Ce que « prépayé » recouvre
Le prépayé désigne un instrument de paiement dont les fonds sont versés avant la dépense, le porteur chargeant un solde puis dépensant ce qu'il a chargé. L'émetteur n'avance aucune somme. L'instrument se distingue par là du crédit comme du découvert autorisé. Le mécanisme est aussi ancien que le jeton de transport, qui fonctionnait déjà de cette manière, alors que son statut juridique, lui, a changé. L'instrument donne accès au paiement électronique sans compte bancaire, donc sans agence, sans historique de crédit et souvent sans justificatif de domicile.
La classification des instruments prépayés repose sur deux distinctions. La première oppose la boucle fermée à la boucle ouverte. En boucle fermée, l'instrument n'est accepté que chez son émetteur ou dans un réseau qu'il a recruté. En boucle ouverte, il porte une marque d'acceptation universelle et circule sur les rails carte ordinaires. La seconde distinction porte sur la nature juridique des fonds, qui relèvent selon les cas du dépôt bancaire, de la monnaie électronique, ou d'une simple créance commerciale sur un marchand.
| Famille | Exemple | Acceptation | Statut des fonds | Ce que voit le commerçant |
|---|---|---|---|---|
| Boucle fermée marchand | Starbucks Card, nanaco, WAON | Enseigne et partenaires recrutés | Créance commerciale (produit à livrer) | Pas de transaction carte : un débit interne de solde |
| Boucle fermée affectée | Titres restaurant, EBT/QUEST, e-RUPI | Réseau agréé, catégories de produits filtrées | Fonds affectés, souvent adossés à un régime légal propre | Un rail distinct à certifier, avec ses propres règles d'éligibilité |
| Boucle ouverte carte | Green Dot, Postepay, Papara, Ualá | Tout accepteur de la marque portée | Monnaie électronique ou dépôt selon l'agrément de l'émetteur | Une transaction carte ordinaire, avec un BIN prépayé |
| Mobile money | M-PESA, MTN MoMo, bKash, Wave | Réseau d'agents, marchands enrôlés, QR | Monnaie électronique, float cantonné en banque | Un encaissement hors schemes, réglé par l'opérateur |
Le BIN désigne les premiers chiffres du numéro de carte, ceux qui identifient l'établissement émetteur et la catégorie de produit qu'il a émise. Le BIN prépayé, visible dans les tables de routage, conditionne l'interchange, les règles d'autorisation et parfois l'éligibilité au programme de fidélité de l'émetteur. Un commerçant qui écarte les cartes prépayées applique donc son refus au niveau du BIN et non au niveau de la marque, ce qui suppose une règle paramétrée dans son système d'autorisation. Les règles des schemes internationaux autorisent ce filtrage, et les secteurs exposés au risque de chargeback y recourent massivement, notamment la location de véhicules, l'hôtellerie et les abonnements assortis d'une période d'essai.
Qui est exclu, et de quoi
L'exclusion financière désigne la situation des adultes qui ne détiennent ni compte auprès d'une institution financière, ni compte de mobile money. Elle se mesure en creux du taux de détention d'un compte, que la Banque mondiale publie dans le Global Findex, construit sur des enquêtes menées auprès de dizaines de milliers d'adultes. L'édition 2025 repose sur plus de 145 000 personnes interrogées dans 141 économies au cours de l'année 2024. Cette série sert de base comparative entre marchés. Elle ne dépend pas des déclarations d'opérateurs.
L'écart entre les deux derniers chiffres délimite la population que visent tous les programmes prépayés, soit les adultes équipés d'un téléphone personnel et dépourvus de compte. Le taux de détention d'un compte ne renseigne pas sur son utilisation, un compte ouvert pouvant rester sans mouvement pendant toute son existence. L'Inde donne de cet écart entre ouverture et usage la mesure la plus nette, avec le programme Pradhan Mantri Jan Dhan Yojana, qui recense 58,90 crore de bénéficiaires et 41,11 crore de cartes RuPay émises. L'encours de dépôts atteint 310 210,65 crore de roupies au 29 juillet 2026 (PMJDY, tableau de bord officiel), pour un dépôt moyen par compte qui reste inférieur à 5 300 roupies.
La raison la plus fréquemment invoquée par les adultes sans compte reste l'insuffisance de fonds, devant la distance à l'agence et le coût des frais. Aucun de ces trois obstacles ne se lève par la technologie seule, le premier portant sur le revenu du ménage, le deuxième sur l'implantation des agences et le troisième sur le prix du service. Le prépayé les réduit en partie. Il supprime l'exigence de solde minimum, déplace le point de service vers un agent ou vers un commerce, et fait apparaître le coût à l'unité plutôt qu'en abonnement mensuel.
Le mobile money comme substitut de compte
Le mobile money désigne un compte de monnaie électronique identifié par un numéro de téléphone, alimenté et vidé en espèces par un réseau d'agents. Il ne dépend pas d'un IBAN, ni, dans la plupart des marchés, d'un smartphone. Le protocole USSD, disponible sur les réseaux mobiles ordinaires, ouvre une session de menus textuels depuis un téléphone à touches, et cette session suffit à conduire une transaction. Cette indépendance technique, vis-à-vis du compte bancaire comme du smartphone, explique sa pénétration là où les rails bancaires n'ont jamais été construits, ainsi que ses échecs dans les marchés déjà bancarisés.
Le rapport recense 347 services vivants dans 102 pays. L'Afrique subsaharienne en compte 173. La concentration y est extrême, un petit nombre de services rassemblant l'essentiel des comptes et des volumes. M-Pesa au Kenya, exploité par Safaricom, déclare 41 680 milliards de shillings de valeur transactionnelle sur l'exercice clos le 31 mars 2026, soit environ 322 milliards de dollars pour 46,41 milliards de transactions. Le service revendique 40 millions de clients actifs mensuels et près de 89 % du mobile money kényan. MTN MoMo, opéré par MTN Group Fintech, annonce de son côté 69,5 millions d'utilisateurs actifs sur l'exercice 2025. S'y ajoutent 500,3 milliards de dollars de valeur et 1,4 million d'agents actifs (MTN Group, résultats annuels publiés le 16 mars 2026).
Le float, soit l'encours des fonds reçus du public en contrepartie de la monnaie électronique émise, et son cantonnement bancaire sont le vrai objet de la supervision. MTN Mobile Money Ghana est ainsi logé dans une filiale, Mobile Money Limited, qui porte un agrément d'établissement de monnaie électronique distinct de la licence télécom. Cette filiale déclare 4 100 milliards de cedis de transactions pour un float de 38,4 milliards en 2025. La même architecture se retrouve en République démocratique du Congo, où Vodacash SA porte l'agrément de M-Pesa pour le compte de Vodacom Congo, sur exigence de la Banque Centrale du Congo. Le principe est constant. L'entité qui détient l'argent du public n'est jamais l'opérateur télécom lui-même, mais une société agréée pour cela.
Les cartes prépayées en boucle ouverte
Une carte prépayée en boucle ouverte porte une marque d'acceptation internationale et circule sur les rails carte ordinaires. Sa fabrication répartit trois rôles entre des entreprises distinctes, et celle dont le nom figure sur la carte n'est presque jamais celle qui l'émet. L'émetteur détient l'agrément et porte les fonds. Le program manager conçoit le produit et gère la relation client. Le processeur traite les autorisations sur les plages de BIN attribuées à l'émetteur. Le porteur ne voit que la marque affichée sur la carte, alors que la protection de son solde dépend de l'émetteur et de l'agrément sous lequel celui-ci le détient.
Green Dot Corporation est l'illustration la plus complète de cette répartition des rôles. Elle est à la fois holding bancaire, via Green Dot Bank, et plateforme technologique qui loue son agrément à des programmes tiers comme Apple Cash, Walmart MoneyCard, Uber et Intuit. Ses cartes sont distribuées dans près de 100 000 points de vente aux États-Unis. Apple Cash en dépend directement, le solde interne à iMessage étant de la monnaie émise par Green Dot Bank et non par Apple.
| Système | Exploitant | Marché | Régime | Ce qui le rend notable |
|---|---|---|---|---|
| Postepay | PostePay S.p.A. (Poste Italiane) | Italie | Établissement de monnaie électronique | Carte prépayée devenue moyen de paiement accepté en propre par l'e-commerce italien, hors circuit bancaire |
| Papara | Papara Elektronik Para A.Ş. | Turquie | Monnaie électronique agréée TCMB | Environ 22 millions d'utilisateurs déclarés (2025) : substitut de masse au compte dans un contexte inflationniste |
| Paycell | Turkcell Ödeme ve Elektronik Para Hizmetleri A.Ş. | Turquie | Monnaie électronique agréée TCMB | Mobile money porté par un télécom, mais sous agrément de banque centrale et non sous régime dérogatoire |
| Ualá | Ualá | Argentine, Mexique, Colombie | Non bancaire | Compte et carte prépayée Mastercard ouverts sans compte bancaire préalable ; valorisation de 3,2 Md$ après une levée de 195 M$ en mars 2026 |
| Prex | Econstar S.A. | Uruguay | Émetteur de moyens de paiement supervisé par le BCU | Compte prépayé multidevises : contournement légal du contrôle des changes régional |
| KOHO | KOHO Financial Inc. | Canada | Non bancaire, carte prépayée Mastercard | Entre dans le champ prudentiel des paiements de détail avec le cadre RPAA |
Le retrait d'espèces constitue une fonction distincte, assurée par des réseaux d'automates bancaires indépendants des émetteurs et absents des schémas de flux. Allpoint, exploité par NCR Atleos, est le plus grand réseau ATM sans surcharge des États-Unis, adossé à des automates installés en grande distribution. Les néobanques et les programmes prépayés n'exploitent pas de parc d'automates, et leur offre de retrait gratuit repose entièrement sur un contrat d'accès conclu avec un réseau de ce type. Les modèles économiques de ces programmes sous-estiment systématiquement cette ligne de coût.
Les plafonds réglementaires, marché par marché
Le plafond réglementaire d'un instrument prépayé désigne le montant maximal qu'il peut stocker ou recevoir, ainsi que le seuil au-delà duquel l'identification du porteur devient obligatoire. Sa valeur relève d'une décision de politique publique, ce qui distingue le prépayé des autres instruments de paiement. Le régulateur y arbitre entre deux objectifs opposés. Un plafond bas assorti d'une identification allégée ouvre l'accès aux populations sans papiers ni domicile stable, alors qu'un plafond élevé sans identification ouvre un canal de blanchiment. Les valeurs retenues diffèrent d'un marché à l'autre, et elles n'évoluent pas partout dans le même sens.
Dans l'Union européenne, l'article 12 de la directive (UE) 2015/849, tel que modifié par la directive (UE) 2018/843, fixe le seuil de l'anonymat. La dérogation d'identification ne joue que si l'instrument n'est pas rechargeable, ou s'il est assorti d'une limite mensuelle de 150 EUR utilisable uniquement dans l'État membre d'émission. Le montant maximal stocké ne peut excéder 150 EUR. Deux exceptions referment le dispositif. La dérogation tombe dès 50 EUR de remboursement ou de retrait en espèces, et dès 50 EUR par opération de paiement à distance. Le franchissement de l'un de ces seuils impose l'identification du porteur.
| Marché | Texte | Ce qu'il plafonne | Valeur |
|---|---|---|---|
| Union européenne | Directive (UE) 2018/843, art. 12 modifié | Anonymat de la monnaie électronique | 150 EUR stockés ; 150 EUR/mois si rechargeable et national ; 50 EUR en remboursement espèces ou en paiement à distance |
| Union européenne | Règlement (UE) 2024/1624 (AMLR) | Comptes et instruments anonymes | Interdiction des comptes anonymes ; applicable au 10 juillet 2027, en remplacement du régime directive |
| Inde | RBI, Master Direction on Prepaid Payment Instruments, 27 août 2021 | Chargement et solde selon le niveau de KYC | Small PPI : 10 000 ₹ chargés par mois. Full-KYC PPI : 2 00 000 ₹ de solde |
| États-Unis | Regulation E, subpart B (règle CFPB sur les comptes prépayés) | Information et protection du porteur | Applicable aux comptes prépayés depuis le 1er avril 2019, comptes de prestations publiques inclus (§ 1005.15) |
| États-Unis | Credit CARD Act 2009, Regulation E § 1005.20 | Durée de vie et frais des cartes cadeaux | Pas d'expiration avant 5 ans depuis l'émission ou le dernier chargement ; frais d'inactivité seulement après 12 mois sans activité, un par mois au plus |
| Brésil | Banco Central do Brasil, Resolução BCB nº 246/2022 | Interchange des cartes prépayées | 0,7 % pour le prépayé, contre 0,5 % pour le débit ; en vigueur depuis le 1er avril 2023 |
| Australie | Reserve Bank of Australia, Conclusions Paper, mars 2026 | Interchange débit et prépayé domestiques | 8 cents par opération, ou 0,16 % en ad valorem ; applicable au 1er octobre 2026 |
| Mexique | Ley Fintech, régime des IFPE (CNBV / Banco de México) | Statut des émetteurs de monnaie électronique | Crée les Instituciones de Fondos de Pago Electrónico et leur ouvre l'accès au SPEI |
L'Union européenne reconnaît un droit au compte de base, institué par la directive 2014/92/UE, dite PAD, qui devait être transposée au plus tard le 18 septembre 2016. Hors d'Europe, peu de marchés garantissent l'équivalent. Le texte ouvre à tout consommateur résidant légalement dans l'Union le droit d'ouvrir un compte de paiement assorti de prestations de base, dans n'importe quel État membre. L'établissement sollicité ne peut opposer un refus qu'en invoquant l'un des motifs prévus. Dans les États où ce droit est effectif, le prépayé n'est plus le seul accès au paiement électronique, et son usage relève alors de la commodité.
Titres restaurant, titres cadeaux et boucles fermées
Le titre restaurant est un instrument de paiement affecté, remis au salarié par son employeur et utilisable dans le seul réseau de commerces affiliés à son émetteur. Il forme un rail de paiement à part entière, avec ses propres règles d'acceptation, ses plafonds journaliers, sa liste de catégories éligibles et son réseau d'affiliation, et l'inventaire technique des moyens de paiement l'oublie presque toujours. Un commerçant de la restauration qui ne le certifie pas se prive pourtant d'un flux considérable dans les pays où le titre bénéficie d'un traitement fiscal favorable.
Le secteur est dominé par deux groupes cotés, Edenred et Pluxee, ce dernier issu de la scission de Sodexo en février 2024. Leur modèle économique repose sur trois sources de revenu. La première est la commission prélevée sur le commerçant affilié, la deuxième la commission versée par l'entreprise cliente, la troisième le produit du float, soit des sommes chargées mais pas encore dépensées. Le Brésil et l'Amérique latine occupent une place importante dans cet équilibre, ce qui explique la sensibilité de ces groupes aux réformes locales du vale-refeição.
Le Brésil a légiféré sur ce point. La Lei nº 14.442 du 2 septembre 2022 impose l'interopérabilité entre arrangements de paiement fermés et arrangements ouverts, applicable au 1er mai 2023. Chaque émetteur doit donc ouvrir son réseau d'acceptation aux titres de ses concurrents, au lieu de le réserver aux siens. Le texte impose également la portabilité. L'opérateur en place transfère sans frais le solde et les versements futurs vers l'opérateur choisi par le salarié. Ces deux obligations visent de front la rente d'exclusivité sur laquelle reposait l'organisation du marché.
La carte cadeau est un instrument prépayé acheté par un tiers au bénéfice du porteur, le plus souvent en boucle fermée sur une enseigne ou un groupe d'enseignes. Sa réglementation porte sur la durée de validité et sur les frais, plutôt que sur l'identification du porteur. Aux États-Unis, le Credit CARD Act de 2009, mis en œuvre par le Regulation E § 1005.20, interdit une expiration inférieure à cinq ans depuis l'émission ou le dernier chargement. Les frais d'inactivité ne sont possibles qu'après douze mois sans activité, à raison d'un par mois au maximum, et à condition d'avoir été divulgués avant l'achat. S'y ajoute le droit de la déshérence, propre à chaque État, qui détermine si un solde non utilisé doit être remis à l'administration ou reste acquis au marchand.
Les boucles fermées du transport et de la distribution
Les plus grands programmes prépayés du monde sont issus du transport urbain et non de la banque. La validation d'un titre de transport doit s'exécuter en quelques centaines de millisecondes, contrainte qui a imposé très tôt une puce sans contact portant le solde à bord de la carte. L'extension de ces cartes au commerce de proximité a ensuite demandé peu d'investissement, dès lors que toute une population était déjà équipée. Hong Kong, Tokyo, Séoul, Taipei et Singapour ont suivi ce chemin.
| Système | Exploitant | Marché | Depuis | Poids |
|---|---|---|---|---|
| Octopus (八達通) | Octopus Cards Limited | Hong Kong | 1997 | Plus de 24 M de cartes et produits en circulation, 15 M d'opérations par jour pour ~300 M HKD, plus de 190 000 points d'acceptation (Octopus Cards Limited, 2026) |
| Suica | East Japan Railway Company (JR East) | Japon | 2001 | 112 M de cartes émises et 33 M de comptes Mobile Suica (JR East, 2025) |
| PASMO | PASMO Co., Ltd. | Japon | 2007 | ~43 M de cartes émises (donnée 2025 reprise de sources sectorielles) |
| T-money | Korea Smart Card Co., Ltd. | Corée du Sud | 2004 | Actionnariat partagé entre la ville de Séoul et LG CNS ; cœur de la tarification intégrée de la région capitale |
| EasyCard (悠遊卡) | EasyCard Corporation | Taïwan | 2002 | 98,32 M de cartes en circulation et ~9 M actives à fin octobre 2022, pour 73,7 % du prépayé taïwanais (EasyCard Corporation, 2022) |
| NETS FlashPay | NETS | Singapour | 2009 | Acceptée en plus de 130 000 points NETS (2024) ; billettique par carte maintenue jusqu'à au moins 2030 après revirement de la LTA |
| Macau Pass / MPay (澳門通) | Macau Pass S.A. | Macao | 1999 | Principal moyen de paiement local face à Alipay et WeChat Pay, décliné en wallet mobile |
NETS FlashPay donne un exemple de migration de billettique annoncée puis abandonnée. La LTA singapourienne a annoncé le 9 janvier 2024 le retrait de la carte des transports publics, avec bascule obligatoire vers SimplyGo au 1er juin. L'annonce a été annulée le 22 janvier, après protestation publique. La billettique par carte est maintenue en parallèle, financée à hauteur de 40 millions de dollars singapouriens et prolongée jusqu'à au moins 2030 (LTA, 2024). Treize jours séparent l'annonce du retrait et son abandon.
Le Japon a produit une seconde famille sans équivalent européen, le prépayé de distributeur. nanaco, du groupe Seven & i, et WAON, du groupe AEON, sont des monnaies électroniques captives d'enseignes, acceptées bien au-delà de leurs propres magasins. Rakuten Edy, lancée en 2001 sous le nom bitWallet, fut la première monnaie électronique japonaise pour l'usage commerçant, avant même Suica. L'économie de ces programmes repose sur la fidélisation et sur les points attribués au porteur, et non sur une commission d'interchange.
L'Inde tente aujourd'hui la synthèse des deux modèles. La National Common Mobility Card est portée par NPCI et le ministère du Logement et des Affaires urbaines depuis 2019. Cette carte de transport est interopérable entre réseaux urbains, adossée au réseau RuPay et dotée d'un porte-monnaie hors ligne. Le porte-monnaie hors ligne assure la validation locale rapide propre à la boucle fermée, alors que l'adossement à RuPay ouvre l'acceptation chez tout accepteur de la marque. Plusieurs marchés asiatiques en observent le résultat.
Opérer sur un marché prépayé : ce qui casse
L'encaissement sur ces instruments fait apparaître des défaillances qui n'existent pas sur la carte classique et qui ne viennent presque jamais de la technique. Elles découlent de trois propriétés de l'instrument. Le solde est fini, l'acceptation est conditionnelle, et l'émetteur n'est pas une banque. Les points de rupture sont présentés ci-dessous dans l'ordre où ils se manifestent.
- L'autorisation partielle. Un porteur prépayé n'a pas de découvert : si le solde est inférieur au montant, l'autorisation échoue en totalité, sauf si le terminal gère l'approbation partielle et le complément par un second moyen. Sans cette gestion, la vente est perdue à la caisse.
- La préautorisation. Réserver une caution sur un solde fini immobilise l'argent du porteur pour des jours. C'est la principale raison pour laquelle l'hôtellerie et la location de véhicules refusent les BIN prépayés, et ce refus joue au niveau du BIN, pas au niveau de la marque.
- Le remboursement. Rembourser sur une carte prépayée fermée ou expirée échoue, et les fonds restent bloqués dans la chaîne d'acceptation. La procédure de rattrapage doit être écrite avant l'ouverture du canal, pas découverte au premier litige.
- L'affectation. Titres restaurant, EBT/SNAP : la caisse doit filtrer par catégorie de produits et respecter un plafond journalier. Ce filtre est un développement propre, avec sa certification propre.
- Le cash-out. En mobile money, un marchand ne peut sortir en espèces que si l'agent est liquide. La disponibilité du float des agents est un risque opérationnel local, pas un paramètre contractuel.
- Le taux de comptes actifs. Un partenaire qui communique sur des comptes enregistrés et non sur des comptes actifs à 30 jours surestime son réseau d'un facteur proche de quatre, comme le montre l'écart mondial entre 2,3 milliards et 593 millions.
- L'agrément. Une autorisation d'émission de monnaie électronique se révoque. Le registre public du régulateur est la seule source ; le site de l'émetteur peut rester en ligne après le retrait.
| Instrument | Qui fixe le prix | Où se situe le coût | Ce qu'il faut négocier |
|---|---|---|---|
| Carte prépayée ouverte | Scheme et acquéreur | Interchange plafonné dans plusieurs marchés (0,7 % au Brésil, 8 c ou 0,16 % en Australie à compter d'octobre 2026) | La grille par BIN : le prépayé n'est pas toujours tarifé comme le débit |
| Mobile money | L'opérateur, unilatéralement | Commission marchand, souvent inférieure à l'interchange carte mais non plafonnée | Le délai de règlement vers le compte bancaire et le coût du cash-out |
| Titre restaurant | L'émetteur affilié | Commission d'affiliation prélevée sur le commerçant, plus délai de remboursement | Le délai de règlement, et l'accès au réseau partagé là où l'interopérabilité est imposée |
| Boucle fermée marchand | Le marchand lui-même | Aucun coût de scheme sur la transaction finale ; coût au rechargement seulement | Rien, mais le float devient un passif à provisionner et à auditer |