Référence🌍 Le paiement en Afrique & Moyen-OrientIntermédiaire⏱ 30 min de lecture

🇰🇪 Les paiements en Afrique de l'Est

M-Pesa et l'écosystème kényan, PesaLink et Kenswitch face au wallet, TIPS et TANQR imposés par la Bank of Tanzania, TISS et le règlement en monnaie de banque centrale, le duopole MTN MoMo / Airtel Money en Ouganda, telebirr et EthSwitch dans une Éthiopie longtemps fermée, eKash sur socle Mojaloop au Rwanda, les réseaux d'agents et le cash-in/cash-out, EAPS, REPSS et PAPSS pour le transfrontalier

Cinq marchés, cinq banques centrales, aucune licence régionale

L'Afrique de l'Est est la région du monde où le paiement de détail s'est construit le plus loin de la banque. L'instrument du quotidien y est un portefeuille de monnaie électronique adossé à une ligne mobile, et non un compte bancaire ou une carte. Ce portefeuille est alimenté et vidé par un réseau d'agents de quartier qui échangent des billets contre de la monnaie électronique. Il porte le transfert entre particuliers, le paiement marchand et le règlement des factures. Les rails bancaires y sont l'exception plutôt que la norme, et ils ont été construits après le wallet, souvent contre lui. La pile technique et réglementaire de la région se lit donc à partir du portefeuille, y compris dans sa partie bancaire.

Le régime d'agrément est national dans chacun des marchés de la zone, sans reconnaissance mutuelle entre eux. Il n'existe aucun agrément régional de type passeport, alors que cinq de ces marchés appartiennent à la Communauté d'Afrique de l'Est. Un émetteur de monnaie électronique agréé par la Central Bank of Kenya n'a donc strictement aucun droit d'exercer en Tanzanie ou en Ouganda. L'exercice y suppose un dossier distinct, déposé auprès d'une autorité distincte, sous une loi distincte. La mutualisation régionale se limite à deux rails transfrontaliers de gros montant, EAPS et REPSS.

MarchéAutoritéRTGSCompensation de détailInstantané de détailRail dominant en pratique
KenyaCentral Bank of Kenya (CBK)KEPSS (depuis le 29 juillet 2005)NACH, Nairobi Automated Clearing House (chèques, EFT)PesaLink (IPSL, 2017) ; un Kenya Fast Payment System public reste annoncéM-Pesa (Safaricom), hors rail bancaire
TanzanieBank of Tanzania (BoT)TISSTACH, Tanzania Automated Clearing HouseTIPS (BoT, 2022), adhésion obligatoireTIPS, qui agrège wallets et banques
OugandaBank of Uganda (BoU)UNISS (2005)ACH en cinq devises (UGX, USD, EUR, GBP, KES)Pas de switch public unifié documenté iciMTN MoMo et Airtel Money, en duopole
RwandaNational Bank of Rwanda (BNR)RIPPS (2011), RTGS + ACH + dépositaire centralRIPPS (même plateforme)eKash / RNDPS 2.0 (RSwitch, sur Mojaloop, 2025)eKash, sur tarif public quasi nul
ÉthiopieNational Bank of Ethiopia (NBE)EATS (2011), 10 h/jour, 6 j/7EthSwitch pour l'interopérabilité GAB et cartesEthioPay (EthSwitch, décembre 2025)telebirr (Ethio Telecom) et EthSwitch
SomalieCentral Bank of SomaliaNational Payment System (ouvert en juillet 2021)–SIPS + Somali Payment Switch (janvier 2025)Portefeuilles mobiles, antérieurs à l'infrastructure bancaire
La pile nationale de chaque marché (qui régule, qui exploite, quoi)
> 84 %
d'inclusion financière au Kenya, contre 26 % en 2006, trajectoire de référence citée par toutes les banques centrales africaines
FinAccess
36
systèmes de paiement instantané vivants dans 31 pays africains, 64 Md de transactions pour près de 2 000 Md$ en 2024
AfricaNenda, SIIPS 2025 (4ᵉ édition, 13 novembre 2025), avec la Banque mondiale et l'UNECA
≈ 1 680 Md$
de transactions mobile money dans le monde en 2024, dont environ deux tiers en Afrique
GSMA, State of the Industry Report 2025
2,1 Md
de comptes mobile money enregistrés dans le monde en 2024. Attention, « enregistrés » ≠ actifs
GSMA SOTIR 2025
🔑
La ligne de partage qui décide de tout : qui exploite le rail
Les piles nationales de la zone se répartissent en deux modèles, selon l'identité de l'exploitant du rail de détail. Dans le modèle opérateur (Kenya, Ouganda), un opérateur télécom privé détient ce rail et le régulateur exerce une surveillance externe. L'accès marchand s'y négocie commercialement avec cet opérateur. Dans le modèle banque centrale (Tanzanie, Rwanda, Éthiopie dans une large mesure), l'autorité monétaire exploite elle-même le switch, impose l'adhésion et fixe les tarifs. L'accès y relève d'une procédure d'agrément plutôt que d'une négociation. Les tarifs administrés du second modèle compriment à dessein la marge disponible sur l'acceptation, quand le premier la laisse se former par le marché.

Kenya : M-Pesa, ou l'infrastructure nationale détenue par un opérateur télécom

M-Pesa est un service de monnaie électronique lancé en 2007 par Safaricom plc, opérateur télécom kényan du groupe Vodacom/Vodafone. La plateforme est aujourd'hui portée par la coentreprise M-Pesa Africa, et M-Pesa reste le plus gros service de mobile money d'Afrique. Aucun autre système de paiement au monde n'a fait l'objet d'autant de travaux d'analyse. Son interface repose sur un menu USSD accessible depuis un téléphone basique, sans connexion Internet. Sa particularité principale est institutionnelle plutôt que technique. Au Kenya, le rail de paiement de détail dominant est la propriété privée d'une société cotée, et non une infrastructure publique.

41 680 Md KES
de valeur transactionnelle M-Pesa (≈ 322 Md$) sur l'exercice clos le 31 mars 2026, en hausse de 8,9 %
Safaricom, résultats annuels FY26, mai 2026
46,41 Md
de transactions M-Pesa sur le même exercice, en hausse de 25,1 %. La croissance est bien plus rapide en volume qu'en valeur
Safaricom FY26, mai 2026
40 M
de clients actifs mensuels au Kenya, pour environ 89 % du mobile money kényan
Safaricom FY26, mai 2026
3,1 M
de marchands acceptant M-Pesa, en hausse de 71 % sur un an
Safaricom FY26, mai 2026

La tarification de M-Pesa a changé de logique sur l'exercice 2026, et le volume s'y est largement détaché du revenu. 17,1 milliards de micro-transactions « Kadogo » sont gratuites et représentent 58 % de l'activité (Safaricom FY26). La majorité du volume ne produit donc plus aucun revenu par transaction, le revenu se déplaçant vers les services adossés au portefeuille. Le crédit, les services marchands et les cartes co-badgées en constituent les principaux postes. L'écart se creuse entre le tarif consommateur, souvent nul, et le tarif marchand, qui porte désormais l'économie du réseau. Une négociation de grille marchande se conduit en tenant compte de ce déplacement. M-Pesa pèse 182,7 Md KES de revenus, soit 45,6 % des revenus du groupe Safaricom. Le paiement n'est donc plus une activité annexe de l'opérateur télécom : il en porte près de la moitié des revenus.

Encaisser en M-Pesa : les trois portes d'entrée marchandes
Buy Goods (numéro *Till*)
Le client saisit un numéro de caisse et le montant
Le mode historique du commerce physique. Un *till* par point de vente, pas de référence de commande transmise : la réconciliation repose sur le montant, l'horodatage et le numéro de téléphone du payeur. C'est la porte la plus simple à ouvrir, et la plus pénible à rapprocher.
Pay Bill (numéro *Paybill* + référence de compte)
Le client saisit un numéro de facturier, une référence, un montant
Le mode des factures, écoles, assurances, e-commerce. La **référence de compte** saisie par le client est le seul lien entre l'encaissement et la commande du marchand, et c'est le point de rupture le plus fréquent : référence mal tapée, décalée, ou remplacée par le nom du payeur.
Initiation depuis le marchand (*push* vers le mobile)
Le marchand déclenche une demande, le client valide par son code sur son téléphone
Le mode API du commerce en ligne : la référence est portée par le système du marchand, et non plus par le client. Le taux d'abandon dépend du délai d'affichage de l'invite sur le combiné et de la fenêtre de saisie du code, deux paramètres qui échappent au marchand.
Notification et rapprochement
Callback vers la plateforme du marchand, puis réconciliation
⚠️ Le callback n'est **pas** la preuve du paiement : il peut manquer, arriver en double, ou arriver après que le client a rechargé la page. La seule vérité est l'interrogation de statut côté opérateur, complétée par le relevé du compte marchand.
⚠️
Les trois pièges d'intégration qui coûtent le plus cher au Kenya
(1) La référence Pay Bill est saisie à la main par un humain sur un clavier de téléphone. Le rapprochement usuel combine donc le montant, le MSISDN et une fenêtre temporelle, plutôt qu'un simple exact match. Les cas non résolus alimentent une file d'exceptions traitée par un opérateur humain. (2) L'idempotence n'est pas garantie côté client. Un payeur qui ne voit pas de confirmation recommence l'opération, et le marchand encaisse alors deux fois le même achat. La détection du doublon et le remboursement incombent au marchand, le réseau ne les prenant pas en charge. (3) Le remboursement n'est pas symétrique de l'encaissement. Il emprunte un flux sortant depuis le compte marchand, avec ses propres droits, ses propres plafonds et son propre délai. Tant que le remboursement n'est pas câblé, l'intégration n'est pas terminée, et la charge des cas non traités retombe sur le service client.

Un écosystème de crédit s'est construit autour du portefeuille, et il explique la profondeur d'usage observée au Kenya. Deux produits le portent. M-Shwari est un compte d'épargne et de micro-crédit adossé au wallet, opéré avec NCBA. Fuliza est un découvert instantané qui complète un paiement lorsque le solde du portefeuille est insuffisant. Ces deux produits agissent directement sur le taux de succès réel des encaissements, puisqu'un client disposant d'un découvert autorisé règle là où un client à solde nul échoue. La différence de conversion se mesure sur un panier moyen.

PesaLink, Kenswitch et KEPSS au Kenya : la riposte bancaire et son arbitrage inachevé

Le cadre juridique kényan repose sur le National Payment System Act de 2011, décliné par des règlements en 2014. Ces règlements organisent l'autorisation des prestataires de services de paiement et la surveillance des systèmes. La National Payments Strategy 2022-2025 de la CBK en fixe les orientations (Central Bank of Kenya, page National Payments System, consultée en 2026). Ce cadre est postérieur au mobile money : la CBK avait laissé M-Pesa démarrer en 2007 sur la base d'une lettre de non-objection, sous sa surveillance. Le portefeuille kényan n'a donc jamais opéré hors du regard de la banque centrale, mais son régime d'autorisation formel ne date que de 2011-2014.

RailExploitantDepuisCe qu'il faut en savoir
KEPSS (Kenya Electronic Payment and Settlement System)Central Bank of Kenya29 juillet 2005Le RTGS : règlement brut en continu, définitif, en monnaie de banque centrale. Système d'importance systémique. C'est aussi le point d'accès kényan aux rails régionaux EAPS et REPSS, qui y sont logés
NACH (Nairobi Automated Clearing House)Central Bank of Kenya, en association avec la Kenya Bankers Association–Compensation de détail à règlement net : chèques et virements électroniques. Plafond de 1 million KES par chèque depuis octobre 2009, cycle ramené de T+3 à T+1 en 2013. ⚠️ Homonymie totale avec le NACH indien de la NPCI, sans aucun lien
PesaLinkIntegrated Payment Services Limited (IPSL), filiale de la Kenya Bankers Association2017Virement instantané interbancaire, plus de 80 institutions intégrées (IPSL/KBA, 2025-2026). Volumes en hausse de 78 % en 2023 sur 2022 (rapport annuel KBA 2023) ; pas de chiffre 2025 recoupé. Raccordé à PAPSS depuis février 2026
KenswitchKenswitch Limited (consortium de banques, sous l'égide de la CBK)2002Le switch domestique carte et GAB : 26 banques membres, plus de 2 500 GAB, environ 40 000 TPE et 50 000 agents raccordés (Kenswitch, 2026). Il porte le partage d'agents bancaires autorisé par la CBK
Kenya Fast Payment System (FPS)Central Bank of KenyaannoncéRail instantané national annoncé dans le cadre de la National Payments Strategy. Statut : annonce, pas production. L'arbitrage n'est pas tranché (voir ci-dessous)
Ce que portent réellement les rails bancaires kényans
⚠️
L'arbitrage kényan non tranché : PesaLink ou FPS public ?
Les banques et Safaricom proposent que PesaLink devienne le Fast Payment System national, tandis que la CBK a annoncé vouloir construire le sien. Les deux options coexistent aujourd'hui sur le papier. Aucune décision publique ne les a départagées. Une décision d'intégration au Kenya se prend donc en tenant compte de l'arrivée possible d'un rail public, qui redistribuerait les positions, notamment sur les tarifs et sur l'obligation d'adhésion. La pratique consiste à écarter les clauses d'exclusivité longue sur un rail domestique kényan unique, et à prévoir dans l'architecture un point d'abstraction entre la fonction d'encaissement et le choix du rail.

L'interopérabilité entre portefeuilles kényans existe depuis le 10 avril 2018, date à laquelle Safaricom et Airtel ouvrent le transfert direct de portefeuille à portefeuille. T-Kash (Telkom Kenya) rejoint le dispositif en octobre 2018. L'ouverture technique n'a pas suffi à produire des transferts hors réseau. La CBK a dû ensuite *exiger l'alignement des tarifs on-net et off-net***. Tant qu'un envoi hors réseau coûte plus cher qu'un envoi interne, l'effet de réseau du plus gros acteur demeure, quelle que soit la connexion technique entre les systèmes. Ce mécanisme tarifaire gouverne toute la zone, y compris les grilles des prestataires qui s'y raccordent.

L'acceptation kényane est assurée par deux familles d'acteurs. Des banques d'envergure y interviennent, notamment Equity Bank, KCB, Co-operative Bank et NCBA, aux côtés de prestataires d'acceptation régionaux comme Pesapal, Cellulant et DPO Pay. Ce dernier, ex-DPO Group, est passé sous la marque commerciale de Network International, dont le siège Afrique est à Nairobi. L'appartenance de DPO à Network International est établie, alors que les chaînes de propriété plus lointaines relayées dans la presse ne le sont pas. La diligence porte donc sur l'entité contractante figurant au contrat, plutôt que sur la marque affichée sur le site.

Tanzanie : la banque centrale exploite le rail, et l'adhésion est obligatoire

La Tanzanie a organisé son interopérabilité de détail en deux temps, d'abord par accords bilatéraux, puis par un switch de banque centrale. La première phase relève du marché. Sous l'égide de la Bank of Tanzania, Airtel et Tigo signent un accord d'interopérabilité en septembre 2014, avec un lancement commercial en février 2015, suivis de Tigo–Zantel en décembre. Des règles métier communes sont adoptées en octobre 2014, portant sur les critères de participation, les principes de compensation et de règlement et la résolution des litiges. Le dispositif constitue la *première interopérabilité wallet-to-wallet pilotée par le marché au monde*. En 2022, la banque centrale remplace ce maillage bilatéral par un switch qu'elle exploite elle-même.

SystèmeExploitantDepuisRôle et chiffres publiés
TISS (Tanzania Interbank Settlement System)Bank of Tanzania–RTGS : virements interbancaires urgents et dénouement des obligations nettes issues de la compensation chèques/EFT, des switchs cartes et du marché monétaire. 33 banques et institutions participantes ; la banque du bénéficiaire doit créditer le compte dans les deux heures suivant l'instruction (Bank of Tanzania). Encore adossé aux messages SWIFT MT
TACH (Tanzania Automated Clearing House)Bank of Tanzania–Compensation de détail de faible montant ; ses soldes nets se règlent dans TISS (Bank of Tanzania, page Payment System)
TIPS (Tanzania Instant Payment System)Bank of Tanzania, opérateur direct2022651 M de transactions pour 54 950 Md TZS en 2025, contre 453 M et 29 820 Md TZS en 2024, soit +84 % en valeur sur un an (BoT, National Payment Systems Annual Report 2025). 45 prestataires connectés fin 2024 ; environ 1,5 M de transactions par jour, pour une capacité dimensionnée au triple
TANQRBank of Tanzania2022Standard QR marchand national adossé à TIPS : un seul QR accepté par tous. Airtel Money, AzamPesa, Mixx by Yas, TTCL Pesa, HaloPesa (Viettel) et M-Pesa sont les six émetteurs de monnaie électronique intégrés (BoT, rapport 2025)
UmojaSwitchUmojaSwitch Co. Ltd (coopérative de banques tanzaniennes)2006Switch coopératif mutualisant GAB, banque mobile et agency banking pour des banques trop petites pour s'équiper seules : plus de 260 GAB en Tanzanie et à Zanzibar, acceptation Visa et UnionPay (UmojaSwitch, 2026). Ne se substitue pas aux rails de banque centrale
SADC-RTGSSouth African Reserve Bank, mandatée par le Committee of Central Bank Governors de la SADC2013La Tanzanie figure parmi les 16 États participants. Règlement en rand uniquement à ce jour, point structurant pour tout flux régional passant par l'Afrique australe (SARB, 2026)
La pile tanzanienne, de la compensation au QR
🔑
Ce qui fait la réussite tanzanienne : l'obligation, pas la technique
Sur TIPS, la participation est obligatoire pour toute transaction inter-prestataires. Cette obligation réglementaire explique l'interopérabilité complète entre banques et émetteurs de monnaie électronique, ainsi que la croissance de +84 % en valeur sur un an. La qualité technique de la plateforme n'en est pas la cause. Le même mécanisme joue pour le standard QR. TANQR a réussi là où le GhQR ghanéen a déçu, parce que l'adhésion à TIPS rendait TANQR de fait obligatoire. Dans cette région, un standard d'acceptation ne se diffuse jamais par sa supériorité technique : il se diffuse par le rail auquel il est rattaché.
⚠️
Piège de nommage : Tigo Pesa n'apparaît plus sous ce nom
Tigo Pesa, portefeuille de l'opérateur Tigo, est l'un des deux acteurs de la toute première interopérabilité bilatérale au monde en 2014-2015. Il ne figure pas sous ce nom dans la liste des six émetteurs intégrés à TANQR publiée par la Bank of Tanzania. Cette liste mentionne Mixx by Yas. Les spécifications, tables de routage et contrats qui portent encore la mention « Tigo Pesa » reposent donc sur une nomenclature périmée. La vérification porte, avant toute intégration, sur le nom de l'émetteur tel qu'il figure aux registres de la BoT, et non sur celui qui circule dans la documentation commerciale.

Ouganda : un duopole télécom sur un socle de banque centrale minimal

Le marché de détail ougandais est massivement dominé par deux portefeuilles télécoms, MTN MoMo et Airtel Money, à côté d'une infrastructure publique délibérément resserrée. La Bank of Uganda exploite deux systèmes déclarés d'importance systémique, et deux seulement : UNISS, le RTGS national, et l'ACH. La pile ougandaise ne comporte pas d'équivalent au switch de détail public imposé en Tanzanie. L'interopérabilité y reste donc largement affaire d'accords entre acteurs privés et d'intermédiation par des agrégateurs.

  • UNISS (Uganda National Interbank Settlement System), Bank of Uganda, depuis 2005 : 27 participants enregistrés (Bank of Uganda, cadre d'oversight des systèmes nationaux de paiement, 2025). La participation est ouverte aux non-banques, particularité qui compte beaucoup dans un marché où le mobile money porte les volumes de détail. Migration en cours vers la plateforme RTS/X de CMA Small Systems.
  • ACH (Bank of Uganda) : compensation multilatérale nette des chèques et virements électroniques, en cinq devises (shilling ougandais, dollar, euro, livre sterling et shilling kényan). Le multidevises domestique est l'élément à retenir : il évite le passage par un correspondant pour les flux régionaux courants, notamment vers le Kenya.
  • Rails transfrontaliers : l'Ouganda participe à EAPS (Communauté d'Afrique de l'Est, monnaies locales) et figure parmi les huit pays effectivement raccordés à REPSS (COMESA), aux côtés de Maurice, de la RD Congo, du Malawi, de l'Eswatini, de la Zambie, du Rwanda et du Kenya (Central Bank of Kenya, 2026).
  • Concurrence non télécom : Wave Mobile Money est agréée comme émetteur de monnaie électronique en Ouganda, parmi d'autres marchés (Wave, agréments EME/EMI). C'est le principal disrupteur tarifaire du mobile money africain, à surveiller pour la pression qu'il exerce sur les grilles.
  • Acceptation en ligne : DPO Pay (Network International) couvre l'Ouganda comme le Kenya, la Tanzanie et le Rwanda ; Chipper Cash (Critical Ideas, Inc.) y opère également, sur un modèle de transferts transfrontaliers entre particuliers.
⚠️
Les chiffres MoMo les plus cités sont consolidés au niveau du groupe, pas ougandais
Les données publiques les plus citées sur MTN MoMo sont consolidées au niveau du groupe. L'exercice 2025 fait apparaître 69,5 millions d'utilisateurs actifs MoMo, en hausse de 10 % sur un an. Le groupe déclare également 23,3 milliards de transactions fintech (+14,9 %) et 500,3 milliards de dollars de valeur de transactions fintech (+37,6 %). S'y ajoutent 1,4 million d'agents actifs et 2,1 millions de marchands actifs (MTN Group, résultats annuels 2025 publiés le 16 mars 2026). Ces chiffres couvrent treize marchés et plus, sans isoler l'Ouganda. Leur reprise comme description d'un marché national constitue l'erreur la plus fréquente des notes consacrées à la région. Elle survit ensuite à toutes les relectures.

La composition des revenus MoMo se déplace vers des services autres que le transfert entre particuliers. Chez MTN, les « services avancés », qui regroupent le crédit, l'assurance, l'investissement et le paiement marchand, pèsent 34,1 % des revenus MoMo en 2025 contre 29,9 % en 2024. La progression d'une année sur l'autre mesure ce déplacement : la croissance vient désormais de ces services, non du transfert entre particuliers. L'opérateur tire un revenu direct de l'acceptation marchande, et il a désormais un intérêt propre à la développer, ce qui améliore la position du marchand à la négociation. La situation était inverse cinq ans plus tôt.

Éthiopie : 120 millions d'habitants, un marché longtemps fermé, une pile qui rattrape

L'Éthiopie compte quelque 120 millions d'habitants et dispose d'une pile de paiement récente, encore peu couverte par la littérature de marché. Son développement a été contraint par un régime de change et d'accès au marché historiquement fermé aux acteurs étrangers. Sa croissance relative figure aujourd'hui parmi les plus rapides du continent. Trois briques structurent l'ensemble, telebirr côté portefeuille, EthSwitch côté interopérabilité et EATS côté règlement.

2011
EATS et EthioPay : les fondations
La National Bank of Ethiopia introduit EATS (Ethiopian Automated Transfer System), le RTGS, dans son programme de modernisation. La même année démarre EthioPay, porté par EthSwitch S.C., société par actions détenue par toutes les banques éthiopiennes, publiques et privées, et par la NBE elle-même.
2016
EthSwitch étend l'interopérabilité
Le switch national étend l'interopérabilité des distributeurs automatiques aux transferts instantanés et au mobile money. Le rapport SIIPS 2025 d'AfricaNenda lui consacre une étude de cas.
mai 2021
Lancement de telebirr
Ethio Telecom, opérateur public, lance telebirr. La croissance qui suit est la plus rapide jamais observée pour un mobile money africain, dopée par le monopole historique de l'opérateur sur un pays de quelque 120 millions d'habitants.
novembre 2023
Partenariat EthSwitch – NPCI
EthSwitch signe un partenariat avec la NPCI indienne pour son infrastructure. Le référentiel technique éthiopien s'aligne donc sur des choix indiens, pas européens. Cela se voit dans les formats et dans la logique d'adressage.
2023
Ouverture partielle : M-Pesa Ethiopia
Safaricom lance M-Pesa Ethiopia, premier concurrent sérieux de telebirr. Ce lancement signale l'ouverture d'un marché qui était jusque-là inaccessible aux opérateurs étrangers.
29 mars 2025
EATS passe à l'ISO 20022
Le RTGS éthiopien bascule sur ISO 20022. Il traite plus de 3,5 millions de transactions par an pour plus de 5 000 Md ETB, avec 35 institutions participantes (National Bank of Ethiopia, 2025).
décembre 2025
EthioPay devient un rail instantané
EthSwitch met en service son système de paiement instantané EthioPay, avec règlement interbancaire le jour même. Trois fonctions désormais dans une seule entité : switch national, IPS instantané et scheme carte domestique co-brandé avec les banques.
387 M
de transactions interopérables pour 1 260 Md ETB (~8 Md$) sur l'exercice 2025/26, dont 242,6 M en P2P (1 060 Md ETB) et 131,5 M en interopérabilité GAB (189,2 Md ETB)
EthSwitch, juillet 2026
> 1 M
de transactions P2P en une seule journée au pic, pour 5,1 Md ETB
EthSwitch, juillet 2026
> 54,8 M
d'utilisateurs telebirr enregistrés en juillet 2025 (+7,29 M sur l'exercice 2024/25), pour 2 380 Md ETB de transactions sur l'exercice
Ethio Telecom, 2025
2,6 Md ETB
de bénéfice avant impôt d'EthSwitch sur l'exercice 2025/26, soit une infrastructure publique de paiement rentable, ce qui est rare
EthSwitch, juillet 2026
⚠️
Deux réserves qu'il faut poser avant toute décision sur l'Éthiopie
(1) « Utilisateurs enregistrés » n'est pas « utilisateurs actifs », et l'écart sur telebirr est probablement considérable. Aucun chiffre d'activité mensuelle comparable à celui publié pour M-Pesa n'est disponible. Un plan de volumes fondé sur les 54,8 millions d'inscrits surestime donc la base réellement active. (2) EATS ne fonctionne que dix heures par jour, six jours sur sept. Cette plage d'ouverture explique la place prise au-dessus de lui par les rails de détail 24/7, telebirr et EthSwitch. Un flux dont le règlement passe par la monnaie de banque centrale ne se dénoue pas le dimanche, ce qui allonge d'autant l'immobilisation de trésorerie.

Agents, float et cash-in/cash-out : l'infrastructure physique du rail

Le réseau d'agents désigne l'ensemble des points physiques où la monnaie électronique s'échange contre des billets. Boutiquiers, kiosques et stations-service y assurent la conversion dans les deux sens, sous le mandat d'un émetteur. Aucun des systèmes décrits plus haut ne fonctionnerait sans ce maillage. Il constitue l'infrastructure la plus coûteuse et la moins visible de la zone. La géographie des encaissements et la distribution de leurs échecs se lisent sur la carte des agents, plus que dans les spécifications d'API.

Le mouvement réel derrière un cash-in et un cash-out
Cash-in (dépôt)
Le client remet des billets à l'agent
L'agent débite son propre stock de monnaie électronique (son *float*) et crédite le portefeuille du client. L'agent gagne du cash et perd du float. Il ne s'est rien passé au niveau du système : la monnaie électronique change de mains, elle n'est pas créée.
Cash-out (retrait)
Le client demande des billets
L'opération inverse : l'agent remet du cash et reçoit du float. L'agent gagne du float et perd du cash. Un agent qui a passé la journée à faire des retraits n'a plus de billets, et refuse le client suivant.
Rééquilibrage (*rebalancing*)
L'agent va en banque, ou chez un super-agent
C'est **le point de rupture opérationnel du modèle**. Un agent déséquilibré est un agent indisponible. Le rééquilibrage dépend d'une agence bancaire ouverte, accessible, et d'un déplacement physique avec du liquide.
Émission et cantonnement
L'émetteur crée du float contre monnaie déposée
La monnaie électronique en circulation doit être **adossée intégralement à des fonds cantonnés** auprès de banques agréées, hors du bilan d'exploitation de l'émetteur. C'est le cœur du régime prudentiel de la monnaie électronique et le premier point de toute diligence sérieuse sur un émetteur.
🔑
Ce que le réseau d'agents change concrètement pour un marchand
La disponibilité d'un encaissement dépend de la liquidité d'un boutiquier. Un client qui doit d'abord déposer des espèces pour régler son achat échoue si l'agent le plus proche est à court de float ou de billets. Les motifs d'échec qui en résultent sont géographiques et horaires. Ils se concentrent en fin de mois, les jours de marché et en zone rurale en fin de journée. Aucun n'a de cause technique, et aucun retry ne les corrige. Un taux de réussite qui varie selon des cycles inexpliqués par la supervision technique relève généralement de la disponibilité des espèces.

Deux chiffres publiés donnent l'ordre de grandeur du maillage. Côté bancaire kényan, Kenswitch raccorde plus de 2 500 GAB, environ 40 000 TPE et 50 000 agents pour 26 banques membres (Kenswitch, 2026). La CBK a autorisé le partage d'agents bancaires entre établissements, ce qui a étendu la couverture sans multiplier le coût par établissement. Côté télécom, le groupe MTN déclare 1,4 million d'agents actifs et 2,1 millions de marchands actifs sur l'ensemble de son empreinte. Ces chiffres proviennent des résultats 2025 de MTN Group, publiés le 16 mars 2026. L'écart d'échelle entre le réseau bancaire et le réseau télécom structure l'ensemble du marché de la zone.

Deux signaux permettent d'apprécier la maturité d'un marché de la zone. Le premier signal est le recul de la part du cash-out, qui indique que la monnaie électronique circule dans l'écosystème au lieu d'en sortir à chaque paiement. La valeur d'une acceptation marchande augmente à mesure que cette part diminue. Le second signal est la gratuité des micro-transactions. Les 17,1 milliards de micro-paiements « Kadogo » gratuits représentent 58 % de l'activité M-Pesa (Safaricom FY26). Ce choix tarifaire traduit l'abandon du péage sur le petit montant au profit de la captation de l'usage. Sur un marché parvenu à ce stade, l'acceptation marchande devient rentable.

Le transfrontalier : EAPS, REPSS, PAPSS, et ce que chacun ne fait pas

Quatre rails assurent les paiements transfrontaliers accessibles depuis l'Afrique de l'Est. Ils se distinguent par les montants qu'ils portent, par leurs devises de règlement et par la clientèle qu'ils desservent. Les confondre est l'erreur la plus coûteuse d'une architecture régionale. Elle ne produit aucun message d'erreur technique : elle se paie en allongement du délai de règlement et en immobilisation de trésorerie.

RailPérimètreDevise de règlementCe qu'il fait, et ce qu'il ne fait pas
EAPS (East African Payment System)Quatre pays : Kenya, Rwanda, Tanzanie, Ouganda (CBK, 2026)Monnaies locales de la Communauté d'Afrique de l'EstGros montant, par interconnexion des RTGS nationaux. Ouvert de 8h30 à 16h00 EAT, du lundi au vendredi. ⚠️ Le Burundi n'y figure pas, contrairement à ce que laissent entendre les présentations qui alignent les cinq banques centrales de la CAE. Complémentaire des rails de détail, jamais concurrent
REPSS (Regional Payment and Settlement System)Huit pays raccordés : Maurice, RD Congo, Malawi, Eswatini, Ouganda, Zambie, Rwanda, Kenya (CBK, 2026)Dollar et euroRail du COMESA, en service depuis octobre 2012, accessible par le RTGS de son propre pays (KEPSS au Kenya). Huit pays raccordés sur vingt et un États membres du COMESA : c'est la raison de ne pas le surestimer
PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System)28 États africains, plus de 190 banques et fintechs, 16 switches après l'adhésion de la BEAC le 9 juillet 2026Monnaies locales africaines, netting quotidien, solde réglé en devise forte via AfreximbankLe seul rail panafricain qui court-circuite la banque correspondante hors d'Afrique, autrement dit l'infrastructure de la ZLECAf. Interconnexion avec PesaLink annoncée en février 2026. ⚠️ Les volumes en valeur ne sont pas publiés : la couverture progresse vite, l'usage effectif est invérifiable
SADC-RTGS (ex-SIRESS)16 États de la SADC, dont la TanzanieRand uniquement à ce jourColonne vertébrale du gros montant en Afrique australe. Pertinent pour la Tanzanie seule dans la zone est-africaine. Un flux Dar es Salaam ↔ Johannesburg n'emprunte pas les mêmes tuyaux qu'un flux Dar es Salaam ↔ Nairobi
Hubs privés (Onafriq, M-Pesa Global)Onafriq : 43 pays, 2 000 corridors revendiqués. M-Pesa Global : Safaricom au Kenya, Vodacom en Tanzanie, RDC, Mozambique, LesothoSelon corridorLe détail entre portefeuilles, là où les rails publics ne vont pas. Un seul raccordement à Onafriq remplace des dizaines d'accords bilatéraux. ⚠️ Chiffres de portée auto-déclarés, non audités ; siège Onafriq déclaré à Londres, pas à Maurice ni en Afrique du Sud
Les rails transfrontaliers accessibles depuis l'Afrique de l'Est
ℹ️
Le Rwanda comme laboratoire régional : eKash sur socle Mojaloop
Le Rwanda déploie eKash (RNDPS 2.0), exploité par RSwitch Ltd sur le socle open source Mojaloop. Le système a été lancé à l'Inclusive Fintech Forum le 27 février 2025, puis généralisé en juillet 2026. Il totalise plus de 47 millions de transactions pour plus de 203 milliards RWF et 22 institutions connectées, dont MTN et Airtel (RSwitch / RISA, 2026). Depuis le 14 juillet 2026, le tarif d'un transfert d'un compte bancaire vers un portefeuille est plafonné à environ 1 cent de dollar. Le règlement passe par RIPPS, plateforme unique de la National Bank of Rwanda qui porte le RTGS, la chambre de compensation et le dépositaire central de titres. Elle a été modernisée en 2023-2024 pour un fonctionnement 24/7 et l'alignement ISO 20022. Le montage sert de référence aux pays qui écartent l'achat d'un switch propriétaire. ⚠️ Un chiffre publié dans les mêmes communications est à écarter. Les « plus de 21 millions d'utilisateurs enregistrés » dépassent la population rwandaise, estimée à environ 14 millions. Faute de définition publiée, ce chiffre n'est pas retenu ici.

La Somalie présente une chronologie inverse de celle des autres marchés de la zone. Le Somali Instant Payment System (SIPS) et le Somali Payment Switch ont été lancés en janvier 2025 par la Central Bank of Somalia. Ils reposent sur le socle du National Payment System, ouvert en juillet 2021. Ils portent des transferts 24/7 entre banques, portefeuilles mobiles et terminaux, en P2P, P2M et G2P. Le déploiement s'est fait en contexte post-conflit, dans un pays où le mobile money précédait largement l'infrastructure bancaire. La banque centrale y estime que plus des deux tiers des paiements passent déjà par des canaux numériques.

Encaisser dans la zone : la check-list d'un lancement qui tient

Les points énumérés ci-dessous récapitulent les décisions à prendre avant l'intégration technique, dans l'ordre où elles se posent. Dans cette zone, le pays est l'unité de décision, pas la région. La qualification préalable porte sur le rail dominant du pays et sur l'identité de celui qui le détient et l'exploite, le choix d'un prestataire de services de paiement (PSP) ne venant qu'ensuite.

  • Qualifier le modèle du pays. Rail détenu par un opérateur télécom (Kenya, Ouganda) : le coût et la disponibilité de l'encaissement se négocient commercialement, et l'opérateur est aussi un concurrent potentiel sur le service. Rail exploité par la banque centrale (Tanzanie, Rwanda) : l'accès dépend d'un agrément, les tarifs sont administrés, et l'adhésion des contreparties est acquise d'office.
  • Vérifier l'exigence d'établissement local. Aucune licence est-africaine ne vaut passeport régional. Un émetteur de monnaie électronique doit être agréé pays par pays (CBK, BoT, BoU, BNR, NBE), et l'entrée en Éthiopie relève d'un régime historiquement fermé aux acteurs étrangers, ouvert progressivement depuis l'arrivée de M-Pesa Ethiopia en 2023.
  • Choisir entre raccordement direct et agrégateur. Le direct donne le meilleur coût unitaire et le pire délai de mise en service ; l'agrégateur donne l'inverse, qu'il s'agisse de DPO Pay (Network International), de Cellulant, de Pesapal, de Flutterwave, ou d'Onafriq pour l'interconnexion de portefeuilles. Sur un premier marché, l'agrégateur est presque toujours le bon choix, à condition d'avoir prévu la sortie.
  • Concevoir la réconciliation avant l'intégration. Le callback n'est pas une preuve de paiement. Une réconciliation qui tient combine quatre éléments : une interrogation de statut côté opérateur, une détection de doublon côté marchand, un rapprochement flou pour les références saisies à la main et une file d'exceptions traitée par un opérateur humain. Une intégration qui s'en dispense passe la recette, où les saisies sont propres, et échoue en production, où elles ne le sont pas.
  • Câbler le remboursement le premier jour. Le flux sortant a ses propres droits, plafonds et délais, et il n'est pas le miroir de l'encaissement. Une plateforme qui encaisse sans savoir rembourser accumulera une dette opérationnelle qui se réglera en service client.
  • Prévoir le rapatriement et le change. Le solde d'un compte marchand est libellé en monnaie locale. Sa conversion et sa sortie relèvent du régime de change du pays, et non du prestataire de paiement, et c'est là que se logent les délais que personne n'avait budgétés.
  • Instrumenter les motifs d'échec non techniques. Rupture de float chez l'agent, solde insuffisant, code saisi hors délai, référence erronée : ces motifs se corrigent par le produit et par le réseau d'acceptation, pas par un retry. Sans cette ventilation, le taux de conversion reste inexpliqué.
  • Surveiller le risque fiscal et réglementaire. La taxation des transactions est un risque politique récurrent du secteur sur le continent, et l'arbitrage kényan entre PesaLink et un Fast Payment System public montre que le rail dominant lui-même peut changer. Une exclusivité longue sur un rail domestique est donc à écarter.
🇰🇪
Kenya, l'écosystème le plus profond
M-Pesa concentre environ 89 % du mobile money national et 40 M de clients actifs mensuels (Safaricom FY26). Le meilleur marché de la zone pour l'acceptation, avec la contrainte d'une dépendance à un acteur unique et un arbitrage réglementaire ouvert sur le rail instantané.
🇹🇿
Tanzanie, le plus prévisible
TIPS obligatoire, TANQR unique, règlement en monnaie de banque centrale par TISS avec crédit du bénéficiaire sous deux heures. Coûts administrés et interopérabilité acquise en font le marché où l'ingénierie est la plus simple et la marge la plus contrainte.
🇺🇬
Ouganda, le duopole
MTN MoMo et Airtel Money portent le détail ; UNISS et l'ACH multidevises constituent le socle public. Faute de switch de détail imposé, l'interopérabilité se négocie, et l'agrégateur est ici plus qu'un confort.
🇪🇹
Éthiopie, le plus grand pari
Un marché de quelque 120 millions d'habitants, telebirr en croissance record, EthSwitch rentable, mais un RTGS ouvert 10 h/jour, 6 j/7 et un accès étranger encore récent. Fort potentiel, forte contrainte de trésorerie et de change.
🇷🇼
Rwanda, le laboratoire
eKash sur Mojaloop, tarif plafonné à environ 1 cent USD depuis le 14 juillet 2026, règlement dans RIPPS 24/7 et ISO 20022. Petit marché, mais la meilleure démonstration régionale d'un rail public open source.
🌍
Transfrontalier, le maillon faible
EAPS aux heures de bureau et à quatre pays, REPSS en devises fortes et à huit pays, PAPSS ambitieux mais aux volumes non publiés. Le détail transfrontalier passe encore majoritairement par des hubs privés.
Les acteurs à connaître avant d'ouvrir un dossier dans la zoneSASafaricomVOVodacomMTMTNAIAirtelVisaUNUnionPayFLFlutterwave
✅
Ce que l'Afrique de l'Est a démontré, et que le reste du monde copie
L'expérience est-africaine porte trois enseignements transposables. Un : un rail de paiement de masse peut se construire sans carte et sans compte bancaire, en passant directement des espèces au mobile. Aucun autre continent n'a réalisé cette transition à grande échelle. Deux : l'interopérabilité s'obtient par le tarif et par l'obligation, la seule connexion technique entre les systèmes ne suffisant pas. La Tanzanie l'a établi avec TIPS et TANQR, et la CBK a dû aligner les tarifs on-net et off-net après 2018. Trois : un switch national open source constitue une option viable. Le Rwanda l'exploite avec eKash sur Mojaloop, à un tarif que peu d'infrastructures propriétaires égalent.