M GHS · Enhanced 2 M GHS · Medium 800 000 GHS · Standard : pas de capital réglementaireLe capital est déposé en compte bloqué à la Bank of Ghana pour toute la durée d'exploitation. Et la catégorie PSP Standard est réservée aux entités détenues à 100 % par des Ghanéens. Un investisseur étranger ne peut pas y accéder
Afrique du SudNational Payment System Act 78 of 1998 ; projet de directive de la SARB, Directive in respect of specific payment activities within the national payment system, novembre 2025 (consultation, non entré en vigueur)Régime par activité et non par statut : A1 émission de monnaie électronique, A2 émission d'instrument, B acquisition, C1 clearing et settlement, C2 initiation, D third-party payment provider, E schemes, F money remittance, G comptes de paiementCapital initial du projet : e-money R8 M (tier 1) / R5 M (tier 2) · acquisition R3 M · clearing R1 M · settlement R3 M · initiation R2 M · TPPP R2 M / R500 000 · money remittance R2 M / R500 000 · schemes et émission d'instrument : sans exigenceToute activité impliquant une prise de dépôts relève du « business of a bank » : il faut soit une licence bancaire, soit une relation de sponsorisation avec une banque. Détenir des fonds clients sans sponsor est interdit
Les quatre régimes de licence, comparés
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L'Afrique du Sud est en pleine bascule réglementaire, et il ne faut pas figer son analyse
Le régime sud-africain actuel repose sur des enregistrements auprès de l'organisme d'autorégulation (System Operator, Third Party Payment Provider auprès de la PASA) et sur des désignations de clearing system participant accordées au cas par cas par la SARB. Le projet de directive de novembre 2025 remplace cette logique par une autorisation par activité ouverte aux non-banques, avec un barème de capital et des exigences prudentielles explicites. Ce texte en consultation peut encore voir ses montants et son calendrier modifiés avant publication. Il ne constitue pas du droit positif tant qu'il n'est pas publié, tout en fixant l'orientation à retenir dans une planification à dix-huit mois. Les arrangements transitoires prévoient notamment que les participants au clearing et au settlement déposent leur demande trois mois après la date de publication de la directive définitive.
Qualifier un projet d'encaissement dans la zone, l'ordre des questions
1. Monnaie et convertibilité
Dans quelle monnaie l'encaissement devient-il définitif ?
XOF adossé à l'euro à parité fixe, ou NGN / GHS / ZAR avec risque de change et procédures de rapatriement. Cette réponse commande tout le reste
2. Rail dominant
Quel instrument le client va-t-il réellement utiliser ?
Virement NIP au Nigeria, mobile money au Ghana et en UEMOA, carte et instant EFT en Afrique du Sud. Ne pas déduire le rail du taux de bancarisation
3. Titre réglementaire
Ai-je besoin d'une licence, ou d'un partenaire qui en détient une ?
Établissement de paiement BCEAO, PSSP ou MMO au Nigeria, PSP Medium ou Enhanced au Ghana, sponsorisation bancaire en Afrique du Sud
4. Domiciliation des fonds
Où l'argent s'arrête-t-il, et chez qui ?
Compte cantonné chez une banque locale, float d'émetteur de monnaie électronique, ou compte de sponsorisation. Le capital réglementaire est souvent bloqué à la banque centrale (Ghana, Nigeria)
5. Sortie des fonds
Sous quel titre et avec quelle documentation les fonds sortent-ils du pays ?
Contrôle des changes actif au Nigeria comme en Afrique du Sud ; la libre transférabilité de l'UEMOA est le régime le plus simple de la zone
  • Le chargeback n'existe pas sur un push instantané. NIP, GIP, PayShap, ZIPIT et TCIB sont des crédits poussés par le payeur : une fois exécutés, ils sont irrévocables. Il n'y a pas de procédure scheme de contestation, seulement une demande de restitution au bénéficiaire. Un dispositif de litige calqué sur la carte ne fonctionne pas. Le contrôle se fait avant l'ordre, par le name enquiry (Nigeria) ou l'annuaire d'alias (Proxy Pay au Ghana, ShapID en Afrique du Sud).
  • L'identité est nationale et non substituable. BVN au Nigeria, Ghana Card au Ghana, identifiants nationaux en Afrique du Sud, agréments EME par État en UEMOA : aucun référentiel KYC ne traverse une frontière. Prévoir un parcours d'onboarding par pays, pas un parcours régional avec des variantes.
  • Le float d'émetteur de monnaie électronique est un enjeu prudentiel majeur, pas une ligne de trésorerie. Le float de Mobile Money Limited au Ghana atteignait 38,4 Md GHS en 2025 (résultats MTN Ghana / MML, mars 2026). Les banques centrales de la zone imposent son cantonnement, et sa rémunération est un sujet réglementaire à part entière.
  • La qualification d'un acteur change vite et rétroactivement dans les documents. BankservAfrica devenue PayInc en août 2025, TymeBank devenue GoTyme Bank, MFS Africa devenue Onafriq : une même entité apparaît sous deux noms selon l'année du document, et seule la date de la source permet de savoir lequel des deux désigne l'acteur en exercice.
  • Les chiffres d'utilisateurs des fintechs de la zone sont auto-déclarés. Flutterwave, Moniepoint, OPay, Wave publient des bases non auditées, parfois incohérentes d'une page à l'autre du même site. Les utiliser comme ordre de grandeur commercial est légitime ; les présenter comme une mesure ne l'est pas.
🔑
Ce qu'il faut retenir pour opérer
En Afrique de l'Ouest et australe, la monnaie d'encaissement commande le rail, et le rail commande le choix du PSP. L'UEMOA offre la simplicité d'une union monétaire à parité fixe avec l'euro, mais un marché de détail tenu par le mobile money et une part de marché carte dont le dernier chiffre public remonte à 2018. Le Nigeria offre le rail instantané le plus puissant du continent, mais un naira non convertible et un contrôle des changes qui décide de la faisabilité du projet. Le Ghana présente le catalogue public le plus complet, sous domination télécom. L'Afrique du Sud réunit le cadre le plus mûr et la seule économie carte de la zone. S'y ajoutent une réforme des licences en cours et une mécanique de prélèvement à trois flux qui gouverne toute collecte récurrente. Les quatre blocs diffèrent par ces trois paramètres. Un dispositif conçu pour l'un d'eux ne se transpose aux autres qu'après reprise complète de la monnaie, du rail et du titre réglementaire.