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📆 Le paiement fractionné dans le monde

Klarna, Affirm, Afterpay/Clearpay, Tabby et Tamara, le parcelado brésilien, le taksit turc, les meses sin intereses : trois familles de fractionnement, leur économie réelle, leur risque et la réglementation de crédit qui les rattrape marché par marché

Trois familles de fractionnement, et pourquoi on les confond

« BNPL », abréviation de « buy now, pay later », désigne le règlement échelonné d'un achat, dont tout ou partie du prix est acquitté après la commande. Le sigle recouvre trois montages distincts, que séparent l'origine du financement et le support technique employé. Le premier est le fractionnement au tunnel de paiement financé par un tiers, celui de Klarna, Afterpay, Affirm, Alma ou Tabby, proposé à l'acheteur comme une méthode de paiement à part entière. Le deuxième est le fractionnement natif du rail carte, où l'échelonnement devient une option du message d'autorisation, comme le parcelado brésilien, le taksit turc, les meses sin intereses mexicains ou les cuotas argentines. Le troisième est le paiement sur facture, où l'acheteur reçoit d'abord la marchandise et paie ensuite. Le Kauf auf Rechnung allemand et l'atobarai japonais en relèvent.

La répartition entre ces trois familles commande quatre éléments du montage. Le premier est l'identité de celui qui supporte le défaut de paiement, le deuxième celle de qui encaisse la commission. Le troisième est la date à laquelle le commerçant est réglé, le quatrième l'autorité qui écrit les règles applicables. L'intégration technique diffère elle aussi d'une famille à l'autre, puisqu'un tunnel construit pour Klarna expose une méthode de paiement tierce quand le taksit et les meses sin intereses empruntent des champs du message d'autorisation carte, selon des plans et des limites propres à chaque pays. Une intégration écrite pour l'un des trois ne vaut donc pas pour les deux autres. Les trois montages sont pourtant vendus sous une même étiquette commerciale, et les confondre est l'erreur la plus fréquente à l'ouverture d'un marché.

Fractionnement tiers (BNPL fintech)Fractionnement natif cartePaiement sur facture
ExemplesKlarna, Affirm, Afterpay/Clearpay, Alma, Tabby, Tamara, Kueski Pay, AddiParcelado (BR), taksit (TR), meses sin intereses (MX), cuotas (AR)Ratepay, Riverty, NP Atobarai, Paidy, Twisto
Qui financeLe prestataire BNPL, sur son bilan ou celui d'une banque partenaireLa banque émettrice, ou le commerçant lui-même selon la varianteLe prestataire, qui rachète et garantit la créance
Qui porte l'impayéLe prestataire BNPLL'émetteur (com juros) ou le commerçant (sem juros)Le prestataire, dans le cadre d'une garantie contractuelle
Quand le commerçant est régléComptant, net de commissionComptant, ou échéance par échéance selon la varianteComptant ou à terme court, selon le contrat
Coût pour l'acheteur0 % sur le pay-in-4, intérêts affichés sur les durées longues0 % affiché sur les variantes sem juros / sin intereses0 % si la facture est réglée dans le délai
IntégrationMéthode de paiement dédiée, SDK et widget de promotionChamp du message d'autorisation, plans portés par l'acquéreurMéthode de paiement dédiée, avec scoring à la volée
Les trois familles comparées, du point de vue de celui qui encaisse
🔑
Le test qui tranche en une question
Une seule question sépare les trois familles, celle de savoir qui supporte la perte lorsque l'acheteur ne règle jamais la troisième échéance. Quand cette perte revient au prestataire, le montage relève du BNPL fintech. Quand elle revient à l'émetteur de la carte, il s'agit d'un fractionnement natif com juros. Quand elle revient au commerçant, le montage est un parcelado lojista, et la trésorerie du commerçant se trouve engagée sur plusieurs mois, quelle que soit l'étiquette commerciale du produit.

Une quatrième catégorie échappe à cette typologie, celle du fractionnement sans intégration marchande, où le prestataire finance l'achat sans contracter avec le commerçant. Zilch, au Royaume-Uni, émet une carte Mastercard acceptée partout et fractionne les dépenses de son porteur à sa main. Zip, aux États-Unis, procède par carte virtuelle depuis le rachat de Quadpay en 2020. Katapult vend de la location-vente, juridiquement distincte du crédit. Faute d'intégration, ces acteurs ne figurent dans aucun inventaire de méthodes de paiement tenu par un commerçant. Le volume qu'ils financent pèse pourtant sur le marché du fractionnement.

La carte mondiale des acteurs

Aucun prestataire de fractionnement n'a de couverture mondiale. L'offre se compose pour l'essentiel d'acteurs nationaux ou régionaux, et Klarna comme Affirm n'occupent de position dominante que sur un nombre limité de marchés. Dans la plupart des pays, l'offre principale est locale et s'adosse à une banque ou à une licence de crédit délivrée sur place. Un tunnel d'achat qui n'expose que Klarna et PayPal ne capte donc, hors d'Europe du Nord et des États-Unis, qu'une part minoritaire du volume fractionné.

🇪🇺
Europe
Klarna (Klarna Group plc, 2005 ; activité bancaire portée par Klarna Bank AB, agréée par Finansinspektionen) domine la Suède, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Riverty (Riverty Group GmbH, Bertelsmann) et Ratepay (Ratepay GmbH, 2009) portent le paiement sur facture allemand et néerlandais. Scalapay (Scalapay S.r.l., 2019) tient l'Italie et l'Espagne, Alma (Alma SAS, établissement de paiement agréé ACPR, 2018) et Oney 3x/4x (Oney Bank, groupe BPCE, 2000) la France, Twisto et Skip Pay la Tchéquie.
🇺🇸
Amérique du Nord
Affirm (Affirm Holdings, Inc., 2012) sur les paniers élevés et les durées longues, Afterpay (Block, Inc.) sur le pay-in-4, PayPal Pay in 4 par simple activation du bouton existant, Sezzle (Sezzle Inc., 2016) chez les indépendants. Sunbit finance le service que les BNPL de checkout ne couvrent pas, dans le dentaire, l'optique ou la réparation automobile. Au Canada, la marque PayBright a disparu, absorbée par Affirm.
🌍
Golfe, Afrique, Levant
Tabby (siège à Riyad, licences SAMA et CBUAE) et Tamara (Tamara Financial, licence SAMA, 2020) sont sous licence de banque centrale. Le fractionnement n'a jamais été un angle mort réglementaire dans le Golfe. En Égypte, Valu (U Consumer Finance S.A.E., groupe EFG Holding, cotée à l'EGX) et Sympl. En Afrique du Sud, PayJustNow, Payflex (2017), MoreTyme (GoTyme Bank Limited) et Mobicred.
🌏
Asie
Huabei (花呗, Chongqing Ant Consumer Finance, 2014) et JD Baitiao (京东白条, JD Technology, 2014) sont les plus gros encours de fractionnement au monde. Au Japon, NP後払い (Net Protections, Inc., 2002) précède Klarna de trois ans sur le différé, et Paidy (filiale de PayPal depuis 2021) fait payer la facture mensuelle au konbini. Atome à Singapour, Akulaku et Kredivo en Indonésie.
🌎
Amérique latine
Le fractionnement passe d'abord par la carte. Hors carte, Kueski Pay (Kueski, S.A.P.I. de C.V., SOFOM E.N.R., Guadalajara) vend jusqu'à douze quinzaines au Mexique, Addi couvre plus de 35 000 points de vente colombiens, et Pix Parcelado pose un produit de crédit bancaire sur le rail instantané brésilien. Le commerçant y est payé comptant en monnaie de banque centrale ; l'acheteur rembourse son établissement.
🇦🇺
Océanie
L'Australie est le berceau du pay-in-4. Afterpay y est né avant d'être racheté par Block. Zip (Zip Co Limited, cotée à l'ASX, 2013) est le second acteur domestique, présent aussi en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. Les panoramas qui rattachent encore Zip au Moyen-Orient via Spotii sont périmés.
Les marques à connaître avant d'ouvrir un marchéKlarnaAFAffirmAFAfterpay / ClearpayPayPal Pay in 4ZIZipAlmaSCScalapayTATabby
⚠️
Trois homonymies qui cassent des intégrations
Deux sociétés distinctes ont porté le nom d'Afterpay. L'Afterpay australien appartient au groupe Block et fractionne en quatre échéances, quand l'AfterPay néerlando-allemand d'Arvato facture à terme et porte le nom de Riverty depuis 2022. Au Royaume-Uni, l'offre australienne est commercialisée sous la marque Clearpay (Clearpay Finance Limited). D'autres marques du secteur ont disparu par absorption ou par changement de dénomination. Zip a repris l'ancien Quadpay américain, Uplift a été fondu dans Flex Pay chez Upgrade, PayBright dans Affirm, et TymeBank s'appelle désormais GoTyme Bank. Les contrats rédigés sous ces anciennes dénominations désignent des produits dont le titulaire ou le régime applicable a changé depuis leur signature.

Klarna et Affirm : deux modèles que rien ne rapproche

Klarna Group plc et Affirm Holdings sont les deux seuls acteurs du fractionnement pur à publier des comptes audités détaillés. Leurs produits dominants relèvent pourtant de deux logiques économiques opposées. Klarna vend surtout du différé court, sans intérêt pour l'acheteur, financé par la commission prélevée sur le marchand. Affirm vend surtout du crédit à durée longue, dont les intérêts sont affichés au consommateur. La lecture de leurs agrégats suppose donc de tenir compte de cet écart de composition, un même montant de GMV ne recouvrant pas le même produit.

127,9 Md $
GMV de Klarna sur l'exercice 2025, en hausse de 22 %
Klarna Group plc, résultats annuels 2025 (février 2026)
118 M
consommateurs actifs Klarna et 966 000 marchands
Klarna Group plc, communiqué du 19 février 2026
2,80 %
take rate de Klarna au 4e trimestre 2025, en hausse de 14 points de base sur un an
Klarna Group plc, T4 2025
36,7 Md $
GMV d'Affirm sur l'exercice clos le 30 juin 2025, en hausse de 38 %
Affirm Holdings, rapport annuel FY2025 (Form 10-K)
13 %
part du GMV d'Affirm en 0 % APR sur l'exercice 2025. Le reste porte intérêt
Affirm Holdings, FY2025
0,65 %
provisions pour pertes de crédit de Klarna, en part du GMV du 4e trimestre 2025 (0,72 % au trimestre précédent)
Klarna Group plc, T4 2025
Klarna Group plcAffirm Holdings, Inc.
Exercice de référenceAnnée civile 2025Exercice clos le 30 juin 2025
GMV127,9 Md $ (+22 %)36,7 Md $ (+38 %)
Revenu3,5 Md $ (+25 %)Non repris ici, voir le 10-K
Consommateurs actifs118 M (+28 %)23,0 M (+23 %)
Marchands966 000 (+42 %)≈ 377 000 (+24 %)
Produit dominantDifféré court sans intérêt, financé par le marchandCrédit à échéances, intérêts affichés (0 % APR = 13 % du GMV)
Statut réglementaireLicence bancaire suédoise (Klarna Bank AB), cotée au NYSE depuis le 10 septembre 2025Prêteur non bancaire, distribution via banques partenaires
Klarna et Affirm, exercices 2025

Deux séries de chiffres décrivent l'usage réel du produit. La première série porte sur la fréquence d'utilisation. Affirm compte environ 5,8 transactions par consommateur actif sur l'exercice 2025, et 95 % de ses opérations viennent d'utilisateurs déjà connus, ce qui décrit un usage répété plutôt qu'un achat isolé. La seconde porte sur la clientèle bancaire. Klarna revendique 15,8 millions de clients bancaires fin 2025, qui rapportent 107 $ de revenu par utilisateur contre 30 $ pour un utilisateur moyen. Le fractionnement occupe dans ce modèle la place d'un premier produit, à partir duquel une partie des utilisateurs souscrit ensuite l'offre bancaire du prestataire.

ℹ️
Le take rate n'est pas la commission commerçant
Le take rate rapporte au GMV l'ensemble des revenus encaissés par le prestataire. Les 2,80 % publiés par Klarna pour le 4e trimestre 2025 agrègent à ce titre la commission marchand, les intérêts consommateur, les revenus publicitaires et les frais annexes. Aucune grille tarifaire ne porte ce taux. La commission marchand réelle se négocie contrat par contrat, selon le secteur, le panier moyen et le volume, et les conditions obtenues dans l'habillement diffèrent de celles obtenues dans l'électroménager.

Quand le fractionnement est dans la carte : parcelado, taksit, meses sin intereses

Le fractionnement natif carte désigne l'échelonnement d'un paiement décidé au moment de l'encaissement, à l'intérieur du parcours carte ordinaire et sans souscription séparée. Il est porté par le rail carte lui-même, et l'acheteur choisit entre comptant et échéances parmi les plans que l'acquéreur a chargés. Cette forme domine une large part de l'Amérique latine ainsi que la Turquie. Le Moyen-Orient la connaît dans une moindre mesure. Sur ces marchés, le volume concerné dépasse de loin celui de tous les BNPL fintech réunis.

Le Brésil en donne la mesure. Les cartes y ont traité 4,5 billions de réaux en 2025, en hausse de 10,1 % (ABECS, février 2026). Sur ces achats, 42,6 % ont été fractionnés sans intérêts et 57,1 % payés au comptant. Parmi les opérations fractionnées, 64,2 % l'ont été en six échéances au plus, 34 % entre sept et douze, et 1,9 % au-delà de douze. Le recours au crédit à la consommation y passe donc principalement par l'échelonnement d'un achat, plutôt que par la souscription d'un prêt distinct.

Parcelado sem juros : où passe l'argent, et quand
Acheteur
Choisit « 10x sem juros » au moment du paiement
Aucun intérêt affiché, aucun dossier de crédit, aucune souscription séparée
Émetteur
Autorise la totalité et débite l'acheteur mensuellement
Une échéance par relevé, sans intérêt tant que la facture est réglée
Acquéreur
Règle le commerçant échéance par échéance
Variante *lojista* : une remise tous les 30 jours jusqu'au dernier *parcela*
Commerçant
Escompte ses créances futures s'il veut être payé plus tôt
*Antecipação de recebíveis*, une part importante du revenu réel des acquéreurs brésiliens

Le taksit désigne l'option d'échelonnement native du parcours carte turc, décidée chez le commerçant et financée par lui. Sur les 20 425 milliards de TRY dépensés par carte de crédit en 2025, 3 991 milliards l'ont été en taksit, soit 19,5 % (BKM, janvier 2026). La proportion est plus élevée en ligne, où 34,4 % du commerce électronique par carte est payé en plusieurs fois. Le nombre d'échéances relève de la réglementation bancaire. L'article 26 du Banka Kartları ve Kredi Kartları Hakkında Yönetmelik autorise le BDDK à le plafonner par catégorie de dépense, et à interdire purement et simplement le fractionnement sur certaines d'entre elles.

Au Mexique, les meses sin intereses désignent une promotion de paiement en mensualités sans intérêts, adossée à la carte de crédit et exposée par le commerçant au moment de l'achat. Cette promotion structure l'encours de carte de crédit du pays. À juin 2025, 54,4 % des cartes du portefeuille comparable avaient pris une promotion à mensualités, avec ou sans intérêts. Le montant correspondant représentait 50,8 % de l'encours total (Banco de México, Indicadores básicos de tarjetas de crédito). Sur l'ensemble de l'encours, 27,2 % avait été contracté en meses sin intereses, 23,6 % en promotion à taux préférentiel, 49,2 % sans promotion. Le taux effectif moyen pondéré supporté par la clientèle qui paie des intérêts s'établit à 37,1 %. Un même portefeuille juxtapose donc un encours contracté sans intérêts, à hauteur de 27,2 %, et une clientèle qui supporte ce taux.

Brésil (parcelado)Turquie (taksit)Mexique (meses sin intereses)
Poids mesuré42,6 % des achats carte fractionnés sans intérêts en 2025 (ABECS)19,5 % des dépenses carte de crédit 2025, 34,4 % en e-commerce (BKM)27,2 % de l'encours carte contracté en MSI à juin 2025 (Banxico)
Qui décideLe commerçant expose le plan, l'acheteur choisitLe commerçant expose le plan, dans les limites BDDKLe commerçant expose la promotion, financée avec l'émetteur
Qui finance le 0 %Le commerçant (lojista) ou l'émetteur (emissor)Le commerçant, sur son règlementLe commerçant, via une commission de différé
Effet sur le règlementÉchéance par échéance sur le parcelado lojistaRèglement étalé sauf rachat d'anticipationCommission de différé déduite du règlement
Contrainte réglementaireEncadrement des durées et du rotativo par le Banco Central do BrasilPlafonds d'échéances et catégories interdites fixés par le BDDKEncadrement bancaire de droit commun
Trois marchés où le fractionnement est dans la carte
⚠️
Le piège de trésorerie du fractionnement natif
Sur ces trois marchés, le coût du fractionnement pour le commerçant comporte deux composantes. La première est le taux de commission annoncé. La seconde tient au calendrier de règlement, puisque le commerçant est réglé plus tard, parfois sur douze mois, et rachète ce délai par un escompte. Une négociation qui porte sur le seul MDR laisse donc de côté le délai de règlement, le taux d'anticipation et la domiciliation des créances, qui entrent tous dans le coût final. L'absence de plan de fractionnement au catalogue d'un commerçant se traduit par un report des achats vers les concurrents qui en proposent.

L'économie du modèle : qui paie, combien, sur quoi

Le pay-in-4 sans intérêt pour l'acheteur est financé par trois recettes du côté du prestataire. La première est la commission marchand, prélevée sur chaque commande financée. La deuxième réunit les frais de retard facturés à l'acheteur qui manque une échéance. La troisième, en progression, regroupe les revenus publicitaires et d'affiliation tirés du trafic capté par l'application du prestataire. Les intérêts consommateur n'apparaissent que sur les durées longues.

La commission marchand baisse à mesure que le nombre de prestataires augmente. Le CFPB a mesuré, sur les cinq principaux acteurs américains, une commission moyenne de 3,39 % en 2019, 2,91 % en 2020 et 2,49 % en 2021 (Buy Now, Pay Later: Market trends and consumer impacts, 15 septembre 2022). La baisse porte sur trois exercices consécutifs. Le mouvement est structurel : la multiplication des offres place le marchand en position d'arbitrer entre prestataires, et l'écart avec le coût d'acceptation carte se resserre.

Cascade d'un panier de 200 € financé en quatre échéances sans intérêt
Acheteur
Choisit le paiement en 4 fois, paie 50 € immédiatement
Aucun intérêt annoncé ; le reste est prélevé sur six semaines environ
Prestataire BNPL
Décide l'octroi en quelques centaines de millisecondes
Scoring propriétaire, souvent sans interrogation complète de bureau de crédit sur le pay-in-4
Prestataire BNPL
Règle le commerçant comptant, net de commission
À 2,5 %, le commerçant reçoit 195 € et supporte le coût du financement
Prestataire BNPL
Porte le risque d'impayé jusqu'à la dernière échéance
Il conserve les frais de retard éventuels et la relation client
Commerçant
Arbitre la commission contre l'effet sur la conversion et le panier
L'effet doit être mesuré par test, pas repris des supports commerciaux du prestataire

Les frais de retard occupent une place limitée dans le revenu des prestataires, et une place bien plus grande dans leur risque de réputation. Le CFPB les a chiffrés à 0,28 % du GMV des acteurs étudiés. La proportion d'utilisateurs concernés progresse en revanche. En 2021, 10,5 % des utilisateurs ont payé au moins un frais de retard, contre 7,8 % en 2020. Les autorités de supervision lisent cette progression comme un signal, et non comme une ligne de recette.

🔑
Ce qu'il faut instrumenter avant de brancher un BNPL
L'effet d'une option de fractionnement sur l'exploitation d'un commerçant se mesure par trois indicateurs, relevés en test A/B plutôt que repris d'une déclaration du prestataire. Le premier est le taux de conversion du tunnel, avec et sans l'option. Le deuxième est le panier moyen des commandes financées, comparé à celui des commandes payées comptant. Le troisième est le taux de retour des commandes financées. Un panier moyen en hausse accompagné d'un taux de retour en hausse ne crée pas de marge, le chiffre d'affaires supplémentaire étant compensé par les commandes rendues. Le coût de traitement des remboursements partiels complète le calcul, et les grilles tarifaires ne mentionnent jamais ce poste.

Le risque : ce que disent les chiffres publics

La littérature de supervision appelle loan stacking le cumul, par un même emprunteur, de plusieurs crédits souscrits auprès de prestataires qui ignorent chacun les engagements pris auprès des autres. Le fractionnement court a longtemps échappé aux bureaux de crédit, si bien qu'un consommateur pouvait cumuler des engagements chez plusieurs prestataires sans qu'aucun ne voie les autres. Les travaux publiés par les autorités de supervision américaines en mesurent désormais l'ampleur.

Le CFPB a analysé les données de six sociétés (Affirm, Afterpay, Klarna, PayPal, Sezzle et Zip), collectées après des ordres de suivi de marché de mars 2023. Son rapport du 13 janvier 2025 établit que, sur l'année 2022, près de deux tiers des prêts sont allés à des emprunteurs à score de crédit dégradé. Les demandeurs subprime et deep subprime ont vu 78 % de leurs demandes approuvées. Environ 63 % des emprunteurs ont détenu plusieurs prêts BNPL simultanés dans l'année. Un tiers ont emprunté auprès de plusieurs prestataires à la fois.

≈ 63 %
des emprunteurs BNPL américains ont détenu plusieurs prêts simultanés en 2022
CFPB, rapport du 13 janvier 2025
78 %
taux d'approbation des demandeurs subprime et deep subprime en 2022
CFPB, 13 janvier 2025
28 %
part du BNPL dans la dette non garantie totale des 18-24 ans, contre 17 % tous âges confondus
CFPB, 13 janvier 2025
10,5 %
des utilisateurs ont payé au moins un frais de retard en 2021, contre 7,8 % en 2020
CFPB, rapport du 15 septembre 2022

Le risque évolue aussi avec le mix produit, le provisionnement dépendant de la durée des encours. Les provisions de Klarna pour pertes de crédit se sont établies à 0,65 % du GMV au 4e trimestre 2025, contre 0,72 % au trimestre précédent. Sur la même période, son offre de crédit à durée longue Fair Financing progressait de 165 % en volume. Un prêt remboursé sur plusieurs mois demeure exposé au défaut bien plus longtemps qu'un différé court, et la provision constituée à l'octroi tient compte de cette durée. Le taux de perte rapporté au GMV ne se lit donc qu'avec la structure de durées correspondante.

⚠️
Le chiffre de perte le plus trompeur du secteur
Un taux de perte exprimé en pourcentage du GMV paraît faible pour une raison arithmétique. Le GMV est un flux annuel, alors que l'encours moyen d'un pay-in-4 ne dure que six semaines. Le même montant de perte, rapporté à l'encours réellement porté, produit un autre ratio. L'ordre de grandeur change. La comparaison entre un prestataire de fractionnement court et un émetteur de carte suppose donc de ramener les pertes à l'encours moyen et à la durée d'exposition, et non au volume traité.

La réglementation de crédit rattrape le fractionnement

Les régimes de crédit à la consommation excluaient traditionnellement de leur champ les facilités sans intérêt, de faible montant et de courte durée. Le pay-in-4 entre dans cette exclusion. Le fractionnement court s'y est développé sans agrément de prêteur ni examen obligatoire de solvabilité. Les juridictions referment cette exclusion, marché par marché et rarement de la même façon. Les dates d'entrée en vigueur diffèrent également, si bien qu'un prestataire présent sur plusieurs marchés y relève de régimes différents à une même date.

1er juillet 2020
En Suède, l'ordre d'affichage devient une règle
La loi suédoise sur les services de paiement impose d'afficher en premier un moyen de paiement sans crédit, et interdit de pré-sélectionner une option de crédit. Finansinspektionen a constaté une baisse de la part des paiements à crédit dans son suivi de février 2024.
20 juin 2022
En Inde, la RBI ferme le montage PPI
La Reserve Bank of India interdit aux émetteurs non bancaires d'instruments prépayés de les charger depuis une ligne de crédit. Le modèle BNPL indien s'effondre ; ZestMoney annonce sa fermeture en décembre 2023.
30 octobre 2023
Publication de la CCD2 dans l'Union européenne
La directive (UE) 2023/2225 est publiée au Journal officiel et entre en vigueur le 19 novembre 2023. Elle supprime le seuil bas de 200 €, porte le plafond haut à 100 000 €, et fait entrer le fractionnement dans le champ du crédit à la consommation.
10 décembre 2024
Le low cost credit contract australien
Le Treasury Laws Amendment (Responsible Buy Now Pay Later and Other Measures) Act 2024 crée la catégorie de low cost credit contract dans le National Credit Code.
12 mai 2025
Retrait de la règle interprétative aux États-Unis
Le CFPB retire sa règle interprétative de mai 2024, qui assimilait le pay-in-4 à une carte de crédit au sens de la Regulation Z. Le 2 juin 2025, dans un rapport d'étape remis au tribunal saisi par la Financial Technology Association, il indique qu'il ne la réémettra pas, la jugeant procéduralement viciée et inadaptée à un crédit closed-end.
10 juin 2025
Entrée en vigueur en Australie
Les prestataires doivent détenir une Australian Credit Licence et adhérer à l'AFCA, sous réserve des dispositions transitoires.
15 juillet 2026
Au Royaume-Uni, la FCA régule le deferred payment credit
Le régime issu de la politique PS26/1 s'applique. Le DPC est défini comme un crédit sans intérêt remboursable en douze échéances ou moins, sur douze mois ou moins. Les prestataires doivent être agréés ou couverts par le régime de permissions temporaires, ouvert du 15 mai au 1er juillet 2026.
20 novembre 2026
Application de la CCD2 dans l'Union européenne
Les États membres devaient transposer au 20 novembre 2025 ; les règles s'appliquent à compter du 20 novembre 2026.
30 septembre 2026
En Chine, séparation du paiement et du crédit
Les produits de crédit à la consommation de type Huabei ou Baitiao ne pourront plus être proposés dans le tunnel de paiement. L'utilisateur devra souscrire son prêt séparément.
JuridictionTexteAgrémentExamen de solvabilitéRecours du consommateur
Union européenneDirective (UE) 2023/2225 (CCD2), applicable au 20 novembre 2026Oui, régime de crédit à la consommationOuiVoies nationales de transposition
Royaume-UniRégime FCA du deferred payment credit, depuis le 15 juillet 2026 (PS26/1)Agrément FCA ou permissions temporairesOuiFinancial Ombudsman Service
AustralieTreasury Laws Amendment (Responsible Buy Now Pay Later…) Act 2024, en vigueur le 10 juin 2025Australian Credit LicenceOui, régime allégé pour les low cost credit contractsAFCA
États-UnisAucun texte fédéral dédié ; règle interprétative retirée le 12 mai 2025Licences d'État de prêteurSelon l'État et le produitDroit des États, actions du CFPB
Arabie saoudite, ÉmiratsLicences de banque centrale (SAMA, CBUAE)Oui, depuis l'origine du marchéOuiRéclamation auprès du régulateur
Afrique du SudNational Credit Act, selon la formule commercialiséeEnregistrement au National Credit RegulatorOui pour le crédit enregistréNational Credit Regulator
Ce que le nouveau régime impose, par juridiction
ℹ️
L'ordre de grandeur qui a déclenché la régulation britannique
Le marché du fractionnement non régulé au Royaume-Uni est passé de 0,06 Md £ en 2017 à plus de 13 Md £ en 2024. Dans les douze mois précédant mai 2024, 10,9 millions d'adultes, soit 20 % des consommateurs britanniques, y avaient eu recours (FCA, Financial Lives Survey 2024). Ces volumes situent le fractionnement au rang des encours de crédit à la consommation, alors qu'il était distribué sans les obligations d'agrément, d'examen de solvabilité et de recours attachées à cette catégorie.
⚠️
Le même produit ne relève pas du même régime dans deux pays voisins
Un pay in 3 sans intérêt et un pay in 12 avec intérêts vendus par le même prestataire relèvent de deux régimes distincts. Le National Credit Act sud-africain le prévoit explicitement. La qualification juridique s'apprécie au regard de la formule commercialisée, et non de la marque sous laquelle elle est vendue. L'analyse de conformité porte donc sur le plan de remboursement exact, échéance par échéance, plutôt que sur le nom du produit affiché en caisse.

Opérer : ce qui casse, ce qui coûte, ce qu'il faut vérifier

Le fractionnement se déroule en deux temps, l'autorisation au moment de la commande, puis l'exécution de l'échéancier sur les semaines ou les mois suivants. Les incidents d'exploitation se concentrent sur le second temps, à l'occasion des retours, des remboursements partiels, des annulations et des litiges. Le prestataire suit un calendrier de prélèvements arrêté à la commande, alors que le commerçant traite des expéditions et des retours dont les dates ne sont pas connues d'avance. Les deux calendriers ne coïncident pas, et les incidents naissent de cet écart.

  • Remboursement partiel : le contrat retient l'une de deux mécaniques, le recalcul de l'échéancier restant ou le remboursement de l'acheteur en fin de plan. La seconde laisse l'acheteur payer ses échéances sur une marchandise déjà rendue, et génère des réclamations en volume.
  • Retour après première échéance : l'acheteur a déjà réglé une échéance au prestataire, et le remboursement transite donc par ce dernier. Le délai du prestataire s'ajoute à celui du commerçant, qui l'inscrit dans ses conditions de vente.
  • Annulation avant expédition : le plan doit pouvoir être annulé sans frais pour l'acheteur ; à défaut, la réclamation remonte au régulateur plutôt qu'au commerçant.
  • Litige et responsabilité : sous le régime britannique du deferred payment credit, le consommateur peut saisir le Financial Ombudsman Service. Le prestataire, mis en cause devant l'ombudsman, se retourne ensuite vers le commerçant sur le fond commercial.
  • Ordre d'affichage : en Suède, un moyen de paiement sans crédit doit apparaître en premier et aucune option de crédit ne peut être pré-sélectionnée. Un tunnel unique déployé sur plusieurs pays viole cette règle sans s'en apercevoir.
  • Réconciliation : le règlement d'un BNPL fintech arrive net de commission, en lots qui ne correspondent pas aux commandes. Le rapprochement suppose donc un identifiant de commande dans le fichier de règlement, obtenu du prestataire avant la mise en production.

La sélection des prestataires s'opère marché par marché, et non par une décision unique valable pour tout un groupe. Les parts d'usage varient fortement d'un pays à l'autre. Dans le Golfe, l'absence de Tabby et de Tamara dans le tunnel prive le commerçant d'un volume que ni Klarna ni PayPal ne rattraperont. Au Brésil, l'absence de plan de parcelado désavantage le marchand face aux concurrents qui en affichent un, quel que soit son prix. Au Japon, le différé sur facture réglé au konbini touche une population que la carte de crédit n'atteint pas en ligne.

MarchéÀ exposer en prioritéCe que l'on rate en ne le faisant pas
BrésilPlans de parcelado jusqu'à 6x, puis 7x-12x42,6 % des achats carte de 2025 étaient fractionnés sans intérêts (ABECS)
TurquiePlans de taksit conformes aux plafonds BDDK34,4 % du e-commerce carte est payé en plusieurs fois (BKM, janvier 2026)
MexiqueMeses sin intereses, commission de différé négociée27,2 % de l'encours carte est contracté en MSI (Banxico, juin 2025)
GolfeTabby et Tamara avant les portefeuillesLe fractionnement local se présente avant les wallets dans le tunnel
Allemagne, Pays-BasPaiement sur facture (Ratepay, Riverty) autant que le pay-in-4Le Kauf auf Rechnung est une attente de marché, pas une option
JaponNP後払い ou Paidy, avec règlement en konbiniUne population sous-équipée en carte de crédit pour l'achat en ligne
Réflexe d'ouverture de marché : quoi exposer, et pourquoi
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La question à poser au prestataire avant de signer
La question posée au prestataire avant la signature porte sur l'agrément sous lequel il exerce dans ce pays précis, et sur l'entité juridique qui contracte avec le commerçant. La réponse départage quatre situations. Elle distingue une licence bancaire locale, un passeport européen, une licence de crédit d'État et un montage sans licence. Elle détermine aussi l'entité contre laquelle le commerçant se retourne en cas de litige, et le sort du contrat le jour où le régime applicable change. Les entrées en vigueur prévues en 2026 au Royaume-Uni et dans l'Union européenne modifient les réponses possibles à cette question.