KYC, KYB et LCB-FT : la conformité des acteurs du paiement. 6 chapitres et un QCM final.
Le cours de référence sur la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme appliquée au paiement : KYC des personnes physiques, KYB des entreprises et bénéficiaires effectifs, PEP, sanctions et gel des avoirs, vigilance constante, déclarations TRACFIN et approche par les risques. S'y ajoutent le paquet AML européen de 2024 et le screening quotidien imposé par le règlement sur les virements instantanés.
Situer le cadre LCB-FT applicable aux acteurs du paiement : GAFI, paquet AML européen 2024, Code monétaire et financier, ACPR et TRACFIN
Construire un dossier KYC/KYB complet : documents probants, vérification à distance (PVID), bénéficiaires effectifs et structures de détention complexes
Détecter et traiter les PEP et les personnes sanctionnées, et appliquer le gel des avoirs sans délai, y compris le screening quotidien exigé par le règlement (UE) 2024/886
Organiser la vigilance constante d'une relation d'affaires et savoir quand et comment déclarer un soupçon à TRACFIN
Chapitre 1. Panorama de la LCB-FT : cadre, acteurs, enjeux.
La LCB-FT (lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme) vise deux phénomènes symétriques, le blanchiment donnant une apparence légale à de l'argent d'origine criminelle. Le financement du terrorisme, lui, dirige vers une activité terroriste des fonds parfois parfaitement licites à l'origine. Les acteurs du paiement sont en première ligne, puisque chaque transaction qu'ils traitent est un vecteur potentiel.
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1. Placement
Introduction des fonds illicites dans le circuit financier : dépôts d'espèces fractionnés, commerces de façade à fort volume de cash, achat de monnaie électronique.
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2. Empilage
Multiplication d'opérations pour brouiller la piste : virements en cascade, sociétés écrans, crypto-actifs, transferts transfrontaliers rapides.
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3. Intégration
Réinjection des fonds « propres » dans l'économie légale : immobilier, œuvres d'art, participations en capital, remboursements de prêts fictifs.
En France, la liste des assujettis figure à l'article L. 561-2 du Code monétaire et financier : banques, mais aussi établissements de paiement, établissements de monnaie électronique, prestataires de services sur crypto-actifs, changeurs manuels… Un PSP agréé porte donc exactement les mêmes obligations qu'une banque. Il doit identifier ses clients, surveiller leurs opérations et déclarer ses soupçons, sous la supervision de l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), la cellule de renseignement financier étant TRACFIN.
Tous assujettis à la LCB-FT en tant qu'établissements agréés dans l'UEStripeAdyenPayPalKlarna
1989
Création du GAFI
Le sommet du G7 de l'Arche crée le Groupe d'action financière, qui édicte les 40 recommandations mondiales.
1990
Naissance de TRACFIN
La France crée sa cellule de renseignement financier, rattachée à Bercy.
2015-2018
4e et 5e directives anti-blanchiment
Registres des bénéficiaires effectifs, encadrement de la monnaie électronique anonyme, extension aux plateformes crypto.
Juin 2024
Paquet AML européen adopté
Règlement AMLR (UE) 2024/1624 directement applicable, directive AMLD6 (UE) 2024/1640 et création de l'AMLA, plafond espèces à 10 000 € dans l'UE.
2025
L'AMLA s'installe à Francfort
La nouvelle autorité européenne anti-blanchiment monte en charge.
10 juillet 2027
AMLR applicable
Règles harmonisées d'application directe ; supervision directe d'environ 40 groupes financiers transfrontaliers par l'AMLA à partir de 2028.
2 à 5 %
du PIB mondial blanchi chaque année, soit 800 Md$ à 2 000 Md$
ONUDC
186 556
déclarations de soupçon reçues par TRACFIN en 2023 (+15 % sur un an)
Rapport d'activité TRACFIN 2023
10 000 €
plafond de paiement en espèces harmonisé dans l'UE par l'AMLR
Règlement (UE) 2024/1624
≈ 40
groupes financiers supervisés directement par l'AMLA dès 2028
Règlement (UE) 2024/1620
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La colonne vertébrale : l'approche par les risques
Depuis la 3e directive, la LCB-FT n'est plus une liste de cases à cocher, chaque assujetti devant évaluer ses propres risques (clients, produits, canaux, géographies) et moduler l'intensité de ses mesures en conséquence. Tout ce cours en découle.
🎯 Question éclair
Dans le cycle du blanchiment, à quoi correspond la phase d'« empilage » ?
Chapitre 2. KYC : identifier et vérifier une personne physique.
Le KYC (Know Your Customer) repose sur deux opérations distinctes que le Code monétaire et financier, à son article L. 561-5, impose avant l'entrée en relation d'affaires, à savoir identifier le client, c'est-à-dire recueillir ses éléments d'identité, puis vérifier cette identité sur la base d'un document probant. Un compte de paiement ne peut pas être ouvert « en attendant ». Sans vérification aboutie, pas de relation.
Élément
Document ou source
Points de contrôle
Identité
CNI, passeport ou titre de séjour en cours de validité
MRZ cohérente, hologrammes, absence de retouche, correspondance photo
Coordonnées
Justificatif de domicile récent (si le profil de risque l'exige)
Cohérence avec le pays de résidence déclaré et l'IP d'inscription
Activité et revenus
Déclaratif, bulletins ou avis d'imposition selon le risque
Cohérence entre profil déclaré et volumes attendus
Screening
Bases sanctions, gels, PEP, médias négatifs
Au recrutement puis en continu (voir chapitre 4)
Dossier KYC type d'une personne physique chez un PSP
Onboarding KYC à distance chez un PSP
Client
Saisit son identité et charge sa pièce
Parcours mobile ou web
➜
Prestataire PVID
Vérifie le document et le visage en vidéo
Détection du vivant (liveness), contrôle des sécurités du titre
➜
Moteur de screening
Croise l'identité avec les listes sanctions, gels et PEP
Filtrage flou (fuzzy matching) sur nom, date de naissance, pays
➜
Moteur de scoring
Attribue une classe de risque au client
Pays, activité, produit demandé, canal de distribution
➜
Conformité
Valide, demande des compléments ou refuse l'entrée en relation
Les cas douteux partent en revue manuelle de niveau 2
Pour l'onboarding à distance, qui fait le quotidien des PSP, le droit français exige des garanties renforcées aux articles R. 561-5-1 et R. 561-5-2 CMF, où trois voies principales s'ouvrent, la première consistant à recourir à un prestataire de vérification d'identité à distance (PVID) certifié selon le référentiel de l'ANSSI. La deuxième s'appuie sur une identité numérique ou une signature électronique qualifiée eIDAS. La troisième combine deux mesures complémentaires, par exemple un premier virement émis depuis un compte ouvert au nom du client dans une banque de l'EEE, plus une copie de pièce supplémentaire.
⚠️
Fraude documentaire et deepfakes
Les faux titres de qualité et les deepfakes vidéo capables de tromper la détection du vivant se sont industrialisés. Un dispositif KYC sérieux ne se contente pas du contrôle documentaire, y ajoutant la biométrie avec détection d'attaque par présentation, les signaux techniques (device, IP, vélocité des inscriptions) et la revue humaine des cas limites. Le PVID certifié ANSSI est audité sur sa résistance à ces attaques.
Collecter le minimum nécessaire au regard du risque : le KYC n'est pas un aspirateur à données (voir le cours RGPD).
Tracer qui a vérifié quoi, quand et sur quelle pièce : en contrôle ACPR, un dossier non documenté est un dossier inexistant.
Prévoir la remédiation : les dossiers anciens incomplets doivent être mis à niveau, en priorisant les clients à risque élevé.
🎯 Question éclair
À quoi sert le référentiel PVID publié par l'ANSSI ?
Le KYB (Know Your Business) applique la même logique aux personnes morales (marchands, marketplaces, associations). Une difficulté s'y ajoute, car derrière une société peut se cacher une chaîne de détention conçue pour dissimuler qui contrôle réellement les fonds. Chez un PSP, le KYB est le cœur de l'onboarding marchand, puisqu'il est impossible d'encaisser pour un commerçant qu'on ne connaît pas.
Document
Ce qu'il prouve
Vigilance
Extrait Kbis de moins de 3 mois
Existence légale, siège, dirigeants, activité déclarée
Cohérence entre code APE et activité réelle du site
Statuts à jour
Répartition du capital, règles de gouvernance
Clauses inhabituelles, actions de préférence
Pièces d'identité des dirigeants et mandataires
Identité des personnes qui engagent la société
Mêmes contrôles qu'un KYC personne physique
Déclaration des bénéficiaires effectifs (RBE)
Personnes physiques contrôlant l'entité
À recouper : le registre est déclaratif, pas une preuve
Organigramme capitalistique
Chaîne de détention jusqu'aux personnes physiques
Obligatoire dès que la structure dépasse un niveau
RIB / IBAN de règlement
Compte de reversement des fonds encaissés
Le titulaire doit être le marchand lui-même
Dossier KYB type d'un marchand (société française)
Le bénéficiaire effectif (BE) est défini par l'article R. 561-1 CMF comme toute personne physique détenant, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou des droits de vote. L'article vise aussi celle qui exerce un contrôle par tout autre moyen, par exemple un pacte d'actionnaires ou le droit de nommer les dirigeants… À défaut, on retient le dirigeant principal. Cette solution de repli doit rester l'exception documentée, pas la facilité. Le calcul se fait en cascade, les participations se multipliant le long de la chaîne.
🔑
Le calcul en cascade, réflexe d'analyste
Mme A détient 60 % de la holding H, qui détient 50 % de la société opérationnelle S. Sa participation indirecte dans S est de 60 % × 50 % = 30 %, donc supérieure à 25 %, ce qui fait de Mme A un bénéficiaire effectif de S. Un même exercice doit être mené branche par branche, y compris sur les trusts et fiducies (constituant, trustee, bénéficiaires).
Les registres publics ne suffisent pas. Depuis l'arrêt de la CJUE du 22 novembre 2022 (aff. C-37/20), l'accès du grand public aux registres des bénéficiaires effectifs a été restreint au nom de la vie privée. Les assujettis, eux, les consultent toujours, et la directive AMLD6 rouvre cette consultation aux journalistes et ONG justifiant d'un intérêt légitime. Surtout, le registre reste déclaratif, si bien que l'assujetti doit signaler au greffe toute divergence entre ce qu'il constate et ce qui est déclaré.
🕳️
Chaîne de détention opaque
Holdings en cascade traversant des juridictions non coopératives, actions au porteur, fiducies sans transparence. Plus la structure est complexe, plus la justification doit être solide.
🎭
Prête-noms
Dirigeant de paille (âge, profil ou domiciliation incohérents avec l'activité), gérants en série sur des dizaines de sociétés, BE déclaré qui ignore tout de l'entreprise.
🏪
Activité écran
Site vitrine sans vrai stock, volumes d'encaissement disproportionnés au regard de l'activité déclarée, taux de remboursements anormal. Le KYB continue après l'onboarding.
🧩
Incohérences croisées
Adresse du Kbis en domiciliation collective, IBAN de reversement au nom d'un tiers, écart entre code APE et catalogue réel. Chaque incohérence s'explique ou se déclare.
🎯 Question éclair
Aucune personne physique ne détient plus de 25 % d'une société cliente et aucun contrôle par un autre moyen n'est identifié. Que fait l'assujetti ?
Chapitre 4. PEP, sanctions et gel des avoirs.
Une personne politiquement exposée (PEP) exerce ou a exercé depuis moins de douze mois une fonction publique importante. Chef d'État, ministre, parlementaire, membre d'une cour suprême, ambassadeur, officier général, dirigeant d'entreprise publique… La qualité de PEP s'étend aux membres directs de la famille et aux personnes étroitement associées. Être PEP n'est pas une infraction. Cette exposition signale un risque de corruption, et elle déclenche automatiquement une vigilance renforcée.
Autorisation d'un membre de la direction (ou d'un organe habilité) pour nouer ou maintenir la relation d'affaires.
Recherche de l'origine du patrimoine et des fonds engagés dans la relation.
Surveillance renforcée et continue des opérations, avec des seuils d'alerte abaissés.
Les sanctions financières relèvent d'une logique différente. On n'évalue plus un risque, on applique une interdiction. Les listes émanent de l'ONU, de l'Union européenne (règlements directement applicables) et des États. En France, la direction générale du Trésor tient le registre national des personnes et entités faisant l'objet d'une mesure de gel. Le gel des avoirs est une obligation de résultat, applicable sans délai, si bien que, dès la publication, aucun fonds ni aucune ressource économique ne peut être mis à disposition de la personne désignée.
Liste
Émetteur
Portée pour un PSP français
Listes du Conseil de sécurité
ONU
Transposées en droit UE et national ; base des régimes contre le terrorisme
Mesures restrictives de l'UE
Conseil de l'UE
Règlements d'application directe, le socle du screening européen
Registre national des gels
Direction générale du Trésor
Consolidé, national + européen + onusien ; référence opérationnelle en France
SDN List (OFAC)
États-Unis
Pas directement contraignante en droit UE, mais risque d'exposition au dollar et aux banques correspondantes
Principales listes à filtrer
⚠️
Le précédent BNP Paribas : 8,97 milliards de dollars
En juin 2014, BNP Paribas a accepté de payer 8,97 Md$ aux autorités américaines, la banque ayant traité en dollars des opérations liées au Soudan, à l'Iran et à Cuba, en violation des sanctions de l'OFAC. Le même mécanisme s'applique à tout PSP. Dès qu'une transaction touche le dollar ou une contrepartie américaine, l'exposition extraterritoriale devient réelle.
Le règlement (UE) 2024/886 sur les virements instantanés (IPR) a transformé la mécanique du screening. Pour les virements instantanés SEPA, le filtrage transaction par transaction produisait des rejets massifs et des faux positifs incompatibles avec un traitement en dix secondes. Il est remplacé par une obligation de vérifier ses propres clients au regard des listes de gel de l'UE immédiatement après chaque nouvelle désignation et au moins une fois par jour. Cette exigence s'applique depuis le 9 janvier 2025. Le screening quotidien de la base clients (« IPR screening ») est donc devenu un processus industriel, avec preuve d'exécution à conserver.
Alerte de screening quotidien, exemple de sortie d'un moteur de filtrage
{
"batch_id": "screening-2026-07-10",
"customers_screened": 412876,
"lists": ["UE - mesures restrictives", "Registre national des gels", "ONU"],
"new_designations_since_last_run": 14,
"hits": [
{
"customer_id": "c-58421",
"name_matched": "IVANOV Sergei",
"list": "Registre national des gels",
"match_score": 0.92,
"discriminants": ["date de naissance proche", "pays identique"],
"action": "gel conservatoire + escalade analyste niveau 2"
}
],
"false_positive_rate_7d": "98.6 %"
}
Le screening se joue au quotidien dans la gestion des faux positifs : homonymies, translittérations (cyrillique, arabe, chinois), dates de naissance partielles. Un dispositif mature calibre son filtrage flou (score de similarité, discriminants secondaires), trace chaque décision de levée de doute et mesure son taux de faux positifs. À l'inverse, un faux négatif (une personne gelée qui passe) expose à des sanctions pénales et disciplinaires, la violation d'une mesure de gel pouvant coûter jusqu'à cinq ans d'emprisonnement.
🎯 Question éclair
Depuis le 9 janvier 2025, que doit faire un PSP au titre du règlement (UE) 2024/886 pour les virements instantanés ?
Chapitre 5. Vigilance constante et déclarations TRACFIN.
Le KYC se poursuit bien après l'entrée en relation. L'article L. 561-6 CMF impose une vigilance constante pendant toute la relation d'affaires, où les opérations doivent rester cohérentes avec la connaissance actualisée du client, de son activité et de son profil de risque. Concrètement, cela suppose un monitoring transactionnel, des revues périodiques des dossiers (fréquence proportionnée au risque) et une mise à jour des documents.
Fractionnement (structuring/smurfing) : multiplication de dépôts ou paiements juste sous les seuils de déclaration ou d'alerte.
Compte de passage : fonds reçus puis retransférés quasi intégralement dans un délai très court, sans logique économique.
Mules financières : particuliers recrutés (souvent via les réseaux sociaux) pour faire transiter des fonds fraudés contre commission.
Incohérence de profil : étudiant recevant des virements professionnels massifs, commerce local encaissant des paiements de pays sans lien avec l'activité.
Usage détourné du produit : cartes prépayées rechargées en espèces puis vidées à l'étranger, cagnottes détournées, remboursements croisés entre marchands liés.
Une opération particulièrement complexe ou d'un montant inhabituellement élevé, sans justification économique ou objet licite apparent, déclenche l'examen renforcé de l'article L. 561-10-2, qui impose de se renseigner sur l'origine et la destination des fonds, l'objet de l'opération et l'identité du bénéficiaire, puis de consigner le tout par écrit. Cet examen débouche soit sur un classement documenté, soit sur une déclaration de soupçon.
De l'alerte à la déclaration de soupçon
Moteur de monitoring
Génère une alerte sur un scénario
Fractionnement, pic de volume, corridor géographique atypique…
➜
Analyste niveau 1
Qualifie l'alerte
Faux positif documenté ou escalade
➜
Analyste niveau 2 / cellule LCB-FT
Mène l'examen renforcé
Pièces justificatives, contact client éventuel, mais sans révéler le soupçon
➜
Déclarant TRACFIN
Dépose la déclaration de soupçon sur ERMES
Plateforme sécurisée de télédéclaration de TRACFIN
➜
TRACFIN
Analyse, enrichit, recoupe
Droit de communication, échanges avec les CRF étrangères
➜
Autorité judiciaire
Reçoit une note de transmission si les faits le justifient
TRACFIN ne poursuit pas : il renseigne
La déclaration de soupçon (art. L. 561-15) obéit à des règles précises, sans aucun montant minimum puisque le soupçon suffit, et elle doit être déposée avant l'exécution de l'opération lorsque c'est possible. Le déclarant de bonne foi bénéficie d'une immunité civile, pénale et professionnelle. À ne pas confondre avec les COSI (communications systématiques d'informations), transmissions automatiques sans soupçon qui visent les opérations de transmission de fonds dès 1 000 € par opération en espèces ou monnaie électronique (2 000 € cumulés par client sur un mois). Elles portent aussi sur les versements ou retraits d'espèces dépassant 10 000 € par mois sur un compte.
⚠️
Interdiction absolue du « tipping-off »
Révéler au client l'existence d'une déclaration de soupçon ou des investigations en cours est pénalement sanctionné, et une maladresse suffit : « votre dossier est bloqué par la conformité ». Les équipes en contact clientèle doivent disposer d'éléments de langage neutres pour gérer une relation sous examen.
186 556
déclarations de soupçon reçues en 2023, un record historique
Rapport d'activité TRACFIN 2023
2e
les établissements de paiement sont devenus le deuxième secteur déclarant, derrière les banques
TRACFIN
0 €
montant minimum d'une déclaration de soupçon : c'est le soupçon qui déclenche, pas le montant
Art. L. 561-15 CMF
🎯 Question éclair
Quel est le montant minimum à partir duquel une déclaration de soupçon à TRACFIN est obligatoire ?
Chapitre 6. Approche par les risques et gouvernance conformité.
L'approche par les risques concentre les moyens là où le risque est le plus élevé. Elle se matérialise dans une classification des risques formalisée, revue au moins annuellement, qui croise quatre axes et alimente le scoring de chaque client. Ce score détermine à son tour le niveau de vigilance, la fréquence des revues et les seuils d'alerte.
👤
Clients
PEP, non-résidents, structures complexes, activités en espèces, associations exposées, professions à risque.
📦
Produits et services
Monnaie électronique anonyme, transmission de fonds, crypto-actifs, cartes prépayées, encaissement pour compte de tiers.
📡
Canaux de distribution
Relation exclusivement à distance, réseaux d'agents et de distributeurs, apporteurs d'affaires, marketplaces.
🗺️
Géographies
Listes du GAFI, liste européenne des pays tiers à haut risque, régimes de sanctions, paradis réglementaires.
Niveau
Quand
Exemples de mesures
Vigilance simplifiée
Risque faible avéré (produits plafonnés, clients réglementés de l'EEE…)
Identification allégée, revues espacées, mais jamais d'exonération totale de surveillance
Vigilance standard
Cas général
KYC complet, screening, monitoring, revue périodique selon le score
Vigilance renforcée
PEP, pays tiers à haut risque, opérations atypiques, correspondance bancaire
Validation par la direction, origine des fonds et du patrimoine, seuils abaissés, revue rapprochée
Les trois niveaux de vigilance du CMF
L'axe géographique s'appuie sur les listes du GAFI, dont la liste noire (contre-mesures) vise l'Iran, la Corée du Nord et le Myanmar. La liste grise (surveillance renforcée) évolue à chaque plénière, et l'inscription de Monaco en juin 2024 a rappelé qu'aucune place financière n'est à l'abri. S'y ajoute la liste européenne des pays tiers à haut risque, qui déclenche mécaniquement la vigilance renforcée.
La gouvernance exigée par l'ACPR repose sur des responsabilités nommées : un responsable de la mise en œuvre du dispositif LCB-FT, un déclarant et un correspondant TRACFIN désignés. Viennent ensuite la formation régulière et tracée de tout le personnel exposé et un contrôle interne à deux étages. Le contrôle permanent réunit les contrôles de premier et deuxième niveau au fil de l'eau ; le contrôle périodique correspond à l'audit interne. L'externalisation d'une tâche (screening, KYC) n'externalise jamais la responsabilité.
100 M€
plafond des sanctions pécuniaires de la commission des sanctions de l'ACPR (ou 10 % du chiffre d'affaires)
Code monétaire et financier
1 M€
amende et blâme infligés par l'ACPR au BaaS français Treezor pour des carences LCB-FT (avril 2024)
Commission des sanctions ACPR
9,2 M€
amende de la BaFin contre N26 pour déclarations de soupçon tardives (mai 2024)
BaFin
4,3 Md$
accord de Binance avec les autorités américaines pour manquements AML et sanctions (novembre 2023)
DoJ / FinCEN / OFAC
🔑
La conformité, condition de survie de l'agrément
Danske Bank (200 Md€ de flux suspects via sa succursale estonienne, 2 Md$ d'amende américaine en 2022), N26 (plafonnement de croissance imposé par la BaFin), Treezor. Ces affaires récentes montrent que la sanction n'est pas que financière. Elle peut geler la croissance, faire fuir les partenaires bancaires et, dans les cas extrêmes, coûter l'agrément. Pour un acteur du paiement, la LCB-FT conditionne le permis d'exploiter.
🎯 Question éclair
Quel est le plafond des sanctions pécuniaires que peut prononcer la commission des sanctions de l'ACPR ?