Pour Christopher Waller, gouverneur de la Réserve fédérale américaine, le principal obstacle au commerce agentique est d’établir une confiance suffisante entre acheteurs et vendeurs. Il l’a dit le 29 septembre 2026 à la conférence Sibos de Miami, en définissant ce commerce comme le recours à des agents d’intelligence artificielle pour les achats en ligne. Il a nommé trois défis concrets : l’authentification, la responsabilité et la fraude. Le modèle délégué, où l’agent achète et paie seul pour le compte de l’acheteur, exige selon lui des mécanismes de confiance et des garde-fous plus poussés.
Le discours, intitulé « Payments in the Age of AI Agents », ne comporte aucune annonce : ni règle, ni recommandation, ni norme. Une note précise qu’il y exprime ses propres vues, pas forcément celles de ses collègues du conseil des gouverneurs ni du comité de politique monétaire (FOMC). Le gouverneur s’est gardé de prescrire une norme, a relevé PYMNTS le 30 septembre.
Prouver l’autorité de l’agent, et plus seulement celle du payeur
L’authentification vient en tête. Selon Christopher Waller, la preuve à apporter se déplace de l’acheteur vers l’agent. Il faudra établir que celui-ci a l’autorité de payer pour le compte de l’acheteur, ce qui « exigera de nouvelles approches d’authentification ». La responsabilité se ramène, dit-il, à « une question assez simple : qui en répond si un agent fait le mauvais achat ? »
Les cadres de responsabilité existants du commerce en ligne, dont les règles des réseaux et les normes de protection des consommateurs, pourraient être adaptés, selon lui, mais l’occasion pourrait aussi se présenter d’essayer de nouvelles approches. Il cite des normes techniques conçues pour que chacun comprenne mieux ce que l’acheteur voulait et la manière dont l’agent l’a exécuté, ce qui pourrait réduire les ambiguïtés à l’origine de nombreux litiges actuels. Les systèmes antifraude, enfin, ont été calibrés sur le comportement humain et « pourraient mal se transposer aux agents ». Leurs modèles et leurs règles devront être recalibrés sur les habitudes de paiement des agents.
Le B2B, terrain propice mais plus exposé
Les achats entre entreprises « pourraient se prêter particulièrement bien au commerce agentique », selon le gouverneur. Souvent récurrents, ils obéissent à des règles, comme les listes de fournisseurs agréés et les plafonds budgétaires, qui forment un cadre naturel pour un agent. Celui-ci pourrait aussi négocier avec les fournisseurs et optimiser le fonds de roulement. Les montants plus élevés du B2B amplifient en revanche l’exposition aux erreurs des agents ou à leurs actions non autorisées. Pour ces achats, les agents devraient pouvoir payer par ACH, virement de gros montant (wire), paiement instantané et carte, alors que la carte domine les achats en ligne des particuliers.
Normes propres à une plateforme ou normes interopérables
Entreprises technologiques, plateformes de commerce en ligne et prestataires de paiement construisent des protocoles qui normalisent la manière dont les agents interagissent avec les commerçants et paient, a rappelé le gouverneur, sans citer d’entreprise. Les réseaux de cartes publient de leur côté des spécifications pour enregistrer les agents et consigner l’accord des porteurs. PYMNTS donne en exemple Visa et sa technologie Intelligent Commerce, ainsi que Mastercard et son infrastructure Agent Pay.
« L’une des questions principales est de savoir si le commerce agentique ira vers des normes propres à une plateforme ou vers des normes interopérables », a-t-il dit. Les secondes, conçues pour fonctionner d’un système de commerce, d’une interface d’agent et d’un moyen de paiement à l’autre, pourraient rééquilibrer le terrain au profit des petits commerçants et prestataires. Le même débat oppose les systèmes ouverts à plusieurs agents aux systèmes fermés, où un commerçant imposerait le sien. « À ce stade précoce, on ne voit pas clairement quel modèle prendra l’avantage », a ajouté le gouverneur.
Des LLM contre les faux positifs du filtrage des sanctions
En ouverture, sur les paiements transfrontaliers, il a relevé que la compréhension du contexte propre aux grands modèles de langage (LLM) « peut améliorer fortement la précision du filtrage des sanctions et des systèmes de lutte contre le blanchiment ». Il renvoie en note à un document de travail de la Fed signé Jeffrey Allen et Max Hatfield en septembre 2025. Sur des seuils de correspondance réalistes, les LLM y réduisent en moyenne les faux positifs de 92 % et relèvent le taux de détection de 11 % par rapport au meilleur algorithme de correspondance approximative, mais ils sont plus de dix mille fois plus lents. Vu la vitesse des systèmes de paiement modernes, Christopher Waller s’attend à ce que les LLM « complètent, plutôt qu’ils ne les remplacent, les méthodes de détection d’anomalies plus rapides et plus classiques ».
D’une table ronde en mai aux questions ouvertes
Le discours prolonge une table ronde sur le commerce agentique que Christopher Waller a organisée à la Fed le 26 mai 2026, avec les gouverneurs Michael Barr et Lisa Cook et 19 représentants du secteur, dont ceux d’Amazon, de Google, de Stripe et de Visa, selon le compte rendu de la Fed. Les acteurs du marché « s’accordent largement à dire que le commerce agentique en est à ses débuts », a-t-il rapporté à Miami. Il a conclu sur des questions ouvertes, dont les normes qui manquent pour que les agents portent identité, consentement et identifiants de paiement, et la part de « friction voulue » à garder dans leur autorisation.