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Marketplaces : encaisser pour compte de tiers et cantonner les fonds. 6 chapitres et un QCM final.

Pourquoi une marketplace ne peut pas encaisser librement l'argent de ses vendeurs : DSP2 et agréments, cantonnement des fonds, KYC vendeurs, splits et commissions, séquestre et reversements, panorama des acteurs (Mangopay, Lemonway, Stripe Connect, Adyen for Platforms), litiges multi-vendeurs, modèle Vinted/Leboncoin et fiscalité DAC7.

Chapitre 1. Pourquoi le cantonnement : l'argent des autres est réglementé.

Une marketplace met en relation acheteurs et vendeurs tiers, encaisse l'acheteur en une fois, retient sa commission et reverse le solde aux vendeurs, schéma anodin qui cache une réalité juridique lourde. L'argent qui transite n'appartient pas à la plateforme. Détenir, même quelques jours, des fonds destinés à un tiers, c'est fournir un service de paiement au sens de la DSP2, activité réservée aux établissements agréés.

Le flux type d'une marketplace conforme
Acheteur
Paie 100 € en carte
Panier multi-vendeurs : un seul encaissement, une seule ligne sur son relevé
Établissement agréé (EP/EME partenaire)
Encaisse et cantonne
Les fonds n'entrent jamais dans la trésorerie de la marketplace : ils sont ségrégués sur un compte de cantonnement
Wallets vendeurs
Reçoivent leur quote-part
Split automatique : 65 € au vendeur A, 25 € au vendeur B, commissions déduites
Marketplace
Perçoit sa commission
Facturée aux vendeurs et reversée sur le compte propre de la plateforme
Vendeurs
Reçoivent leur payout
Virement SEPA vers leur compte bancaire, après livraison confirmée et KYC complet

L'exemption « agent commercial », fausse bonne idée

Avant la DSP2, nombre de plateformes s'abritaient derrière l'exemption dite de l'agent commercial : un intermédiaire mandaté pour négocier ou conclure la vente pouvait encaisser sans agrément. La DSP2 (2018) a fermé la porte. L'exemption ne vaut que si l'agent agit pour le compte d'une seule des deux parties, le payeur ou le bénéficiaire, alors qu'une marketplace type sert structurellement les deux. En France, l'ACPR avait posé le principe dès sa position 2013-P-01 sur l'encaissement pour compte de tiers. À la fin des années 2010, les grandes plateformes européennes ont donc dû s'agréer ou s'adosser à un établissement agréé.

  • Obtenir son propre agrément d'établissement de paiement (EP, capital initial de 125 000 € pour l'acquisition) ou d'établissement de monnaie électronique (EME, 350 000 €) auprès de son régulateur national (l'ACPR en France) : contrôle total, mais 12 à 18 mois de procédure, exigences prudentielles, LCB-FT et reporting permanents. Réservé aux très gros volumes.
  • Devenir agent d'un établissement agréé : la plateforme agit au nom et sous la responsabilité de son mandant, inscrite au registre national des agents (le Regafi en France). Statut intermédiaire, encadré.
  • Déléguer à un PSP « for platforms » (Mangopay, Lemonway, Stripe Connect, Adyen for Platforms…) : la voie choisie par l'immense majorité. L'agrément, le cantonnement et une large part du KYC sont portés par le partenaire.

Le cantonnement, filet de sécurité des utilisateurs

Le cantonnement (safeguarding) impose à l'établissement de séparer les fonds de ses utilisateurs de ses fonds propres. Dès le lendemain ouvrable de leur réception, ils sont déposés sur un compte de cantonnement dédié auprès d'un établissement de crédit, ou couverts par une garantie ou assurance équivalente. En droit français, la protection des fonds relève de l'article L. 522-17 du Code monétaire et financier pour les EP et de l'article L. 526-32 pour les EME. En cas de faillite de l'établissement, ou de la marketplace, les fonds cantonnés échappent aux créanciers et les vendeurs récupèrent leur argent.

🔑
La règle d'or
L'argent des vendeurs ne doit jamais toucher la trésorerie de la marketplace, ni comme avance, ni comme fonds de roulement, ni « juste quelques jours ». Cette règle est le cœur de la réglementation, et le premier point qu'auditent le régulateur (l'ACPR en France) et les investisseurs.
ℹ️
Et demain ?
Le paquet DSP3/PSR, objet d'un accord politique européen le 27 novembre 2025 et en cours d'adoption formelle, durcit certains points : fraude, accès aux données. Il ne remet pas en cause l'architecture, avec un encaissement pour compte de tiers réglementé et des fonds cantonnés.
🎯 Question éclair
Pourquoi l'exemption « agent commercial » de la DSP2 est-elle inapplicable à la plupart des marketplaces ?