Deux régimes derrière un même drapeau
Les territoires ultramarins de la République française relèvent de deux régimes distincts au regard du droit de l'Union européenne. Le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne les répartit en deux familles, les régions ultrapériphériques et les pays et territoires d'outre-mer. La frontière entre ces deux familles commande la monnaie, la fiscalité, les rails de paiement et le droit applicable. Un même drapeau couvre pourtant l'ensemble, de Basse-Terre à Nouméa. Une offre commerciale annoncée pour « la France » sans distinction entre ces territoires applique une grille de taxes inadaptée à une partie d'entre eux. Elle produit aussi des ordres de paiement rejetés, les collectivités du Pacifique restant hors du périmètre des schémas SEPA.
L'Union compte neuf régions ultrapériphériques au titre de l'article 349 du traité. Cinq sont des départements et régions français d'outre-mer, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et Mayotte, auxquels s'ajoute la collectivité de Saint-Martin. Les Canaries, les Açores et Madère complètent la liste (IEDOM, Rapport annuel économique La Réunion 2024). Le droit de l'Union s'y applique par principe. Les dérogations reconnues tiennent à l'insularité, à l'éloignement et à la faible superficie, et elles autorisent notamment un régime fiscal propre.
Les pays et territoires d'outre-mer forment l'autre famille. La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna en relèvent, ainsi que Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy et les Terres australes et antarctiques françaises. Ces collectivités sont hors de l'Union européenne. Le droit européen n'y produit pas d'effet direct. Le droit français lui-même n'y entre que par mention expresse, selon le principe de spécialité législative dont le livre VII du code monétaire et financier organise l'application aux collectivités du Pacifique.
| Territoire | Statut vis-à-vis de l'Union | Monnaie | Préfixe IBAN | Périmètre SEPA | Institut opérateur |
|---|---|---|---|---|---|
| Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte | Région ultrapériphérique | Euro | FR | Oui | IEDOM |
| Saint-Martin (partie française) | Région ultrapériphérique | Euro | FR | Oui | IEDOM |
| Saint-Barthélemy | PTOM | Euro | FR | Oui | IEDOM |
| Saint-Pierre-et-Miquelon | PTOM | Euro | FR | Oui | IEDOM |
| Terres australes et antarctiques françaises | PTOM | Euro | FR | Absentes de la liste EPC | IEDOM |
| Nouvelle-Calédonie | PTOM | Franc CFP (XPF) | FR | Non | IEOM |
| Polynésie française | PTOM | Franc CFP (XPF) | FR | Non | IEOM |
| Wallis-et-Futuna | PTOM | Franc CFP (XPF) | FR | Non | IEOM |
Ces trois qualifications forment une grille à trois colonnes indépendantes. La première indique quel droit s'applique, la deuxième quelle monnaie a cours légal, la troisième quel rail transporte l'ordre de paiement. Une analyse limitée à une seule de ces colonnes laisse les deux autres indéterminées. La répartition observée autorise une règle de tri approchée, assortie d'une exception. Les trois collectivités du Pacifique sortent de l'euro, de SEPA et de l'Union à la fois, alors que les autres territoires ultramarins habités restent en euro et dans SEPA quel que soit leur statut européen. Les Terres australes et antarctiques françaises, dépourvues de place bancaire, échappent à ce classement.
La monnaie et les rails, euro et SEPA d'un côté, franc CFP de l'autre
Dans les cinq départements d'outre-mer, à Saint-Martin, à Saint-Barthélemy et à Saint-Pierre-et-Miquelon, un virement en euro est un virement SEPA ordinaire. La liste de l'European Payments Council range chacun de ces territoires dans le périmètre géographique des schémas, avec l'euro pour devise et FR pour préfixe IBAN (EPC409-09). Aucune adhésion locale ni aucun schéma domestique ne s'ajoute au dispositif européen. Les formats de message et les règles des schémas sont ceux du reste de la zone SEPA. Un créancier qui prélève déjà en France hexagonale prélève à Fort-de-France au moyen des mêmes fichiers.
L'European Payments Council assortit sa liste d'une réserve qui sépare le périmètre des schémas du champ d'application du droit européen. Cette liste précise que la législation adoptée pour l'Espace économique européen, dont le règlement (UE) n° 260/2012, ne s'applique pleinement et directement qu'aux opérations entre établissements situés dans l'Union et dans l'EEE. L'appartenance au périmètre d'un schéma résulte d'une adhésion contractuelle aux règles de l'EPC. L'application d'un règlement européen dépend, elle, du statut du territoire au regard des traités. Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon échangent donc au format SEPA sans être couverts par les mêmes textes que la Guadeloupe, voisine de Saint-Barthélemy.
Le Pacifique fonctionne sur une autre monnaie. Le franc CFP, code ISO XPF, a cours légal en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna. Créé le 26 décembre 1945, il a été rattaché à l'euro lors du passage à la monnaie unique. L'État français garantit depuis le 1er janvier 1999 la convertibilité de 1 000 XPF pour 8,38 euros (IEOM, Rapport annuel économique Nouvelle-Calédonie 2024). La parité étant fixe, le cours de conversion ne varie pas et aucun risque de change ne pèse sur une créance libellée en XPF. L'opération de conversion subsiste. Une entreprise qui facture en euro et encaisse en franc CFP acquitte une commission à chaque passage d'une monnaie à l'autre.
Les deux places bancaires du Pacifique compensent leurs opérations localement, dans des systèmes qui leur sont propres. En Nouvelle-Calédonie, chèques, virements, prélèvements et titres interbancaires de paiement s'échangent au sein du SIENC, le système interbancaire d'échanges de Nouvelle-Calédonie. Ses statistiques excluent les opérations intrabancaires (IEOM, 2024). La Polynésie française dispose de sa propre plateforme. Ces deux systèmes migrent vers une norme commune, dont l'adoption complète est fixée au 30 septembre 2026.
Le prélèvement COPS reprend la mécanique du prélèvement SEPA, y compris ses délais de notification et de présentation. Le créancier obtient un identifiant créancier SEPA, que sa banque demande en son nom à la Banque de France, et attribue lui-même une référence unique de mandat de 35 caractères latins au maximum. Les mandats existants restent valables, cette continuité évitant toute nouvelle signature, et les oppositions posées par le débiteur se reportent automatiquement sur le nouveau format. Le créancier reste seul responsable de la conservation des mandats.
- Notification préalable de 14 jours calendaires avant l'échéance, sauf accord bilatéral sur un autre délai, avec au minimum la date d'échéance et le montant.
- Présentation à la banque au plus tard 1 jour ouvré bancaire avant l'échéance, et au plus tôt 14 jours calendaires avant, quel que soit le type d'opération.
- Conservation du mandat pendant toute la relation puis 13 mois après sa cessation, qui est le délai de contestation ; le créancier doit en fournir copie à sa banque en cas de contestation.
- Caducité au bout de 36 mois sans aucun ordre présenté, à compter de la dernière échéance, même refusée, rejetée, retournée ou remboursée.
- Information obligatoire du débiteur lors du passage à COPS, portant sur l'ICS, les RUM concernées, le point de contact de modification ou de révocation et celui des réclamations.
Le virement COPS élargit le champ libre par lequel le donneur d'ordre transmet au bénéficiaire la référence qui permettra d'imputer le paiement. Le motif de paiement passe de 31 à 140 caractères, restitué au bénéficiaire dans son intégralité et sans altération. Les canaux de transmission des ordres restent les mêmes, ce qui limite le chantier à la production des fichiers et à la reprise des référentiels de coordonnées bancaires. Le virement instantané ne fait pas partie des trois socles déployés. Il figure dans un quatrième volet exploratoire, avec les demandes de renseignement sur virement et une interconnexion renforcée entre les deux places, sans calendrier arrêté (IEOM, 2024).
SEPA COM PACIFIQUE désigne la procédure qui assure la continuité des échanges en euro entre la zone SEPA et les collectivités du Pacifique, extérieures à cette zone. Elle est en vigueur depuis le 1er février 2014. Les formats interbancaires y sont identiques à ceux du virement et du prélèvement SEPA, sans que ces formats gouvernent la relation entre le client et sa banque. Le dispositif est adossé au code monétaire et financier (CFONB). Un employeur métropolitain vire ainsi un salaire en euro vers un compte polynésien au moyen des messages qu'il produit déjà.
IEDOM et IEOM, deux instituts, deux statuts, un même métier
Deux instituts exercent les missions de banque centrale outre-mer, sous des statuts juridiques distincts. L'Institut d'émission des départements d'outre-mer est devenu, le 1er janvier 2017, une société par actions simplifiée détenue à 100 % par la Banque de France, en application de l'article 152 de la loi dite Sapin 2 publiée le 10 décembre 2016. Il exerce ses missions au sein de l'Eurosystème, par délégation de la Banque de France, dans les territoires ultramarins dont la monnaie est l'euro (IEDOM, février 2017).
L'Institut d'émission d'outre-mer est resté un établissement public. Créé en 1966 pour exercer le privilège d'émission monétaire, initialement dévolu à la Banque de l'Indochine, il tient le rôle de banque centrale des collectivités françaises du Pacifique. L'article L. 712-5 du code monétaire et financier lui confie de s'assurer, en liaison avec la Banque de France, de la sécurité des moyens de paiement autres que la monnaie fiduciaire et de la pertinence des normes applicables. Ce mandat s'accompagne d'un pouvoir de publicité. Faute de suite donnée à ses recommandations, l'IEOM peut publier au Journal officiel un avis négatif sur un moyen de paiement.
La circulation fiduciaire désigne l'encours de billets et de pièces en circulation sur un territoire. Les instituts d'émission la publient chaque année, coupure par coupure. En Nouvelle-Calédonie, la circulation théorique de billets atteignait 32,6 milliards XPF en 2025, pour 9,1 millions de coupures et un billet moyen de 3 585 XPF, contre 3 680 XPF un an plus tôt. Rapportée à la population, elle s'établissait à 123 064 XPF par habitant, un niveau proche de celui de la Polynésie française, à 122 015 XPF. Le billet de 1 000 XPF portait 44 % des émissions et 46 % des billets en circulation (IEOM, Rapport annuel économique Nouvelle-Calédonie 2025). Cette structure décrit un usage transactionnel de proximité.
La surveillance de la fraude sur les moyens de paiement scripturaux relève des mêmes instituts, qui en publient les montants et les taux territoire par territoire. En Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna, la fraude totale a progressé de 57,8 % en 2024, à 373,6 millions XPF, après avoir diminué de moitié l'année précédente. La carte en porte 45,9 %, le chèque 34,8 % et le virement 19,2 %. Le taux de fraude à la carte s'établit à 0,048 %, contre 0,053 % dans l'Hexagone et les DOM, ce qui en fait le moyen de paiement le plus fraudé du territoire, juste devant le chèque à 0,04312 %. Le virement reste le plus sûr, à 0,002 % (IEOM, collecte 2024).
Les deux instituts tiennent aussi les observatoires des tarifs bancaires, institués par la loi n° 2010-1249 du 22 octobre 2010 puis complétés par la loi n° 2012-1270 du 20 novembre 2012 sur la régulation économique outre-mer. Ils collectent deux fois par an, au 1er avril et au 1er octobre, les tarifs pratiqués par tous les établissements des territoires, afin de vérifier la convergence avec l'Hexagone. Les rapports 2025-2026 relèvent qu'à la référence d'avril 2026, 9 des 14 tarifs de l'extrait standard restent plus élevés dans les collectivités de la zone euro que dans l'Hexagone. Cinq de ces écarts dépassent 2 euros (IEDOM, 2026).
| Service | DCOM zone euro | Hexagone | Écart |
|---|---|---|---|
| Tenue de compte (par an), moyenne hexagonale y compris cas de gratuité | 24,88 | 21,13 | +3,75 |
| Carte de paiement internationale à débit immédiat (par an) | 45,55 | 43,33 | +2,22 |
| Carte de paiement à autorisation systématique (par an) | 35,42 | 31,37 | +4,05 |
| Abonnement à la banque à distance (par mois) | 0,64 | 0,03 | +0,61 |
| Retrait en euro au distributeur d'un autre établissement (1er retrait payant) | 1,01 | 0,96 | +0,05 |
| Virement SEPA occasionnel externe en agence | 4,37 | 4,79 | −0,42 |
| Virement SEPA occasionnel externe par Internet | 0,00 | 0,00 | 0,00 |
| Prélèvement, mise en place d'un mandat | 0,00 | 0,14 | −0,14 |
L'écart entre les deux colonnes change de signe selon la nature du service tarifé. Les frais fixes de détention, tenue de compte et cotisation carte, sont plus chers outre-mer. Les frais d'opération de virement et de prélèvement y sont égaux ou inférieurs. Le surcoût ultramarin porte donc sur la détention du compte, et non sur les opérations qui y sont passées. Du côté du Pacifique, l'IEOM relève une convergence en cours, la tenue de compte n'ayant progressé que de 0,7 % contre 3,7 % dans l'Hexagone à la référence d'avril 2026.
Le passage d'une zone monétaire à l'autre suppose une opération de change facturée par la banque. La parité étant fixe et garantie, aucune couverture de change n'est nécessaire. Aucun écart de cours n'explique un écart de montant. Les banques facturent une commission de change et les frais du transfert lui-même, selon des barèmes publiés territoire par territoire dans les observatoires. Une entreprise qui centralise sa trésorerie en euro et paie ses fournisseurs calédoniens en XPF supporte donc un coût de commission, et non un aléa de cours.
La fiscalité et la douane, ce qui s'ajoute au prix affiché
Les départements d'outre-mer appartiennent au territoire douanier de l'Union, ce qui écarte tout droit de douane sur une marchandise venue de l'Hexagone. Ils n'appartiennent pas au territoire de la taxe sur la valeur ajoutée. Les deux appartenances se dissocient donc. Une même marchandise franchit une frontière fiscale sans franchir de frontière douanière. La direction générale des douanes et droits indirects les qualifie de territoires d'exportation par rapport à l'Hexagone et aux autres États membres. Une expédition partie de Lyon vers Saint-Denis de La Réunion est donc exonérée au départ comme une exportation, puis taxée à l'arrivée comme une importation.
Les taux diffèrent aussi entre départements. L'article 296 du code général des impôts fixe un taux normal de 8,5 % et un taux réduit de 2,10 % en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion. L'article 294 du même code écarte provisoirement la taxe en Guyane et à Mayotte, où le taux applicable est donc nul. Un site qui affiche des prix toutes taxes comprises applique donc une grille aux trois premiers départements et aucune taxe aux deux autres. La grille applicable dépend du département de destination, déterminé à partir de l'adresse de livraison saisie par l'acheteur.
S'y ajoute l'octroi de mer, taxe propre aux régions ultrapériphériques françaises et sans équivalent dans le reste de l'Union. La décision (UE) 2021/991 du Conseil du 7 juin 2021 autorise la France à appliquer des exonérations ou des réductions au bénéfice des produits fabriqués localement en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Mayotte et à La Réunion. Cette autorisation court jusqu'au 31 décembre 2027. Saint-Martin, pourtant région ultrapériphérique, ne figure pas parmi les territoires visés. Les listes annexées classent les produits en trois parties, A, B et C, dont les écarts de taxation ne peuvent dépasser respectivement 10, 20 et 30 points de pourcentage.
| Élément | Règle | Conséquence sur le prix |
|---|---|---|
| Octroi de mer externe | Dû sur toute importation dans les cinq RUP françaises, quelle que soit l'origine de la marchandise | S'ajoute au prix quelle que soit la provenance, y compris depuis l'Hexagone |
| Octroi de mer régional | Institué par la collectivité, même assiette que l'octroi de mer externe ; taux plafonné à 2,5 %, plafond que les cinq territoires atteignent sur le régime général | Deuxième couche de taxation, dont le taux varie selon le produit et le territoire |
| Assiette | Valeur en douane majorée des frais de transport, d'assurance et des frais accessoires jusqu'au lieu de destination | Le port est taxé, ce qui renchérit mécaniquement les petits colis lourds |
| Seuil d'assujettissement | Les opérateurs dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur à 550 000 euros ne sont ni assujettis ni fondés à déduire la taxe | Un producteur local sous le seuil ne facture pas d'octroi de mer et ne récupère rien |
| TVA | 8,5 % et 2,10 % en Guadeloupe, Martinique et La Réunion ; non applicable en Guyane et à Mayotte | Grille de taux distincte de celle de l'Hexagone, par département |
| Liquidation | Sur la déclaration en douane, à l'entrée dans le territoire ou à la mise à la consommation | Le montant se connaît au dédouanement, pas au moment de la commande |
La nomenclature de l'octroi de mer est arrêtée produit par produit. L'Autorité de la concurrence relevait, dans son avis n° 19-A-12 du 4 juillet 2019, que le tarif d'octroi de mer adopté pour la Guadeloupe en 2019 dépassait 430 pages, et que la seule rubrique des chaussures comportait 78 lignes différentes. Les taux varient d'un département à l'autre pour un même produit, ce qui oblige à reprendre le classement ligne par ligne pour chaque territoire desservi. Les acteurs interrogés décrivaient ce travail comme dissuasif. Cette complexité explique une partie du retard de l'offre en ligne outre-mer.
Le débat public sur la fiscalité ultramarine s'est déplacé depuis 2024, avec le chiffrage de la part réelle de l'octroi de mer dans les prix. L'étude conduite pour l'Association des maires de France et l'ACCD'OM conclut que l'octroi de mer ne pèse en moyenne que 4,4 % du prix final des produits importés. Les écarts de prix alimentaires avec l'Hexagone atteignent, eux, 30 à 42 % selon les territoires. L'octroi de mer rend donc compte d'une fraction de l'écart de prix, dont la plus grande part relève d'autres causes. Un projet de loi de lutte contre la vie chère dans les outre-mer a été déposé le 30 juillet 2025. Le Sénat l'a adopté avec modifications le 28 octobre 2025, puis l'a transmis à l'Assemblée nationale. Son sort y restait pendant à la mi-août 2026.
Encaisser et livrer, l'acceptation, les délais et l'après-vente
L'équipement d'acceptation ultramarin repose sur les mêmes terminaux et les mêmes schémas de carte que dans l'Hexagone. Les volumes et les taux de détention diffèrent. À La Réunion, 156,0 millions de paiements par terminal ont été enregistrés en 2024, pour 6 443 millions d'euros et un ticket moyen de 41,3 euros. Ce ticket recule régulièrement depuis les 46 euros de 2020. Le parc compte 20 067 terminaux, soit 22,1 pour 1 000 habitants. Le taux d'équipement en cartes interbancaires reste inférieur à une carte par habitant, contre 1,16 pour la moyenne nationale (IEDOM, Rapport annuel économique La Réunion 2025).
Le rapport entre les retraits d'espèces et les paiements par carte sert d'indicateur de la place des espèces dans un territoire. Sa lecture suppose que les deux termes soient mesurés sur la même base. À La Réunion, les retraits ne pèsent plus que 16 % du nombre des paiements par carte, mais encore 54 % de leur montant. L'IEDOM situe la France entière à 6 % du nombre et 17 % des montants, sur une base qui rapporte les retraits à l'ensemble des transactions et non aux seuls paiements. Les deux séries ne se comparent donc pas terme à terme. En Guyane, l'IEDOM relève que les espèces l'emportent pour plus de la moitié des transactions en point de vente et de personne à personne. La carte n'en porte qu'un tiers. Le paiement par téléphone mobile y est plus répandu qu'en France hexagonale. Un point de vente ultramarin manipule donc davantage d'espèces, à chiffre d'affaires comparable, qu'un point de vente hexagonal.
Les statistiques du Pacifique sont libellées en franc CFP et portent sur des populations plus réduites. La Nouvelle-Calédonie comptait 282 065 cartes bancaires fin 2024, en baisse de 3,8 %, soit 1,05 carte par habitant. Le territoire comptait 8 582 terminaux. Les transactions de l'année s'y sont élevées à 38,0 millions, pour 207,7 milliards XPF. Le ticket moyen s'établit à 5 500 XPF, soit environ 46 euros à la parité fixe. Le chèque s'y raréfie, avec 2,7 millions de coupures échangées en 2024, en recul de 33,6 % sur un an. Son montant moyen atteignait 91 400 XPF, niveau qui correspond à un usage résiduel réservé aux montants élevés (IEOM, 2024).
L'obstacle principal du commerce en ligne vers l'outre-mer se situe dans l'acheminement du colis, non dans l'encaissement du paiement. L'Autorité de la concurrence a mesuré, dans son avis du 4 juillet 2019, que sur les dizaines de grandes enseignes de commerce en ligne interrogées, un tiers environ proposait une livraison dans les DROM, alors que toutes desservaient l'Hexagone. Celles qui livrent restreignent souvent leur gamme, en écartant les produits volumineux. La demande existe pourtant. Le chiffre d'affaires ultramarin de ces enseignes représentait en moyenne 2,2 % de leur chiffre d'affaires français, et jusqu'à 6 ou 7 % pour certaines, pour environ 3 % de la population.
| Offre | Zones desservies | Délai indicatif annoncé |
|---|---|---|
| Colissimo Eco OM | OM1 uniquement | 18 jours vers la Martinique, la Guadeloupe, La Réunion et Mayotte ; 22 jours vers la Guyane |
| Colissimo OM | OM1 et OM2 | 5 à 11 jours |
Les frais de port relevés par l'Autorité de la concurrence en 2019 atteignent une fraction élevée du prix du produit. Un site informatique facturait alors 84 euros de livraison vers Mayotte pour un ordinateur de 330 euros environ. Le port représentait plus du quart du prix. Un vendeur de pièces automobiles facturait 165 euros vers les DROM, contre 9,90 euros vers l'Hexagone et la gratuité au-delà de 120 euros de panier. S'y ajoutent des honoraires de dédouanement facturés par les transitaires, situés entre 8 et 15 euros et le plus souvent répercutés sur le client. Ces tarifs sont fixés par destination et non par valeur de commande, et le seuil de gratuité consenti dans l'Hexagone ne s'étend pas aux DROM. Le port pèse donc d'autant plus lourd dans le prix payé que l'article commandé est bon marché.
Le renvoi d'un produit acheté à distance relève de deux régimes juridiques distincts, qui n'imputent pas les frais de la même façon. Le droit de rétractation ouvre au consommateur quatorze jours pour se rétracter, puis quatorze jours pour renvoyer le produit, le vendeur devant rembourser dans les quatorze jours suivant la réception du retour. Les frais de renvoi restent à la charge du consommateur, sauf décision commerciale contraire. La garantie légale de conformité répartit ces frais autrement. Sa mise en œuvre ne doit occasionner aucun frais au consommateur, ce que l'Autorité de la concurrence a constaté n'être pas toujours respecté outre-mer.
- Prévoir un flux de retour taxé. Un produit renvoyé vers l'Hexagone puis réexpédié génère de nouveaux frais de port et de dédouanement ; une importation dite temporaire, au moyen du formulaire dédié, évite de payer deux fois la TVA et l'octroi de mer sur ces allers-retours.
- Récupérer l'octroi de mer sur un produit non consommé sur place. Le consommateur peut obtenir le remboursement des taxes acquittées si le produit repart vers l'Hexagone, formalité généralement accomplie par le transporteur.
- Décider entre affichage hors taxes et affichage local. Vendre hors taxes reporte la facture sur le client au dédouanement ; vendre toutes taxes comprises au taux ultramarin suppose une grille par département et un moteur qui distingue Guyane et Mayotte des trois autres.
- Ouvrir un retrait local. Le click and collect et les points relais réduisent le dernier kilomètre, mais restreignent la gamme au stock local et restent peu déployés dans les DROM d'après les acteurs interrogés en 2019.
- Ne pas compter sur le règlement géoblocage. Il exclut les situations purement internes à un État membre, ce qui laisse un doute réel sur son applicabilité entre un consommateur d'un DROM et un site hexagonal.
Le crédit interentreprises désigne le délai qui sépare une livraison de son règlement. Il se mesure séparément sur les créances clients, en jours de chiffre d'affaires, et sur les dettes fournisseurs, en jours d'achats. Dans les collectivités de la zone euro, les délais de paiement interentreprises s'établissaient en 2023 à 42 jours de chiffre d'affaires côté clients. Les délais fournisseurs atteignaient 48 jours d'achats. Le besoin de trésorerie qui en résulte atteignait 13 jours de chiffre d'affaires, soit cinq jours de plus qu'en France entière. Mayotte se détache avec 59 jours côté clients et 61 jours côté fournisseurs, seul territoire à régler ses fournisseurs au-delà du seuil légal de 60 jours (IEDOM et Banque de France, données FIBEN à avril 2025).